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Note d’information

Pour la première fois, l'UNESCO a proclamé le 18 mai 2001 une liste de chefs d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité. Choisies par un jury de 18 membres, les candidatures ont été retenues pour leur valeur exceptionnelle. Cette première proclamation mondiale entendait souligner l'importance de la protection de ce patrimoine oral et immatériel - espaces culturels et formes d'expression populaires et traditionnelles - exceptionnel mais menacé. Elle a aussi mis l'accent sur l'importance de la préservation de la diversité culturelle."

DEFINITION

La nouvelle proclamation entend distinguer :

1.  Des formes d’expression populaires et traditionnelles - tels que les langues, la littérature  orale, la musique, la danse, les jeux, la mythologie, les rituels, les costumes, le savoir-faire artisanal, l’architecture.

2.  Des espaces culturels – des lieux où se déroulent régulièrement des activités culturelles populaires et traditionnelles (emplacements où se tiennent des conteurs, où ont lieu des rituels, places de marché, festivals, etc.) ou l’époque qui voit revenir régulièrement un événement (rituels quotidiens, processions annuelles, spectacles revenant régulièrement).

Le patrimoine oral et immatériel a été défini par des experts internationaux réunis par l’UNESCO comme « les processus acquis par les peuples ainsi que les savoirs, les compétences et la créativité dont ils sont les héritiers et qu’ils développent, les produits qu’ils créent et les ressources, espaces et autres dimensions du cadre social et naturel nécessaires à leur durabilité ; ces processus inspirent aux communautés vivantes un sentiment de continuité par rapport aux générations qui les ont précédées et revêtent une importance cruciale pour l’identité culturelle ainsi que pour la sauvegarde de la diversité culturelle et de la créativité de l’humanité ».

Le patrimoine oral et immatériel recouvre des formes diverses, complexes et vastes d’un patrimoine vivant en constante évolution. Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, l’a qualifié de « melting pot de l’expression créative et de force directrice des cultures vivantes ».

POURQUOI ?

Le patrimoine oral et immatériel a acquis la reconnaissance internationale en tant que facteur vital pour l’identité culturelle, la promotion de la créativité et la préservation de la diversité culturelle. Il joue un rôle essentiel dans le développement national et international, dans la tolérance et l’interaction harmonieuse entre les cultures.

En ces temps de mondialisation, de nombreuses formes de ce patrimoine culturel risquent de disparaître, menacées par l’uniformisation culturelle, les conflits armés, le tourisme, l’industrialisation, l’exode rural, les migrations, la dégradation de l’environnement.

OBJECTIFS

La proclamation a pour principaux objectifs :

  • Sensibiliser l’opinion et la mobiliser en faveur de la reconnaissance de la valeur du patrimoine oral et immatériel et de la nécessité de le sauvegarder et revitaliser

  • Evaluer et faire l’état des lieux du patrimoine oral et immatériel dans le monde

  • Encourager les pays à établir des inventaires nationaux du patrimoine oral et immatériel et à prendre des mesures légales et administratives pour le protéger

  • Promouvoir la participation des artistes traditionnels et créateurs locaux à l’identification et au renouveau du patrimoine immatériel

La proclamation encourage les gouvernements, les organisations non gouvernementales (ONG) et les communautés locales à identifier, sauvegarder, revitaliser et promouvoir leur patrimoine oral et immatériel. Elle vise aussi à inciter les individus, groupes, institutions et organisations à contribuer à la gestion, préservation, protection et promotion de ce patrimoine.

CRITERES

Les candidatures sont appréciées en fonction de leur valeur exceptionnelle en tant que chefs d’œuvre du génie créateur humain, dans la mesure où elles représentent soit :

  • une forte concentration de patrimoine culturel immatériel de valeur exceptionnelle, soit

  • une expression culturelle populaire et traditionnelle d’une valeur exceptionnelle du point de vue de l’histoire, de l’art, de l’ethnologie, de la linguistique ou de la littérature.

Elles doivent :

  • Témoigner d’un enracinement dans une tradition culturelle ou dans l’histoire culturelle de la communauté concernée

  • Jouer un rôle en tant que moyen d’affirmation de l’identité culturelle des peuples et des communautés concernées, avoir une importance en tant que source d’inspiration et d’échanges interculturels et en tant que moyen de rapprochement des peuples ou communautés, jouer aussi un rôle culturel et social actuel pour la communauté concernée

  • Prouver l’excellence dans la mise en œuvre du savoir-faire et des qualités techniques déployées

  • Représenter une valeur en tant que témoignage unique d’une tradition culturelle vivante

  • Etre menacé du risque de disparition dû soit au manque de moyens de sauvegarde et de protection, soit à des processus de transformation accélérée, soit à l’urbanisation, soit à l’acculturation

  • Disposer d’un solide plan d’action de revitalisation, sauvegarde et promotion.

HISTOIRE

L’UNESCO, l’organisation des Nations Unies responsable de la culture, mène les efforts internationaux pour la sauvegarde du patrimoine mondial. Depuis 1972, la Liste du patrimoine mondial – comprenant actuellement 690 des plus remarquables sites culturels et naturels de la planète – joue un rôle pionnier en matière de préservation du patrimoine matériel. En tant que gardienne du patrimoine culturel, l’UNESCO entend élargir ce concept en promouvant le patrimoine oral et immatériel, et ce d’une façon géographiquement équilibrée. Le Directeur général de l’UNESCO, Koïchiro Matsuura, considère que le patrimoine immatériel est « une partie tout aussi fondamentale du patrimoine de l’humanité ».

Au cours des 20 dernières années, l’UNESCO a été en première ligne dans la préservation du patrimoine oral et immatériel, à travers un instrument international, des programmes et des publications, notamment :

  • Recommandation sur la sauvegarde de la culture traditionnelle et populaire (1989)

  • Réseau des Trésors humains vivants

  • Collection de Musique traditionnelle du monde

  • Guide pour la collecte de musique et instruments traditionnels

  • Atlas des langues en péril dans le monde

  • Conférence intergouvernementale sur les politiques linguistiques en Afrique.

Depuis l’adoption, il y a 30 ans, de la Convention du patrimoine mondial, de nombreux pays ont manifesté leur intérêt pour la sauvegarde du patrimoine immatériel. En 1997, la Conférence générale a décidé qu’une distinction internationale intitulée "Proclamation par l’UNESCO des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité" serait créée par l’Organisation.

Réaffirmant l’engagement de l’UNESCO en faveur du patrimoine culturel, la nouvelle proclamation renforce les objectifs stratégiques liés à son mandat culturel :

  • Promouvoir l’élaboration et l’application d’instruments normatifs dans le domaine culturel

  • Protéger la diversité culturelle et encourager le pluralisme et le dialogue entre les cultures et les civilisations

  • Renforcer les liens entre culture et développement, par le renforcement des capacités et le partage des connaissances.

LE JURY

Le Directeur général désigne un jury international chaque quatre ans. Ce jury se réunit tous les deux ans afin de désigner les espaces culturels ou formes d’expression culturelle qui méritent d’être proclamés chefs-d’œuvre.

PROCEDURE

Les candidatures sont présentées au Directeur général par :

  • des gouvernements

  • des organisations intergouvernementales, en consultation avec la Commission nationale pour l’UNESCO du pays concerné

  • des organisations non gouvernementales entretenant des relations formelles avec l’UNESCO, en consultation avec la Commission nationale pour l’UNESCO de leur pays.

Chaque pays peut soumettre - ou soumettre de nouveau - une seule candidature tous les deux ans. Des candidatures multinationales concernant les communautés de plusieurs Etats peuvent aussi être soumises en plus du quota de chaque Etat. Aucune candidature ne peut être soumise sans l’accord de la communauté ou des individus concernés.

Les dossiers de candidatures sont évalués par des ONG, telles que le Conseil international de la musique traditionnelle, le Conseil international des sciences sociales, le Conseil international de la philosophie et des sciences humaines, le Comité international permanent des linguistes, l’Association internationale des sciences juridiques, l’Union internationale des sciences anthropologiques et ethnologiques, et d’autres ONG scientifiques et techniques.

Le programme est principalement financé par des fonds extra-budgétaires. Pour la première proclamation des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, le gouvernement japonais a fourni un important appui financier. 31 Etats membres ont reçu une aide de moins de 20 000 dollars pour préparer leurs dossiers de candidature. La prochaine date limite pour soumettre des candidatures est fixée au 30 juin 2002. La seconde proclamation aura lieu en mai 2003.

LE FUTUR

La proclamation des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel s’inscrit dans une stratégie à plus long terme visant à créer un instrument normatif. Les programmes, politiques et réalisations constitueront les bases d’un travail préparatoire pour un instrument normatif visant à renforcer les initiatives actuelles et à créer un nouveau cadre conceptuel et légal mettant l’accent sur l’importance du patrimoine culturel immatériel.