Dans son rapport au Conseil de sécurité sur Les causes des conflits et la promotion d'une paix et d'un développement durables en Afrique, le Secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan soulignait que "l'Afrique est un continent vaste et varié. Les pays qui le composent sont très différents par leur histoire et leur géographie, leur stade de développement économique, leurs politiques nationales et leurs relations internes et internationales".

Pourtant, même dans les trépidants quartiers d'affaires des villes les plus modernes d'Afrique, la pauvreté, l'analphabétisme et l'ignorance du calcul, la maladie, le manque d'accès à l'eau et l'incapacité de satisfaire d'autres nécessités humaines fondamentales sévissent souvent au coin de la rue. On ne voit sans doute nulle part ailleurs les extrêmes du développement voisiner d'aussi près tout en étant aussi éloignés. On a dit de l'Afrique qu'elle avait les pieds à l'âge de pierre et la tête à l'ère de l'informatique. Cette phrase contient peut-être aussi certaines des clés de sa prospérité future.

Il est indispensable d'utiliser les technologies appropriées modernes - telles que l'éducation à distance au moyen des CD-ROM, l'autoroute de l'information et l'imagerie satellitaire appliquée à la gestion des ressources - pour élever, sans distinction de sexe, les niveaux de développement sur l'ensemble du continent. Mais, ce faisant, il importe aussi de respecter les cultures nationales et d'assurer que les riches connaissances scientifiques autochtones de l'Afrique - sur les utilisations médicinales des plantes, par exemple - soient appréciées à leur juste valeur.

L'accès au savoir est un droit fondamental de l'être humain qui a été maintes fois conquis de haute lutte au cours de l'histoire. L'éducation à tous les niveaux est l'une des conditions du développement durable, en particulier en cette époque où l'écart entre les nantis et les démunis se définit de plus en plus en fonction de cet accès au savoir. Il est illusoire de croire que l'espèce humaine en général peut se permettre de mépriser le bien-être d'une grande partie des individus qui la composent. Elle ne progresse globalement qu'au rythme du plus lent de ses membres.

Les gouvernements des pays doivent, en oeuvrant aux niveaux régional et sous-régional et en collaboration avec le système des Nations Unies, les organisations internationales et les ONG, conjuguer leurs efforts pour assurer à tous les Africains l'accès aux connaissances qui les sortiront de la pauvreté - en soi l'une des principales causes de conflit. C'est là, au bout du compte, l'un des défis que l'Initiative spéciale des Nations Unies pour l'Afrique se propose de relever.

"L'heure est venue pour l'Afrique de passer de l'ajustement structurel à l'ajustement social par le moyen d'un développement indépendant" déclarait à Nairobi (Kenya) en 1994, Federico Mayor, lors de la Conférence de l'UNESCO sur la science et la technologie en Afrique. Ce développement indépendant passe par l'intensification de la coopération intra-africaine et Sud-Sud, par la libre circulation des scientifiques sur le continent africain et par la vulgarisation scientifique dans les langues nationales.

Comme le dit Federico Mayor, "La science n'est pas un luxe ni un ajout". Elle requiert "un environnement politique et culturel qui l'appuie, une infrastructure institutionnelle, des possibilités d'éducation à tous les niveaux et l'établissement de liens entre le secteur public et l'industrie. Une condition préalable à la réunion de ces facteurs est l'absence de guerre et de désordre social".


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