UN NOUVEAU DEPART POUR UN NOUVEAU MILLENAIRE : LA DECLARATION ET LE
PROGRAMME D'ACTION SUR UNE CULTURE DE LA PAIX
Paris, 13 septembre - Le monde peut-il se passer de la violence ?
L'Assemblée générale des Nations Unies vient de répondre " oui ". En
adoptant par consensus, lors de sa 53e session, le 13 septembre, une
Déclaration et un Programme d'action sur une culture de la paix, elle
affirme : la paix est toujours possible et la violence évitable. Elle
s'oppose ainsi à la fatalité qui impose depuis la nuit des temps le règne de
la violence dans les rapports entre individus, groupes, communautés, peuples
et nations. Avec ces deux textes, la communauté internationale - l'ensemble
du système des Nations Unies - se donne les outils pour promouvoir une
culture de la paix sur la base d'une éthique universelle et préserver les
générations futures du fléau de la guerre tel que le stipule la Charte de
l'ONU.
Les dispositions de ces textes inspireront les gouvernements, les
organisations internationales et la société civile. La culture de la paix
suppose des mesures spécifiques ainsi que la mobilisation et la
participation de tous ; elle implique une profonde transformation des
structures institutionnelles et des valeurs, attitudes et comportement des
individus et des groupes, afin de traiter les racines culturelles des
conflits et des guerres.
L'adoption des deux textes traduit un espoir à la fin de ce siècle qui aura
été marqué par deux guerres mondiales, par la prolifération de conflits dans
le tiers monde, par les convulsions des nationalismes et par l'émergence de
particularismes teintés d'intégrisme religieux ou culturel. Elle montre que
face aux tragédies à répétition, il ne faut jamais se résigner et, au
contraire, redoubler d'efforts pour bâtir une culture fondée sur la
tolérance, la démocratie et le respect des droits de chacun.
Une oeuvre de longue haleine
La culture de la paix est une oeuvre de longue haleine dont le processus ne
date pas d'aujourd'hui. En soi, la création du système des Nations Unies, au
lendemain de la Seconde Guerre mondiale, fondée sur les valeurs et les buts
communs à toute l'humanité, a constitué un signe essentiel de l'émergence
d'une culture de la paix. Pour sa part, l'UNESCO, au titre de sa mission
inscrite dans son Acte constitutif selon lequel " les guerres prenant
naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que
doivent être élevées les défenses de la paix ", a fait de la promotion de la
culture de la paix une priorité.
Au cours de la dernière décennie, les instruments internationaux adoptés
ainsi que les déclarations et les différents plans d'action formulés lors
des conférences mondiales sous les auspices des Nations Unies témoignent de
l'existence de normes, de valeurs et d'objectifs communs, tous définis dans
le sens d'une culture de la paix. Ces normes, valeurs et objectifs
constituent la base d'une éthique universelle. Chaque Etat membre, quelle
que soit sa taille, peut contribuer à la promotion de la culture de la paix,
leur démarche essentielle étant de traiter les causes des conflits violents
et donc de mener une action de prévention avant que les conflits n'éclatent.
La Déclaration adoptée par l'Assemblée générale des Nations Unies définit la
culture de la paix comme l'ensemble des valeurs, des attitudes, des
traditions, des comportements et des modes de vie fondés sur le respect de
la vie, le rejet de la violence et la volonté de promouvoir et de pratiquer
la non-violence par l'éducation, le dialogue et la coopération ; le respect
des droits de l'homme et des libertés fondamentales et leur promotion ;
l'engagement de régler pacifiquement les conflits ; le respect et la
promotion du droit au développement ainsi que de l'égalité des droits et des
chances pour les femmes et les hommes, et des droits de chacun à la liberté
d'expression, d'opinion et d'information ; l'adhésion aux principes de
liberté, de justice, de démocratie, de tolérance, de solidarité, de
coopération, du pluralisme, de la diversité culturelle, du dialogue et de la
compréhension à tous les niveaux de la société et entre les nations.
Une stratégie globale, des mesures spécifiques
Le Programme d'action doit servir de base à l'Année internationale de la
culture de la paix (2000), au seuil du nouveau millénaire, et à la Décennie
internationale de la Promotion d'une culture de la non-violence et de la
paix au profit des enfants du monde (2001-2010). Les Etats membres sont
encouragés à mener des actions spécifiques pour promouvoir une culture de la
paix. La société civile est appelée à y participer davantage aux niveaux
local, régional et national. L'UNESCO doit continuer de jouer son rôle
déterminant et y apportera des contributions majeures. Les partenariats
entre les différents acteurs concernés seront encouragés et renforcés pour
édifier un mouvement mondial en faveur de la culture de la paix.
Plusieurs mesures spécifiques aux niveaux national, régional et
international vont être renforcées : celles qui portent sur l'éducation ;
celles qui ont trait à la mise en oeuvre du développement économique et
social durable pour tous ; celles qui encouragent le respect de tous les
droits de l'homme ; celles qui encouragent le respect des droits de l'homme
; celles qui assurent l'égalité entre les femmes et les hommes ; celles qui
favorisent la participation démocratique ; celles qui contribuent à la
compréhension, la tolérance, la solidarité ; celles qui soutiennent la
communication participative et la libre circulation de l'information et des
connaissances ; celles enfin qui promeuvent la sécurité internationale.
La paix s'apprend
" Droit fondamental des citoyens, l'éducation est l'une des clés
essentielles à la construction de la culture de la paix. Une éducation
multilingue et multiculturelle développant la tolérance et la compréhension
chez les citoyens libres de préjugés ", comme l'a rappelé le Directeur
général de l'UNESCO, Federico Mayor, lors du Forum international " Pour une
culture de la paix et du dialogue entre les civilisations " à Moscou (13-16
mai 1999).
Les mesures pour inculquer une culture de la paix par l'éducation
consisteront à renforcer les efforts menés au niveau des Etats et de la
coopération internationale afin que les objectifs d'une éducation pour tous
soient réalisés. D'une part, les enfants, dès leur plus jeune âge, doivent
être assurés de recevoir une éducation qui mette en avant les valeurs, les
attitudes, les modes de conduite leur permettant de régler tout différend
pacifiquement et dans un esprit où priment la dignité humaine, la tolérance et la non
discrimination ; d'autre part, l'égalité d'accès à l'éducation des femmes et
des jeunes filles doit être garantie. Les programmes d'enseignement seront
révisés dans l'esprit de la Déclaration et du cadre d'action intégré
concernant l'éducation pour la paix, les droits de l'homme et la démocratie
de 1995. Quant aux efforts déployés par les organismes compétents du système
des Nations Unies en matière de formation et d'éducation, ils seront
renforcés, selon les besoins, dans les domaines de la prévention des
conflits et de la gestion des crises, du règlement pacifique des différends
et de la consolidation de la paix après les conflits. Enfin, les initiatives
entreprises par les établissements d'enseignement supérieur dans diverses
régions du monde y compris par l'Université des Nations Unies (Japon),
l'Université pour la paix (Costa Rica) et le projet de jumelage des
universités / programme UNITWIN/chaires UNESCO, seront élargies.
D'autres mesures confortent le développement économique et social durable :
la communauté internationale et tous les acteurs du développement seront
davantage sensibilisés pour prendre des décisions cohérentes et de grande
envergure, fondées sur des stratégies appropriées et répondant à des
objectifs convenus, pour éliminer la pauvreté. L'une des politiques majeures
sera de renforcer les capacités nationales d'exécution des politiques et des
programmes conçus pour réduire les inégalités économiques et sociales dans
les pays. Les solutions efficaces, équitables et durables pour alléger la
dette sont encouragées, et les décisions pour appliquer les stratégies
nationales pour la sécurité alimentaire durable sont renforcées.
Promouvoir le respect de tous les droits de l'homme par la pleine
application de la Déclaration et du Programme d'action de Vienne (1993) et
par la réalisation des objectifs de la Décennie des Nations Unies pour
l'éducation dans le domaine des droits de l'homme (1995-2004) est un autre
axe de mobilisation et d'action. La priorité est aussi donnée à la
réalisation et à l'application du droit au développement, ainsi qu'à la
diffusion et la promotion de la Déclaration universelle des droits de
l'homme à tous les niveaux.
Le Programme d'action porte également sur la question de l'égalité entre les
femmes et les hommes. La quatrième Conférence mondiale sur les femmes
(Beijing, 1995) a souligné la nécessité de donner aux femmes des moyens
politiques et économiques accrus, et de faire en sorte qu'elles soient
équitablement représentées à tous les niveaux de la prise des décisions
économiques et politiques. Les ressources seront accordées et des plans
d'action nationaux élaborés et lancés. Parallèlement, les organismes
compétents du système des Nations Unies renforceront leurs actions afin
d'éliminer toutes les formes de discrimination et de violence contre les
femmes aussi bien dans la famille, sur les lieux de travail que lors des
conflits armés.
Favoriser la participation démocratique est une autre mesure annoncée.
L'éducation pour la citoyenneté démocratique dans les programmes
d'enseignement à tous les niveaux de l'éducation, tant formelle
qu'informelle, sera renforcée. De même, les représentants des pouvoirs
publics en matière de règlement des différends recevront une formation et
verront leurs capacités renforcées. La lutte contre le terrorisme, la criminalité
organisée, la corruption, la production et la consommation des drogues
illicites, et le blanchiment de l'argent qui minent et déstabilisent les
démocraties, et empêchent l'épanouissement plus complet d'une culture de
paix, occupe une place essentielle dans ce programme.
A ces mesures s'ajoutent celles destinées à faire progresser la
compréhension, la tolérance et la solidarité entre tous les peuples et
toutes les cultures et celles qui visent à soutenir la communication
participative et la libre circulation de l'information et des connaissances.
Les premières reprennent la Déclaration de principe sur la tolérance et le
Plan d'action destiné à donner suite à l'Année des Nations Unies pour la
tolérance (1995). Ce Plan est une référence majeure en la matière. Pour leur
part, les activités entreprises dans le contexte de l'Année des Nations
Unies pour le dialogue entre les civilisations (An 2001) seront soutenues,
de même celles qui favorisent la tolérance et la solidarité avec notamment
les migrants, les personnes déplacées et les peuples autochtones.
Les secondes mesures assurent la liberté d'opinion, d'expression et
d'information, partie intégrante des droits de l'homme et des libertés
fondamentales. Cette liberté est un facteur essentiel pour la construction
d'une culture de la paix. Les médias sont par conséquent des acteurs clés de
la mobilisation de la volonté populaire et politique. Les mesures prévoient
notamment de soutenir les médias dans ce rôle, d'assurer la liberté de la
presse, d'encourager les médias à se faire les avocats de la culture de la
paix et à diffuser l'information la concernant, de promouvoir une
communication de masse qui permette aux communautés de participer à la prise
de décision. Quant aux nouvelles technologies de la communication, dont
Internet, elles ne sont pas oubliées et des actions seront menées pour
encourager le partage de l'information.
Le Programme d'action prévoit une dernière série de mesures ayant trait à la
promotion de la paix et de la sécurité internationale. Un contrôle
international strict et effectif d'un désarmement général et complet serait
de bon augure. Quant aux activités de " reconversion militaire ", dont
certains pays ont fait l'expérience, elles sont encouragées, et les
initiatives prises après les conflits en faveur de la démobilisation, de la
réintégration des anciens combattants dans la société ou encore le règlement
des problèmes des réfugiés et des personnes déplacées sont soutenues.
A l'aube du XXIe siècle, les pays du monde entier s'accorderont-ils à écrire
une nouvelle page d'histoire ? La paix est toujours possible, elle peut
s'imposer. Encore faut-il la vouloir, l'encourager, la conduire et la
cultiver sans cesse au quotidien. Comme le souligne Federico Mayor, " sans
la paix, il n'y a pas de développement, pas de justice, pas de démocratie.
Pour passer d'une culture de guerre et de violence à une culture de paix et
de dialogue, nous devons changer les valeurs, attitudes et comportements du
passé. Au lieu du proverbe cynique "Si tu veux la paix, prépare la guerre",
nous devons dire "Si tu veux la paix, prépare la paix, essaye de la
construire" ".
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