XXVIIe Assemblée Générale du CIPSH
(Beijing, 17-18 novembre 2004)
Rapport de M. Maurice Aymard
Secrétaire général du Cipsh
Madame la Présidente,
Mesdames et Messieurs les représentants des organisations membres
du Cipsh,
Lors de nos deux réunions précédentes, à Buenos Aires en 2000 et à
Porto Novo en 2002, j¹avais tenu à attirer votre attention sur un
certain nombre de menaces qui pesaient sur l¹avenir du Cipsh. Les
données du dossier étaient claires à mes yeux dès 1998, quand vous
m¹aviez, lors de notre rencontre de Naples, confié, sur proposition
de Jean Bingen, le secrétariat général du Cipsh : une responsabilité
que j¹avais longtemps hésité à accepter, car je savais que la direction
de la Maison des Sciences de l¹Homme ne me laisserait que peu de temps
à consacrer à la gestion du Cipsh. Sur ce point, j¹ai eu la chance,
assez exceptionnelle, de bénéficier au cours de ces six années de
l¹aide constante, efficace et dévouée de Luca Scarantino : c¹est grâce
à son engagement personnel que j¹ai pu faire face aux difficultés
qui se sont multipliées sur sa route. Je souhaiterais donc que vous
me réserviez vos critiques, et que vous lui témoigniez votre reconnaissance.
Une reconnaissance d¹autant plus grande que différents ennuis de santé
m¹ont contraint à réduire, au cours de ces deux dernières années,
mes activités de manière assez sensible.
Je me contenterai de rappeler ici les
termes des problèmes avec lesquels le Cipsh se trouve confronté depuis
le milieu des années 1990, et qui n¹ont cessé de s¹aggraver au cours
des dix dernières années. Ils tiennent aux rapports que nous entretenons
avec l¹Unesco. Le Cipsh, tout comme le Ciss, de quelques années son
cadet, avait bénéficié depuis sa création de l¹appui sans faille de
l¹Organisation internationale : un appui dont témoignaient aussi bien
la place qu¹elle réservait à ses initiatives que les moyens qu¹elle
lui accordait en termes de subventions récurrentes ou exceptionnelles
et de locaux. Ce soutien se justifiait aux yeux de l¹Organisation
internationale parce que l¹action du Cipsh s¹intégrait parfaitement
dans la politique poursuivie par l¹Unesco et que les organisations
scientifiques qui le composaient constituaient à ses yeux autant de
relais avec les communautés scientifiques sur lesquelles elle souhaitait
s¹appuyer.
Cette situation s¹est trouvée progressivement mais profondément modifiée
au cours des dix dernières années. L¹Unesco a redéfini ses objectifs
et affiché d¹autres priorités : l¹éducation pour tous, la lutte contre
la pauvreté, les droits de l¹homme, pour nous en tenir aux toutes
dernières années. Par rapport à ces priorités, le Cipsh, ses organisations
membres et la culture que nous incarnons apparaissent à beaucoup de
responsables de l¹Organisation, malgré tous nos efforts pour les convaincre
du contraire, comme trop élitistes et peu adaptés pour les aider à
atteindre les objectifs poursuivis. En même temps, la réduction sensible
des moyens budgétaires de l¹Organisation internationale a conduit
celle-ci à remettre en cause sa politique de subvention et d¹aide
aux Organisations non gouvernementales qui coopèrent avec elle. Elles
souhaite désormais que celles-ci soient réellement autonomes par rapport
à elle, de façon à diminuer la part des financements récurrents qu¹elle
leur assure, et à conclure au contraire au coup par coup avec elles
des accords ponctuels pour la réalisation d¹objectifs particuliers.
Une forte pression s¹exerce de même au sein de l¹Organisation contre
l¹hébergement gratuit dans ses locaux d¹un certain nombre d¹Ong, dont
nous faisons patrie : le Cipsh, comme le Ciss, a dû accepter au cours
des dernières années une réduction de 50% des surfaces mises à sa
disposition.
Sur les conseils du nouveau Directeur général, qui avait accepté l¹invitation
que Madeline Caviness et moi-même lui avions adressée, nous avons
donc pris contact avec les représentants des principaux secteurs de
l¹Unesco susceptibles d¹être intéressés par notre capital scientifique,
nos propositions et le soutien que nous pourrions apporter à leurs
actions. Ces contacts ont commencé à porter leurs fruits, comme le
montrent l¹opération d¹expertise qui nous a été confiée en 2003-2004
sur les projets concernant le patrimoine immatériel, opération qui
a été conduite en association avec le Ciss et qui devrait être reconduite
l¹an prochain, ou les opérations conduites en liaison avec le programme
des Chemins de la pensée, qui ont débouché sur des numéros spéciaux
de Diogène. La participation aux Journées de la philosophie en 2002
et en 2003 ont également été des signes de l¹appréciation dont jouit
le Cipsh au sein de l¹Organisation internationale. De telles actions
montrent la direction dans laquelle nous devons aller : transformer
le Cipsh d¹Organisation assistée par l¹Unesco, et dont les organisations
membres seraient aidées par elle pour poursuivre leurs propres objectifs
scientifiques, en une Organisation capable de mettre à la disposition
de l¹Unesco un potentiel scientifique susceptible d¹être mobilisé
pour aider celle-ci à réaliser ses propres programmes. J¹avais attiré
votre attention, à Buenos Aires et à Porto Novo, sur le caractère
indispensable d¹une telle mutation. L¹expérience des deux dernières
années nous en a confirmé la nécessité. Elle n¹est pas impossible
à réaliser, mais exige du temps, des moyens, une disponibilité de
tous, et un changement d¹attitude vis-à-vis de l¹Unesco. Or, pour
les deux premiers, le temps et les moyens, nous souffrons d¹une grave
insuffisance : un secrétaire général occupé à plein temps par ailleurs,
un secrétaire général adjoint à mi-temps, et une secrétaire qui, jusqu¹à
cette année, a travaillé à plein temps, mais dont nous allons nous
voir contraints de réduire le temps de travail.
Dans l¹immédiat, et en dehors des ressources
complémentaires que la réalisation de ces opérations exceptionnelles
ont permis de dégager à la marge, le Cipsh continue donc à dépendre
pour l¹essentiel, 90%, des subventions de l¹Unesco. Les cotisations
de nos organisations membres ne représentent que 10% de ses ressources
régulières. Or, au cours des quatre dernières années, par suite de
la très grave crise financière traversée par l¹Organisation internationale,
et dans le cadre des mesures de remise en ordre appliquées par le
nouveau Directeur général, les subventions de l¹Unesco n¹ont cessé
de se réduire, en dollars d¹abord, monnaie dans laquelle elles sont
comptabilisées, et dans laquelle nous vous reversons les aides promises,
puis en euros, monnaie dans laquelle nous payons les salaires de notre
personnel et nos charges de fonctionnement (téléphone, courrier, etc.).
La subvention principale destinée au Cipsh est ainsi passée de plus
de 600,000 dollars en 1992 à 350,000 dollars pour les deux bienniums
1996-1997 et 1998-1999. Puis elle a été amputée de 20% pour le biennium
2000-2001 (280,000 dollars), puis une nouvelle fois de 20% encore
pour tomber à 210,000 dollars pour les bienniums 2002-2003 et 2004-2005.
Au cours des quatre dernières années, la subvention destinée à Diogène,
et qui nous sert à payer (en euros) les frais de rédaction, les dépenses
courantes et (en dollars) les aides aux éditions étrangères qui font
partie de nos obligations contractuelles à l¹égard de l¹Unesco, a
été diminuée dans les mêmes proportions. Or ce sont ces sommes, frappées
d¹une baisse en deux temps de l¹ordre de 40% en dollars, qui se sont
trouvées touchées, depuis deux ans, par la forte baisse (qui se poursuit
aujourd¹hui) du dollar par rapport à l¹euro (elle aussi de l¹ordre
de 40%).
Notre situation financière est donc devenue intenable. Toutes les
économies susceptibles d¹être faites l¹ont été : je pense en particulier
à Diogène. Les PUF en assurent désormais la publication sans subvention
de notre part, Sage a pris en charge également l¹édition anglaise
non seulement sans nous demander aucune participation de notre part,
mais en nous reversant une contribution qui est venue abonder son
budget. L¹édition espagnole est désormais assurée sans frais pour
nous, sur le web, par l¹Université de Córdoba. Mais il nous a fallu
nous rendre à l¹évidence : nos ressources financières sont devenues
insuffisantes pour faire face aux frais de personnel du Cipsh et de
Diogène, sans parler des aides que nous étions engagées à verser à
certaines opérations scientifiques organisées par nos organisations
membres. Et le Cipsh ne dispose d¹aucune trésorerie propre, qui lui
permettrait de faire face aux retards de paiement des subventions
par l¹Unesco, qui interviennent normalement en fin (et non en début)
de semestre. D¹où de nombreux retards dans ses paiements, et notamment
dans ceux des subventions destinées au financement des opérations
scientifiques des organisations membres. Mais les salaires, eux, ne
peuvent pas être payés avec retard. Or nous ne pouvions plus y faire
face.
Il nous a donc fallu prendre au cours des derniers mois des décisions
douloureuses, que nous avons tout fait pour retarder, puis limiter,
afin de réduire nos frais de personnel. Janet Arnulf a accepté une
réduction, pour l¹instant limitée à 20%, de ses heures de travail.
Paola Costa Giovangigli a retenu la solution du licenciement économique,
qui lui donne droit à des indemnités jusqu¹à sa retraite. La mise
en ¦uvre de ces mesures doit se faire dans le respect des procédures
et des délais fixés par la législation française, et il nous faudra
attendre plusieurs mois pour en enregistrer les effets. Il va donc
nous falloir, parallèlement, revoir ensemble et le montant et le calendrier
des aides que nous avions prévu de verser aux différentes opérations
scientifiques que vous soutenez. Des décisions conservatoires ont
été prises par le Bureau au cours des derniers mois. Des chiffres
plus précis vont vous être présentés par notre Trésorière, qui nous
soumettra ses propositions de budget pour les deux prochaines années.
Ces propositions devront être discutées et le cas échéant modifiées
par vous au cours de notre réunion.
Sans anticiper le débat, je me permets d¹en rappeler les grandes lignes.
Il nous faut distinguer le cas du Cipsh et celui de Diogène. Les deux
reçoivent des subventions de l¹Unesco qui sont devenues insuffisantes.
Le Cipsh ne peut plus continuer à combler le déficit de Diogène, comme
il l¹a fait par le passé, même dans une proportion limitée. Il en
est de même pour Diogène, qui vit dans des conditions trop difficiles
pour dégager des excédents de fonctionnement susceptibles d¹abonder
le budget du Cipsh. Nous devons donc considérer que l¹un comme l¹autre
doivent vivre sur leurs propres ressources, et voir s¹il leur est
possible de le faire.
Je commencerai par Diogène, revue pour laquelle une convention nous
lie à l¹Unesco, qui nous impose des obligations précises : publier
la revue, et en réaliser au moins quatre éditions dans d¹autres langues,
et plus si possible. Si nous cessons de nous acquitter de ces obligations,
et si, notamment, nous renonçons à cette publication, la subvention
qui lui est destinée sera purement et simplement supprimée. Le problème
est donc un problème de tout ou rien. À l¹heure actuelle, le budget
de Diogène ajoute aux 110,000 dollars par biennium de l¹Unesco, une
subvention du CNL de 6,100 euros par an, et les royalties reversés
par Sage : ce qui lui assure entre 60,000 et 65,000 euros par an pour
vivre. De cette somme, il convient de déduire les subventions dues
aux éditions en arabe et en chinois, les frais de fonctionnement et
de rédaction. Restent 35,000 à 40,000 euros, pour lesquels la question
est de savoir s¹ils peuvent suffire à rémunérer le travail de rédaction
qu¹a assuré jusqu¹ici Paola Costa Giovangigli. De la réponse à cette
question dépendra notre capacité à dégager une solution qui nous permette
d¹en assurer la continuité. Car il n¹y a pour moi aucun doute. Le
Cipsh a la chance, que d¹autres lui envient, d¹avoir sa revue, internationalement
connue, qui constitue la plus belle et la plus prestigieuse des cartes
de visite, en même temps que la base d¹accords avec différents secteurs
de l¹Unesco pour la réalisation de projets scientifiques dans lesquels
le Cipsh se trouve impliqué, et qui sont suivis d¹une publication.
Je voudrais d¹ailleurs saisir cette occasion pour remercier publiquement
Paola Costa Giovangigli qui, depuis plus de dix ans, en a assuré la
direction avec une efficacité et un dévouement en tous points remarquables.
J¹ai tenu à lui dire à quel point je regrettais la décision qu¹il
nous a fallu prendre sous contrainte à son sujet. J¹espère que la
direction qu¹elle a fixée pourra être poursuivie.
Le Cipsh pose un problème différent.
Les 105,000 dollars annuels de subvention qu¹il reçoit chaque année
de l¹Unesco couvrent, sur la base du taux de change actuel, ses frais
de fonctionnement et les rémunérations de Janet Arnulf et de Luca
Scarantino, et nous laissent un léger excédent de 6,000 dollars. Encore
dois-je noter que, quittant dans un mois la direction de la MSH, je
ne pourrai pas continuer à faire prendre en charge par cette institution
un certain nombre de frais de fonctionnement. Viennent s¹ajouter,
il est vrai, à ces 105,000 dollars, les produits de programmes de
participation et les revenus que le Cipsh peut retirer de certains
contrats. Le solde risque en tout état de cause de rester trop limité
pour nous permettre de poursuivre la politique d¹aides financières
à un nombre significatif d¹opérations scientifiques recommandées et
organisées par les organisations membres, comme nous avons pu le faire
par le passé. C¹est sur ce point que se situent les décisions cruciales
à prendre, celles qui conditionnent l¹avenir du Cipsh et ses rapports
avec ses membres.
Plus que jamais, et dans la mesure où nous sommes à la fois menacés
et condamnés à évoluer, il nous faut travailler plus étroitement ensemble.
L¹accueil que nous réserve l¹Académie des Sciences Sociales de Chine
et le fait que le Cipsh et le Ciss aient décidé de tenir à Pékin ensemble
leurs assemblées générales statutaires constituent deux raison d¹espérer
dans l¹avenir.