Tout schéma directeur pour l'avenir doit définir sa situation de départ. En l'absence de statistiques fiables sur l'éducation ou la recherche et le développement scientifique et technologique en Afrique, il est difficile de faire le point de la situation actuelle de la S & T. Les pays d'Afrique ont besoin qu'on les aide rapidement à rassembler des statistiques sur la science. Celles-ci devraient indiquer quelle est, au regard de la S & T, la situation actuelle des femmes, dont la position dans la société africaine en fait des agents du changement efficaces, mais encore largement inutilisés.

La science et la technologie ont déjà eu une grande incidence sur le développement de l'Afrique
Malgré l'aggravation de la pauvreté, la récente multiplication des conflits civils dans la région et la recrudescence des maladies endémiques, parmi lesquelles le paludisme, la tuberculose et le sida, plusieurs indicateurs du développement illustrent l'incidence positive de la S&T au cours des dernières décennies.

L'espérance de vie a augmenté de 10 ans, passant de 39,9 ans en 1960 à 49,9 ans en 1994.
Le taux de mortalité infantile a diminué de plus de 40 % pendant la même période, tombant de 166 à 97 pour 1.000 naissances vivantes.
Le pourcentage de la population ayant accès à une eau salubre a presque doublé au cours des deux dernières décennies, passant de 24 % pour la période 1975-1980 à 42 % pour la période 1990-1996.
Le taux d'alphabétisation des adultes a plus que doublé, passant de 27 % en 1970 à 56 % en 1994.
Le PNB réel par habitant est passé de 990 dollars des Etats-Unis en 1960 à 1.377 dollars des Etats-Unis en 1994, soit une croissance supérieure à la croissance moyenne enregistrée dans les pays les moins avancés.

Depuis le "boom" observé dans les années qui ont immédiatement suivi l'indépendance, les capacités scientifiques et technologiques de la quasi-totalité des Etats d'Afrique se sont toutefois régulièrement amenuisées, ce qui aura de graves conséquences pour l'avenir de la région puisque la S & T est un moteur essentiel du développement économique et social.

Les ba ses scientifiques et technologiques sont actuellement insuffisantes dans la majeure partie de l'Afrique subsaharienne
Une étude de 1992 évaluait à 20 000 le nombre de scientifiques et d'ingénieurs en Afrique, soit 0,36 % du total mondial. D'après une autre étude, la région ne produisait que 0,8 % de l'ensemble des publications scientifiques qui paraissent dans le monde. Et pour les dépôts de brevets, elle représente une part du total mondial proche de zéro.

Le Japon, les Etats-Unis d'Amérique et l'Europe comptent de deux à cinq scientifiques et ingénieurs pour 1.000 habitants tandis que certaines régions de l'Afrique subsaharienne n'ont qu'un seul scientifique ou ingénieur pour environ 10.000 habitants.

Les principales difficultés auxquelles se heurte la communauté S & T en Afrique sont notamment la baisse régulière des investissements dans la Recherche & Développement, l'exode des cerveaux, l'obsolescence et le délabrement des infrastructures. Il conviendrait également d'y ajouter le niveau d'apprentissage insuffisant du calcul et de la lecture et le nombre trop faible de jeunes filles et de femmes ayant une formation scientifique et technologique, à tous les niveaux.

Investissements dans la Recherche & Développement
D'après les chiffres disponibles, l'aide publique affectée à la Recherche & Développement en Afrique est globalement l'une des plus faibles au monde (environ 0,2 % du PNUD).



Seuls l'Afrique du sud et les Seychelles consacrent 1 % ou davantage de leur PNB à la Recherche & Développement. De nombreux experts s'accordent à penser que pour avoir une incidence significative les investissements doivent être supérieurs à 1 % du PNB. Dans les pays les plus développés, la S & T est plus proche de 3 % du PNB.
Et pourtant, même un taux de 1 % n'est peut-être pas un objectif réaliste pour certains pays africains. Le Directeur général de l'UNESCO a suggéré de fixer à 0,4 % du PNB l'objectif minimal pour les moins avancés d'entre eux. Dans l'intervalle, des représentants des Etats membres africains eux-mêmes ont demandé au Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) que 3 % des allocations nationales africaines soient réservées à la recherche et au développement.

Exode des cerveaux
D'après les chiffres disponibles, 30.000 Africains titulaires d'un doctorat vivraient en-dehors du continent. Les étudiants qui ont la possibilité de trouver un emploi à l'étranger s'en vont et certains de ceux formés à l'étranger ne reviennent pas. Pendant ce temps, la médiocrité des salaires et des perspectives d'avenir à l'université incitent souvent les scientifiques et ingénieurs qualifiés à aller travailler dans la fonction publique ou dans les grandes entreprises et le commerce.

Obsolescence
L'un des plus graves problèmes auquel la communauté S & T se heurte en Afrique est celui de l'obsolescence.
Les programmes de formation et les installations scientifiques sont très en retard par rapport à ce que l'on rencontre dans d'autres parties du monde. Il est courant en Afrique de voir les étudiants faire la queue pendant les cours de sciences pour utiliser à tour de rôle une poignée de microscopes et autres instruments, si tant est qu'il y en ait. Dans certains cas, ils doivent payer de leur poche le matériel indispensable. .

Instabilité politique et détérioration de l'infrastructure
La guerre et les conflits armés ont dans le même temps miné la stabilité, la paix et la prospérité à long terme d'une grande partie de la région. Rien qu'en 1996, 14 des 53 pays d'Afrique étaient victimes de conflits armés. A quelques notables exceptions près, même dans les Etats politiquement stables, l'insuffisance des infrastructures énergétiques, de transport et de communication constitue un frein au développement.
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