RAPPORT DE SYNTHÈSE

SUR LA MISE EN ŒUVRE DE L’ACCORD-CADRE

ENTRE L’UNESCO ET LE CIPSH

1996 - 2001

Sommaire

  Considérations générales
  Impact des accords-cadres

  Activités du Cipsh 1996-2001 :

Rôle et action du Cipsh
Les instruments internationaux d'information scientifique
Le programme "Extension géographique"
Les Assemblées générales du Cipsh
"Langues en danger de disparition" et Programme WARA

  La revue Diogène
  Questions financières

 


Considérations générales

 L’action du Conseil International de la Philosophie et des Sciences Humaines a été marquée au cours de la période 1996-2001 par un élargissement progressif de la base géographique et culturelle du Conseil. Au moment de rédiger ce rapport, un élargissement de la base associative du CIPSH est également en cours de discussion au niveau des grandes Organisations internationales membres du Conseil.

 Sur un plan plus général, la coopération du CIPSH avec les secteurs de l'UNESCO dont les activités sont du ressort du domaine de la philosophie et des sciences humaines a marqué une nette reprise par rapport à la crise que ces rapports avaient connue, pour des raisons certes conjoncturelles, mais lourdes de conséquences, entre 1995 et 1996. Un considérable travail de redressement avait déjà été effectué par Jean Bingen entre 1996 et 1998, face à une situation qui mettait en danger l’existence même du CIPSH. Ce travail a pu compter à la fois sur l’appui des grandes fédérations scientifiques que le CIPSH regroupe, et sur l’encouragement de l’UNESCO, qui ne manquait pas de nous dire son inquiétude face à l'affaiblissement éventuel des liens que le CIPSH assure entre l'UNESCO et la communauté scientifique et académique internationale.

 Depuis, le CIPSH a retrouvé, après le bilan de l’état de nos disciplines qui avait été effectué à Naples, sa capacité d’animation en direction de l’extérieur et de mobilisation des nouveaux partenaires. L’Assemblée Générale de Buenos Aires, et le colloque que nous y avons tenu sur le thème Regard de l’autre, regard sur l’autre, ont marqué en ce sens un moment important d’ouverture vers les chercheurs et les institutions de cette région.

  Le CIPSH souhaite poursuivre et renforcer cette action en liaison étroite avec les différentes instances de l’UNESCO. Cette action s'articule avec les autres missions que l'UNESCO a confiées au CIPSH au moment de sa création : notamment l'aide aux grands instruments de travail, conçus à la fois comme sauvegarde de patrimoines et comme aide directe aux pays moins bien armés sur le plan universitaire, l'organisation de contacts permanents entre des structures savantes et le rappel constant de l'ouverture nécessaire sur l'ensemble du monde pour dépasser les anciennes perspectives intellectuelles, souvent de type occidental.

  C’est avec satsfaction que l’on pourrait à cet égard regarder en arrière et rappeler les propos de Jaime Torres Bodet pour qui, avant la naissance du C.I.P.S.H., " l’UNESCO se trouvait en face d’organisations spécialisées, toutes animées du même désir de favoriser un rapprochement entre les savants et de mettre les trésors de la connaissance au service de l’homme, mais dépourvues des moyens de conjuguer leurs efforts, de soumettre leurs entreprises à un plan général ". Avec le CIPSH, l’UNESCO trouvait un partenaire en mesure d’aider à la circulation " des grands instruments internationaux d’échanges d’information, d’aider à la convocation des réunions les plus importantes ".

Impact de la mise en place du système nouveau des accords-cadres
sur les types d'action du CIPSH

 Sur la base du rapport qui lui a été présenté par son Secrétaire général (rapport dont les paragraphes qui suivent résument les lignes principales), l’Assemblée générale de Buenos-Aires (22 septembre-2 octobre 2000) a été l’occasion de faire le point sur la situation actuelle du CIPSH et sur les problèmes qui se posent aujourd’hui, ou risquent de se poser à très brève échéance. Ces problèmes sont importants et touchent au fond des choses. Ils nous contraignent à réfléchir sur ce qu’est le CIPSH, sur ses missions et ses modes d’action, sur sa capacité à répondre à la fois aux critiques et aux demandes dont il fait l’objet, sur l’environnement dans lequel il est appelé à vivre et à opérer.

 D’abord, nous sommes tout à fait conscients du fait que l’UNESCO ne voit pas aujourd’hui le CIPSH avec le même regard qu’il y a cinquante ans. La création du CIPSH était due à l’initiative de l’UNESCO, qui souhaitait pouvoir s’appuyer sur la communauté intellectuelle et scientifique organisée. Aujourd’hui l’UNESCO bénéficie certes de l’apport essentiel des trois grands Conseils scientifiques. Mais elles ne se sent plus autant engagée que par le passé à en soutenir seule un fonctionnement qu’elle perçoit parfois, à tort ou à raison, comme trop détaché de ses propres lignes d’action et comme trop strictement académique.

 Par ailleurs, dans ses rapports avec une organisation internationale qui affiche sa préférence soit pour des soutiens à des programmes conduits par des organisations autonomes, soit pour de véritables projets dont elle peut confier la responsabilité partielle à des opérateurs capables de les mener à bien, le rôle du CIPSH est de se donner les moyens de participer à de tels projets comme opérateur principal ou secondaire, et mieux encore, à aider les secteurs concernés à définir ces projets. Le CIPSH ne peut que gagner à assumer une attitude active de force de proposition et de réalisation.

  Une telle mutation implique de la part du CIPSH un certain nombre de changements.

 La critique la plus fréquente qui nous est faite est en effet de représenter de façon privilégiée :
 
  a) une culture euro-américaine dont la prétention universaliste est plus que jamais contestée par l’affirmation des autres grandes cultures du monde ;

  b) une culture humaniste et savante trop élitiste et trop coupée des réalités et des besoins des sociétés contemporaines;

  c) une culture trop attachée, dans ses modes de fonctionnement et de communication, aux formes traditionnelles de production et de transmission du savoir : colloques spécialisés, publications d’instruments de travail, de bibliographies, d’encyclopédies, de thesaurus, d’actes de rencontre.

 Il nous est demandé au contraire d’accorder plus d’importance aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), qui permettent, à condition d’appuyer dans les pays les plus défavorisés la mise en place des infrastructures indispensables, de rendre les résultats de nos travaux, nos recherches et nos instruments de travail accessibles plus rapidement à un public infiniment plus large, et plus également réparti sur la planète.

 

 Sur ces points, il est important que le CIPSH sache, et pas seulement pour répondre à la critique, non seulement corriger cette image, mais aussi modifier la réalité. L’ouverture du Bureau à une représentation effective plus large des différentes cultures du monde est essentielle. Pour rendre cette représentation plus effective et plus large encore, l’Assemblée générale de Buenos Aires a pris la décision de s’adjoindre un Comité international d’experts issus des différentes régions et des différentes disciplines. Sur le plan de l’utilisation des ressources financières, il est nécessaire d’encourager de façon systématique toutes les initiatives en provenance des (ou concernant les) pays de l’Est et du Sud. Pour les nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC), il faut opter résolument pour qu’une partie de la production que nous soutenons - bibliographie, encyclopédies, dictionnaires - soit publiée et consultée sur support informatique (qui en facilite l’accessibilité, l’indexation et la mise à jour permanente). Ce qui implique qu’en contrepartie nous organisions, dans le cadre de nos Fédérations, la numérisation des corpus extérieurs des mêmes instruments de travail, qui ont souvent plus d’un siècle. Diogène est en train d’en donner l’exemple : non seulement l’édition anglaise est désormais disponible sur le Web, grâce au soutien de la Fondation Soros, pour plus de 1400 centres de recherche de l’Europe de l’Est et dans nombre de pays africains, mais nous envisageons également de tenter une première expérience d’édition électronique de la version espagnole. Les sommaires de l’édition française de la revue sont par ailleurs consultables en ligne depuis 1998.

  Il faut enfin saisir toutes les occasions de nous ouvrir aux autres champs disciplinaires. Le CIPSH a pu être représenté à la Conférence Mondiale sur la Science (Budapest, fin juin 1999), où nous avons nous avons insisté pour que les sciences sociales et humaines soient représentées et pris contact avec le CISS pour manifester notre volonté de coopération.

  Reste l’essentiel. Le CIPSH doit se préparer à intervenir aussi comme opérateur de projets, c’est-à-dire à répondre à des demandes extérieures et, le cas échéant, à aider l’UNESCO à formuler de nouvelles demandes. Pour y parvenir, il lui faut élargir et diversifier ses forces, en s’ouvrant, soit directement au sein du CIPSH, soit par l’intermédiaire de nos Fédérations, à un ensemble d’associations savantes souvent puissantes et représentatives qui, pour l’instant, ne figurent pas dans nos rangs. Il lui faut également renforcer ses liens avec le Conseil International des Sciences Sociales, avec lequel des contacts très positifs ont d’ores et déjà été pris : sur plus d’un point, le frontière établie entre sciences sociales et humaines il y a cinquante ans ne correspond plus aujourd’hui à la réalité. Il en est de même avec l’ICSU. De façon significative, plusieurs Fédérations (anthropologues, historiens des sciences, etc.) appartiennnent à deux ou trois de nos Conseils. Dans l’esprit du Rapport de la Commission Gulbenkian sur la restructuration des sciences sociales présidée par I. Wallerstein, nous devons donc être particulièrement attentifs aux redéfinitions déjà engagées ou prévisibles entre sciences de la nature, sciences sociales et sciences humaines.

  L'importance de cette œuvre qui est à la fois de coordination, de dialogue et de sensibilisation est capitale pour la contribution que peut apporter le CIPSH à l’action de l'UNESCO dans le monde contemporain. La notion même de développement durable s’appuie sur un travail de formation scientifique de fond, centré sur la recherche avancée et qui vise à renforcer les capacités endogènes de recherche scientifique et de développement culturel.

 Les initiatives conjointes du CIPSH et de l'UNESCO et les actions menées sous leurs auspices se caractérisent par ailleurs par leur caractère incitatif. L'action du CIPSH ne consiste pas à réaliser directement et intégralement des activités, mais à s'associer les institutions savantes, les académies, les communautés scientifiques et les centres de recherche, tantôt directement, tantôt par l'intermédiaire de ses différentes Organisations membres.

  Ce caractère, que le système de mise au point des programmes d’activités introduit avec les Accords-cadre a sensiblement accentué, est particulièrement important dans les pays moins avancés et donne un début de visibilité et un impact particulier aux projets en question. Mais, et c'est un trait spécifique du CIPSH, ce caractère incitatif des subsides s'avère surtout capable de mobiliser des ressources financières, scientifiques et humaines des pays favorisés au service des besoins les plus criants des pays défavorisés dans les domaines qui relèvent du CIPSH.

LES ACTIVITÉS DU CIPSH 1996 - 2001

a) Le rôle et l’action du CIPSH dans le contexte de la coopération intellectuelle internationale

  Le CIPSH a mené jusqu’à présent son action de rapprochement et d'échange d'idées selon ces formes particulières liées à ses structures et missions originelles, telles qu'elles furent suscitées par l'UNESCO entre autres sous l'impulsion de l'Union Académique Internationale, elle-même pluridisciplinaire : le regroupement des savants et chercheurs du monde entier dans des organisations vouées chacune à un des grands domaines des sciences humaines, à l'image de la Fédération internationale des Sociétés de Philosophie qui venait d'être créée, ou du Comité International des Sciences Historiques qui avait vu le jour entre les deux guerres. En même temps, cette structure devait organiser le décloisonnement des spécialités et l'ouverture sur l'ensemble des cultures.

 Aujourd'hui, ce rôle d'interface avec le monde savant doit se mobiliser davantage au niveau de ses instances régionales et nationales. Dans cette perspective d’ouverture au reste du monde, le CIPSH doit resserrer les liens avec des institutions qui jouent le rôle de fédérations à l’échelle non des disciplines, mais des grandes aires régionales. L’expérience a été tentée pour l’Afrique. Elle gagnerait à être reprise et élargie dans d’autres directions, tout comme les fédérations disciplinaires devront être encouragées à élargir leur base géographique pour se donner une dimension mondiale plus représentative.

  Cette approche saura par ailleurs mettre davantage en valeur le rôle essentiel des organisations qui composent le CIPSH dans l’abord pluridisciplinaire des études sur l’homme. Il est arrivé que l'UNESCO nous demande, comme à d'autres ONG, d'établir éventuellement un choix dans les priorités à accorder aux sciences humaines. Le CIPSH a à cet égard soutenu la position qu'il ne peut pas y avoir quelques disciplines-phares sur lesquelles il y aurait lieu de concentrer l'action de l'Organisation. Des questions de priorité entre les sciences humaines pourront se poser à court terme, et, de fait, elles se poseront à la fois en fonction des hommes disponibles, des carences à pallier d'urgence et de l'aptitude à proposer des projets concrets. Mais cela doit se passer à un niveau conjoncturel et non pas structurel. L'expérience a montré qu'il y a intérêt à assurer un progrès d'ensemble des sciences humaines en raison des aides réciproques qu'elles s'apportent l'une à l'autre.

  Le rôle des sciences humaines dans l'éducation et le développement de nos sociétés sera d'autant plus incisif qu'il visera à renforcer les interactions entre les différentes disciplines et cherchera à établir un dialogue constant avec les sciences sociales et exactes. Tout cloisonnement ne pourra entraîner qu'un affaiblissement de nos capacités de forger de nouveaux instruments intellectuels pour aborder et résoudre les problèmes toujours nouveaux auxquels nous sommes confrontés et pour donner à chaque être humain les instruments de repère dont il a besoin pour se situer dans le monde où il vit, par rapport à sa société et à ses traditions, mais aussi par rapport aux autres sociétés et aux autres cultures.

  Ce qui est plus important, et ici le développement concerté des sciences humaines apparaît comme une nécessité, est l'exigence critique d'élever partout le niveau d'objectivité et de rigueur de toutes les sciences humaines. Toutes, et pas seulement l'histoire, doivent se dégager de tout discours tendant à justifier la supériorité ou la légitimité du système ambiant, son auto-protection, le droit à l'immobilisme des éléments dominants ou celui à l'hégémonie, qu'elle soit politique, religieuse, intellectuelle ou économique, du groupe qui prétend "dire" la science humaine et s’imposer comme seule instance de légitimation.

  Les effets négatifs que des séparations rigides ont pu avoir dans le passé, par exemple, en dissociant trop souvent la sociologie et l'histoire, doivent mettre en garde contre toute tentation de toute discipline à toute forme de splendide isolement. Chaque discipline a le désir légitime de fixer sa méthode, ses concepts, son angle d'études, ses objectifs. Mais aucune n'a de sens si elle ne se réfère en ultime analyse à ces deux facteurs d'unité que sont l'homme et la société. Le dialogue entre les sciences humaines, et entre celles-ci et les sciences sociales est devenu une réalité quotidienne. Le CIPSH œuvre pour renforcer cette intégration, tout en cherchant aussi à saisir toutes les possibilités de dialogue avec les sciences exactes.

 Cet effort de soutien interdisciplinaire à l'égard des activités des organisations qui le composent s'accorde d'ailleurs avec le rôle de coordination que l'UNESCO, via l'accord-cadre, reconnaît au CIPSH. C'est au niveau des Organisations membres que se situent les meilleures possibilités d'action concrète à l'échelle régionale et en faveur de zones défavorisées. Le CIPSH le leur rappelle et subordonne souvent son aide et son entremise au caractère universaliste des entreprises. Il a souvent provoqué une incitation centrifuge nouvelle pour le développement et pour le partage des connaissances. Tel est d’ailleurs le sens de ses choix pour l’organisation de ses Assemblées générales, désormais systématiquement liées à l’organisation d’un colloque mobilisant la communauté scientifique locale : Buenos Aires en septembre 2000, avec le colloque Regard de l’autre, regard sur l’autre, Porto Novo (Bénin en 2002) avec le colloque sur La Rationalité.


b) Les grands instruments de communication scientifique internationale

 Une des modifications majeures qui apparaissent dans les nouvelles relations avec l'UNESCO nées de l'accord-cadre réside dans le fait qu'il est demandé au CIPSH de jouer à la fois un rôle de juge et de responsable des projets qui émanent des Organisations internationales qui le composent, et qui jouent un rôle créatif dans l'ensemble de l'activité internationale en philosophie et en sciences humaines, et une fonction active d'incitation pour des interventions autres que celles qui émanent directement de ces Fédérations internationales.

  Cette action spécifique du Conseil dans le domaine de la coopération intellectuelle s’exerce principalement par le soutien à la mobilité internationale des chercheurs et aux grands instruments internationaux d’information scientifique.

  L’action de soutien à la diffusion des grands instruments internationaux d’information scientifique (bibliographies, répertoires, recueils et catalogues) constitue une contribution majeure au développement des communautés savantes des pays moins avancés. C’est en effet là où l’accès aux dernières avancées de la recherche est plus difficile que les chercheurs tirent le plus grand profit de ces instruments, souvent les seuls capables d’assurer le maintien du contact avec les développements de la recherche au niveau international.

  L’impact social de cette action n’est pas toujours perçu dans sa portée réelle. Le soutien à la croissance des communautés savantes là où elle ne sont pas encore établies de façon solide rejoint le programme de l'UNESCO à deux niveaux principaux. D’un côté, le Conseil contribue par ce moyen à la préparation culturelle et scientifique des chercheurs-enseignants qui opèrent aux différents niveaux de l’enseignement scolaire, de l’éducation de base à la formation supérieure. D’autre part, ces instruments internationaux d’échange d’information permettent le maintien d’une communication scientifique, qui, si elle est importante pour les pays plus avancés, est plus vitale encore pour les pays moins avancés, où les savants, les académies, les étudiants disposent encore de moyens insuffisants pour accéder aux résultats les plus récents de la recherche, et souffrent d’un double déficit d’instruments de travail et d’accès à l’information.

 Le Conseil reçoit de plus en plus de sollicitations en faveur d’une diffusion accrue de ces antidotes à l’exclusion scientifique, qui sont un outil capital pour renforcer la croissance des nouvelles communautés savantes et leur permettre de participer activement aux processus de développement et consolidation démocratique en cours.

c) Le programme "Extension géographique"

 L’expérience et le temps ont montré l’importance d’accompagner au soutien aux grands instruments internationaux d’échange d’information un engagement en faveur du rapprochement et du contact international entre les chercheurs, particulièrement entre, d’un côté, les pays qui ne disposent pas encore de la masse critique suffisante en termes d’institutions d’enseignement supérieur et de recherche et en termes de chercheurs et, d’autre côté, les centres de recherche établis.

  C'est en raison de l’importance sociale des sciences humaines, et en dialogue constant avec les sciences sociales et exactes, que le Conseil accorde une importance prioritaire aux initiatives des milieux culturels extra-européens (et de l'hémisphère Sud en particulier) et qu’il s'est engagé à sensibiliser les instances scientifiques et académiques locales autour des grands programmes de l'UNESCO. Ce travail constitue également la raison de fond de l’aide sélective que le Conseil apporte aux rencontres scientifiques organisées par ses Organisations membres à l’échelle internationale, régionale ou sub-régionale.

 Depuis toujours, le CIPSH a partagé avec les Organisations membres la difficulté de devoir prévoir les besoins de projets spécifiques plusieurs années à l'avance, difficulté qui se répercute au niveau de l'élaboration centrale du contrat. La possibilité d’une action ponctuelle et urgente constitue un atout de la part du CIPSH. Dans le passé, ce type d'intervention, qui s’exerce proprement par le programme Extension géographique, s'avérait particulièrement précieux quand il permettait de rapprocher les jeunes chercheurs des différentes communautés savantes. Malheureusement la disparition dans les accords-cadres des frais de fonctionnement liés aux voyages des jeunes chercheurs des pays en voie de développement a freiné gravement cet aspect de notre action.

d) Les Assemblées générales du Conseil

 Le Conseil partage la tendance de l'UNESCO à une action caractérisée d'une part par la mise en place de grands projets d'envergure internationale et, d'autre part, par la mobilisation et la sensibilisation de partenaires locaux. Une action en partenariat avec les organisations locales, régionales ou nationales, s’avèrera utile en fonction du caractère spécifique d'un programme; aussi la diversité de nos organisations membres et de leurs centaines d'associations fait que c'est à leur niveau que l'initiative d'intégration régionale peut être le plus efficacement prise. C'est pourquoi le Conseil a voulu profiter de l'échéance de son cinquantième anniversaire pour susciter, grâce au soutien substantiel de l'UNESCO et avec la collaboration de l'Istituto Italiano per gli Studi Filosofici, une réflexion et une confrontation entre les diverses Organisations membres de manière à faire le point sur les tendances actuelles et les démarches nouvelles de la recherche dans les domaines scientifiques de leur compétence, et à étudier l’impact et les développements positifs de la globalisation culturelle. Comment les sciences humaines, qui depuis un demi-siècle ont évolué considérablement sous la pression de bouleversements historiques, politiques et technologiques, vont-elles sortir du morcèlement analytique produit de la pression subie, qui est un état de crise, pour aboutir à une synthèse généralisée d'une humanité prise dans son ensemble ?

  Sur cette même voie, par laquelle le CIPSH se propose de réunir périodiquement des forums internationaux de spécialistes des sciences humaines, la 25e Assemblée générale du Conseil s’est déroulée à Buenos Aires en septembre 2000, accompagnée d'une rencontre internationale, organisée par les scientifiques argentins et, plus largement, latino-américains, sur le sujet "Regard de l'autre, regard sur l'autre". Cet événement, qui à suscité une mobilisation scientifique exceptionnelle et marqué une ouverture nouvelle du Conseil et de ses Organisations au niveau régional, répondait à une demande de présence accrue du Conseil dans cette région.

  Le CIPSH entend poursuivre cette démarche dans d'autres directions géographiques, pour étayer encore sa propre base et la rendre encore plus interculturelle. La 26e Assemblée générale aura ainsi lieu au Bénin en septembre 2002, et sera également doublée d’un colloque international sur "La Rationalité", qui constituera un moment marquant pour la circulation des idées et des chercheurs du continent africain.

  Le choix de créer un Comité international d’experts chargé de côtoyer le Bureau du CIPSH répond aussi à l’exigence de tenir sa place dans un monde dont la pluralité des cultures est la caractéristique fondamentale. Cette décentralisation poussée nous paraît d'autant plus importante que le CIPSH continuera d’assurer une pénétration capillaire des initiatives de l'UNESCO à tous les niveaux (international, régional, local), et ce, tant pour la mise en œuvre d'actions ponctuelles que pour promouvoir des projets que seuls des organismes à structure fortement internationale peuvent supporter.


e) Les grands programmes "Langues en danger" et "Archives mondiales de l’art rupestre"

 Durant toute la période prise en compte par l’Accord-cadre, le Conseil a considérablement amplifiée son action déjà importante de sauvegarde du patrimoine matériel, écrit et linguistique (forme du message), en lui adjoignant, plus qu'elle ne l'a fait jusqu'ici, le patrimoine oral (contenu du message) et immatériel de l'humanité.

  C'est à cette échelle qu’une partie importante des contrats inclus dans l'accord-cadre ont été dès 1996-1997 expressément affectés au programme de sauvetage des "Langues en danger de disparition". A la demande du Directeur général, qui souhaitait que l'UNESCO ne se limitât pas "à sauvegarder des monuments en pierre mais aussi à sauvegarder ces monuments représentés par les langages du monde", le CIPSH s’est mis à la disposition de l'UNESCO pour faire de ce vaste programme une de ses orientations nouvelles majeures.

  Conformément à la vocation du CIPSH, ce sont les aspects scientifiques de ce programme qui sont privilégiés, alors qu'il comporte des volets actifs de survie de la langue et d'éducation qui par leurs aspects politiques doivent être réservés aux programmes parallèles de l'UNESCO. L'objectif du travail envisagé consiste principalement à étudier le lexique et les structures de la langue menacée afin d'en produire une grammaire voire un dictionnaire. Souvent ce travail s'étend jusqu'à la transcription de traditions, mythologies ou littératures orales. Quelquefois, enfin, les chercheurs conçoivent leur travail comme l'amorce de structures éducatives organisées, destinées aux communautés indigènes ou aux groupes défavorisés locaux.

  Autre projet inspiré par l'UNESCO que le CIPSH a soutenu au moyen de son accord-cadre, le projet WARA (World Archives of Rock Art), coordonné par le Centro Camuno di Studi Preistorici, constitue le premier et plus important effort à l'échelle mondiale pour réaliser une base de données informatisée destinée à recueillir toutes les formes de l'expressivité primitive. L'art rupestre est un bon exemple de l'interpénétration des formes du patrimoine, une des lignes de réflexion du CIPSH : sous le signifiant conservé de cultures primitives apparaissent des enseignements et des conditionnements de traditions culturelles purement orales. Actuellement, le projet réunit les données provenant de plus de 3000 sites dans tous les continents. Plusieurs hypothèses de déchiffrement et des postulats interprétatifs ont été élaborés. L'art rupestre a été divisé en quatre catégories, sur la base d'éléments stylistiques communs qui renvoient, entre autres, à des conditions sociales diverses.

  Un nombre important d'éléments communs, présents dans tous les continents, ont déjà pu être dégagés par l'analyse comparative des différentes concentrations d'art rupestre, indiquant que la syntaxe de base de l'art rupestre répond à des modèles cognitifs logiques et de communication universels. L'art rupestre semble ainsi exprimer un langage primordial universel, articulé en archétypes visuels qui, aujourd'hui encore, agissent dans notre culture et transmettent des messages à un niveau profond.

  Dans les deux cas, l'ambition est de sauver un patrimoine culturel menacé et méconnu, mais aussi d'aider notre culture, que ses progrès contraignent à faire des choix qui sont souvent des sacrifices, à prendre conscience des liens qui l'unissent aux cultures qui l'ont précédée et préparée, et de la possibilité, mieux même de la nécessité, d'établir avec elles le dialogue nécessaire.

  Seuls des organismes internationaux à l'échelle mondiale comme l'UNESCO et le CIPSH peuvent développer ce type de programmes. Le CIPSH leur accorde des aides scientifiques et financières au titre d'incitation aux institutions et chercheurs chargés des investigations sur le terrain, de manière à produire une mobilisation et une sensibilisation importantes tant au niveau des communautés scientifiques, qui possèdent les techniques de conservation, que des éléments locaux souvent peu conscients des enjeux humains en cause. Le caractère largement international de ces programmes, caractérisé par une répartition géographique dosée au mieux des potentialités scientifiques dont nous disposons, assure la participation large de la communauté scientifique et stimule l'action de toutes les entités susceptibles de contribuer à leur mise en place.

La revue Diogène

Diogène est, au sens le plus fort du terme, la carte de visite du CIPSH, conjugant à la fois régularité et niveau de qualité.

 Fondée en 1952 par Roger Caillois, elle est entrée en 2001 dans sa quarante-neuvième année de parution ininterrompue. Au cours des dernières années, d’importantes transformations se sont produites dans les formes de publication et de diffusion de la revue.

  Une informatisation poussée de la revue a été réalisé entre 1998 et 1999, qui a amené à rendre disponibles en ligne l’ensemble des sommaires de l’édition française de la revue. En 1999 a eu lieu le passage de l’édition française de la maison Gallimard aux Presses Universitaires de France. Si ce passage a occasionné un retard de six mois par rapport à l’échelonnement des parution pour 1999 et 2000, retard qui est en train d’être complètement rattrapé, l’efficacité dans la diffusion de la revue, qui constitue l’un des nos soucis principaux, s’est considérablement améliorée.

 Depuis janvier 1999 l'édition anglaise de la revue est assurée par la maison d'éditions Blackwell (Oxford), qui publie quelques-unes des revues de l'UNESCO, et a une grande expérience avec ses 200 périodiques distribués dans le monde entier. Blackwell fait de Diogène l’une de ses revues de pointe, désormais également disponible sur le Web. Grâce notamment à l’accord avec la Fondation Soros et la Eastern European Journals Donation Fund, plus de 1400 fondations et centres de recherche en Europe de l’Est et dans plusieurs pays d’Afrique peuvent consulter la revue en ligne. D'un côté l'accès direct à la revue on-line par les usagers des Bibliothèques et les Institutions abonnées représente une énorme facilité de lecture; d’autre part, cette accélération marque une étape décisive pour une meilleure diffusion de la Revue et de ses contenus dans un nombre de pays où elle n'était pas encore accessible. Cela rend par ailleurs Diogène plus aisément accesible aux chercheurs russes, qui depuis plusieurs années ont entrepris des démarches pour réaliser une édition en russe, pour l’instant bloquée par manque de fonds.

  En ce qui concerne l’édition en langue espagnole, assurée par l’Université Nationale de Mexico, des pourparlers sont actuellement en cours pour passer à une version entièrement en ligne, par laquelle nous espérons proposer une solution pour ces difficultés de diffusion qui caractérisent l’ensemble des publications en langue espagnole, et que Diogène connaît également depuis quelques temps. L'anthologie en langue chinoise, réalisée par l’Académie Chinoise de Sciences Sociales, suscite un intérêt considérable au niveau local. Un volume recueillant les principaux textes d’argument philosophique paru dans Diogène a été réalisé à l’initiative de l’Académie en 1999 et la possibilité de passer à une édition trimestrielle de la revue est à l’étude.

Questions financières

La Conférence générale de l’UNESCO a insisté depuis 1997 sur le fait que "les sciences humaines devraient occuper une place plus grande dans les activités de l'Organisation". Le CIPSH, organisme international dont la vocation est de développer par tous les moyens le rôle et la place qu'occupent les sciences humaines dans la construction d'un développement durable, partage d'enthousiasme cette directive. Néanmoins, ce développement éventuel devra allier l'efficacité sur le terrain et la rigueur de la pensée scientifique directrice, tout en multipliant les contacts interdisciplinaires. Et de plus, il devra s'accompagner des moyens financiers qui permettent de passer aux réalisations concrètes.

  Quelques difficultés sur ce point se sont dégagées au cours de la période considérée. Un retard considérable dans l'obtention des fonds de l'UNESCO, dont le CIPSH dépend largement, se produisait au moment même où on aurait dû mettre en place le système des accords-cadres fixant pour six ans (1996-2001) la coopération avec l'UNESCO. Le document d'application relatif au biennium 1996-97, qui aurait dû être arrêté au plus tard au début de 1996, ne put être signé qu’à la fin de 1996. D'autre part, l'accord-cadre était alors conclu sur la base nettement insuffisante de 350.000$, de loin inférieure aux accords conclus par les deux autres grands Conseils, l'ICSU et le CISS, et aux dotations dont le CIPSH avait le plus souvent disposé dans les bienniums antérieurs.

  Par ailleurs, le programme "Langues en danger" a été engagé à partir du biennium 1996-1997 et a pu être poursuivi tant que les moyens appropriés à ce développement demandé lui ont été accordés. L’UNESCO avait alors insisté pour que le suivi des langues en danger devînt l’un des axes majeurs de l’action du CIPSH. Mais, à partir de 1999 cette collaboration s’est heurtée à des difficultés majeures au niveau de l'administration, qui nous ont contraint à suspendre toute action concrète pour le biennium 2000-2001. Malheureusement, l'état actuel des financements assurés par l'UNESCO au CIPSH ne permet pas de fixer une date précise pour reprendre ces activités au niveau qui serait souhaitable.

  D’autre part, le CIPSH a déployé un effort considérable pour aider les milieux culturels extraeuropéens ainsi que pour aider les communautés scientifiques récemment constituées à s’organiser. Malheureusement la disparition dans les accords-cadres des frais de fonctionnement liés aux voyages des jeunes chercheurs des pays en voie de développement a freiné gravement cet aspect de notre action. Le rétablissement de l’Extension géographique parmi les activités prévues au titre de l’Accord-cadre n’a pu pallier qu’en partie cette situation.

  Le plan d’économies financières annoncé par l’UNESCO au début de l’année 2000 a pris la forme de ce qui était annoncé comme un gel provisoire, mais qui est devenu en fait, sauf miracle inespéré, une coupure définitive de 20 % des sommes allouées au CIPSH et à Diogène par la Conférence générale. Cette coupure exceptionnelle, qui nous a du coup obligés à revoir à la baisse et en cours de route nos activités, a accentué cette incertitude et limité en mesure inquiétante les ressources dont le CIPSH dispose pour mettre en œuvre les activités envisagées en accord avec l’UNESCO.

  La subvention de l’UNESCO destinée à la revue Diogène a diminué de façon considérable à partir de 1996, passant de 115.000$ dollars annuels en 1994-95, à 82.500$ annuels en 1996 et 1997. Ce chiffre, maintenu pour 1998 et 1999, a été à nouveau amputé una tantum de 20% pour 2000-2001, descendant en dessous du seuil de survie. Si cette amputation devait être reconduite, c’est désormais la poursuite même des publications qui, en dépit des efforts constant que déploye la revue pour limiter ses frais, se trouvera remise en cause.

 Le CIPSH a été créé pour collaborer avec l’UNESCO et reçoit de lui, en dehors des cotisations des Organisations membres, l’essentiel de ses ressources. Celles-ci ont fortement diminué au cours notamment de la dernière décennie. L'accent que l’UNESCO met progressivement sur sa vocation de mobilisation de ressources plutôt que de mise en œuvre directe des programmes trouve dans le CIPSH un complément naturel et en mesure de produire un effet multiplicateur important à partir de ressources initiales limitées. Mais la constante ouverture de nos activités pose des contraintes logistiques et financières qui devraient être tenues davantage en considération au moment des décisions concernant l’allocation des ressources financières.

 

Début de la page