OUVERTURE DE LA RENCONTRE INTERNATIONALE CONSACREE A LA PORNOGRAPHIE IMPLIQUANT DES ENFANTS ET A LA PEDOPHILIE SUR L’INTERNET

Paris, 18 janvier {No.98-04 } - La réunion internationale d’experts, intitulée L’Exploitation sexuelle des enfants, pornographie impliquant des enfants et pédophilie sur l’Internet: un défi international, organisée par l’UNESCO afin de lutter contre la pédophilie sur l’Internet s’est ouverte ce matin au siège de l’Organisation.

Dans son discours d’ouverture, le Directeur général de l’UNESCO, Federico Mayor, a souligné que «l’exploitation sexuelle des enfants, la pornographie enfantine et la pédophilie ont trouvé avec Internet un important facteur de développement», mais il a mis en garde contre la censure, en rappelant aux participants que l’UNESCO se doit de promouvoir la libre circulation de l’information. «La révolution numérique doit devenir un triomphe de l’intégrité et de la solidarité humaine, pas seulement un triomphe de la technologie», a-t-il déclaré.

Insistant sur la portée mondiale du problème et sur le fait que l’Internet ne connaît pas de frontières, Federico Mayor a appelé à des «mesures transnationales». Il a mis en avant des mesures possibles allant de la prévention au renforcement de la législation et insisté sur le fait que «toutes les formes d’exploitation sexuelle des enfants reposent sur des facteurs communs: l’exclusion, l’absence de justice sociale, la pauvreté et le manque de respect et de protection des droits de l'enfant».

Pour Federico Mayor, «la recherche d’une solution à tous ces problèmes demande la recherche d’une culture autre que celle d’aujourd’hui, basée sur la contrainte, la force et le superflu, la quête d’une culture de paix, basée sur le respect des droits de l’homme, de la démocratie, du développement et sur un comportement personnel responsable». Il a ensuite insisté sur le fait que, pour relever ce défi, les mesures politiques doivent se traduire par des décisions budgétaires, car les seules mesures humanitaires et charitables ne peuvent pas résoudre les problèmes concernant les enfants et l’avenir de la société.

Pour sa part, Michael Hansenne, Directeur général du Bureau International du Travail, a souligné l’importance de la convention qui doit être adoptée par la prochaine Conférence internationale du Travail et qui entend «amener les Etats, en consultation avec les organisations intéressées, à prendre immédiatement des mesures pour protéger les enfants contre les pires formes de travail». «La future convention vise, parmi ces pires formes de travail, la servitude, la vente et le trafic d’enfants ainsi que l’usage d’enfants à des fins de prostitution ou de production de matériel pornographique. Les pays qui ratifieront cet instrument et je pense qu’ils seront extrêmement nombreux ont l’obligation d’interdire de telles pratiques, d’en punir les auteurs et d’éliminer, dans la pratique, de tels agissements», a-t-il précisé.

Michael Hansenne a ajouté que l’Internet pouvait être «d’un grand secours pour diffuser les informations auprès du plus grand nombre en temps réel et améliorer ainsi l’efficacité de ces mesures». Il a également évoqué le Programme international pour l’abolition du travail des enfants (IPEC) de son organisation, le plus grand programme mondial de coopération dans ce domaine. Si l’IPEC a peu traité, jusqu’à présent, les questions relatives au trafic d’enfants via Internet, «un certain nombre de projets, notamment en Asie, ont concerné et concernent la lutte contre la pédophilie ou l’utilisation d’enfants dans la prostitution ou dans des activités visant la production de matériel pornographique».

Le Secrétaire général de l’Organisation mondiale du tourisme, Francisco Frangialli, a évoqué les deux faces du tourisme, son impact négatif quand il fragilise des sociétés vulnérables et son côté positif quand il crée des emplois et diffuse la richesse. Il a souligné que «si le tourisme sexuel organisé n’a pas disparu, il a profondément régressé grâce à un certain nombre de mesures». «Le problème a évolué de façon positive mais il s’est en quelque sorte déplacé vers la communication électronique et l’Internet», a-t-il ajouté avant de conclure: «Il faut combattre l’exploitation des enfants dans le tourisme mais il ne faut pas confondre le tourisme avec ce qui est une de ses principales perversions».

Judith Karp, Vice-Présidente du Comité des Nations Unies sur les Droits de l’Enfant, a insisté sur les effets traumatisants de la dégradation sexuelle sur «le développement psychologique, physique et spirituel de l’enfant» et appelé à une approche holistique du problème de l’exploitation sexuelle des enfants et de la pornographie enfantine.

La Grande Duchesse Héritière du Luxembourg et Ambassadrice de bonne volonté de l’UNESCO, Maria Teresa, a insisté sur la nécessité d’unir les efforts et sur l’importance de la prévention. Elle a rappelé que, dans certains cas, enlever son travail à un enfant qui est le seul soutien de sa famille revenait à l’obliger à se prostituer, et elle a mis en avant un exemple philippin où les enfants partagent leur temps entre l’éducation et le travail.

Le Secrétaire général du Conseil de l’Europe, Daniel Tarschys, a souligné pour sa part, dans un message lu par Thomas Kettau, que «les droits de l’enfant sont des droits de l’homme». Il est nécessaire que la communauté internationale s’engage de façon plus résolue dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants, a-t-il poursuivi avant d’ajouter que «les familles ne peuvent pas toujours donner aux enfants le réseau de sécurité dont ils ont besoin». Après avoir mentionné les mesures déjà adoptées par le Conseil de l’Europe, Daniel Tarschys a déclaré que son organisation était prête à collaborer avec l’UNESCO dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants sur l’Internet.

«Il faut protéger les enfants contre ceux qui leur volent leur enfance», a déclaré la comédienne française, Carole Bouquet, porte-parole de la Fédération de La Voix De l’Enfant (regroupant 51 associations dans une soixantaine de pays), avant d’insister sur le besoin d’une volonté politique. Elle a reproché à la justice de rester trop souvent sourde aux souffrances des enfants avant de conclure: «Une société qui déprécie ses enfants n’a pas d’avenir».

Jacques Danois, Secrétaire général de l’Association mondiale des amis de l’enfance, s’exprimant au nom de la princesse Caroline de Monaco, a déclaré: «L’Internet, merveilleux outil d’éducation, est utilisé par des "consommateurs" d’enfants. Le progrès doit nous aider à combattre cette dérive du progrès. Pour ce combat, de nouveaux moyens doivent être imaginés et réalisés».

Marie-Paule Poilpot, Directrice de la Fondation pour l’enfance, a rappelé qu’en matière de nouvelles technologies, les enfants disposaient d’un savoir supérieur au nôtre avant de souligner la responsabilité des Etats mais aussi celle des parents. Elle a souhaité que soit constitué un réseau d’experts internationaux pluridisciplinaires incluant les opérateurs d’Internet chargé de canaliser, de «limiter la vitesse sur ces autoroutes».

Homayara Sellier, co-fondatrice de la Fondation suisse Lotus blanc, a insisté sur la nécessité de mettre fin au silence qui entoure trop souvent le sujet et sur la nécessité de voir toutes les mères s’engager dans ce combat pour les enfants.

Marianna V. Vardinoyannis, Présidente de la Fondation pour l’enfant et la famille (Athènes, Grèce), a dénoncé le déclin des valeurs morales dans les sociétés contemporaines et a appelé à un débat éthique sur la nature et les effets du progrès. Elle a ensuite appelé à une action régionale dans les pays méditerranéens pour combattre le problème de l’exploitation sexuelle des enfants et la pornographie enfantine sur l’Internet.

Pour le Rapporteur spécial des Nations Unies sur la vente d’enfants, la prostitution des enfants et la pornographie impliquant des enfants, Ofelia Calcetas-Santos, trop peu a été fait jusqu’à présent en matière de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. «Derrière chaque image pornographique, il y a un enfant», a-t-elle dit, dénonçant les pratiques brutales des producteurs de pornographie impliquant des enfants. Les efforts internationaux visant à faire reculer leurs crimes n’aboutiront que s’ils portent aussi sur «les fabricants de matériel informatique, de logiciels, les fournisseurs de services et de contenus», a estimé le Rapporteur spécial. Pour Ofelia Calcetas-Santos, il faudrait revoir le problème de la réhabilitation des «pédophiles compulsifs, qui vont récidiver encore et encore». Elle a conclu: «Les enfants partout dans le monde, à l’Est et à l’Ouest, au Nord et au Sud, sont une espèce en danger et ils ont besoin de notre aide».

La rencontre à l’UNESCO réunit quelque 300 participants - d’une quarantaine de pays - appartenant à des organisations non gouvernementales nationales et internationales, des organisations intergouvernementales, des représentants d’agences spécialisées des Nations Unies, des institutions nationales, des spécialistes notamment des juges et des juristes. La réunion prendra fin demain, avec une séance plénière (à partir de 15h) qui verra la présentation d’un projet de plan d’action commun visant à s’attaquer au problème tout en respectant la liberté sur Internet.

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Contact: Service de presse de l’UNESCO: tél 33 (0)1 45 68 17 44

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