CONSEIL INTERNATIONAL DE LA PHILOSOPHIE ET DES SCIENCES HUMAINES


Comité international sur la propriété intellectuelle
International committee on Intellectual Property


Droits de reproduction

Conformément aux souhaits du Bureau réuni à Buenos Aires, Madeline Caviness et Philippe Sénéchal ont accordé une attention particulière à la question des droits de reproduction et de l’évolution du droit d’auteur et du copyright dans un environnement numérique. Tous deux sont intervenus à ce sujet lors de la Conférence internationale des ONG, qui s’est tenue à l’UNESCO du 12 au 15 décembre 2001.

Ph. Sénéchal a représenté le CIPSH le 2 février 2002 à une réunion de consultation des ONG à l’UNESCO sur le thème " Cultural, diversity, public domain, and the fair use ", destinée à préparer le sommet mondial sur la société de l’information qui se tiendra à Genève en 2003 et à Tunis en 2005. Une réunion intermédiaire a eu lieu à Bamako en mai 2002. À Genève devraient être adoptés une déclaration édictant des principes et des règles de conduite destinées à rendre la société de l’information plus équitable et ouverte à tous et un plan d’action concret. La réunion du 2 février a mis en évidence la difficulté à trouver un terrain d’entente et à définir des mesures pratiques. Pour plus de détails sur le résultat de cette consultation, voir http://www.unesco.org/webworld/ict_ngo/discuss.shtml

Toujours au niveau de líUNESCO, un projet de recommandation sur la promotion et líusage du multilinguisme et líaccès universel au cyberespace a été rédigé et doit passer par de multiples fourches caudines avant son adoption.

Pour l’Union européenne, un des chantiers principaux est la transposition, dans chaque pays membre, avant le 22 décembre 2002, de la directive destinée à harmoniser le droit d’auteur et les droits voisins (Directive 2001/29/CE du Parlement européen et du Conseil du 22 mai 2001 [JOCE L 167] europa.eu.int/eur-lex). De nombreuses initiatives ont eu lieu dans divers pays, en particulier émanant d’associations de chercheurs, de bibliothécaires ou d’archivistes, afin de prendre en compte les exceptions à des fins d’enseignement et de recherche. De nombreuses difficultés surgissent du fait de réticences des sociétés d’ayants-droit. Quoi qu’il en soit, comme le soulignait un dossier publié dans Actualités du droit de l’information (N° 24, avril 2002, p. 2), " plusieurs points doivent encore être clarifiés : l’articulation du droit des contrats et du droit de la propriété intellectuelle, l’articulation entre les mesures techniques et les exceptions et le rôle de l’État dans le maintien des exceptions choisies, l’articulation entre l’exception pour copie privée (moyennant une compensation aux ayants droit) et l’exception pour des actes spécifiques réalisés par des bibliothèques et d’autres établissements ouverts au public n’ayant aucun but lucratif (sans contrepartie financière), l’interprétation de certains termes figurant dans la directive, l’impact des mesures de protection technique sur le respect de la vie privée, l’impact de la directive sur le droit des bases de données ".

Pour les pays fonctionnant avec un système de copyright, Madeline Caviness doit être à même de donner les informations les plus à jour.

Parmi les initiatives les plus articulées en faveur d’un accès libre aux ressources intellectuelles, je me permets de renvoyer à l’action de la Coalition for Networked Information, à la rencontre Creating a European Forum for Open Archives Activities, qui s’est tenue les 13 et 14 mai 2002 à Pise, ainsi qu’aux activités de l’association HyperNietzsche (voir le texte suivant et le site internet de cette association, qui recense un certain nombre d’appels à l’action).

L'open source dans les sciences humaines

L'association HyperNietzsche a officiellement lancé mercredi 13 février 2002 une lettre ouverte intitulée : " Public Archives of The Humanities " : Pour un accès numérique au patrimoine culturel.

Elle fait suite au colloque organisé les 21 et 22 janvier 2002, à l'E.N.S. de Paris, et qui portait sur L'open source dans les sciences humaines: modèles ouverts de recherche et de publication sur Internet.

Cette lettre ouverte a pour objectif de mobiliser la communauté scientifique (essentiellement dans les disciplines de sciences humaines) afin de dégager quelques propositions concrètes destinées aux pouvoirs publics permettant d'adapter le droit de la propriété intellectuelle aux nouvelles pratiques (nées avec l'internet) de l'enseignement et de la recherche. Cette initiative est lancée alors qu'une négociation est en cours afin d'intégrer la directive européenne relative au droit d'auteur dans la société de l'information en droit français et que plusieurs projets de loi, concernant notamment la société de l'information, les musées et les archives, sont en discussion. Ce débat, d’ailleurs, dépasse très largement le seul cadre français.

Plusieurs points ont attiré l'attention des chercheurs à l'origine de cette lettre :

- la numérisation et la mise à disposition sur Internet des fonds conservés par les bibliothèques, archives, musées,… apparaissent aujourd'hui comme une priorité. Cela signifie soutenir encore davantage les grands projets de numérisation émanant de l’Etat, des bibliothèques, des musées et des archives, mais également, et surtout, créer un cadre juridique précis offrant la possibilité à tout projet de recherche, à tout chercheur, et même à tout citoyen qui le demande, de pouvoir numériser et diffuser des documents ou des objets appartenant au domaine public.

- une large réflexion doit être menée concernant les exceptions au droit d'auteur pour des fins d'enseignement et de recherche (ce que prévoit la directive européenne). Certaines anomalies (concernant la durée de protection par exemple, ou bien encore le droit de citation) ont été relevées, et de nombeux chercheurs et enseignants demandent depuis de longues années déjà un changement. La période semble propice pour lancer cette réflexion, qui doit déboucher sur des mesures concrètes : quels sont les outils juridiques dont a besoin aujourd'hui le chercheur ? Les difficultés tiennent à ce que les droits des auteurs et les droits des conservateurs, qui ne sauraient être oubliés, entrent parfois en contradiction avec les droits des chercheurs et du public : une nouvelle forme de collaboration (par exemple entre centres de recherche et archives), et de compromis tenant compte des intérêts de chacun, doit être recherché.

- Développer une sensibilité et une philosophie publique qui prenne en compte et cherche à définir – à côté des droits des auteurs, des nécessités des conservations et des exigences des grands projets de recherche – les droits du lecteur.

Cette initiative, si elle devait aboutir, faciliterait le travail de tout chercheur, français ou étranger, et constituerait ainsi un facteur fort de diffusion de la culture auprès de toute la population, y compris auprès des plus défavorisés : l’internet peut réduire la " fracture culturelle ".

A terme, une synthèse des propositions relevées sur le forum de discussion sera opérée, et soumise à un vote de la part des signataires de la lettre ouverte. Ces propositions seront alors soumises aux pouvoirs publics, afin d'assurer véritablement, ce qui doit être l’objectif de tous, un accès numérique au patrimoine culturel.

Cette lettre ouverte a été rédigée par Paolo D’Iorio (philosophe) et Philippe Chevet (juriste).

Enfin, en ce qui concerne les droits de reproduction des images pour des publications scientifiques, toutes les initiatives semblent avoir été vaines. La logique commerciale l’emporte partout, tant dans la sphère du marché proprement dit que dans les agences étatiques (du type Réunion des musées nationaux, en France). La " valorisation " du patrimoine est surtout un moyen de créer de la " valeur " marchande. Le plus grand pessimisme est donc de rigueur.

Ph. Sénéchal
septembre 2002

Début de la page