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POUR
LA PREMIERE FOIS, L'UNESCO DISTINGUE DES CHEFS D'OEUVRE DU
PATRIMOINE ORAL ET IMMATERIEL
Paris, 18 mai -
Le plus vieil opéra chinois, le théâtre japonais Nôgaku, le théâtre
sicilien de marionnettes, le carnaval andin d'Oruro, des chants géorgiens,
des récits Ifugao des Philippines, l'univers des conteurs,
musiciens et autres bateleurs d'une place de Marrakech, mais aussi
le patrimoine oral ou musical de plusieurs communautés africaines,
figurent parmi les 19 espaces culturels ou formes d'expression
culturelle qui se sont vues décerner aujourd'hui par l'UNESCO le
titre de "chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel de
l'humanité".
Cette première proclamation
de chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et immatériel est
intervenue après trois jours de réunion d'un jury
international de 18 membres, présidé par l'écrivain
espagnol Juan Goytisolo. Trente-deux candidatures ont été
soumises au jury.
Quatre des chefs-d'oeuvre proclamés étaient présentés par des
pays du continent américain. Il s'agit de : la
langue, les danses et la musique des Garifuna (Belize, soutenu
par le Honduras et le Nicaragua) ; le
carnaval d'Oruro (Bolivie) ; l'espace
culturel de la Fraternité du Saint-Esprit des Congos de Villa
Mella (République dominicaine) ; le
patrimoine oral et les manifestations culturelles du peuple Zápara
(Equateur et Pérou).
Trois espaces culturels ou formes d'expression culturelle
africains se voient également décerner le titre de
chefs-d'oeuvre : la
tradition orale du Gèlèdé(Bénin, soutenu par le Nigeria et
le Togo) ; les
trompettes Gbofe d'Afounkaha : la musique et l'espace culturel de
la communauté Tagbana (Côte d'Ivoire) ; l'espace
culturel du Sosso-Bala (Guinée).
En Asie, l'UNESCO a voulu honorer six chefs-d'oeuvre: l'opéra
Kunqu (Chine) ; le
théâtre sanscrit Kuttiyattam (Inde) ; le
théâtre Nôgaku (Japon) ; le
rite royal ancestral et la musique rituelle du sanctuaire Jongmyo
(Corée) ; les
récits chantés Hudhud des Ifugao (Philippines) ; l'espace
culturel du district Boysun (Ouzbekistan).
Le patrimoine oral et immatériel européen compte cinq lauréats
: le
mystère d'Elche (Espagne) ; le
chant polyphonique géorgien (Géorgie) ; le
théâtre de marionnettes sicilien Opera dei Pupi (Italie) ; la
création et le symbolisme des croix en Lituanie (Lituanie,
soutenue par la Lettonie) ; l'espace
culturel et la culture orale des Semeiskié (Fédération de
Russie).
Dans les pays arabes, l'espace
culturel de la place Jemaa el-Fna (Maroc) a également été
distingué.
En proclamant ces 19 chefs-d'oeuvre, l'UNESCO - dont tout le monde
connaît déjà la Liste du patrimoine mondial, qui réunit les
sites culturels ou naturels les plus remarquables de la planète -
a voulu sensibiliser à l'importance de sauvegarder le patrimoine
immatériel, élément fondamental de la diversité culturelle.
Lors de la proclamation, le Directeur général, Koïchiro
Matsuura, a d'ailleurs souligné que la proclamation ne
constituait qu'une première action à court terme. Une autre
action, complémentaire et parallèle, serait menée dans le long
terme : le projet d'un instrument normatif qui vienne compléter
la Convention du patrimoine mondial de 1972 mise en place pour le
patrimoine matériel.
Koïchiro
Matsuura a ajouté : " La liste que nous établissons
implique un certain nombre d'engagements qui sont très concrets.
D'une part, le dépôt d'une candidature implique de la part d'un
Etat ou d'un ensemble d'Etats un inventaire de leur propre
patrimoine immatériel. Plus conscients des trésors qu'ils
abritent, ils seront sans doute plus attentifs à leur protection,
et à celle des acteurs locaux qui les font vivre. D'autre part,
les candidatures doivent non seulement mettre en avant la valeur
culturelle du bien proposé, mais aussi proposer des plans de
sauvegarde détaillés. [...] Enfin, l'inscription sur la liste
par l'UNESCO est un engagement de sa part à mettre tout en oeuvre
pour aider le ou les pays détenteurs du chef d'oeuvre proclamé
à financer le plan de sauvegarde ".
Pour sa part, le président du jury, Juan Goytisolo, a précisé
qu'aucune des autres candidatures n'avait été définitivement
rejetée. Il a souhaité que ces candidatures soient présentées
de nouveau, " avec davantage de précisions, notamment sur
les plans d'action ", et incité les pays absents à cette
première proclamation à proposer des candidatures.
Par patrimoine oral et immatériel, l'UNESCO entend : "
l'ensemble des créations émanant d'une communauté culturelle
fondées sur la tradition, exprimées par un groupe ou par des
individus et reconnues comme répondant aux attentes de la
communauté en tant qu'expressions de l'identité culturelle et
sociale de celle-ci, les normes et les valeurs se transmettant
oralement, par imitation ou par d'autres manières. Ses formes
comprennent, entre autres, la langue, la littérature, la musique,
la danse, les jeux, la mythologie, les rites, les coutumes et le
savoir-faire de l'artisanat, l'architecture et d'autres arts.
Outre ces exemples, seront prises en compte aussi les formes
traditionnelles de communication et d'information ".
La prochaine proclamation des chefs-d'oeuvre du patrimoine oral et
immatériel de l'humanité aura lieu en mai 2003. La date limite
pour soumettre des candidatures - une par pays au maximum, mais
pas de limitation aux candidatures multinationales - est fixée au
30 juin 2002. Avant leur présentation au jury, les dossiers de
candidatures sont soumis à des organisations non gouvernementales
spécialisées, telles que le Conseil international pour la
musique traditionnelle (ICTM), l'Union internationale des sciences
anthropologiques et ethnologiques (IUAES) ou le Comité
international permanent de linguistique (CIPL).
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