LA LUTTE CONTRE LA PEDOPHILIE SUR INTERNET SOUS L'EGIDE DE L'UNESCO
Paris, 20 janvier {N°99-07} - Travail de sensibilisation, de prévention et
d'alerte des ONG, recherche scientifique, opérations policières
coordonnées par Interpol, coopération plus active mais aussi parfois
rivalité entre les différents acteurs qui luttent contre la pédophilie à
travers le monde... Invités par l'UNESCO à débattre, les 18 et 19
janvier, lors d'une réunion internationale d'experts sur «
l'exploitation sexuelle des enfants, la pornographie impliquant des
enfants et la pédophilie sur l'Internet : un défi international »,
quelque 300 participants d'organisations nationales et internationales
d'une quarantaine de pays ont offert un kaléidoscope d'expériences,
d'analyses, de constats et d'interrogations sur le sujet.
Depuis que l'Internet a pris son essor, ce média accessible au plus
grand nombre, en particulier dans les pays industrialisés, est devenu
l'un des canaux privilégiés des réseaux pédophiles. Il reste que la
pédophilie n'est pas arrivée avec l'Internet et que cet espace de
communication infinie, caractérisé par une diversité de services et de
fonctions, ne peut être le bouc émissaire de ce fléau. Les représentants
des principales organisations non gouvernementales ont ainsi tenu à
rappeler que les droits de l'enfant continuaient à être bafoués dans le
monde entier et que la misère et l'ignorance facilitaient les délits
pornographiques et pédophiles : « Que ce soit dans les pays
industrialisés ou dans les pays en développement, les enfants deviennent
des objets de commerce ».
Les efforts menés par les différents acteurs qui luttent en particulier
contre la pédophilie sont continus. Ils s'inscrivent dans le cadre de la
Convention relative aux droits de l'enfant de 1989 et du Premier Congrès
mondial contre l'exploitation sexuelle des enfants à des fins
commerciales (Stockholm,1996). L'initiative de l'UNESCO - deux séances
portant sur L'exploitation sexuelle des enfants et la pédophilie et La
pornographie impliquant des enfants et la pédophilie sur l'Internet,
suivie d'une journée consacrée à la tenue de groupes de travail - aura
permis de montrer le foisonnement des initiatives engagées à travers le
monde mais également les obstacles à la mise en place de mesures
préventives efficaces, le manque de données précises sur l'ampleur du
phénomène, la relative application de l'arsenal juridique voire son
absence, le décalage entre les intentions déclarées et les actions des
gouvernements d'un certain nombre de pays. Ces deux journées d'échanges
et de débats ont révélé que, confrontés aux cyberpédophiles, les acteurs
concernés tentent de s'organiser, agissent davantage de concert et
qu'avec l'Internet de nouveaux acteurs étaient entrés en scène : le
secteur privé des industries de l'informatique.
Dans la lutte contre la pédophilie sur l'Internet, rien ne pourra se
faire, en effet, sans la coopération de l'industrie informatique. Si une
grande partie de cette industrie semble encore réticente, certaines
associations comme Euroispa (association européenne des fournisseurs
d'accès et de services à l'Internet) se mobilisent pour mettre en place
des codes de conduite nationaux et établissent des sites Internet dénonçant ceux qui véhiculent des contenus illégaux de nature pédophile
ou d'incitation à la haine raciale. Comme l'a indiqué Christophe Le
Toquin de l'Euroispa, « il faut être transparent et responsable mais il
convient de distinguer, en terme de responsabilité, les prestations
purement techniques, comme la fourniture d'accès ou celle d'hébergement,
et les prestations de fourniture de contenus, comme la gestion d'un site
Web ».
Plusieurs intervenants ont ainsi débattu des actions à mener pour créer
un environnement plus sûr : développement de systèmes de filtrage et de
classification qui seraient un moyen efficace pour que les familles et
les enfants puissent se protéger contre un contenu indésirable ;
incitation des utilisateurs à indiquer les sites qu'ils ont repérés aux
organisations non gouvernementales ou aux organes de police ; création
de centres d'appels directs (« hotlines ») pour les utilisateurs, etc.
Les mécanismes d'autorégulation doivent être favorisés et ciblés, tant
pour l'identification, l'enquête et la poursuite des fournisseurs des
matériaux illicites que pour la protection des enfants en ligne.
L'objectif est donc de faire disparaître de l'Internet les contenus
nocifs et illicites sans compromettre les droits et les libertés
existants, en particulier le droit à liberté d'expression. Au contraire,
formidable objet de pédagogie, de culture et d'éducation, l'Internet
doit être utilisé pour contrer l'influence des réseaux pédophiles par
une information en direction des familles et des enfants sur les
précautions à prendre quand on navigue sur une autoroute, par un rappel
de la loi et des risques encourus par les contrevenants.
Au sein des trois groupes de travail lors de la seconde journée
(Stratégies socio-économiques et développement des systèmes de soutien ;
questions juridiques ; recherche, information et surveillance), les
propositions n'ont pas manqué. Pour les uns, il faut identifier,
clarifier les responsabilités, informer, former et mobiliser les
parents, les enseignants, les éducateurs ; pour les autres, il faut
établir des codes de bonne conduite, mettre en place des « hotlines »,
harmoniser les législations nationales, rappeler aux gouvernements leurs
devoirs et leurs obligations, les solutions ne pouvant être que
politiques. Pour tous, il convient de conjuguer les efforts, de briser
la loi du silence et de donner aux enfants des repères - « ils ont le
droit de dire non » - pour qu'ils puissent se défendre.
Une Déclaration et un Plan d'action, placé sous l'égide de l'UNESCO, ont
été adoptés par les experts à l'issue de ces deux journées. Largement
orienté sur la prévention et la sensibilisation du public et de
l'industrie informatique, le Plan d'action prône, pour l'essentiel,
l'harmonisation des législations, une plus grande coopération
police-justice dans la lutte contre la pédophilie sur l'Internet.
L'UNESCO est invitée à mettre sur pied un centre d'échange
d'informations ainsi qu'un groupe d'experts qui rassemblerait les
expériences de tous les secteurs concernés. La lutte contre la
pédophilie sur l'Internet s'amplifie.
****
UNESCOPRESS EN LIGNE
|