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M.Favier  Mme Magnant  M. Murthy  M. Renaut  Mme Cabré  Mme Ter-Minasova  M. Auh  M.Cunningham
M Koul  M. Renard  M. Silvio  M. Delany  M. Hara  M. Pimienta  M. Danzin  M.Diki-Kidiri
M.Kobayashi  M. Millan  M. Kuhlen  Mme Soboleva  M. Szinger  Mme Finnbogadottir  M.Nabil Ali
 
SÉANCE D’OUVERTURE ; Monsieur Jean FAVIER
  • Monsieur le Directeur général, (M. Matsuura)
  • Madame la Présidente, (Mme Finnbogadottir)
  • Monsieur l’Administrateur général, (M. Dehaybe)
  • Madame la Déléguée générale, (Mme Anne Magnant)
  • Mesdames et Messieurs,


Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue à ce colloque sur " Le plurilinguisme dans la société de l’information " que la Commission française pour l’Unesco organise en coopération avec l’Unesco et l’Agence intergouvernementale de la Francophonie et avec le soutien du Ministère des Affaires Étrangères et du Ministère de la Culture et de la Communication.

Cette conjonction des efforts de nos différentes institutions pour attirer l’attention de tous sur cet enjeu de la défense et de la promotion du plurilinguisme sur les réseaux électroniques ne tient aucunement au hasard. De nombreuses réflexions sur le développement et l’avenir d’Internet concluent à l’avènement inéluctable d’une " toile " électronique toujours plus dense. Son maillage serait alors destiné à devenir planétaire, ne laissant aucun continent ou aucun pays en marge de cette révolution électronique.

Cependant, l’évolution très diverse que l’expansion d’Internet a connue sur les différents continents infirme largement cette vision optimiste du progrès informatique de notre planète. Nul n’est besoin de rappeler quels aléas connaît le développement des réseaux électroniques sur le continent africain. La route est encore longue qui mènera les différentes parties du globe à un accès égal à Internet.

Peut-on cependant se contenter de souhaiter la multiplication des accès à Internet, la croissance quantitative des équipements informatiques? Il faut également s’interroger sur le contenu et sur le message transmis et répandu par ces vecteurs d’information et de communication. Alors que la croissance des réseaux électronique doit faire l’objet d’attention et d’efforts particulièrement soutenus, il est tout aussi crucial de s’interroger sur la finalité de ce développement.

A cet égard, il est sans doute utile de citer quelques chiffres. En l’an deux mille, une étude a estimé que 49,9% des 391 millions d’internautes étaient des personnes de langue anglaise. Mais les deux tiers des pages Internet (68,4% selon cette étude) étaient rédigées en anglais. Pourquoi une telle disproportion? Les raisons semblent multiples. Cet écart statistique doit cependant nous inciter à poser cette question fondamentale: ne faut-il pas veiller à ce que l’extension Internet à des ensembles culturels plus nombreux s’accompagne d’une diversification des langages utilisés dans les contenus de ses sites?

Si la Commission française pour l’Unesco organise aujourd’hui un colloque sur le thème " Le plurilinguisme dans la société de l’information ", c’est bien parce que nous pensons qu’il s’agit ici d’un enjeu fondamental du développement futur de l’univers des réseaux. Que signifie en effet la volonté de réduire l’écart entre la diversité géographique des utilisateurs Internet et l’évidente domination d’un unique idiome sur les contenus consultables sur le net? Il ne s’agit pas uniquement d’une question d’équité linguistique. Au-delà de cette première préoccupation, c’est aussi la préservation d’identités et d’originalités culturelles qui est en jeu.

Le débat n’est cependant pas circonscrit à la défense et à l’illustration de patrimoines culturels. Bien plus largement, il permet de poser la question de l’équité des normes et des accords internationaux et multilatéraux en matière d’outils électroniques et de contenus virtuels. Peut-on en effet imaginer le respect d’une forme minimale de diversité linguistique et culturelle sans outils juridiques appropriés, sans effort minimal de concertation entre les États? Nous pensons que cela est définitivement impossible.

C’est pour l’ensemble de ces raisons que le colloque auquel j’ai eu le plaisir de vous inviter aujourd’hui n’entend pas restreindre ses interventions et débats à un seul champ d’investigation. Cette première matinée sera ainsi consacrée aux progrès et innovations techniques qui sont la nécessaire condition de l’usage plurilingue des réseaux. Comment serait-il possible d’envisager la coexistence de nombreux idiomes sur Internet s’il n’existe pas entre eux ces liens que sont les logiciels de traduction? C’est en effet le perfectionnement continu des outils de traduction qui peut, au premier chef, permettre la coexistence de plusieurs langues sur Internet.

Le plurilinguisme sur Internet ne deviendra cependant réalité que si le passage et l’évolution entre des sites rédigés en différentes langues peut s’effectuer sans obstacle et sans délai. Ne faut-il pas considérer alors que la traduction n’est qu’un aspect de l’accès plurilingue au contenu des réseaux? C’est pourquoi nous nous intéresserons également au développement des capacités des annuaires plurilingues et à la publication des terminologies en des formats utilisables par des traitements automatiques.

On ne saurait cependant circonscrire le débat aux seules questions techniques. Ces outils n’existent que par l’usage que l’on en fait, et plus encore l’usage que l’on est capable d’en faire. Les capacités linguistiques des utilisateurs sont ici des enjeux de première importance. C’est tout d’abord par l’apprentissage des idiomes les plus couramment utilisés sur Internet que l’on pourra assurer une utilisation efficace des réseaux par l’ensemble de leurs utilisateurs, notamment par les citoyens de pays en développement.

Cette expansion linguistique ne doit cependant pas être sans réciproque, et elle ne peut se résumer à la pratique toujours plus répandue d’un idiome dominant. Il y a également là un combat culturel à mener, pour s’assurer de la numérisation de fonds littéraires et d’oeuvres scripturales en version originale. Il nous faudra alors constater que cette défense de la diversité linguistique est également motivée par la volonté de respecter, sur les réseaux, une nécessaire diversité culturelle.

Enfin, nous ne pourrons conclure sans nous interroger sur les bases d’une coopération internationale efficace en matière de respect de la pluralité linguistique sur les réseaux. Peut-on en effet imaginer que cet effort de diversification des langues utilisées sur les réseaux puisse aboutir sans un minimum de concertation entre les États et d’ entente sur des textes normatifs fondamentaux acceptés par tous?

Ainsi, ce dernier champ thématique nous permettra de nous interroger tout d’abord sur la situation des pays en développement et sur les bases de leur coopération avec les pays largement dotés en accès aux réseaux. Enfin, il sera nécessairement question du rôle des pouvoirs publics et des institutions internationales dans la définition de règles équitables de coopération internationale.

Je ne peux conclure ce préambule sans rappeler que cette initiative de la Commission française s’inscrit dans le cadre des initiatives et des réflexions qui prennent actuellement forme au sein de l’Unesco. Je fais bien évidemment référence au projet de recommandation sur la promotion et l’usage du plurilinguisme et l’accès universel au cyberespace que le Directeur général présentera aux Etats-membres lors de la prochaine Conférence générale.

La vocation de ce colloque est bien de formuler des propositions et d’ébaucher des solutions pour l’ensemble des problèmes que pose la réalisation de tels objectifs. Nous souhaitons vivement que les réflexions qui naîtront ici contribuent à clarifier le débat et à en préciser les termes.

 


Intervention de Madame Anne MAGNANT

déléguée générale à la langue française, ministère de la culture et de la communication

Madame la Présidente, Monsieur le représentant du Directeur général de l’Unesco, Monsieur l’administrateur général de l’AIF, Monsieur le président de la Commission nationale, Monsieur l’Ambassadeur, Mesdames et Messieurs,

La France se félicite que la Commission Nationale Française auprès de l’Unesco ait pris l’initiative de proposer ce colloque international sur le plurilinguisme dans la société de l’information.

La France, en effet, attache une importance toute particulière à la diversité culturelle et linguistique. La politique pour la promotion du français s’accompagne de la promotion du plurilinguisme. Un de ses objectifs est la généralisation la plus large, en France, en Europe et au niveau international de l’apprentissage de deux langues en sus de la langue maternelle.

Les actions de la France

Dès l’apparition de l’internet au début des années 1990, la France s’est préoccupée de la place réservée au français et aux autres langues sur ce nouveau support de communication, notamment grâce aux réflexions de M. André Danzin. Le Programme d’action gouvernemental pour l’entrée de la France dans la société de l’information (PAGSI) décidé en 1998 pose le principe d’un accès le plus large possible au cyberespace.

L’appropriation des technologies de l’information et de la communication passe par la création de contenus diversifiés en français sur l’internet. Le Pagsi a pris une série de mesures pour favoriser la mise à disposition gratuite sur l’internet des données publiques culturelles, administratives et juridiques. La bibliothèque nationale avec son site Gallica délivrant plus de 300 000 titres sous forme numérisée, les sites de l’internet des grands établissements publics tels que le Louvre ou le musée d’Orsay, constituent des exemples d’excellence dans ce domaine. Ces réalisations prestigieuses sont relayées par le plan de numérisation du ministère de la culture (plus d’un million d’images de collections picturales et photographiques numérisées) et par les initiatives prises dans les régions. Le site Légifrance permet d’accéder aux textes officiels, le site Service-public.fr propose un portail d’accès à l’ensemble des services de l’administration. L’administration compte aujourd’hui plus de 2500 sites de l’internet (dont 1 600 pour l’administration centrale) qui sont autant de lieux de diffusion gratuite des données publiques. Les fonds d’aide à la création multimédia pour les artistes, les fonds destinés à la diffusion de l’information et de la presse écrite ou audiovisuelle en ligne aident les différents acteurs à être présents sur l’internet.

Le Pagsi comporte également une série de mesures qui concernent directement les langues et le plurilinguisme : création de termes en français pour l’appropriation des technologies de l’information et de la communication (TIC), traduction en plusieurs langues des sites de l’administration mais aussi des mesures très techniques telles que le développement de ressources linguistiques et des outils de traitement informatique du langage pour maîtriser la traduction entre les langues, le suivi des processus de normalisation technique des logiciels et du web afin de permettre le plurilinguisme dans la société de l’information. L’Union Européenne et le Conseil de l’Europe ont déclaré 2001 " année européenne des langues ". À cette occasion, le Ministère de la Culture lance " les points plurilinguisme " dont l’objectif est de favoriser la création de lieux de proximité pour l’apprentissage des langues en auto-formation grâce aux TIC.

 

Sur ces sujets, on observe que les opérateurs ont été sensibles au désir des internautes d’utiliser les technologies dans leur langue : les logiciels et les sites sont conçus en plusieurs langues, les adresses internet et de messageries électroniques vont intégrer les caractères de nombreuses écritures (le chinois, le japonais, etc.). On observe également que le thème de la diversité linguistique et culturelle est repris par les grands forums internationaux tels que le G8, l’OCDE, les Nations Unies dans le cadre de l’ECOSOC et bien sûr l’Union européenne, qui a adopté sous la Présidence française en décembre dernier le programme européen pour le développement du contenu numérique européen sur les réseaux et la promotion de la diversité linguistique dans la société de l’information.

Les enquêtes récentes sur l’internet montrent d’ailleurs une progression spectaculaire du nombre des internautes non anglophones , qui représenteraient aujourd’hui moins de 50% des internautes.

Il n’y a cependant pas de raison de crier victoire et les inquiétudes demeurent très grandes : le développement spectaculaire de la société de l’information ne concerne qu’une petite partie de l’humanité, des régions entières du globe sont absentes des réseaux mondiaux, des continents entiers de connaissances, de patrimoine, d’expérience historique et de trésors culturels, sont menacés d’oubli, voire de destruction. Le creusement du fossé numérique n’est pas seulement un problème technologique, il est porteur de menaces pour la cohésion sociale, pour la compréhension entre les peuples et comme tel vecteur de conflits. Les coopérations Nord-Sud et Sud-Sud sont plus que jamais nécessaires pour accélérer les transferts de connaissances, de savoir faire et de technologies ; elles réclament un rassemblement de tous les efforts, et c’est un thème majeur de la coopération francophone.

L’Unesco

C’est ici que l’Unesco a un rôle irremplaçable à jouer et que nous attendons beaucoup d’elle. Au milieu du concert des pays développés et des forums conduits par les industriels et les représentants des intérêts privés, l’Unesco retrouve sa vocation originaire, qui est de fournir des orientations, au dessus des intérêts particuliers, et de représenter l’intérêt général, pour ne pas dire universel. Le programme " Mémoire du monde " de l’Unesco a permis de prendre la mesure des menaces qui pèsent sur la préservation des richesses culturelles (manuscrits anciens, films sur support nitrate et collections photographiques...) et d’y porter remède par la numérisation. Le programme " initiative B@bel " adopté lors de la dernière Conférence générale a mis en œuvre des activités concrètes visant à développer le plurilinguisme sur les réseaux d’information et à encourager un véritable partenariat entre les pouvoirs publics, les entreprises et la société civile. Sur le sujet du plurilinguisme et de la mise à disposition des données publiques et de l’exploitation des contenus du domaine public dans le cyberespace, les réflexions, les propositions et les initiatives de l’Unesco sont très attendues parce qu’elle est le lieu idéal pour porter cette exigence.

Remerciements

Je voudrais ici remercier la Commission française auprès de l’Unesco pour les efforts et les initiatives qu’elle consacre à la promotion du plurilinguisme et de la diversité culturelle au sein de cette enceinte. La présente réunion en est une parfaite démonstration, et nous savons à l’avance qu’elle sera riche d’enseignements.

Enfin, je remercie tout particulièrement l’Unesco et son Directeur général, M. Koïchiro Matsuura, pour le soin apporté à l’élaboration du projet de recommandation pour la promotion et l’usage du multilinguisme et l’accès universel au cyberespace, dont nous espérons l’adoption lors de la 31e session de la Conférence générale qui se tiendra à l’automne prochain.


 
 



Intervention de Monsieur Rainer Kuhlen
 
 

Linguistic and cultural diversity (LCD) on the net
A communicative challenge rather than a linguistic one –more subject to discourse than to regulation
[prelimary version]

Rainer Kuhlen
University of Konstanz – Humboldt-University at Berlin

rainer.kuhlen@uni-konstanz.de

Language diversity in the information society
An international colloquium organized by the French commission for the UNESCO


  • What is at stake in linguistic and cultural diversity?

  • The central questions to be discussed in this talk are as follows:

    Is the concept of fair use developed in the copyright context applicable to the problem of linguistic and cultural diversity (LCD)? Is public regulation or the definition of legal rules for the preservation of LCD necessary, and how can that be achieved, particularly taking the multilateral perspective into account? Will legal/political regulations be gradually replaced by software code? Who are the actors or which are the instruments which can threaten or secure the goal of protecting LCD? Does LCD constitute an unresolvable conflict of interests between public/political and private/commercial actors? Or is there a long-term common interest in LCD, both for the public and for economics?
    Ist das Verständnis von "fair use", das im Kontext von Copyright und Urheberrecht entwickelt wurde, auf die Fragestellung kultureller und sprachlicher Vielfalt (KSV) übertragbar? Ist die politische Regulierung von KSV unabdingbar und wenn ja, wie kann sie durchgeführt werden, insbesondere wenn man die globale Entwicklung im Blick hat? Werden politische Regulierungsversuche zunehmend durch Softwarelösungen ersetzt? Wer sind die Hauptakteure oder die Werkzeuge, die entweder KSV bedrohen oder sie absichern? Wird durch KSV ein unauflösbarer Ziel- und Interessenkonflikt zwischen den öffentlich-politischen und den privat-kommerziellen Akteuren beschworen? Oder gibt es, zumindest unter langfristiger Perspektive ein gemeinsames Interesse an KSV, das nur bewußt gemacht werden muß?

    1. Learning from the principle of fair use in copyright

    2. The principle of fair use had been developed (in the copyright environment) as a way of finding a reasonable compromise between authors/publishers´ interest in getting (financially) rewarded for the invention and production of some intellectual good and the public interest in having new knowledge available, publicly and under non-exclusive conditions. Copyright has never been an absolute right of authors/publishers, but is – as one might call it – a finalized right. Copyright was formulated with the intention of offering incentives to authors/publishers to create new knowledge and to make it publicly available. To put into differently: Authors/publishers rights need to be protected, but not only as a goal in itself but as a useful function to satisfy the public need for new knowledge in modern societies.

      Das Prinzip des "fair use" ist in der Copyright-Umgebung entwickelt worden, um einen vernünftigen Kompromiss zu finden zwischen den Interessen der Autoren bzw. der Verlage, für ihre Erfindungen oder für ihre Produktionsleistungen entschädigt zu werden, und dem öffentlichen Interesse, erzeugtes Wissen öffentlich und entsprechend zu nicht ausschließenden Bedingungen nutzbar zu machen. Das Copyright war ursprünglich niemals ein absolutes Recht der Autoren oder Verleger, sondern war eher ein funktionales Recht. Das Copyright wurde garantiert, um Anreize für Autoren und Verleger zu schaffen, Wissen zu produzieren und produziertes Wissen in entsprechende Informationsprodukte umzusetzen, mit denen auch Geld verdient werden kann. Aber dies war nicht das Primärziel, sondern wurde als geeignetes, der menschlichen Natur Rechnung tragendes Mittel angesehen, das in der bürgerlichen Gesellschaft stetig ansteigende öffentliche Bedürfnis nach neuem Wissen befriedigen zu können.

      "Fair use" means that the conflict of different actors´ interests in new knowledge cannot be resolved by supporting one position exclusively. It is not adequate that new knowledge should be completely socialized and thus commercial knowledge or information products should not be acceptable or even allowed. Complete socialization of knowledge – at least in the current economic and political environment of the western world – must be considered as a suppression of private or even any initiative for the production of new knowledge.

      On the other hand, it is not adequate that knowledge should be considered a completely private good which is subject to trade and commerce. By the latter understanding major parts of the society would probably be hindered from accessing knowledge, in particular those parties might be excluded from access who especially need knowledge to overcome the disadvantages of their private, professional and public life.

      "Fair use" bedeutet also, daß der angedeutete Interessenkonflikt zwischen den verschiedenen beteiligten Akteuren nicht ausschließlich zugunsten einer Partei entschieden werden kann. Es soll nicht sein, daß (neues) Wissen sofort und gänzlich vergesellschaftet wird, so daß kommerzielle Wissens- oder Informationsprodukte nicht akzeptabel oder gar nicht erlaubt wären (auch wenn dies gegenwärtig von Teilen der Bürgerrechtsbewegung der Netizens gefordert wird). Vollständiger Vergesellschaftung von Wissen wird, zumindest unter den Bedingungen des gegenwärtigen ökonomischen und politischen (westlichen) Systems, als tödlich für private intiativen zur Erzeugung und Verbreitung von Wissen angesehen. Auf der anderen Seite – und dies macht den Kompromiss des Fair use erforerlich – darf es nicht sein, daß Wissen und Information gänzlich als private und privat verwertbare Güter angesehen werden, weil dies einen Großteil der Gesellschaft daran hindern würde, sich den Zugriff zu Wissen und Information zu verschaffen, und zwar gerade für den Teil der Gesellschaft, der darauf angewiesen ist, bestehende oder ererbte, private, professionelle oder öffentliche Nachteile durch die Verfügung und die Nutzung von Wissen zu kompensieren.

      Knowledge is the major means – both on a micro (individual) level and on a macro level (between nations or regions) - to compensate for otherwise existing deficiencies. Support measures for the production of knowledge and for the distribution of knowledge, respectively for access to knowledge or information, financed by the public, can be considered an investment by society in the future. The principle of equality (equal opportunity for all) is unquestionably a central goal in democratic societies. To achieve this goal of equal opportunity for all, public support for the production of knowledge and for the dissemination of information, respectively for access to information is fully justified, even in market-dominated societies. Public financial support for the production of knowledge in science and for the transfer of knowledge to institutions such as schools, universities, libraries, archives or museums has never been disputed. Public investment in knowledge production and in information access is even more important in an elecronic environment to guarantee equal opportunity for all.

      Wissen trägt sowohl auf der Mikroebene (also zwischen Individuen) als auch auf der Makroebene (also zwischen Nationen oder Regionen) dazu bei, bestehende Nachteile oder Ungleichgewichte zu kompensieren. Unterstützungsmaßnahmen für die Produktion von Wissen und für die Verteilung von Information bzw. für den Zugriff auf Wissen und Information, können, wenn sie von der öffentlichen Hand geleistet werden, als Investititonen der Gesellschaft in die Zukunft angesehen werden. Das Gleichheitsprinzip (gleiche Chancen für alle) ist zweifellos eines der zentralen Ziele in demokratischen Gesellschaften. Um dieses Ziel der gleichen Chancen für alle zu erreichen, ist die öffentliche Unterstützung der Produktion von Wissen und der Verteilung von bzw. des Zugriffs auf Information auch in markt-orientierten Gesellschaften gänzlich gerechtfertigt. Finanzielle Unterstützung der Wissensproduktion z.B. in der Wissenschaft oder für den Wissenstransfer, z.B. in Schulen, Universitäten, Bibliotheken, Archiven oder Museen, wurde niemals bezweifelt. Öffentliche Investitionen in Wissensproduktion und Informationszugriff ist in elektronischen Umgebungen noch wichtiger, um Chancengleichheit für alle zu garantieren.
       

    3. Ethical foundation and technological realization

    4. Coming back to the principle of fair use, the ethical foundation for the legal principle of fair use (in its current form) – not leaving the balancing of interests to market forces – can be seen in the public responsibility for a just information environment where everyone has a fair chance to develop their lives according their wishes. On the other hand, a well founded ethical principle  is not sufficient; it cannot be overlooked that the actual realization of fair use principles is highly dependent on the technological status of the production, distribution of and the access to information. Ethics is the foundation of fair use and technology the means to implement it. However, today there is some indication that the relationship between ethics and technological realization is becoming reduced to a dominance of software.

      Wenn wir auf das Prinzip des "Fair use" zurückkommen, dann können wir als die ethische Grundlage des bislang rechtlich gesicherten Prinzip des "Fair use" die öffentliche Verantwortung zur Bildung einer gerechten, die Verwirklichung von Lebensplänen unterstützenden Informationsumgebung ausmachen – „Fair use" kann danach nicht dem Interessenausgleich auf den Märkten überlassen bleiben. Auf der anderen Seite kann nicht übersehen werden, daß, wie auch sonst, ein gutes ethisches Prinzip nicht ausreichend ist. Die Einlösung des „Fair use" Prinzips hängt wesentlich vom technologischen Stand der Produktion, der Verteilung und der Zugriffsformen für Information ab. Ethik mag die Grundlage für „Fair use" sein, Technologie das Mittel, es zu verwirklichen. Der Verdacht ist heute gegeben, daß die ethische Grundlage vergessen wird, und die technologische Umsetzung in Form von Software sich verselbständigt.

      In the past, the knowledge industry was willing to accept fair use principles (such as the right to make copies for one own´s usage or to enable the public to use knowledge products for free via institutions like libraries) because – among other factors – the available surveillance technology did not allow a complete control of private usage of commercial information products. For example it was not possible to hinder people from making private copies on photocopiers which could not "read" or "understand" what they were copying and thus could not control it. Nor was it possible to prohibit lending a book to another person which one had bought oneself. This has changed drastically in a fully electronic environment where the usage of electronic products can be completely supervised, controlled and, consequently, billed down to single bits.

      In der Vergangenheit war die Wissensindustrie unter anderem deshalb bereit „Fair use" Prinzipien zu akzeptieren (z.B. das Recht zuzugestehen, Kopien von Wissensprodukten für den eigenen Gebrauch zu ermöglichen oder die freie Nutzung über öffentlich finanzierte Bibliotheken für jedermann zuzulassen), weil die verfügbare Überwachungstechnologie keine vollständige Kontrolle der privaten Nutzung von kommerziellen Wissensprodukten gestattet – wie sollte z.B. bei verfügbaren Kopierautomaten, die nicht erkennen können, was kopiert wird, das private Kopieren verfügt werden; oder wie sollte verhindert werden, daß ein einmal gekauftes Buch an andere Personen verliehen wird?

      It is very likely that in a fully electronic environment - without any further public intervention and without new attempts to reformulate the principle of fair use - the fair use compromise between public and private interests will be reduced to a software problem of how to effectively and completely control the usage of commercial information products. It was Lawrence Lessig who has repeatedly drawn attention to the tendency that software such as digital rights management (DRM) techniques may replace political and legal initiatives to regulate the usage of information. DRM software has been developed to protect private interests in knowledge and information against information theft and piracy or – from another perspective – to restrict or to control the free flow of information. Fully established DRM will break with the fair use compromise. Using DRM publishers or content providers can lay down exact rules concerning to what extent an information product can be used, what is covered by the price a user is willing to pay, e.g. it can be defined which hardware/software platform is allowed for its usage; how long the user may have access to it; how many copies are allowed; whether quotations from the "leased" product are allowed, …

      Es ist mehr als wahrscheinlich – falls nicht über eine öffentliche Intervention versucht, das „Fair use" Prinzip neu zu formulieren -, daß in einer gänzlich elektronischen Umgebung der „Fair use" Kompromiss zwischen öffentlichem und privatem Interesse aufgekündigt wird und auf die Softwarefrage reduziert wird, wie effektiv und vollständig die Benutzung kommerzieller Wissensprodukte kontrolliert werden kann. Lawrence Lessig hat immer wieder die Aufmerksamkeit darauf gelenkt, daß Software, wie z.B. gegenwärtig die „Digital Rights Management" (DRM) Techniken, an die Stelle politischer und rechtlicher Regulierungsinitiativen treten. DRM Softeware wurde und wird entwickelt, um private Interessen an Wissen und Information gegen „Datendiebstahl und Informationspiraterie" schützen zu können bzw. – aus der andern Perspektive – um den freien Fluß von Information unterbinden bzw. kontrollieren zu können. Vollständig eingreichtetes DRM bricht mit dem „Fair use". Durch DRM können Verleger bzw. „Content Provider" genau festlegen, in welchem Ausmaß Information zu welchem Preis genutzt werden kann, z.B. welche Hard- oder Software-Plattform zugelassen, wie lange man Zugriff zu dem Produkte hat, wieviele Kopien erlaubt sind, ob aus den „geleasten" Produkte zitiert werden darf, ...
       

    5. What is fair use with respect to linguistic and cultural diversity?
    We do not intend to discuss the copyright or fair use problem in more detail in this talk. We rather would like to ask what "fair use" means with respect to linguistic and cultural diversity and what we can learn from the current copyright debate about the opportunity of re-formulating a new and practicable fair use of information and cultural products in an electronic environment in general.
    Wir können das Copyright- oder "Fair use" Problem in diesem Vortrag nicht detaillierter besprechen. Wir wollen vielmehr fragen, was „Fair use" mit Blick auf LCD bedeutet bzw. was wir aus der gegenwärtigen Copyright-Debatte lernen können, um die Chancen für ein neues und anwendbares „Fair use" für Informations- und Kulturprodukte insgesamt in elektronischen Umgebungen auszuloten.

    For the following it is important to remember that – corresponding to the understanding of contemporary cultural anthropology and in accordance with UNESCO´s understanding of culture since the Mexico City World Conference on Cultural Politics in 1982 - the concept of culture does not refer to the understanding of "high-culture", i.e. a set of products from art and architecture exclusively, but rather to "culture" as an ensemble of values, attitudes, communication patterns etc. which guide our conduct in all societal subsets and which is the basis for ethical, juridical and political systems of a society.

    Für die folgende Diskussion wollen wir an den Kulturbegriff anknüpfen, wie er heute in der Kulturanthropologie und auch in der UNESCO seit der Weltkonferenz über Kulturpolitik in Mexiko City 1982 üblich ist, nach dem sich „Kultur" nicht ausschließlich auf die Hochkultur-Produkte aus Kunst oder Architektur bezieht, sondern als das Ensemble der Werte, Einstellungen, Kommunikationsmuster etc. verstanden wird, das unser Verhalten in allen gesellschaftlichen Teilbereichen leitet und welches die Grundlage für die ethischen, rechtlichen und politischen Systeme der Gesellschaft ist.

    We find some parallelism or analogy in the challenge to define a fair compromise between the public and the private commercial interests in producing knowledge and in accessing information and the challenge to find a compromise between the public interest to preserve cultural diversity as a precondition for development in general and the interest of the economy, to carry out trade on a global scale without too many linguistic and cultural barriers, i.e. to carry out trade without restrictive, diversity-compensating costs.

    Hier sind offensichtlich einige Parallelen bzw. Analogien zwischen der Aufgabe, einen fairen Kompromiss zwischen dem öffentlichen und privat-kommerziellen Interesse an Produktion von Wissen bzw. Zugriff auf Information zu finden, und der Herausforderung einen Kompromisse zu finden, einerseits sprachliche Vielfalt als wesentliche Bedingung für kulturelle Vielfalt zu sichern und andererseits, der Wirtschaft nicht unnötige Barrieren aufzuerlegen, elektronische Kommunikation allgemein bzw. elektronischen Handel auch mit kulturellen Produkten im globalen Maßstab möglichst effizient organisieren zu können.
     

  • Conflicts of interest and goal

  •  Ethical, legal and political problems normally occur when conflicts of interests between main actors in society become visible. This is, for example, the case in the question of copyright or in the assessment of the importance of LCD. We shall first concentrate (and necessarily oversimplistically) upon the public interest in the preservation and the development of LCD, second evaluate the threat to LCD throught commercial interests, and finally discuss whether, at least in the long term, there could be a common public and commercial interest in the preservation and the development of LCD on a global scale.

    Ethische, rechtliche und politische Probleme entstehen in der Regel dann, wenn es Ziel- bzw. Interessenkonflikte zwischen Gruppierungen in der Gesellschaft gibt, wie z.B. bei Fragen der Urheberschaft oder hier bei der Einschätzung der Bedeutung sowohl kultureller als auch sprachlicher Vielfalt. Wir wollen zunächst – sicherlich stark verkürzt – das öffentliche Interesse an der Erhaltung und Weiterentwicklung von Vielfalt herausarbeiten, danach – noch holzschittartiger – versuchen, die Bedrohung sprachlicher und kultureller Vielfalt durch ökonomische Interessen zu überprüfen und anschließend diskutieren, ob es tatsächlich Ziel- bzw. Interessenkonflikte vorliegen oder ob – über Umwege – nicht doch ein gemeinsames Interesse ausgemacht werden kann, nach dem es gleichermaßen politisch-öffentlich als auch privat-kommerziel erwünscht ist, kulturelle und sprachliche Vielfalt zu fördern. Dies wird nicht – so werden wir feststellen –, vielleicht nur vorübergehend, regulierendes staatliches Eingreifen überflüssig machen – auch als Schutz des längerfristigen ökonomischen Interesses an kultureller und sprachlicher Vielfalt gegenüber dem kurzfristigen ökonomischen Interesse an weitgehender Standardisierung und Homogenisierung.

  • Public interest in LC

  • It is – at least in western countries – generally accepted to be in the public interest to enable personal individual development by encouraging/tolerating a large bandwith of cultural products and of cultural values. This support is considered to be part of the "contract" between the state and the civil society. According to this understanding, LCD is a citizen’s right that must be protected by the state, comparable to other rights such as the right to privacy. Independent from this individualistic right to personal development on LCD basis, LCD is considered the main means for establishing a politically desired identity with one own´s environment. This is also part of the public interest in LCD, namely, interest in political stability, which can be achieved through identity with cultural values and via linguistic competence. In addition, some people use an evolutionary argument for the protection of LCD, comparable to the protection of biological diversity: only a broad variety of LCD can guarantee the development of the human species under changing environmental and cultural circumstances.

    Es besteht – zumindest in westlichen Ländern - ein allgemein akzeptiertes öffentliches Interesse, die persönliche individuelle Entwicklung durch eine möglichst große Bandbreite kultureller Produkte und Verhaltensweisen zu sichern. Dies gehört sozusagen zum Auftrag des Staates, der ihm von den Mitgliedern der bürgerlichen Gesellschaft gegeben wird,.d.h. es besteht ein Konsens in unseren Gesellschaften darüber, daß jedes einzelne Individuen seine Persönlichkeit in freier Auswahl entfalten kann und daß der Staat dieses Entwicklungsrecht, wie auch andere Recht, z.B. das auf privacy, zu schützen habe. Unabhängig von diesem individualistischen Entwicklungsrecht sieht der Staat von sich aus in dem Angebot kultureller Vielfalt die Grundlage für die politisch erwünschte Identitätsbildung mit dem Umfeld, in dem sich kulturelle Vielfalt entfaltet. Auch das ist ein öffentliches Interesse, nämlich ein Interesse an Stabilität durch Identität mit dem eigenen Lebensraum. Ob es darüberhinaus, in Analogie zum Bewahrungsgebot biologischer Vielfalt, noch ein quasi evolutionstheoretisches Argument zur Bewahrung und Weiterentwicklung kultureller Vielfalt verwendet werden soll – nur bei gegebener Vielfalt kann sich die Species bei sich verändernden Rahmenbedingungen weiterentwickeln -, sei dahingestellt – wir brauchen dieses Argument, das z.B. vom Generalsekretär der UNESCO, Matsuura, verwendet wird, nicht.

    The mission to save cultural diversity is inseparable from the mission to save linguistic diversity. Language is the main means to represent and mediate culture (equally products and norms and behaviour). It is in the public interest to support linguistic diversity and individuality and to allow everyone access to knowledge in that language they are mostly familiar with, for whatever purpose. Equally important is the right to be able to represent oneself and one´s knowledge in one´s own language. To put it another way: LCD is part of the right to read, to have free access to knowledge and information under fair conditions. LCD is also part of the right to write, to be able to present oneself in one´s own language and in one´s own cultural context. The two rights, the right to read and the right to write, can be combined into the right to communicate, this being the competence to engage in active (writing) and passive (reading) discourse with other people, even in a global environment.

    Mit dem Auftrag zur Bewahrung kultureller Vielfalt ist das Sprachproblem unauflöslich verknüpft, da Sprache natürlich das wichtigste Medium ist, Kultur (über Produkte und Verhaltensformen) zu verwirklichen bzw. zu vermitteln. Konkreter noch besteht das öffentliche Interesse an der Erhaltung von Sprachenvielfalt darin, es allen Mitglieder der jeweiligen Gesellschaft zum einen zu erlauben, in der Sprache, die sie auf Grund ihrer primäre Sozialisiation erworben haben und in der sie sich sicher fühlen, auf das Wissen zugreifen zu können, das sie, für welche Zwecke auch immer, nutzen wollen, und zum andern, sie in die Lage zu versetzen, sich und ihr Wissen in den zur Verfügung stehenden Medien in der Sprache darstellen zu können, in der sie sich zu Hause und damit sicher fühlen. Anders formuliert: Bewahrung kultureller und sprachlicher Vielfalt beruht auf der Einlösung der Rechte auf freien Zugriff zu Wissen und Information, gleichermaßen als „right to read", also als das Recht in der gewohnten Sprache auf Wissen zugreifen zu können, und als „right to write", also als das Recht, sich darstellen und mitteilen zu können. Beide Rechte können zusammengefaßt werden als „the right to communicate", als die Fähigkeit, in einen nehmenden und gebenden Diskurs mit anderen eintreten zu können.
     

  • Commercial problems with LCD, commercial threats to LCD
  • The main goal of commercial action is the optimal usage of existing resources – optimal with respect to the achievement of predefined goals. Under an economic perspective language and culture are resources as well which need to be taken into account in the process of exchanging goods and services. In a globally acting information economy the confluence of different cultures (values and behavioral patterns), expressed in different languages, is almost unavoidable. Both language differences and cultural differences can produce friction (and friction-based loss) among trade partners, particularly in distributed environments. These differences, if not mastered through knowledge about their existence, can lead to misunderstanding which threatens the success of business or the reliability of contracts. Without any additional effort to learn about the existence of differences the confluence of diversity may result into clash and may result in complete commercial failure. To avoid this, diversity management is increasingly needed on global markets. Diversity management is a cost factor which cannot be underestimated whereby the cost for the lack of diversity management are even higher.

    Das Hauptziel wirtschaftlichen Handels besteht in der optimalen Nutzung gegebener Ressourcen, um bestimmte Ziele zu erreichen. Unter einer ökonomischen Perspektive sind Sprache und Kultur ebenfalls Ressourcen, denen Rechnung zu tragen ist, wenn Güter und Dienste auf Märkten ausgetauscht werden sollen. In einer globan agierenden Informationswirtschaft ist das Aufeinandertreffen von unterschiedlichen Kulturen (verstanden als Wertesysteme und Verhaltensmuster, die in Sprache ausgedrückt werden) fast unvermeidbar. Sowohl Sprach- als auch Kulturunterschiede können Reibung und Reibungsverluste zwischen verteilten Handelspartnern bewirken. Wenn diese Unterschiede nicht bewußt gemacht werden könnne, bedrohen sie den Erfolg und die Verläßlichkeit wirtschaftlichen Handelns. Ohne zusätzliche Anstrengung, sich die Unterschiede bewußt zu machen, schlägt das Zusammentreffen von LCD in Konflikt um und kann zu einem vollständigen kommerziellen Desaster führen. Um das zu vermeiden, ist auf globalen Märkten zunehmend LCD Management mit nicht zu unterschätzenden Kosten erforderlich, wobei das Fehlen von LCD Management noch höhere Kosten verursachen wird.

    To give only one example for the influence of cultural differences (expressed in the respective linguistic system) on commercial success – let us recall the role which trust plays in enabling economic negotiations and commercial exchange to function smoothly. Trust-building factors are deeply anchored in the cultural systems of individuals, social groups and whole nations. What is a good trust-building behavior in one society may not be accepted in another one. Filter and blocking software, for instance, which is often used as a means to build up trust and confidence in the reliability and the quality of information products is extremely dependent on cultural values. These values are embedded in the underlying rating systems which are the basis for filter software. What is true and appropriate for one culture can be doubtful and inappropriate for another one. Using software stemming from one culture – in the case of filter software mainly from the United States – in an international environment may produce just the opposite effect, namely mistrust or, at least, misunderstanding.

    Um nur ein Beispiel für den Einfluß kultureller, in Sprache ausgedrückter Unterschiede auf kommerziellen Erfolg zu geben, wollen wir darauf hinweisen, welche Rolle Vertrauen spielt, damit Geschäftsverhandlungen und wirtschaftlicher Austausch insgesamt reibungslose funktionieren können. Vertrauensbildende Faktoren sind tief in den kulturellen Systemen von Menschen, sozialen Gruppen oder ganzen Völkern verankert. Was in einer Gesellschaft als gute und akzeptierte vertrauensbildende Maßnahme angesehen wird, kann in einer anderen auf Mißverständnis oder sogar Ablehnung stoßen. Filter- und Abblocksoftware z.B., welche häufig verwendet wird, um Vertrauen in die Verläßlichkeit und die Güte von Informationsprodukten aufzubauen, ist in hohem Maße abhängig von kulturellen Wertsystemen, die dieser Software als Rating-Verfahren zugrundeliegen. Entsprechend können Software-Systeme aus einer Kultur – in dem Fall der Filter-Software stammen sie weitgehend aus den USA -, übertragen auf andere Kulturen, geradezu das Gegenteil von Vertrauensbildung bewirken, nämlich Mißtrauen oder zumindest Mißverständnisse.

    Trade and business would be easier without LCD. Overcoming language and cultural barriers could be a commercial goal. Diversity is in principle against economic interests. A culturally and linguistically homogeneous society would avoid the friction-removing cost for diversity management. The one English speaking and western culture oriented world, preferably using only one currency and following the same legal conventions, would be a perfect market place for the global exchange of goods on information markets. For the WTO this might be considered a wishful dream, for the rest of us, it is rather a nightmare.

    Handel und Geschäfte würden ohne LCD leichter vonstatten gehen. Die Überwindung von sprachlichen und kulturellen Barrieren könnte ein Ziel kommerziellen Handelns sein. Vielfalt ist im Prinzip ökonomischen Interessen entgegengesetzt. In einer sprachlich und kulturell homogenen Gesellschaft können die Kosten für Reibungsverluste und für LDC Management vermieden, zumindest gesenkt werden. Daher könnte die eine, Englisch sprechende und an der westlichenKultur orientierte, vorzugsweise nur noch mit einer Währung operierende und auf gleichen Grundlagen basierende Welt den perfekten Marktplatz für den globalen Austausch von Informationsgütern darstellen. Für die WTO mag das ein Wunschtraum der Weltmarktwirtschaft, für die meisten anderen ist das eher ein Alptraum.

    Probably nobody will judge the likelihood of one world culture and of one world language as very high. However, it is realistic that the value systems of cultures which dominate electronic spaces – and this is currently without doubt the US-American system of economics and politics – might be superimposed on the value systems of other cultures because in open electronic networks their penetration cannot be avoided. And this influence might not destroy these cultures totally but it might lead to wide-spread insecurity which could be a source of social unstability.

    Kaum jemand wird die Wahrscheinlichkeit einer Welteinheitskultur und –sprache als sehr hoch einschätzen. Realistisch ist jedoch, daß Wertesysteme der in elektronischen Räumen dominanten Kulturen – das ist zur Zeit ohne Zweifel das US-amerikanische Wirtschafts- und Politiksystem – die Wertesysteme anderer Kulturen überlagern und so wenn nicht zur Vernichtung dieser Kulturen führen, so doch zu einer gewichtigen Verunsicherung. Verunsicherung ist Ausgangspunkt sozialer Instabilität.

    Statistics show that the dominance of the English language has gradually decreased, at least relatively. Less than 50% of the websites on the Internet use the English language today, compared to more than 90% only 5 years ago. The ongoing extension of the Internet in most of the regions of the world allows more and more regions of the world to represent their knowledge in their own language. However, the mere numbers do not tell us much about the actual usage of these sites and about the consequences of their usage in their respective cultural spaces.

    Die Zahlen belegen zwar, daß die Dominanz der englischen Sprache mit der fortschreitenden Ausbreitung des Internet in die meisten Regionen der Erde relativ zurückgeht und gegenwärtig kaum noch 50% ausmacht – dies sagt aber wenig aus über die tatsächliche Nutzung und über die Konsequenz ihrer Nutzung in den jeweiligen Kulturräumen.

    When 12.3 million people in Italy have the chance to access information and to represent information in the Italian language then this has mainly an inner-Italian effect; the same is true for the 38.8 million Japanes people or for the 29 million Chinese people, in principle also for the 14.2 million French people and for the 22.4 million people in Germany. Only English – beside the fact that there are 192.1 million people on the Internet who use English as their primary language – has the possibility of being registered and understood in other cultural regions and thus has the possibility of influencing other countries´ cultural value systems.

    Wenn in Italien gegenwärtig 12.3 Mio Menschen die Möglichkeit haben, Information auch auf italienisch aufzunehmen, so hat das in erster Linie eine Binnenwirkung, das gleiche gilt für 38.8 Millionen Japaner oder die 29 Millionen Chinesen, ebenso für die 14.2 Millionen Franzosen oder die 22.4 Millionen Deutschen. Alleine das Englische (192,1 Millionen, die Englisch als primäre Sprache verwenden) hat die Chance, auch in anderen Kulturregionen aufgenommen zu werden und damit deren kulturelle Wertesysteme zu beeinflussen.

    Public initiatives, regulation included

    What follows from our discussion so far? With respect to possible public initiatives, regulation included, we would like to distinguish between the following topics: a) the usage of information products which are originally presented in a foreign language/culture – the multilateral import problem; b) the challenge to represent the knowledge of a cultural space which is produced with public (financial) support – the internal public market problem; c) the challenge to make the knowledge of a cultural space accessible to other cultural spaces – the multilateral export problem; d) the promotion of multilingual learning and the challenge to communicate with other people on a global scale using mainly English as the switching language – the communication problem.

    Was folgt aus der bisherigen Diskussion? Mit Blick auf mögliche öffentliche Initiativen, Regulierung eingeschlossen, wollen wir die folgenden Punkte knapp behandeln: a) die Nutzung von Informationsprodukten, die ursprünglich in einer anderen Sprache und Kultur entstanden sind - das ist das multilaterale Kulturimportproblem; b) die Herausforderung, das Wissen des eigenen Kulturraums, das durch öffentliche Förderung entstanden ist, für die eigene Bevölkerung zugänglich zu machen – das ist das öffentliche Binnenmarktproblem; c) die Herausforderung, das eigene Kulturwissen anderen Kulturen in deren Sprachen zugänglich zu machen – das ist das multilaterale Kulturexportproblem; d) die Förderung von Mehrsprachigkeit im eigenen Kulturbereich; e) die Herausforderung, mit anderen Menschen im globalen Maßstab unter Verwendung einer Switching-Sprache, des Englischen; zu kommunizieren.

  • The multilateral import problem

  • In open electronic networks there is no realistic chance of blocking the import of information goods represented in languages other than the ones primarily used in the importing (or "invaded") countries (nor is it desired). It is even likely that globally acting commercial content providers will represent their information products in as many target languages as there is a market that these products will be used in the respective languages. This can be achieved via translation or via distributed production of information goods as it is done with the many regional CNN TV programmes. Market forces will take care of this demand for information products from other countries. It is very likely that cultural products will dominate the markets of the future (replacing more and more traditional industry products and services). These products need to be tailored to special cultural needs. Therefore, in a mid-term perspective, cultural and linguistic diversity will be considered a major success factor for the culture industry, because variety expands the bandwith of possible culture products and possible culture users.

    In offenen elektronischen Netzwerken besteht keine realistische Chance, den Import von Informationsgütern aus anderen Kulturen und in anderen Sprachen, bevorzugt derzeit in der englischen Sprache, zu unterbinden. Das ist auch keinesfalls erwünscht. Es ist sogar wahrscheinlich, daß global agierende kommerzielle Content Provider ihre Informationsprodukte für so viele Kulturbereiche in deren Sprachen anbieten werden, wie es dafür Ertrag versprechende Märkte gibt. Dies kann durch (intellektuelle oder maschinelle) Übersetzung geschehen oder durch von vorneherein verteilte, auf jeweilige Kulturbereiche direkt zugeschnittene Informationsproduktionen, wie es im Fernsehbereich z.B. erfolgreich durch CNN geschieht. Es ist anzunehmen, daß der Markt für sprachlich und kulturell diversifizierte Produkte selber sorgen wird, vor allem unter der vermutlich berechtigten Annahme, daß Kulturprodukte in der Zukunft (nach den Industrieprodukten, Dienstleistungen und jetzigen Informationsprodukten) einen großen Anteil an der Erstellung des Bruttosozialproduktes haben werden. Und Kulturprodukte müssen stark an regionale Bedürfnisse angepaßt werden. In mittlerer Sicht kann daher kulturelle und sprachliche Vielfalt daher als kommerzieller Erfolgsfaktor angesehen werden, verbreitet sich doch daher extrem die Palette der kommerziell verwertbaren (Kultur)Produkte.

    The import problem is slightly different with respect to information goods such as data bases in science, technology, administration, economics, politics, media and other fields where there is a direct public interest that these data bases (in foreign langauges) should be effectively used by scientists etc. in their own language and where market force will not provide appropriate translated versions of the original data bases. We hold that this problem should be solved through bilateral contracts, for example between Korean or French data base producers and public/private partners in the pertinent target cultural/linguistic spaces.

    Das Import-Problem ist mit Blick auf Informationsgüter in Form von Datenbanken aus den professionellen Bereichen wie Wissenschaft, Technik, Wirtschaft, Verwaltung, Politik, Medien etc. etwas anders gelagert, denn hier besteht ein direktes öffentliches Interesse, daß Datenbankeninhalte aus anderen Kulturen in anderen Sprachen von Wissenschaftlern etc. genutzt werden. Hier ist, anders als bei allgemeine kulturellen Produkten, nicht anzunehmen, daß der Markt allein für Zugänglichkeit durch Übersetzungen sorgt. Wir sind der Ansicht, daß dieses Problem durch bilaterale Abkommen, z.B. zwischen koreanischen oder französischen Datenbasisproduzenten und öffentlichen und privaten Partner in den jeweiligen kulturellen und sprachlichen Zielräumen gelöst werden sollte.
     

  • The internal public market problem

  • Public promotion of LCD should mainly concentrate on the challenge to make one´s own culture electronically accessible for one’s own population (and perhaps for the rest of the world, c.f. section 3.3). This is particularly true for public domain information, that is information which is either directly produced in a public environment (administration, politics) or is produced with full or partial financial public foundation or sponsorship. In particular, „knowledge" produced in science and technology, but also all products of so called high-culture (produced or stored in mainly publicly financed institutions such as libraries, archives, museums, theaters or operas) should be made accessible in their electronic form.

    Die öffentliche Förderung von CLV sollte sich hauptsächlich darauf konzentrieren, die eigene Kultur für die eigene Bevölkerung (und ggfls. für andere Kulturräume; cf. Abschnitt 3.3) in elektronischer Form zugänglich zu machen. Dies trifft vor allem für Wissensbestände und Informationen aus dem öffentlichen Bereich zu. Damit ist Wissen und Information gemeint, die entweder im öffentlichen Bereich selber entstehen (z.B. aus Verwaltung und Politik) oder die durch öffentliche, vollständige oder teilweise Unterstützung entstehen. Dazu gehört Wissen aus Wissenschaft und Technik, aber auch alle sogenannten Hochkultur-Produkte, wie sie in öffentlich finanzierten Institutionen wie Bibliotheken, Archiven, Museen, Theatern und Opern gespeichert bzw. reproduziert werden. All das sollte in der elektronischen Form zugänglich gemacht werden.

    So far it is unquestioned that existing institutions such as those mentioned above (libraries, theaters, operas, museums) need to be publicly financed. Taking the technological change into account, the establishment of so called public culture servers can be considered a public task. By establishing these public culture servers, there is a chance that a second public information market will develop which is not dominated by commercial interest, but driven by the interest in the free exchange of knowledge and of cultural products of all kinds and all levels. It is possible that new forms of public/private partnership will need to be developed in order to get these public culture servers financed. This could result in new expressions of fair use (for the usage) of cultural products where neither public nor private interests exclusively dominate.

    Bislang war es unbezweifelt, daß die erwähnten Institutionen (Bibliotheken, Theater etc.) entsprechend dem Kulturauftrag des Staates öffentlich finanziert werden. Wenn man den technologischen Wandel in Rechnung stellt, sollte der Aufbau sogenannter öffentlicher Kulturserver ebenfalls als öffentliche Aufgabe angesehen werden. Durch solche öffentlichen Kulturserver könnte ein zweiter Informationsmarkt entstehen, der nicht durch kommerzielles Interesse alleine dominiert wird, sondern von dem Interesse am freien Austausch von Informations- und Kulturgütern bestimmt ist. Auch hier es wahrscheinlich nötig, daß öffentliche/private Organisations- und Finanzierungsformen entwickelt werden, damit dieses Konzept der öffentlichen Kulturserver tragfähig wird. Dadurch könnten sich auch neue Formen eines „Fair use" von Kulturprodukten entwickeln, die weder durch exklusiv öffentlich noch durch exklusiv private Interessen bestimmt sind.

  • The multilateral export problem

  • Lastly it could be in the public interest of cultural regions or states that their own cultural products should be made accessible by other cultural regions in their own respective language. It is not very likely that this task of cultural export can be left to market forces only. In the past most countries have established organizational and institutional forms for exporting their cultural heritage into other countries. Institutions such as the Goethe institutes from Germany or the British Councils or the Instituts francais are examples of such linguistic and cultural export. There is no reason why public institutions should refrain from this export task in the electronic environment. However, this cannot be left to the public finance and organizational power alone - comparable to the internal public market problem, there is a need and a chance for heterogeneous cooperative ventures between knowledge/culture producers, intermediaries, providers and users both in sender and receiver countries.

    Weiterhin könnte es im öffentlichen Interesse sein, daß Wissens- und Kulturprodukten jeder Art und jeden Niveaus, dargestellt in der jeweils eigenen Sprache, auch in den Sprachen zugänglich gemacht werden, von denen aus ein Interesse zu diesen Produkten artikuliert wird oder angenommen werden kann. Es kann nicht angenommen, daß sich dieser Kulturaustausch im globalen Stil durch Marktmechanismen von selber regelt. Hier sind öffentliche, nationale und überstaatliche Institutionen gefragt, regulierend, steuernd fördernde in den globalen Austausch einzugreifen. Die eigene Kulturobjekte anderen Kulturen öffentlich und freizügig zugänglich zu machen, sollte Bestandteil einer neuen, den Bedingungen elektronischer Märkte angepaßten auswärtigen Kulturpolitik von Staaten sein. Wie es in der Vergangenheit Aufgabe von Institutionen wie dem Goethe-Institut oder dem British Council war, nationale Kultur anderen Kulturbereichen nahezubringen, könnte es heute Aufgabe von nationalen bzw. regionalen Kulturservern sein, den eigensprachlichen, aber auch den multilingualen Zugriff auf die eigenen Kulturbestände möglich zu machen. Hier werden vielfältige Kooperationsformen zwischen anbietenden, nutzenden und möglicherweise aus der Informatioinswirtschaft vermittelnden Institutionen zu entwickeln sein.

  • Multilingual and communicative competence
  • Finally a short remark with respect to local/regional promotion and regulation of multilingual diversity. It is for sure, that language competence in one or several other languages is highly desirable and should be part of school curricula on all levels. Extended language competence will not only (partly) improve the chance of people communicating with other people in other cultural and linguistic spaces, but will also make them open for the values and behaviour of other cultures. The objective of foreign language learning is thus not only language competence but also to develop an understanding of cultural and linguistic relativity. Relativity is the prerequisite for openess to other cultures.
     
    Zuletzt noch eine Anmerkung zur Förderung und Regulierung multilingualer Vielfalt aus den einzelnen Kulturbereichen selber heraus. Es ist sicherlich in jedem Fall wünschenswert, daß der Erwerb von Sprachkompetenz auch in einer oder mehrerer anderer Sprachen zu den wünschenswerten Zielen der Bildungspolitik eines jeden Landes gehört, und zwar nicht allein wegen der damit verbundenen kommunikativen Fähigkeit, auch mit Menschen in einer anderen Sprache in Kontakt treten zu können, sondern auch und vor allen wegen der damit zu erreichenden Offenheit gegenüber anderen Kulturen, deren Objekte und Wertesysteme sich in ihrer Sprache niederschlagen. Bildungsziel ist also nicht nur Erwerb von Sprachkompetenz, sondern vor allem das Bewußtwerden sprachlicher und damit kultureller Relativität, auch der Relativität der eigenen Sprache und des eigenen Kulturraums. Relativität bedeutet nicht Geringschätzung der eigenen Kulturumgebung, wohl aber Offenheit für andere Kulturen, in der Übertragungsleistung auch für Kulturen, deren Sprache man gerade nicht gelernt hat.

    However, the extension of language competence will not be sufficient to solve the problem of global communication. If something can be considered the main paradigm in electronic spaces then it is the chance for everyone to contact everyone else on earth, at least on principle. To realize this chance, which has never existed before in the history of mankind, competence in two or three or four languages will not help that much. As long as automatic translation and interpreting systems are not available, we need to accept that the English language is the only switching language that can be used in global communication.

    Mit diesem Bildungsziel – Erlernen anderer Sprachen – wird allerdings nicht das kommunikative Ziel der Verständigung im globalen Maßstab gelöst. Wenn irgendetwas das Paradigma in elektronischen Räumen ausmacht, dann die in der bisherigen Geschichte der Menschheit noch nie gegebene Möglichkeit eine jeden, im Prinzip mit jedem anderen direkt, elektronisch vermittelt, in Kontakt treten zu können. Bei diesem Unternehmen hilft Kompetenz in ein, zwei, drei anderen Sprachen nur bedingt. Solange nicht automatische Übersetzungsssysteme hoher Qualität verfügbar sind, wird die englische Sprache die global funktionierende Switching-Sprache sein, deren sich die Teilnehmer in globalen Kommunikationssituationen zu bedienen haben.

    Results from intercultural research suggest that communication among partners from different cultural spaces, using English as the switching language, often highly deficiently, is likely to be highly influenced and even biased by cultural differences. The switching language will not level out cultural diversity. Instead, divergent cultural values, norms, argumentation and politeness patterns, discourse behaviours and cooperative styles are more likely to foil any development of language homogenization through a single switching language, viz. English. Language competence will contribute to the solution but cannot solve the problem of cultural diversity alone. Therefore education should encourage sensitivity for cultural diversity and should help to develop communicative competence on a global scale. This seems to be more realistic than achieving competence in universal linguistic principles, often considered a means to make linguistic diversity transparent. This final remark on cultural, communicative competence refers to the subtitle of this talk that diversity is a communicative problem rather than a linguistic one.

    Die interkulturelle Forschung legt nahe, daß Kommunikation zwischen Partners aus unterschiedlichen Kulturräumen, die sich gemeinsam, wenn auch auf unterschiedlichem Niveau der englischen Sprache bedienen, weiterhin stark durch kulturell bedingte Unterschiede beeinflußt und verzerrt wird. Vermittlungssprachen nivellieren keinesfalls kulturelle Vielfalt. Kulturelle Werte und Normen, Argumentations- und Höflichkeitsmuster, Diskursverhalten und Kooperationsstile machen der Sprachhomogenisierung, z.B. durch das Englische, immer wieder einen Strich durch die Rechnung. Sprachkompetenz kann zur Lösung des Problems beitragen, aber löst das Problem kultureller Vielfalt keinesfalls vollständig. Wir sind daher der Meinung, daß die Ausbildung stärker für kulturelle Vielfalt sensibel machen sollte und kommunikative Kompeten im globalen Maßstab entwickeln helfen sollte. Einsicht in kulturelle Vielfalt und kommunikative Kompetenz zu erwerben, scheint realistischer zu sein als Kompetenz in linguistische Universalien, durch die man sprachliche Vielfalt transparent zu machen hofft. Diese letzte Bemerkung leiter zum Untertitel dieses Vortrags zurück, nach dem Vielfalt eher als kommunikatives denn als linguistisches Problem angesehen wird.


     
    Intervention de Monsieur Philippe RENAUT 
     

    Synthèse

    Le Plurilinguisme dans la société de l’information

    Les défis de la traduction

    1er thème : Quelles sont les conditions de la mise en place des outils de traduction adéquats ?

    Multilinguisme, une lutte contre l’histoire Stratégies multilingues


    Histoire
    De la nécessité d’une approche pluri-culturelle du réseau DNS et caractères accentués
    Annuaire multilingue
        • Histoire
      On ne peut aborder le problème du multilinguisme sur l’Internet sans prendre en compte le passé du réseau. En effet on considère trop souvent actuellement la prédominance de l’anglais sur la Toile comme une volonté d’imposer cette langue sur le réseau. Cette réaction “ épidermique ” ne doit pas nous empêcher de considérer objectivement l’évolution du réseau pour comprendre comment l’anglais a pu se développer au point de représenter un maximum de 82,3% des pages Web il y a trois ans de cela.
       
    • Une création profondément anglophone.
      N’oublions pas, en effet, que le réseau ne fut dans un premier temps que la mise en connexion de certains organismes gouvernementaux et de certaines universités entre elles aux Etats-Unis. Loin d’imaginer un développement international aussi rapide (le fameux lien hypertexte n’ayant pas encore été inventé), ce réseau fut donc avant tout un outil pour professionnels dans un pays anglophone. Aussi non seulement la langue de communication fut elle l’anglais, mais surtout d’un point de vue technique les premiers logiciels, les premiers protocoles de transport, de stockage de l’information, de codage furent conçus dans un environnement anglais, avec le jeu de caractère simplifié qui caractérise cette langue. 
    Le deuxième souffle du réseau qui fut en fait son avènement fut la création du World Wide Web par Tim Berners-Lee en 90 qui permit d’offrir un service grand public et qui sous l’impulsion du gouvernement Américain qui avait saisi l’enjeu de cette découverte se développa de manière importante aux Etats-Unis. L’arrivée en Europe fut donc plus une adaptation d’un produit Américain qu’un développement parallèle. 
    Enfin les développements actuels voient le nombre d’Internautes n’ayant pas l’anglais comme langue maternelle augmenter tangiblement ( 52,4% aux dernières statistiques de Global Reach). Toutefois une comparaison par pays montre la prédominance énorme des Etats-Unis. Ce fait historique s’est maintenu grâce à des prix de matériel informatique et logiciels bien inférieurs à ceux pratiqués dans les autres pays du Monde ainsi qu’une politique de communication par forfait qui rend la connexion Internet et son utilisation meilleur marché.
  • Quel mauvais caractère celui-la …
  • Les logiciels qui ont été mis au point pour exploiter les services de l'Internet ont naturellement suivi la même voie et ont donc été conçus pour des langues comme l'anglais. Cela s'est traduit concrètement par l'utilisation du code ASCII (American Standard Code for Information Interchange/US-ASCII).
      Les limites du code ASCII sont devenues apparentes avec la croissance de l'utilisation de l'Internet à travers le monde (par exemple, le code ASCII ne permettait pas de coder les caractères portant des signes diacritiques). Pour combler cette lacune, on a développé d'autres mécanismes de codage afin d'ouvrir l'Internet à l'utilisation d'autres langues.
      Malgré ces efforts, certains problèmes persistent, notamment :
      - l'absence de mécanismes de codage supportant l'utilisation des caractères accentués sur certains ordinateurs personnels; 
      - la non-disponibilité de logiciels utilisateur pour l'Internet qui supportent ces mécanismes de codage; 
      - la nécessité de coder correctement l'information avant sa transmission sur l'Internet et la nécessité correspondante, pour le récepteur, de savoir quel code a été utilisé afin de pouvoir décoder l'information. 
      Bien que certains efforts de normalisation aient été entrepris à l'échelle internationale, beaucoup d'options dépendent des connaissances des utilisateurs ou sont tout simplement inaccessibles à certains.
       
        • De la nécessité d’une approche pluri-culturelle du réseau.
      L’Internet est un monde en création. Nous sommes tous les témoins, spectateurs, et mieux, acteurs de cette création. Ce monde est en train de se munir de gouvernements, de régulation, de traditions, d’étiquettes sociales, de lois, d’entreprises, de sans-papiers, de hors la loi, de police …. 
       
    • Un monde nouveau 
      Voulons nous créer sur le Web une copie conforme de la société dans laquelle nous vivons ou bien allons nous profiter de notre connaissance, des erreurs passées pour améliorer ce monde en construction ?  C’est en réponse à cette problématique qu’il faut considérer le multi-linguisme. Le développement d’un Web multilingue, plus qu’un problème pratique ou démocratique est un véritable enjeu mondial de préservation des cultures. Souhaitons nous voir disparaître la diversité de pensées avec les conflits que cela peut engendrer au profit d’un modèle unique, suivi par tous ?

      Le refus de cette hégémonie par un seul est traduit par un appel du CERCLE (Comité Européen pour le Respect des Cultures et des Langues en Europe) :

    La diversité et le pluralisme linguistiques ne sont pas un obstacle à la circulation des hommes, des idées et des marchandises ou services, comme veulent le faire croire certains, alliés objectifs, conscients ou non, de la culture et de la langue dominante. C’est l’uniformisation et l’hégémonie qui sont un obstacle au libre épanouissement des individus, des sociétés et de l’économie de l’immatériel, source principale des emplois de demains. Le respect des langues, à l’inverse est la dernière chance pour l’Europe de se rapprocher des citoyens, objectif toujours affiché, presque jamais mis en pratique. L’union doit donc renoncer à privilégier la langue d’un seul groupe. ”
    •  L’évolution logicielle
    En cela la demande très forte des utilisateurs de pouvoir accéder à des ressources exprimées dans la langue de leur pays (28% seulement des Européens parleraient l’anglais) donne un élan énorme aux entreprises développeuses de technologies multilingues. Les domaines concernés sont la traduction automatique, le développement de thésaurus, la recherche multilingue, le codage multilingue, l’extraction, l’indexation, le condensé d’information.
    Dès 1997, une entreprise comme Altavista possédant une forte visibilité mettait en place un système de traduction automatique entre 6 langues. La plupart des moteurs de recherche sur le Web ont mis en place une recherche que nous nommerons pluri-lingue c’est à dire, permettant d’accéder dans une langue x à un document écrit en langue x. Sans être un véritable multilinguisme au sens du croisement des langues entre elle, ceci permettait déjà la recherche de documents autres qu’anglais.
      Pour atteindre un véritable multilinguisme, au moins sur le service Web et la recherche documentaire, on a besoin de deux types d’outils, des outils permettant une réelle recherche multilingue (requête dans une langue natale trouvant des documents écrits dans n’importe quelle autre langue), et des outils de traduction pour permettre l’affichage du document retrouvé dans la langue maternelle du demandeur. 
    • De la recherche à l’industrie
    De plus on ne pourra plus se contenter dans le futur de simple processus automatique. La linguistique à l’heure actuelle n’est pas une science suffisamment précise pour assurer à un utilisateur la conformité de ses demandes en langue maternelle avec les résultats dans une autre langue. Il faut envisager un certain degré d’interactivité avec l’utilisateur lui permettant de “ désambiguiser ” les termes utilisés. En effet l’extension sémantique d’un terme à des concepts voisins pose déjà un problème sans un cadre contextuel précis. Ce problème est décuplé dans le cas d’utilisation de thésaurus multilingues. Les faux sens se multiplient. On sait bien les effets désastreux que peut produire l’utilisation du Mèl sur une langue. Il faut absolument  éviter que l’avènement de logiciels multilingues créent des ambiguïtés supplémentaires. Une jeune entreprise comme Knowledge-Concept (Pays-Bas) apporte une approche fraîche à l’exploitation de thésaurus multilingues par une interactivité fluide avec l’utilisateur. 
      Chaque année voit fleurir des développements aussi bien au niveau de l’industrie que de la recherche qui n’ont jamais été aussi proche que dans cette recherche du multilinguisme. Les projets les plus divers allant des mathématiques, de la topologie, des statistiques à la linguistique pure se retrouvent exploités et soutenus financièrement par des industriels désireux de proposer des solutions innovantes. 
    • Vers un monde meilleur
    On ne peut cependant pas encore se vanter d’être dans un environnement multilingue. Des problèmes basiques subsistent au niveau technique, car les protocoles de communications, les standards de l’Internet sont souvent profondément enracinés dans l’anglais et le codage ASCII et c’est un travail en profondeur qui peut changer cet état de fait.
    Nous allons illustrer dans les chapitres suivants ces considérations par l’étude de problèmes concrets :
    - le codage des caractères dans le DNS (Domain Name System).
    - la création d’un annuaire multilingue.
        • DNS et caractères accentués
    Depuis la création de l’Internet le besoin d’un système de codage plus complet que l’ASCII s’est fait sentir. En effet ce dernier ne permet qu’un codage basique qui exclut caractères accentués, et tout autres caractère non conforme à l’alphabet latin. La Grèce, la Russie, l’Asie, se retrouvaient donc dans l’impossibilité totale de produire leur ressources sur le Web, et des pays comme la France furent amener à une utilisation déformées et appauvrie de leur langage. Il fallut donc développer des normes pour coder tous ces caractères et surtout pour les intégrer dans les logiciels et les outils de communications (messagerie, protocoles de transmissions, traitement de textes…). 
    De plus un point important était de ne pas créer trop de normes différentes qui aurait permis à quelqu’un de coder son texte dans une norme donnée que le destinataire ne pourrait jamais lire. C’est malheureusement ce qui s’est produit avec toutefois l’heureuse émergence de certaines normes plus populaires, mais sans atteindre de véritable consensus international. 
    Des compromis sur la taille de codage furent adoptés promouvant l’utilisation de l’ISOLatin 1 en Europe alors que ce système de codage n’était pas suffisant pour couvrir l’ensemble des langues de la planètes (notamment les langues asiatiques). L’UNICode pensée en ce sens a bien du mal à s’imposer. Les utilisateurs de messagerie auront déjà souvent rencontrés ce problème de l’arrivée d’un message illisible à cause d’un système de codage inconnu qui voit les caractères accentués remplaçés par d’autres caractères étranges.
    C’est ce problème technique qui pousse à l’utilisation des caractères les plus simples (latin non accentués) dans des outils au cœur de l’Internet comme l’est le DNS. Le système de nommage est la colonne vertébrale du Web. C’est le système qui fait correspondre à une adresse www.xxxxx.com une adresse de machine (un simple nombre 192.134.4.24 qui identifie une machine précise sur le réseau). Vous remarquerez qu’aucune adresse de site n’est accentuée ou ne possède de caractère étrange. Ceci oblige une personne située au Japon à communiquer sur u ne adresse qui pour lui n’a aucun symbolisme puisque détachée de son système d’écriture et de communication. Qu’un européen imagine être obligé de devoir construire son site sur une adresse en kanji et il comprendra l’étendue de la problématique. Quand on sait que le nom de domaine a été introduit pour être plus facilement mnémotechnique qu’un nombre, on voit que cela ne correspond que faiblement à la réalité sur le Web dans la mesure ou un nom de domaine n’est exprimable que dans une langue.
    Ce débat est parfaitement au goût du jour, puisque NSI qui s’occupe de la diffusion des domaines Internet en .com, vient de lancer les noms de domaines avec caractères accentués. Ce lancement intervient au milieu d’une réflexion qui est loin d’être aboutie. En effet on peut se demander quel intérêt il peut y avoir à posséder une adresse en caractères grecs si les claviers européens ne peuvent reproduire ce genre de caractères. 
    Ceci transforme le nom de domaine, qui avait une vocation internationale, en adresse locale accessible uniquement à l’intérieur du pays ou dans le champs de commerce des claviers adaptés au langage en question. Ceci oblige toute personne désireuse de communiquer internationalement par une adresse visible à se rabattre sur le plus petit dénominateur commun, les latin non accentués. 
    On voit donc que considérant l’état actuel des technologies et du matériel informatique, le multilinguisme basé sur une approche multicaractère est un leurre qui peut être source d’argent pour certaines entreprises mais certainement pas de transparence au niveau de la communication. Loin de rapprocher les langues, cela peut les séparer et les isoler. Il faut donc prendre le temps de faire évoluer ce problème de codage avant d’envisager une communication via les caractères accentués ou autres sur le Web.
        •  Annuaire multilingue
    Nous terminerons cette brève présentation sur un exemple personnel, le développement d’un annuaire multilingue. En effet la présence d’outil plurilingue est incontestable sur le Web, toutefois les pages ne sont pas toujours traduites en plusieurs langues et si vous êtes suédois, la probabilité qu’une page mexicaine ait été traduite en suédois tend asymptotiquement vers zéro. 
    Il faut donc envisager la création d’une paire d’outils : annuaire multilingue, traduction automatique de sites Web. Le deuxième type d’outil sans être à un stade réellement pleinement satisfaisant est déjà avancé, et de nombreuses sociétés y travaillent à l’heure actuelle. Le premier par contre est quasiment absent sur le Web. Il faut offrir la possibilité de trouver des documents qui ne sont pas dans votre langue. 
    Ce type de développement se base nécessairement sur des outils purement linguistiques d’expansion sémantique de requêtes. Cette phase vous permet en plus d’une traduction simple, qui sans aucun contexte, a peu de chance de se révéler pertinente, de proposer des listes de concepts qui correspondent à votre demande dans votre langue. Pour cela il faut réaliser la lente, pénible et parfois insolvable tâche de mettre en relation des thésaurus de langues différentes. 
    Certains outils travaillaient à mettre en relation les termes un à un. On voit bien l’irréalisme d’une telle approche lorsque l’on augmente le nombre de langues à mettre en relations. Chaque mot devant être relié à ses équivalents sémantiques dans d’autres langues, l’ajout d’une seule langue oblige pour chaque mot à créer autant de liens qu’il existe de langues déjà existantes dans l’outil.
    La nouvelle approche consiste à créer un réseau (synonymie, généralité, spécificité, …) de concepts existant dans toutes les langues et à instancier ces concepts dans chaque nouvelle langue. Si on rajoute dans l’outil des processus liés aux expressions idiomatiques, aux reconnaissances de fautes de frappes, aux conjugaisons, féminins, pluriels, des séries de règles grammaticales propre à chaque langue, et une choix de désambïguisation du sens du terme choisi, on obtient un moteur relativement efficace qui vous permet sans connaître la langue cible de trouver une information dans cette langue. 
    Il ne reste alors qu’à traduire cette information par le biais de l’un des outils déjà existant. On peut aussi proposer des catégories d’informations. Prenons l’exemple des activités d’entreprises. Ces dernières ont déjà été cataloguées dans de nombreuses langues et rendues standard. Aussi pour un annuaire d’entreprises par activité, l’information cible peut dors et déjà être ramenée dans la langue d’interrogation
    Le multilinguisme n’est plus un rêve, il est à notre porte. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que les freins restent principalement techniques. Dans un univers au passé anglophone, la remise à niveau de tous les standards n’est pas une mince affaire, même si les bonnes volontés ne manquent pas et si la motivation internationale est grande. Il faut continuer à multiplier les actions technologiques et pousser les acteurs de normalisations à s’entendre autour d’un consensus, seul moyen de révolutionner lentement les normes établies de l’Internet.
     

     
    Intervention de Madame Maria Teresa CABRE

    Synthèse

    LA TERMINOLOGIE ET L’ACCES MULTILINGUE A L’INFORMATION

    M. Teresa Cabré
    Lluís De Yzaguirre
    Yannick Garcia
    Institut Universitari de Lingüística Aplicada
    Universitat Pompeu Fabra (Barcelone)

    • Avant-propos
      On part de l’idée que toutes les langues sont également aptes pour exprimer toute connaissance mais elles ne se trouvent pas au même niveau de développement. Pour quelques-unes, il manque ou il a manqué un corpus littéraire consolidé en leur permettant d’établir un registre formel de la langue; d’autres ont été créées sur la base de registres écrits, la plupart des cas administratifs, et elles ont des lacunes dans le domaine général ou familial; il y en a aussi qui ont profité d’une certaine “normalité” linguistique jusqu’à la dernière dizaine d’années, où elles ont été interdites aux nouvelles technologies de la réalité mondiale et elles sont devenues des langues diglossiques strictu sensu. Si l’on considère l’usage des langues, on peut les distinguer en termes quantitatifs (nombre d’usagers) ou en termes de diversité d’usages (usage complètement normalisé ou diglossie). Les raisons ne sont donc pas internes, mais fondées sur des circonstances externes aux langues, sociales et historiques.
    De la totalité des usages, il y en a qui sont considérés prestigieux par leur idiosyncrasie et leur représentation sociale. Il y en a d’autres qui ne donnent pas de prestige aux langues. Dans les premiers, on peut situer quelques registres particuliers (cientifico-techniques, professionnels et les spécialisés en général) et les usages liés aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). Le scénario communicatif donné par Internet est un des exemples les plus représentatifs de cette option de futur. On dit qu’une langue qui ne s’intègre pas dans les TIC (c’est-à-dire, une langue qui utilise les TIC et qui est utilisée par elles) est destinée à disparaître ou, au moins, à perdre la considération de langue capable de transférer de la connaissance plus ou moins spécialisée et de rester, en même temps, réduite à la langue parlée et familière.
    Face à ce défi, les efforts de quelques communautés et de quelques pays pour entrer dans les nouveaux espaces communicatifs thématiques et technologiques ont été très grands, bien qu’il soit un fait incontestable que la présence des langues dans les domaines des nouvelles technologies n’est pas égalitaire.
    • Etat de la question
      Internet est une ressource universelle, l’accès a la masse d’information virtuelle disponible est garanti là où se réunissent les conditions économiques nécessaires pour en devenir bénéficiaire. Le nombre d’usagers possible est, donc, très divers quant aux niveaux de formation et linguistiques. Pour atteindre un traitement égalitaire dans l’accès à l’information spécifique, une conduite bipartite est nécessaire: a) d’un côté, les outils de gestion d’information électronique —ceux qui se chargent des sites et des moteurs de recherche— doivent prévoir cette diversité et doivent fournir les mécanismes et les stratégies pertinentes afin que l’outil aie une couverture réelle la plus étendue possible; et b) les propriétaires des pages sur le web doivent être conscients du travail qu’ils peuvent éviter aux outils de gestion avec une phase efficace de pre-édition des ressources qui comporte une analyse très détaillée concernant une indexation future du document.
    Il faut dire que dans les endroits où l’analphabétisme est le plus élevé et où, en principe, il est plus difficile d’avancer vers les nouvelles technologies, une des erreurs de base du processus de formation à l’école a été l’usage d’une langue non-maternelle —la langue “colonisatrice”— comme un moyen pour véhiculer les premiers pas dans l’enseignement. Internet ne doit pas copier les erreurs commises dans ce domaine et il doit permettre la naturalisation de l’accès aux connaissances avec la propre langue, fait qui va en multiplier sans aucun doute l’efficacité.
    • Les langues
      Une des questions de base que le créateur d’une ressource électronique doit se poser est “quel est mon public potentiel?”. Évidemment, entreprises, sujets, associations, institutions, sites ou moteurs de recherche ne rentrent pas dans les mêmes listes, mais tous doivent faire, entre autres, un choix linguistique. Il faudrait, donc, jeter un coup d’œil sur les données linguistiques.
    Langue Population
    Anglais  172,3 millions
    Japonais 27,3 millions
    Allemand 19,9 millions
    Espagnol 19,5 millions
    Chinois (mandarin) 18 millions
    Français  13,2 millions
    Coréen  11,7 millions
    Italien  10 millions
    Portugais 7,7 millions
    Russe  6,7 millions

        (Global Reach)     (Blue Earth)

    Ces données ne font pas référence à la population totale qui parle une langue en particulier, elles indiquent les millions de parlants natifs qui ont accès à Internet ou qui sont connectés régulièrement, et on se rend compte que presque la moitié de la communauté consommatrice a l’anglais comme langue habituelle. Il ne faut donc pas s’étonner du fait que les principaux sites et moteurs de recherche soient nés dans des pays anglophones —principalement aux États Unis—, conçus par et pour les anglophones. Il ne faut pas tout de même oublier l’autre moitié du gâteau, qui correspond aux parlants d’autres langues, surtout le japonais, le chinois, l’allemand et l’espagnol (toujours d’après Global Reach). Le niveau de formation de ces parlants est considéré, tacitement si l’on veut, assez élevée pour assurer une connaissance de base passive de la langue anglaise, fait qui réduit de 50 % à 10 % le pourcentage d’usagers qui ne connaissent pas l’anglais et qui utilisent quand même Internet régulièrement.
    Une navigation au hasard sur les pages et les sites nous mène à constater les répercussions de l’omniprésence de l’anglais, bien que l’on ne puisse pas oublier des facteurs tels que la localisation géographique du serveur, la volonté universaliste des responsables de la ressource, la volonté de “survivre” ou de “militer” du point de vue linguistique, etc. En essayant de faire une classification, on peut établir quatre groupes de communautés cibernetiques selon leur degré de représentation: 
    1. communautés absolument représentées (degré maximum), comme l’anglais et l’espagnol;
    2. communautés significativement représentées (degré élevé), comme le français, l’allemand, le japonais et le chinois mandarin;
    3. communautés pauvrement représentées (degré moyen), comme l’italien, le néerlandais ou le catalan;
    4. communautés non représentées (degré zéro), comme le bulgare, le frison ou le biélorusse.
    Pour établir ces degrés, nous avons tenu compte des paramètres suivants:
    a) l’apparition sur des pages et des sites en termes absolus;
    b) le but des pages et des sites où les différentes langues sont utilisées;
    c) le sujet des pages et des sites (analysé activement et passivement, c’est-à-dire, même si l’on traite une thématique en particulier dans une langue ou si cette thématique n’est jamais traitée);
    d) le caractère institutionnel, individuel ou commercial des pages et des sites créés.
    Le degré de conscience du plurilinguism>des outils de gestion de moteurs recherche est bien divers. En considérant le nombre de langues inclues comme un filtrage dans l’option de recherche avancée dans les outils les plus reconnus (soit Yahoo!, Northern Light, HotBot, Lycos, AltaVista et Fast), on se rend compte de l’existence d’une grande variété:
    Fast (All The Web) est le chercheur qui présente plus de langues parmi ceux que nous avons consulté: 46. Si nous considérons que Ethnologue compile une liste avec à peu près 6.700 langues parlées actuellement dans le monde, les données sont assez significatives. Le chercheur même nous donne la frontière pour délimiter les options linguistiques entre langues de basse diffusion (LBD) et langues de grande diffusion (LGD). Sur la page de présentation (http://www.alltheweb.com), le serveur contient 575 millions de pages. C’est seulement dans le cas où notre interrogation a des résultats inférieurs à 50.000 pages que le système ajoute le numéro de pages trouvées dans les directions des pages. Ainsi, si nous faisons une recherche assez simple —la lettre a, par exemple— dans toutes les langues, nous aurons des données quantitatives dans les cas des langues avec moins de 50.000 pages, qui seront considérées sous l’étiquette de LBD.
    Les langues qui ne sont pas considérées dans ce graphique, et qui ont un nombre de pages assignées supérieur à 50.000, sont: l’allemand, l’anglais, l’arabe, le basque, le catalan, le chinois (traditionnel et simplifié), le coréen, le croate, le danois, l’espagnol, l’estonien, le finnois, le français, le galicien, le gallois, le grec, le néerlandais, le hongrois, l’islandais, l’italien, le japonais, le malais, le norvégien, le polonais, le portugais, le roumain, le russe, le slovaque, le suédois, le tchèque, le thaï et le turc. Évidemment, toutes ces langues ne peuvent pas être considérées LGD (d’après les autres moteurs de recherche analysés, seuls l’anglais, le français, l’allemand, l’espagnol, le japonais et le chinois sont des LGD). Cependant, ces données démontrent l’existence de matériaux dans des langues très diverses. La question est de se demander comment ces matériaux sont traités dans les programmes qui n’appliquent pas des filtrages de langue dans leurs recherches ou qui n’utilisent des variables.
    Quelles sont les voies possibles pour canaliser le plurilinguisme? Il y a trois chemins possibles:
    Accepter le déséquilibre et laisser le marché décider la sélection des langues ?
    Donner des subventions officielles à la traduction dans toutes les langues ?
    Chercher des solutions intermédiaires avec le support des nouvelles technologies ?
    Si l’on laisse le choix à la liberté du marché, on présuppose la conscience et la militance des parlants dans un scénario très souvent vu comme un moyen d’atteindre une finalité, et non comme une finalité en elle-même. Les usagers veulent des réponses rapides à Internet, et face à l’absence de ressources dans leur langue, ils n’ont que deux options: a) faire l’effort d’accéder à l’information dans une autre langue en utilisant des traductions externes, bien qu’ils soient conscients que l’information vraiment utile peut être écrite dans une autre langue que le moteur de recherche ne catalogue pas; ou b) laisser tomber, et, dans ce cas, le but principal d’Internet considéré une ressource universelle n’est pas atteint.
    La traduction officielle subventionnée est, pourtant, une solution partielle et à courte échéance. Partielle, parce que seules les communautés économiquement fortes et avec un système d’aménagement linguistique consolidé peuvent en profiter. À courte échéance, parce que la conception monolingue ne se perd pas et la subvention reste soumise à un cercle vicieux: plus d’information, plus de traduction, et en conséquence, plus de traduction, plus de subvention. Cette dépendance augmente de façon exponentielle, étant donné que la croissance de pages sur Internet se multiplie mois après mois et, en plus, cet augmentation oublie de trouver des méthodes pour optimiser les efforts.
    Une solution efficace devrait prévoir la besoin de traduction pour n’importe quel usager dans toutes ses recherches. Si l’on ne trouve pas des voies améliorées dans le domaine de la traduction automatique, il faudrait au moins lui offrir des “substituts” de l’information qui raccourciraient le chemin jusqu’aux données. Si on nous permet une métaphore biblique, une traduction subventionnée serait comparable à un poisson donné à l’usager pour manger un jour, et une réponse efficace d’information à n’importe quel type de consultation dans la propre langue de l’usager serait comme lui donner une canne à pêche pour pêcher et manger toute la vie.
    • Proposition
      Notre option se situe dans la troisième voie, plus possibiliste, qui ouvre le chemin à plus de langues (sans arriver à la totalité) pour avancer vers l’égalité linguistique. Actuellement, la plupart des moteurs de recherche sont satisfaisants seulement si nous les interrogeons dans la langue du document que nous voulons obtenir:
    The automated ones such as AltaVista will work perfectly well in any language. To find American hotels, type hotel. To find Italian hotels, type albergo, which is Italian for hotel. AltaVista will search for titles, text and keywords one character at a time, without “realizing” what language. (Hopkins 1996)
    Ce processus est appliqué aussi bien aux chercheurs qui utilisent descripteurs ou mots clé —la plupart d’entre eux—, comme aux chercheurs qui transforment le langage naturel au langage contrôlé, avec l’aide de thesaurus, par exemple AskJeeves.
    Pour réduire cette diglossie informative, l’usager doit pouvoir interroger le chercheur dans sa propre langue et recevoir des données écrites dans n’importe quelle langue. Ce type d’opérations est possible seulement si l’on conçoit les ressources du point de vue plurilingue et s’il est possible d’accéder sur la toile unilatéralement dans une langue, sans l’existence d’aucun domaine déficitaire. Pour atteindre ce but, il faut avoir des ontologies, qui permettent de standardiser les matériaux disponibles. Voyons un exemple.
    Un usager cherche des bourses pour faire un stage en Chine. La question naturelle est: “Où est-ce-que je peux trouver de l’information sur des bourses pour étudier en Chine?”. Un chercheur courant n’est pas capable de traiter la question dans n’importe quelle langue parce qu’il fragmente la séquence et il la traite comme une chaîne de conditions de recherche, en ce qui concerne les éléments pleins —les descripteurs potentiels: bourses, étudier, Chine—, comme les vides —où, est-ce-que, je, peux, trouver, de, l’, information, sur, des, pour, en—. Un chercheur qui prend le langage naturel, comme AskJeeves, ne peut que le traiter et en sortir les descripteurs si la question a été posée dans une des langues qu’il connaît.
    Regardons maintenant en détail chaque étape d’une recherche: l’interrogation assistée, le raffinement et la visualisation des résultats.
    • Interrogation assistée
      L’étape de formulation de la recherche doit s’encadrer dans un environnement d’interface assistée et doit permettre l’expression de la langue de l’usager. Cependant, il faut être réalistes et ne pas rêver à un système qui reconnaisse n’importe quelle langue, il ne faut pas imposer la responsabilité, sans mesure et de façon utopique, d’obliger le créateur d’une page personnelle à indexer sa ressource selon cette diversité. La solution peut s’orienter à l’usage d’un système linguistique pont dans le but d’interconnecter la question dans la langue X avec les résultats, écrits dans une langue X ou Y, en qualité de lingua franca. Etant donné que la plupart des documents ont été écrits, ou au moins indexés, dans une ou plusieurs LGD, ce sont ces langues qui doivent devenir la base de l’interface de recherche. Le schéma suivant illustre notre proposition:
      La phase de formulation suit ces étages initiaux:
      1. L’usager fait la consultation en langage naturel vernaculaire.
      2. Les mots lexicauxs sont extraits (les grammèmes sont éliminés).
      3. Ils sont traduits dans une LGD (avec tous les équivalents, dans le cas d’ambiguïté).
      4. Un Système de sélection de descripteurs (SSD) choisi les descripteurs d’une ontologie, d’un thesaurus ou d’une base de données terminologiques qui améliorent la couverture de la pétition de l’usager.
      5/6. Les descripteurs en LGD (5) sont traduits par les équivalents en LBD (6).
      7.   L’usager choisi dans sa propre langue quels sont les descripteurs qui véhiculent le plus adéquatement sa pétition. Dans le cas où les resultats ne sont pas assez satisfassants, l’usager peut recommencer le processus à nouveau. Contrariement, l’usager doit définir deux paramètres, quel chercheurs et quelles langues, à partir desquels on commence effectivement la recherche.

      Les outils nécessaires pour le fonctionnement de l’interface sont donc:
      - un dictionnaire général avec des correspondances LBD – LGD (par exemple, swahili – anglais, faeroese – allemand, dalmate – italien, etc.);
      - un thesaurus, une ontologie ou une terminologie avec des descripteurs et des équivalents croisés dans la même combinaison.
      - un SSD pour chaque LGD considérée; il s’agit d’un outil très similaire à un extracteur de terminologie qui sache associer le lexique général de la langue avec les descripteurs pertinents (avec WordNet ou en sortant de l’information des définitions lexicographiques, par exemple).

      L’avantage de commencer par les LGD réduit en grand mesure les combinaisons et optimise les efforts, parce que la plupart de ces outils ont déjà été créés et implantés.
       

    • Raffinement des résultats
      Quand le moteur de recherche a sélectionné les descripteurs, il faut faire une recherche standard dans toutes les langues possibles, fait qui doit générer en principe un excès de résultats, la plupart desquels l’usager ne peut pas discriminer. Notre stratégie de raffinement est la suivante:
      • 1/2. On cherche dans X moteurs dans Y langues et on obtient Z pages (2).
      • 3/4. Si Z<100, on peut déjà présenter les résultats (4).
      • 5.   Si 99<Z<1000, on passe à 6; dans le cas contraire, à 7.
      • 6. On applique les méthodes actuelles de préférence fondées sur des paramètres numériques et on commence l’étage de présentation des résultats (4).
      • 7. On utilise un extracteur de terminologie pour détecter les termes les plus saillants de chaque page et des techniques de catalogation automatique pour choisir les termes discriminatoires parmi la totalité des termes relevants dans toutes les pages retenues (ceux qui permettent de distinguer entre les pages intéressantes et les pages repoussées).
      • 8. On applique le SSD pour trouver les descripteurs des termes discriminatoires.
      • 9. Le thesaurus multilangue (ou ontologie ou système terminologique) permet la formulation des descripteurs discriminatoires dans la langue de l’usager.
      • 10. Le système dialogue avec l’usager. Le résultat de ce dialogue ne devient pas une nouvelle recherche, sinon un raffinement de la recherche antérieure, pour trouver un subgroupe de documents obtenus dans la première recherche qui soient plus proches des intérêts de l’usager.
    Les ressources nécessaires dans cet étage se sont aussi groupées dans les LGD et elles sont comme celles qui sont en train de se développer pour l’extraction de terminologie, pour la classification automatique de documents et pour le repérage d’information.
    • Présentation des résultats
      La dernière étape du processus —même si l’usager a fait une seule recherche ou si une deuxième interrogation a été nécessaire pour le raffinement— consiste à visualiser le matériel adéquat. Dans ce cas là, l’usager fait face effectivement à la langue réelle des textes. S’il ne la connaît pas, il a plusieurs options: l’extraction de la terminologie la plus remarquable des documents, la construction automatique de résumés des contenus ou d’organisations conceptuelles, ou la traduction peu raffinée —type BabelFish— de morceaux de texte. C’est à lui, donc, de décider s’il doit se faire traduire les morceaux des documents qu’il trouve intéressants ou le document complet qui accompli tous les critères initiaux de sa recherche. Les ressources dont on peut avoir besoin dans ce cas sont indépendantes de cettes propres des étages précédents. Évidemment, toutes les activités orientées au repérage et à la construction d’inventaires lexicaux des LBD pour les étages d’interrogation assistée et pour le raffinement des résultats deviendront une aide dans le troisième étage.

      À notre avis, une stratégie efficace doit intégrer les avantages des thesaurus multilangues préexistants dans un système d’interrogation assistée qui doit guider l’usager dans sa recherche. En plus, il devrait réduire le bruit du langage naturel et le convertir à un langage contrôlé pour raffiner les résultats. 

      Quelle est la raison principale pour considérer que le repérage de terminologie et l’élaboration de glossaires multilangues sont des voies adéquates pour favoriser le multilinguisme sur Internet?

      - les caractéristiques des textes spécialisés en comparaison aux textes généraux (la connaissance est plus dense et compactée et les termes sont les unités qui retiennent plus prototypiquement cette connaissance);
      - les textes spécialisés sont moins variées stylistiquement;
      - ils montrent plus de systematicité dénominative.
      Pour résumer, un chercheur efficace pour naturaliser l’accès à Internet devrait intégrer  les étapes suivantes:
      ? l’interrogation originelle dans toutes les langues;
      ? l’extraction des descripteurs qui caractérisent la formulation;
      ? la localisation de ces descripteurs dans un thesaurus multilangue;
      ? la recherche de ressources à partir de ces thesaurus;
      ? la sélection des résultats selon le filtrage de l’adéquation informative;
      ? la visualisation des résultats les plus saillants ou “substituts”, par exemple, résumés, repérage de terminologie des documents ou traductions.
       

    • Avantages de la proposition
      Une naturalisation de l’accès aux données dans la propre langue en utilisant des thesaurus multilangues et des extracteurs de terminologie représente une solution: 
      a) faisable, parce que les applications nécessaires sont déjà disponibles;
      b) soutenable, grâce à la charge économique limitée pour son entretien;
      c) actualisable, parce que l’adéquation des thesaurus et des ontologies, de même qu’une indexation efficace, ont des effets multiplicateurs dans les chercheurs;
      d) adéquate, parce qu’il est possible d’y entrer par chaque langue et arriver aussi à chaque langue;
      e) intégrable dans une chaîne technologique de développement de la traduction automatique et de l’élaboration de résumés; et
      f) rentable, parce que l’information résultante à partir des requêtes des usagers est beaucoup plus raffinée.
       
    • Bibliographie
    - AskJeeves (1996-2001). http://www.askjeeves.com [Dernière consultation: 19/02/01].
    - Blue Earth Language Solutions (2000). Statistics by Language. [Inver Grove Heights:] Blue Earth. http://www.blueearth.net/en/resources/statistics3.html [Dernière consultation: 19/02/01].
    - Global Reach (2000). Global Internet Statistics (by Language). Global Reach.  http://www.glreach.com/globstats [Dernière consultation: 19/02/01].
    - Hopkins, R. (1996). Website Translation: A Primer for Webmasters, Authors and Owners. Global Reach. http://glreach.com/eng/ed/art/trans.html [Dernière consultation: 14/2/01].

     
    Intervention de Madame Svetlana TER-MINASOVA

    Synthèse

    International Communication: Technical Pros and Human Contras
    (A View from Russia)

    The future of mankind depends largely on its ability to communicate.
    Technical progress provides mankind with an ever-increasing variety of more and more powerful devices and forms of communication: tele-conferences, multi-media bridges, His or Her Majesty – the Internet!

    The social development of most countries is oriented to meeting the achievements and demands of technical progress half-way. Indeed, during the last decade of the XX century, with the collapse of the “socialist camp”, many political and economical barriers were shattered, which has made international communication easier. Russia and former Soviet republics may serve as an example. 

    However, “the human factor” presents a number of problems hampering the idea of international communication. Generally speaking it is a basic inherent contradiction of equality versus diversity (individuality). People are created equal, they want to enjoy equal rights but they also want to keep their individuality. The most formidable obstacles on the way to intercultural communication are: language and culture barriers.
     

    The language barrier is obvious from the time of the Tower of Babel and does not require much explanation. The cultural barrier is more difficult (judging by the Russian experience) than the linguistic one because:
    1. It is much less obvious, practically invisible for isolated nations.
    2. Cultural mistakes are much more irritating and conflict-provoking than linguistic ones.
    3. Conflicts of cultures are more dangerous than conflicts of languages.

    Language and culture are so closely intertwined that they are practically inseparable. Culture is largely based on language, language is largely loaded with culture.

    There seems to be two ways of solving the problem with language and culture barriers.
    1. One single language may become the lingua franca of electronic networks. At the moment the language claiming the unique role of a means of international communication is invariably English. It is determined by a number of socio-historical factors.
     However, international communication by no means can be confined to just one “global language”. Since the diversity of languages represents the diversity of cultures, and the diversity of cultures implies a great variety of ideas, beliefs, traditions, ways of life and visions of the world, using one “international” language for international communication would lead to levelling and neglecting all other-language-speaking nations, robbing  them of their national identity, of all the various results of national cultural development, and, finally, to a sharp decrease in the amount of cultural information in cyberspace. This is unpractical, unreasonable and impossible.

    2. As for ensuring the multilingual and multicultural forms of international communication (electronic or non-electronic) there is only one solution to the problem: to emphasize the part of Foreign Language Teaching, to develop language teaching strategies, to improve language teaching methods and techniques. Again Russia can offer its unique experience of FLT under the circumstances of complete isolation from the world where these languages have been naturally used as means of communication.
    Thus, foreign language teachers must be regarded as missionaries bringing peace, tolerance and international cooperation to the world through the possibility of international communication.


     
    Intervention de Monsieur Taik Sup AUH

    Professor of Mass Communications, Korea University
    (Visiting Scholar, Indiana University School of Journalism, 2001)
    President, Korea Cyber Communications Society
    (tsauh@korea.ac.kr)

    Language Divide and Knowledge Gap in Cyberspace:
    Beyond Digital Divide

        • Knowledge Gap in Cyberspace
      Loudly hailed as the greatest invention on Earth, the Internet is ushering in a knowledge-based webbed society, accompanied by euphoric claims of wealth creations and online democracy. On the other side of the isle, critics argue what kind of webbed society is it, where “80 percent of its population have never even heard a dial tone, let alone surfed the Web?”(BBC News, 1999). So, the ideological tug-of-war goes on and on between the net enthusiasts and net skeptics, each casting their own vision of the future society, in light of social sciences theories and empirical data.
    • Digital Divide
      Drawing upon the knowledge gap hypothesis, net critics note with grave concern that there is a significant “digital divide” now separating information “haves” and “have nots,” and, to make the matter worse, the digital divide has been widening in recent years between and within national boundaries. Even in the United States, “urban households with incomes of $75,000 and higher are 20 times more likely to have access to the Internet than rural households at the lowest income levels, and Blacks and Hispanic households are approximately one-third as likely to have home Internet access as households of Asian/Pacific Islander descent” (NTIA, 2001). As a result, the richer and better educated people become information richer than their less privileged counterparts. 

       The knowledge gap resulting from the digital divide caught the attention of the World Bank, which noted “the global explosion of knowledge now under way may lift hundreds of millions of the world’s poor out of poverty, or it may create widening gap, in which poor countries lag further and further behind” (World Bank, 1999). Poor countries are—and will be—less prosperous than richer ones, the world organization diagnosed, “because many of them lack the capability to acquire and adapt the economic, technical, and social knowledge that has spurred many of the world’s development success stories” (World Bank, 1999).
      On the other hand, some people maintain that the digital divide is not as serious an issue as knowledge gap theorists would like us to believe. Based on diffusion theory, Compaine (1988) argues that the cutting edge technology of today, namely, computers and the Internet, will soon become household products, as did many of the past technological innovations such as telephone and television. In fact, policy-makers and researchers alike had predicted they would be the contributors to the knowledge gap. Compaine even contends that the knowledge gap amounts to “crying wolf,” created by the academic world as a source of power and commercial advantage.

      Regardless of their theoretical standpoints, scholars all agree that information tools, such as the PC and the Internet, are increasingly crucial to economic success as well as personal advancement, and, therefore, every individual, rich or poor, is entitled to free and universal access to the technological innovations. But the availability of PCs and communication infrastructure does not, in and of itself, guarantee a meaningful use of the Internet. Even if telecommunications systems are installed and accessible, people would need an adequate level of literacy and computer self-efficacy to become effective Internet users (Eastin & LaRose, 2000).

      The digital divide has been investigated by scholars (e.g., Hoffman & Novak, 1998) and policy makers (e.g., NTIA, 1999) mainly as an economy-specific issue that permeates the population across all demographic profiles, such as income, gender, age, education, race, and region. Once the digital divide is successfully overcome, however, there is yet another divide that separates the world’s population into almost equal halves, those who understand English and those who don’t. To use an old Korean expression, the abundance of information and knowledge on the Internet is nothing but “bread in the picture” to those who cannot use English, the lingua franca of cyberspace. Therefore, any serious discussion of universal access to the Internet must confront the language divide in cyberspace, to ascertain how it adversely affects a large segment of the population who do not understand English. 

    • Language Divide
      Scholars may have different perspectives and predictions as to what the future holds for the Internet, but they are generally agreed on what it is like today. Our cyberspace has become an electronic playground for English-speaking North Americans, where the players, referees, rules of the game, and even the game itself are very much North American. Since its birth a generation ago, the Internet has been dominated by the English language and North American culture. At the beginning of 1990, when the World Wide Web became a reality, the U.S. dominance of the Internet was overwhelming, with the share of about 86 percent of 1.1 million Internet users and 92 percent of some 200,000 Internet hosts worldwide (Nua Internet Surveys, 2000). Today, English is used by 47.6 percent of Internet users, according to the latest estimated figures of the number of people online by each language zone (Global Reach, 2001). 

      However, recent developments in cyberspace augur an end to U.S. electronic hegemony. With the impressive growth of net users in Asia-Pacific Rim, Europe, and South America, the non-U.S. net population, for the first time in the digital history, was forecast to have outnumbered U.S by the end of 1999 (Nua Internet Surveys, 2000). The U.S. will have one-third of the total Internet users in 2002, and that number will decline to 27 percent by the end of 2005 (Computer Industry Almanac, 1999). Over half of the online population access the Internet in another language than English, and this figure will grow to 75 percent in 2005 (Global Reach, 2001). If these predictions come true, it is easy to speculate that the dominant use of English in commerce and discourse will eventually be contested and the Internet itself will become multilingual in one form or another. This is already happening.

      A consortium of American computer companies has developed a universal digital code known as Unicode to allow computers to represent the letters and characters of virtually all the world’s languages. Major search engines like Yahoo and Lycos offer their services in multiple languages. Alta Vista with SYSTRAN “babelfish” system now enables users to perform multilingual searches in up to 25 languages and search the index in non-Roman alphabets such as Chinese, Japanese, and Korean. Better yet, one can use the Alta Vista system to translate a segment of text pasted into a query window, or retrieve a Web page to a local site, and rapidly translate its contents (now available at (http://babelfish.altavista). Free Translation.com offers at no cost automatic translation for basic comprehension of text or Web pages. 

      Despite the impressive progress being made in the interlingual machine translation in recent years, the language on the Internet is most likely to be governed by the “Metcalf’s Law,” the so-called magic of interconnections; Connect any number of entities and you get ‘n’ squared in exponential value (Gilder, 1995). To expand this logic further, the critical mass of English amongst information providers and users is likely to drive the Internet usage inexorably towards monoglot English. As long as English can be understood by the largest number of Internet users, cyberspace will continue to be dominated by English as the primary language for international discourse and commerce, while European languages will remain predominant in local communication.
       

        • Ideology of Language
      As English continues to dominate cyberspace with greater intensity and speed, many countries have taken steps to protect their own languages and cultures from excessive American influence. Protective measures vary among countries and over time, including mandatory use of their own vernacular language on the Internet and development of machine translation software. In some countries, there have been suggestions to make English a common language. As such, language divide is a multifaceted issue that entails ideological, cultural, and technological dimensions.
       
    • English Dominance and Threat to National Identity
      Already encroached by an ocean of American culture, some countries are really worried that their cultures will be further eroded by the American dominance in cyberspace. The growing expansion of English is increasingly perceived as a threat to their cultures, languages, and even national identities. The French government, in a defensive move to protect its language, once filed a lawsuit against a Georgia Tech branch campus in Metz, France, whose web page did not translate its contents into French. Arab countries proposed creation of an Arab Intranet, a closed network in which indiscriminate access to pornography and political discussion could be blocked. Canadian content requirements are to be extended to the Internet to keep out the American “cultural vulture.” 

       In the midst of an acute currency crisis in Korea in 1998 came the shocking announcement that a Korean software company had agreed with Microsoft to stop development of its popular Arae A Hangul word processor program in exchange for a $20 million capital investment. Apparently, what Microsoft hoped for in the deal was to secure a monopoly right for its Korean language version of Windows and Word in the Korean market. "Insanely great," as Apple Computer's founder Steven Jobs praised it, Arae A Hangul was multilingual at a time when DOS versions of Word and WordPerfect barely went beyond ASCII. Media reports of the deal aroused anger and frustration among Koreans, and quickly invoked the issue of a national pride to rally public support for the Hangul program. A massive nationwide campaign saved Hangul at the eleventh hour from the threat of extinction as its developer reversed its earlier decision, bowing to a nationwide campaign spearheaded by the Korean scholarly community and venture capitalists.

       While the Internet is awash in information, almost all of it flows in one direction, i.e., from the United States to the rest of the increasingly wired world. The situation brings home a recent debate over “unbalanced and unidirectional” flow of information from the world’s richest countries to the Third World, an on-going controversy that prompted UNESCO to argue on numerous occasions for a New World Information Order (NWIO). In the age of the Internet, the situation has become even worse; not only is the information flow unidirectional but monolingual as well.

      Mainly for ideological reasons, many countries are reluctant to accept English as the lingua franca for commerce and trade, crisis management, and scholarly and intellectual discourse on the Internet. The question is whether or not there should and could be one dominant language of cyberspace. In this connection, Gareth Grainger of the Australian Broadcasting Authority rules out any form of international legal regulation, preferring instead national solutions to what he sees as national problems. Yet he cautions that “it would be foolish and futile for anyone to seek to restrain the current ascendancy of English in cyberspace, which reflects the origins and current users of that domain” (Grainger, 1998). 

    • English as a Common Language? Recent Controversies in Korea and Japan
      An estimated 9.5 million Koreans are linked to the Internet, representing 22.4 percent of the entire population 7 years of age and older, according to a Korean government survey in 2000 (KIUSE, 2000). The majority of them were found to use the global medium mainly for communication within the national boundary, since their grasp of foreign languages is quite rudimentary, sufficient only for processing basic information such as the weather and sports. As a result, they are denied the tremendous opportunities that the Internet has to offer, namely, in-depth information and serious discussions with netizens all around the world. To be an effective Internet user one has to be equipped with both receptive and productive abilities in English. Such an expectation, however, appears to be neither practical nor realistic as far as Korea is concerned.

      Bok Koh-Il, a professional Korean writer, thinks otherwise. In 1998, he came up with the radical idea of making English an official language of Korea along with Korean. “As the emergence of the universal language is interlocked with the enlargement of the network,” Bok predicted, “the Korean language will soon be little more than a museum piece and more nations will adopt a bilingual system in which their own languages coexist with English.” His underlying perspective is that “language is a tool, and worshipping it as an idol is irrational” (Cited from Fouser, 1998).

      Quite expectedly, Bok’s audacious proposal immediately touched off a verbal battle, online and off-line. In a wild exchange of high-pitched diatribes, Bok’s opponents argued that English was not a panacea and accepting his idea would wither Korea’s unique traditions and hamstring its cultural foundation. His supporters, on the other hand, applauded the accuracy of his observation that Koreans possess an excessive national pride, which Bok saw as a major obstacle to the advancement of Korean society. Sensational and even irrational as it might have been, Bok’s proposal mustered 42 percent of consenting votes in a non-random online survey taken immediately after the verbal battle.

      In the same vein, Japan also witnessed a volcanic eruption of “English as a common language” controversy, as an advisory panel to the Prime Minister early in 2000 recommended that Japanese people practically use English language as a tool. In its final report entitled, “The Frontier Within Individual Empowerment and Better Governance in the New Millenium,” the Group of Japan’s Vision for the 21st Century said, among other things, “Japan should consider making English an official second language” (Japan Economic Foundation, 2000). The report emphasized that global literacy is essential for Japanese to obtain and understand information, make themselves understood clearly and communicate in the international community. In this connection, the report highlighted, mastery of English, which is now the lingua franca of the world as well as the Internet, is essential. It called on the Japanese public to extensively debate whether to make English an official second language as a long-term goal, from educational as well as cultural viewpoints. 

        • Language Proficiency, Website Visit, Knowledge Acquisition
      Given English dominance of cyberspace, it is quite likely that a sizable number of non-English speaking people—now estimated at about half the world‘s population—can only access what limited information is available in their own vernacular languages. As hundreds of millions of people are effectively denied access to the bulk of information available in English, it could adversely affect the way they get the information that they need in the conduct of their daily lives. It calls for a comprehensive study to assess the current state of the language use on the Internet, to ascertain how language barrier affects people’s information-seeking behavior, and to explore ways of ensuring an unrestrained access to ever-expanding knowledge on the Internet. To address these questions a research project was launched by the author in Korea in April 2000 (Auh, 2000).
       The study addressed three aspects of Internet-related language issues, using the following three complementary methods: content analysis of Web pages available in Korean and English to assess their informational value in terms of both quantity and quality; Internet Search Contest to evaluate the quality of search results produced by users with varying degrees of English language proficiency; and a survey of the general public to estimate their access to foreign language Internet sites. 
    • Content Analysis of Websites 
      In an attempt to assess the quality of information as well as the sheer volume of contents available through Korean and English language search engines, yahoo.co.kr and lycos.co.kr (Korean language search engines) and yahoo.com and lycos.com (English language search engines) were accessed for information that these sites offered about the same search terms in two different languages, i.e., Korean and English. Six search terms were used, namely, genome, animal cloning, El Nino, IMT-2000, Millenium bug (Y2K), and Deng Xiaoping. 

      Results showed that the English-language search engines were far superior to the Korean-language sites in terms of the amount of information that matched the topic being searched. Take ‘genome’ as an example: When the topic was searched using Korean, the two Korean search engines combined (yahoo.co.kr and lycos.co.kr) generated a total of 3,666 Web pages in Korean, as compared with 426,806 provided by the two English language search engines (yahoo.com and lycos.com). In plain terms, there were only 8 to 9 Web pages available in Korean for every 1,000 Web pages in English, dealing with genome as a search term. Such a quantitative disparity between the search engines in the two different languages was a consistent pattern across all other topics, except for IMT-2000 (See Table 1).

    Table 1. Number of Web Pages by Language and Search Engines
    (As of August 5, 2000)


    Search Term
    Korean Search Engines
    English Search Engines
     
    Yahoo.co.kr
    Lycos.co.kr
    yahoo.com
    Lycos.com
    Genome
      2,268
    1,398
    121,000
      305,806
    Animal cloning
      692 
     32,700
       41,430
    El Nino
       822
      909
      2,990
      106,279
    IMT-2000
     24,097
      551
      5,210
       16,551
    Y2K
        20
    80
    614
    2,056,801
    Deng Xiaoping
      1,233
      958
     11,300
      17,614
    Since sheer number of Web pages does not necessarily translate into informational value, a qualitative analysis of Web pages was performed to assess the depth and breadth of information generated by the search engines in the two different languages. For this purpose, six trained specialists selected the most “outstanding” Web sites—three each from Korean and English sites—based primarily on the depth of coverage and professional quality of information that they offered. The qualitative analysis proved that the English sites far outclassed their Korean counterparts in their coverage of genome as a search topic: information available on the Korean sites was quite rudimentary, and most of it was merely electronic copies of off-line contents, whereas the English-language sites did provide indepth analyses of the genome project with far-reaching references to genome research and its relevance to the future society.
    All told, Internet users with a language barrier are at a competitive disadvantage in their search for information, as English language sites far outnumber and outclass sites in the Korean language.
    • Internet Search Contest
      Ninety-two Korea University students volunteered to participate in an Internet search contest to answer objective questions and write essays on given tpoics.The objective test items included such questions as “Name the second highest man-made towers in the world,” “Name the U.S. companies that filed a lawsuit against MP3.com,” and “How many surnames are registered in Korea?” Essay type questions were about online sex addiction and its cure, the fate of Polar Lander, the Internet and digital divide, and so on. With the promise of a monetary reward for the top two scorers, they were allowed to surf the net for two hours to collect data and complete writing for the objective and essay questions. The participants were clearly told before the contest that their answers were to be evaluated in terms of accuracy of information for short objective questions and richness and variety of content in the case of essay type questions.
      The purpose of the study was to gauge the functional relationship of the subjects’ English proficiency—as measured by TOEFL or TOEIC scores—to Web sites they visited, both domestic and foreign, and to the quality of information they provided in their report, as measured by the total test scores on the objective and subjective tests. It was hypothesized that language proficiency would lead to more frequent access to foreign language sites and to better search results.

      Test results confirmed the research hypothesis: subjects proficient in English visited twice as many English language sites as low-proficiency subjects; and the low- and high-proficiency groups not only differed in the amount of information they provided in the answer sheet, but also in the quality of essays that they wrote. High proficiency subjects composed much more lucid and succinct essays (See Table 2). 

    Table 2. Comparison of Test Scores and Website Access 
    Between Two English Proficiency Groups


    Low Proficiency Group
    High Proficiency Group
    t
    df
    p
    Mean Test Score
    40,1
    56,3
    -2,56
    30
    N. of Total Web Sites Visited
    4,5
    4,7
    -.227
    30
    n.s
    N. of English Sites Visited
    1.2
    2.2
    -2.16
    30
    .038
    • Internet User Survey
      A non-random online survey was run from April 17 through 27, 2000, to find out how Koreans made use of the Internet for information and knowledge. A total of 805 respondents took part in the survey, and of these ten were chosen by lot to be given book coupons as an incentive. The survey asked the respondents their subjective level of English proficiency, and the results of the question were used to split the respondents into high-, medium-, and low-proficiency groups. The respondents were also presented with a series of questions concerning their computer skills, years on the Internet, educational level, and demographic profile. These were the predictor variables to account for the respondents’ use of domestic and English language sites and amount of time spent on the Internet. 

      In a multiple regression analysis, the three predictor variables combined—English proficiency, years on the Internet, and education—were found to account for 34 percent of the variance in English Website use (R2 =.34). As expected, English proficiency stood out as the single most important predictor of the three independent variables, with R2  of .30. Somewhat puzzling was the negative contribution of education (Beta=-.115) to the use of English Web sites. It could well be due to a disproportionately large number of young students in the survey sample who were still in school (See Table 3). 

    Table 3. Hierarchical Regression Analysis of Predictors of English Web Site Use and Time of Internet Use 
    (Only Selected Variables Are Listed)


    English Web Sites’ Use
     Internet Use
    Major Predicting Variables
    English Proficiency
    Year on the Internet
    Education
    Computer Skill
    Length of Internet Use
    Beta
     .513*
     .178*
    -.115*
     .157*
    . 132*
    Multiple R
    .555
    .573
    .583
    .221
    .249
    .308
    .328
    .340
    .049
    .062
    R change
    .308
    .020
    .012
    .049
    .014
    F
    327.6
    179.7
    126.3
    36.9
    23.9

     Note: The predicting variables for the “ English Web Sites’ Use” and “ Internet Use” included English proficiency, Length of Internet use, time of Internet use, computer skill, education, gender, age, and income.
    *p=.000.
     

    Table 4 shows Korean Internet users visited domestic Web sites, primarily (53.3%) or exclusively (20.0%). Such a tendency was more pronounced among low-proficiency respondents (primarily 53.5% and exclusively 39.9%) than high-proficiency respondents (primarily 41.9% and exclusively 4.1%). 
    Not surprisingly, respondents’ language proficiency made a difference in terms of their access to English language Web sites: more than half the high-proficiency people were found to have visited at least one English language site for every two Korean sites; in the low-proficiency group, on the other hand, only 6.6 percent did so (See Table 4). 
    Table 4. Level of English Proficiency and Web Site Visits


    English Proficiency Level
     
    High
    Middle
    Low
    Total
    Use of Web Sites
    N
    %
    N
    %
    N
    %
    N
    %
    Using of Only Korean Sites
    10
    4.1
    29
    12.2
    115
    39.9
    154
    100
    Using of mostly  Korean Sites
    103
    41.9
    154
    65
    154¨
    53.5
    111
    53.3
    Using of Korean Sites as twice of English Sites 
    50 
    20.3 
    28 
    11.8 
    7
    2.4
    85
    11.0
    Using of Korean and English Sites equally 
    83
    33.7
    26
    11.0
    12
    4.2
    121
    15.7
     Total
    246
    100
    237
    100
    288
    100
    775
    100

    Note: X2 = 225.324, p=.000.

        • Machine Translation: A Viable Tool for Multilingual Internet
      Studies above have shown that Korean Internet users rely heavily on domestic Web sites for information and knowledge, and their use of foreign language sites, especially English sites, is rather limited. Lack of language proficiency has been identified as the single most important factor that accounted for the limited access to non-Korean Web sites. The research has also demonstrated that compared with the Korean language sites, English sites do provide unquestionably more and probably better information on a given search topic.
       Given these facts, the policy regime will have to opt for one or combination of the following strategies, each with its own cost and benefit, in its battle against the language divide and the resulting knowledge gap: Perhaps the most radical of all is the idea of adopting English as a common language. As controversial as it is beneficial, its merits are not likely to offset the expected massive resistance from every sector of the society. Another strategy is to broadly expand and constantly update databases in the vernacular language, that are comprehensive and rich enough to mitigate any need for access to foreign language Web sites. As many non-English speaking countries are moving in this direction, they will soon discover, as the research in Korea found, that English language sites are far ahead of theirs in terms of quantity and quality of information and knowledge, and the gap is likely to widen as years pass. The third option lies in the stepped-up effort to develop translation technology capable of machine-aided bulk translation of foreign language source materials into the mother tongue. Despite impressive progress in the area in recent years, machine translation is still rife with technical and financial difficulties.
    • State of the Art
      The Internet is home to many language translation sites that offer everything from simple machine translation to e-mailed human translation services for a fee. Given the volume and variety of messages on the Internet, human-assisted translation appears to be too slow and costly to make it a sensible choice for maintaining multilingual Web sites. A viable alternative is machine-aided translation, which has been vigorously pursued mostly in Japan, Canada and Europe, with somewhat mixed results.
       In an attempt to assess the quality of machine translation, Watters and Patel (1999) selected four common English proverbs, such as “a bird in the hand is worth two in the bush,” translated them into five target languages (French, Italian, Spanish, Portuguese, and German), and then inverted their translations back to the source language (English), using the Alta Vista with SYSTRAN system described above. They found that “direct translation systems which have no internal representation of semantics are not able to correctly translate non-literal word meanings” (p. 160 
       In Korea there are several translation software packages capable of machine-translating foreign language texts into Korean. In an attempt to assess their quality, the author has attempted on three occasions to get a wide variety of texts in Japanese and English translated into Korean by means of King Sejong, one of the most popular translation software packages on the market.
      To begin with a conclusion, the Japanese-Korean translation effort has proved to be generally successful, whereas the English-Korean translation has been dismally unsatisfactory. In terms of syntax and grammar, Korean and Japanese share a lot in common, whereas there is a mile of difference between Korean and English. Moreover, intercultural differences involved in the English-to-Korean translation constituted an insurmountable wall, as well. The English texts were excerpts from newspapers, novels, scholarly journals, and major historical speeches. The translated versions were unintelligible, and not good enough to be revisable even with the intervention of human editors. It appeared that the texts replete with sophisticated literary expressions—Lincoln’s Gettysburg address and a Baudrillard’s work, in particular—simply defied machine-aided translation. Compared with the other texts, newspaper articles have consistently come up with a relatively high level of fidelity in translation.

      Why did the newspaper articles alone fare reasonably well, while other texts simply failed to be translated into Korean? An important factor may be the reader’s familiarity with the subject matters being covered in the media. A more plausible explanation lies in the journalistic style in which the article is written. Journalists are required to adhere to the principle of brevity and precision when they write about an issue or event. All the important elements of a story are to be clearly spelled out without excessive literary ornamentation.
      Such a finding could have a practical implication for the information producers on the Internet. For the benefit of a large population worldwide they are strongly encouraged to provide a brief and concise abstract of the full text in a machine-friendly manner, so that the abstract can be translated into many languages without loss of fidelity. To be useful to non-English speaking users, the abstract would have to be deliberately skeletal, incorporating only the bare minimum of essentials of the full text. 

      For a truly multilingual Internet to come of age, there are a host of difficult hurdles to overcome, including the technical obstacles of communicating in the majority of the world’s languages through machine-aided translations. Some progress has been made, and more is in sight, in the development of hardware and software for processing audio and written texts, as amply demonstrated by the C-STAR project.

    • C-STAR Project
      In what could be described as a major breakthrough in speech synthesizer technology, scientists at the International Consortium for Speech Translation Advanced Research (C-STAR) have successfully demonstrated that computers can translate spoken words from one language into another, at a high level of fidelity (C-STAR, 1999). July 1999, the C-STAR conducted an experiment, in which scientists at six locations around the world, posing as “travelers” and “travel agents,” made travel-related inquiries and decisions in their own native languages, to be simultaneously translated into every other language. 
       For the first time, the demonstration unveiled several cutting edge technologies in the area of spontaneous spoken language translation, machine translation, and speech recognition. In a 1991 C-STAR demonstration, speakers were forced to stay within already specified sets of words to get their message across, while using perfect syntax and speaking style. Eight years later, participants were able to exchange spontaneous dialogs with larger vocabularies, free of rigid syntactic constraints. 
      Two new translation approaches were successfully developed and tested in the 1999 C-STAR demonstration: an Interlingua approach and an Example Based approach to machine translation. The former uses a language-independent representation of meaning (the intended meaning) before generating an equivalent expression in the target language. At the 1999 demonstration, for example, the statement, “O.K., I’d like to book a tour in Kyoto, please,” was invisibly translated into interlingua, which was then translated into a Japanese sentence that was spoken by a computerized speech synthesizer. C-STAR believes that the interlingua approach has the advantage that it can easily extend to many languages as generation in many languages can be added from the Interlingua, essentially a machine language. 
      The example based is a corpus-based approach that uses parallel text corpora to automatically infer corresponding phrases. The advantages are that the systems can be extended automatically with additional example data and could be extended to broader domains. The successful implementation of the C-STAR project is encouraging news to those who have an eye on machine translation as a promising technology to solve the language divide in cyberspace.
        • Discussion
      No one knows for sure at this early stage of the Internet’s development what would be the long-term cumulative consequences resulting from a de facto denial of access to the Internet due to language barrier. What is certain is that language is a tool, a tool as indispensable as PCs to the very survival in cyberspace. In the end, prosperity or poverty in cyberspace--individually or collectively as a nation—will be determined by one’s ability to use the tool to his or her maximum benefit. As the digital divide has denied membership in cyberspace to peoples of low demographic profiles, the language divide may relegate non-English speaking members to the ranks of second-class netizens. 
       To prepare for a multilingual Internet which is “user friendly” in a novel sense of the term, the function of the Internet must be broadened in two fundamental ways. The first would be the expansion of databases in the vernacular languages to include information and knowledge of interest primarily, but not exclusively, at the national level only. The second suggestion is that there be a continuation of investment in translation technology, which will make inroads on the overarching language problem now besetting the Internet.

       Machine translation, like the Internet itself, has both the enthusiasts and skeptics. While we recognize the pragmatic need for fast, accurate bulk translation of source materials, we are faced, at the same time, with strong voices against machine translation on cultural and economic as well as technical grounds. Melitz (1999) warned that “the tendency of a single world market to privilege the translation of English fiction and poetry into other languages for reading and listening enjoyment may damage the production of world literature and in this respect make us all worse off” (p. 1). Searle (1984) argued that “since computer programs are syntactic rather than semantic, any machine translation enterprise is doomed to failure” (Cited from, Watters & Patel, 1999, p. 154). Quine (1960), in his theory of the indeterminacy of translation, stated that “the divergence experienced between translations of different languages is so great that it is virtually impossible to guarantee that a translation conveyed the ‘true’ meaning of an utterance” (Cited from, Watters & Patel, 1999, p. 154). 

       ‘True’ meaning or not, the quality of machine translation is in the eyes of the beholder. Let us suppose, for example, a given translation software—by some objective measure of accuracy and precision—can perform at level 4 on a 10-point scale, 1 being completely dissatisfactory and 10 completely satisfactory. Perfectionists would throw it away as a useless tool. Those who happen to belong to the “unfortunate” side of the language divide can only be thankful, because the software promises 40 percent reduction in uncertainty. They can learn from the translated output at least what the source material is all about. Any additional information one can get from the translation is an extra bonus. An equally viable argument can be made, however, that one can get a very different meaning from a partially satisfactory translation, as 40 percent reduction in uncertainty could result in a totally erroneous translation 60 percent of the time, which might be worse than no translation at all. So, one has to be very careful about putting too much faith in these programs, at least as they exist now.
       Despite its serious limitations and imperfections, at least for now, machine-aided bulk translation merits the highest priority of our attention and investment as long as it is arguably “the only wheel in town.” While we take heed of what English-language dominance can do to indigenous languages and cultural heritages, we should vigorously pursue machine translation as a viable means for knowledge dissemination across language barriers.

       What is called for is a heightened awareness on the part of the policy-makers of the gravity of the language divide in cyberspace and a determined effort to remedy the situation. For example, it is not in the best interest of the Korean public for its government to invest billions of dollars in building information infrastructure and very little in the development of multilingual tools. Regional cooperation among nations that share cultural and linguistic similarities, such as Korea, Japan, and China, must be strongly encouraged not only by the governments concerned but also by regional and international organizations such as UNESCO. Through collaborative R&D arrangements, they can jointly develop multilingual translation tools and services in a much more cost-effective way, as the C-STAR project would attest. 
       The C-STAR project owes its success to an amalgamation of engineering and linguistic talents, targeted at a specific domain, namely, travel planning. It is one small step for the scientists but a giant step for human interactivity across language barrier. Its implications are profoundly far-reaching. If the translation industry is motivated enough—intellectually, commercially, or otherwise—to develop translation softwares, independently in splinter groups, each focusing on a specific domain, it will eventually lead to a library of translation softwares for wider and deeper use by peoples of all languages. The “divide and conquer” strategy is a workable solution to a host of technical and financial obstacles confronting the translation industry. 


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    Intervention de Monsieur Omkar N.KOUL

    LANGUAGE  LEARNING AND THE USE OF NETWORK
    The Child Education and the Primary School Learning in a Multilingual Society


        • Introduction


    There is a tremendous increase in the use of modern technology in the school education at different levels. It is felt that the use of technology in schools allows teachers to do a better job in the present challenging environment by empowering and motivating students in different ways. It allows the use of innovative learning styles and facilitates the learners to move at a pace suitable to them. The use of new technology provides opportunities to students to tap into their natural curiosity. The modern technology has an important role in the acquisition and transfer of knowledge using resources from Internet. Accessing resources from the Internet is a beneficial tool in helping students to gain a higher level of achievement. It is believed that the Internet resources appeal to students of all ages and abilities and motivate them to study on their own at leisure. There are no geographical barriers and constraints of time in the acquisition of knowledge and skills. It can change the way of learning and students can take the control of their own learning. Students can access a large number of resources around the world including latest information, databases and archives. They can share information with other students and teachers electronically through e-mail, list servers, discussion groups and bulletin boards. It breaks the barriers of time and space.  Students can discuss the problems and seek answers. It is possible for teachers to provide personal attention to the problems faced by the individual learners and enhance the students’ sense of self esteem. It is important for the teachers and students to be familiar with the different available tools and resources that would contribute to their effective use and improve the quality of education. The present paper explores the possibilities of the effective use of  network in the early child education with special reference to language learning in a multilingual society. 
    Use of Computers

    The use of computers is on continuous increase at the primary level of school education  throughout the world. Usually the children at the elementary level of schooling are provided basic skills for the use of computers, and they are also taught how computers can be used in acquiring knowledge related to various subjects in school education. Whereas the use of computers have become an essential part of the schooling system in the developed countries, their use is restricted to private schools (which are called Public schools in India) in the developing countries.  Various studies have been conducted related to the their effectiveness in the school education. 
    According to Kirkpatrick and Cuban (1998) studies of classroom use of computers have found  evidence of moderate effectiveness in the academic performance of students who use them. They have also found evidence of minimum effectiveness and of no effectiveness at all. The studies cited by them point out to the lack of clarity in  the aims of the use of technology in schools with special reference to the use of computers as effective teaching tools without having a clear focus. The studies also cite student grade levels and achievement gains in experimental vis -a- vis control groups of students. Some studies support the use of computers and others do not find them effective at all or not up to the level of expectation. One can question the validity of the studies at different levels on the basis of the objectives of research, methodology, and the sample.
    Keeping in view an increasing use of computers in schools, one need not question the effectiveness of their use as a technology tool; one has to think about the teaching strategies which would ensure their effective use. There are other pressing issues too.  It is important to make a distinction of the use of computers in teaching different school subjects. They can be used more effectively in teaching certain subjects and not all. There is no dispute regarding the relevance of imparting the skills of the use of computers.  The skills are relevant as children have to acquire them at one stage or the other in their educational career. It is easier and appropriate to impart the skills in early school education. It is important to consider the issues related to the use of network in schools for acquiring knowledge related to various school subjects.

    We have to make a distinction in the use of network in the monolingual and bi-/multilingual situations. Currently the network is available through one dominant language i.e. English. Whereas a few select privileged languages too are in the race, other numerous languages are left out or ignored. The UNESCO highly recommends the use of mother tongues as the media of instruction in the early school education.  An important issue is how to facilitate the use of electronic network in schools in multilingual societies? How to cater to the needs of children who would like to learn through their mother tongue? In case the language of the network is different from that of the mother tongue of the children how to ensure the non-discriminatory use of electronic network? How to preserve linguistic rights of the children to learn through their mother tongue and not be compelled to switch  over to the alien or dominant language in his/her early childhood education?  How to provide an equal opportunity to children in a multilingual context for accessing to the knowledge and information? 

    The researchers have discussed and debated the use of computers in classroom and the teachers role at length. In general there are three broad categories of the use of computers in classroom instruction. They are : Computer Assisted Instruction (CAI), Computer Managed Instruction (CMI), and Computer Enhanced Instruction (CEI). The CAI refers to computer programmes that provide students with drill and practice exercises or need based tutorial programmes. The CMI refers to programmes  that evaluate and diagnose students’ needs, guide them through the further steps in learning and record their progress for the use of the teacher. Both CAI and CMI de-emphasise the role of the teacher in the process of students learning. Computers play a major role. The CEI differs from CAI and CMI mostly in  that its programmes provide less structured and  more open ended opportunities that support a particular lesson or unit plan.Use of the iternet, word processing, and graphing and drawing programmes are examples of  CEI. Teachers in CEI are viewed as essential partners in the learning process, because simply seating students in front of computers to surf the Net will not result in the same learning curve as when teachers assign well designed projects in which students use the Net to gather information.
     

    • Use of  Electronic  Network


    In the research results related to the use of  computers in classroom instruction advantages are listed in the areas of systematic planning of lessons, obtaining immediate feedback from the students and planning of remedial lessons, facilitating individualized  attention, improvement in the students participation and motivation, enhanced and continuous assessment and access to enormous and varied database, spreadsheet programmes and graphic programmes which students can make use of at their will. For the effective use of computers there is a need to develop appropriate softwares which enhance the learning process and do not create burden and complexities.
    The use of  Network  can contribute to the improvement in the quality of education in different ways. It can provide opportunities to the students or learners to work independently under the overall guidance of the teachers. A teacher’s role would be to present ideas in an appropriate way to motivate the students in to the excitement or experience of learning. A teacher can take advantage of the natural curiosity of the children and allow them to interact with the information available on internet. The proper use of the network resources will definitely improve the quality of education.
    Students can learn through asking and answering questions related to different subjects they study. They can ask and respond to questions with other friends in another state or county. This will provide wide learning experience to them. It would certainly help them to explore deeply complex cultural and linguistic issues or solve problems at hand with distant peers over a period of time. This would also help them to conduct collaborative projects. 
    Availability of the network facilities would help teachers too in upgrading their learning/teaching skills too. The teachers have to be familiar with the technical equipments and softwares. They have to make a proper selection of them and adapt the curriculum to the needs of students.
     

    • Use of Network in Language Education


    The general objectives of language education in any language teaching and/or learning situation are aimed at building proficiency among the learners in the use of the language. The language proficiency usually involves the intuitive mastery of the forms of language; its linguistic, cognitive and socio-cultural aspects; the ability to use the language in natural communication; and the creative use of the language. However, specific objectives with regard to a particular language course may vary from one situation to another. The objectives determine the nature and use of instructional materials, and  methods.

     As in other subjects, the use of electronic network in language teaching has resulted in new language teaching methodologies in various language teaching and learning situations. In the mother tongue or first language (L1) teaching situation, there is a primary stress for the teaching of reading and writing skills. The development of the reading skill would range from the recognition and reading of  alphabet, composition of  words,  sentences, to different types of materials with comprehension and speed.  Different innovative softwares are prepared to help the learner in achieving the objectives of learning this skill. Similarly, imparting writing skill would range from the writing of alphabet to words, sentences, composition of simple text to creative writing. It is possible to use different computer aided language learning materials  to master these skills. In the second/foreign language teaching situation, there is a stress for the teaching of all the four skills i.e. listening, speaking, reading and writing. The Computer Aided Language Learning  (CALL) materials are prepared keeping in view the objectives of the course and the need of the learners. Different types of  CALL self instructional as well as supplementary classroom materials are currently being prepared and used in different languages. Various kinds of tests in languages are constructed to test the achievement of the learners with an aim to devise remedial materials for teaching. 

    The use of modern technology in language teaching as other subjects has drastically changed the role of teachers. Teachers are no longer as givers of knowledge or skills. They are now looked as facilitators, guides and co-learners in the process of learning. Teachers are expected to provide suitable learning environment, experience and activities and to create opportunities for students to work in  collaboration with the available resources and to acquire and share knowledge with responsibility. The teachers guide the students to explore the possibilities in developing their language skills. They use the skills acquired by them in different ways and come over the shortcomings and or lapses if any. They get an ample opportunity to use the acquired skills using internet. Teachers provide guidance in their discovery oriented exploration necessary for the development of various  skills. The multimedia allow the students to learn in the manner they want to learn. They have wide options available for reading varied text, attempting drills and exercises and testing their learning and achievements. They can select the remedial materials and seek guidance from the teachers to resolve complexities if any. The learners are engaged in the tasks of the selected by or for them. As they get an immediate feedback they are energised by learning and can select higher tasks for devel>
     The use of multimedia is a powerful tool for the teachers as it helps them to develop need based materials. It is also useful for the students who can use these material  at their own pace and seek guidance or help from the teachers. Thus, the teachers and students can use the internet in variey of ways to enhance their teaching and learning experience. For the effective use of the internet, it makes new demands from both teachers and students.  It provides global awareness to both teachers and students. The students cannot merely interact with other students within their class or area but can interact with others in different states or across the world. They can get the latest information on the subject.  Students can make use of the acquired skills and overcome the difficulties by accessing to a variey of  remedial materials.  Teachers can share their experience with their colleagues or educators around the world and update their skills and design the need based materials.
     

    • Language Learning Issues in a Multilingual Context


    The number of dominant language or languages prevalent in a  particular society determines its monolingual, bi- or multilingual character. It is a fact that a majority of countries are defacto multilingual countries as a number of languages are spoken natively within their boundaries. There are over 5000 languages spread over less than 200 independent countries of the world. The number of languages does vary from country to country.  The linguistic character of a particular country determines the issues of language rights, language empowerment, language promotion, language policy and language planning. It is directly related to the use of language or languages in education at different levels. It is obvious that monolingual and bi-/multilingual countries differ in their approaches in language policy in education. In a dominant monolingual approach the dominant language is assigned prominent role in education and the mother tongues of the linguistic minorities are ignored. The linguistic minorities have to adopt the dominant language for their meaningful survival at different levels. In a multilingual approach all the languages spoken in the region, state or country are given equal importance as far as their  use in different domains is concerned. This approach promotes the development of all the languages and encourages their use in education. Language policy of the country ensures the teaching of the mother tongues at the elementary level and their use as media  of instruction in the early school education. Children may learn other language or languages at the higher levels of  their education.

    The multilingualism is fast developing as a world – wide phenomenon with the opening up of free economy, trade and globalisation.   The result being that in the English dominated monolingual countries like the USA, England and Australia, the use of languages of the linguistic minorities including the languages of the migrants are increasingly used in education at the primary level. The voluntary/non governmental organisations are helping the migrant communities in the preservation and maintenance of these languages. There is a growth of language based ethnic schools and cultural centres. Multilingual countries face various problems in the formation and implementation of their language policies in education. We will mention some of these issues citing an example of India.
    The multilingual and multicultural character of India with high rate of illiteracy (of 33%) poses a large number of problems for the use of languages in education. Grierson identified 179 languages and 544 dialects in his Linguistic Survey of India conducted during 1888 and 1927. The 1951 census lists 845 languaages including dialects, 60 of which were spoken by more than 10.000 speakers each.  The 1961 census lists 1652 mother tongues corresponding to 193 classified languages.   The classified languages belong to four families of languages :  Austric (20), Dravidian (20), Indo-Aryan (54),      Tibeto –Burmese (98) and one of doubtful affiliation. In the 971, 1981 and 1991 Census, distribution of household population is presented along with the Schedule VIII languages and other major languages. It is important to note that the percentage of speakers of 18 languages included in the Schedule VIII  of the Constitution is about 96% out of the total household population.

    The multilingual, multicultural and multiethnic characteristics of India, varying socio-economic strata of people, complex communication patterns were well  recognised during pre-independence period. The Constitution of India devotes 9 articles  (Art 343-351) to the issues related to language policy of the Central and State Governments. While Hindi in the Devanagri  script is recognised as the official language of the Central Government along with English as the associate official language (initially for a period of 15 years up to 1965,however continues to be used by the Official Language Act passed in 1963 and amended later in 1967). The state Governments have a choice to adopt any language or languages listed in the VIII Schedule of the Constitution as the official language in their state. Whereas all the States made a choice in favour of their regional or dominant native language as the official language, Jammu and Kashmir Government chose Urdu – a non -native language of the State, some states in the Northeast decided in favour of  English. The Constitution protects the right of the linguistic minorities in each State for preservation of their linguistic and cultural identity. 
    The Government of India adopted a Three-Language Formula in 1968. Under the Formula a child is supposed to learn three languages : mother tongue, Hindi and English. In case the mother tongue  is Hindi the child will learn another modern Indian language preferable a South Indian language. The Formula is not however followed strictly in letter and spirit. For instance, Tamil Nadu  teaches two languages : Tamil and English ; Hindi speaking states teach Sanskrit (a classical language) in place of modern Indian language. Usually three languages are used in the school education. However, the stages of introducing these languages vary from State to State and one schooling system to another.
    In some schools two languages are introduced in the first primary itself and the third langugae is introduced at the sixth grade, in others the second language is introduced at the third standard and the the third at the sixth standard. For teaching of  tribal/minor languages as the mother tongues in schools, the  Bilingual  Transfer Model proposed by the Central Institute of Indian Languages is followed in some States. According to this Model, the mother tongue of the child is taught as a subject and is also used as the medium of instruction in the initial three years of primary education, and  the State’s official language is introduced at the third primary level as a subject followed by other two languages at the sixth grade. The child has to learn four languages. There is no uniformity in the implementation of the Three-Language Formula in the Government and Public schools.
     

    • Use of Network in a Multilingual Context


     Keeping in view the advantages of the use of Internet in teaching and learning of languages, it is imperative to make use of this technology in the teaching of languages in the primary education in a multilingual context as illustrated above. Children in a multilingual milieu cannot be denied their right to make use of the modern technology in learning languages. Following suggestions are made for introducing the Network:

    a. The Network can be used in any language teaching and learning situation be it mother tongue/first language, second/foreign language. In the Indian multilingual context, it is important to make a distinction between home language and school language. The home language may be a social or regional dialect of the first language used in the school. In certain situations  there are significant differences which establish the autonomy of the home language. For example,  a child’s mother tongue  may be Braj, Bhojpuri, Maithili, Rajasthani etc (classified as so called `dialects’ of Hindi) which  are actually autonomous languages. Hindi is taught  as a first language in the schools from the first primary in all the Hindi speaking states.  The children have to learn the standard Hindi in the school which is different from their home language. Most of the languages have their regional dialects, social dialects and different variations of speech which are spoken by the children at home. The children are taught the standard variety of the language at school. In other situations the regional  dialtu for its use are to be specified clearly. In a mother tongue/first language teaching and /or learning situation, the programmes related to all the basic skills i.e. listening, speaking , reading and writing are to be selected and used.  In the second/foreign language teaching situation the programmes related to all the basic skills i.e. listening, speaking , reading and writing are to be selected and used.

    b. The Network can be used extensively in the  second/foreign language teaching/learning situation in many ways. In the second/foreign language teaching and/or learning  situation there is a stress on the building of the communicability among the learners. It is not enough to master the four basic language skills, it is also essential that the learner should build  communicative competence in the language. A learner should be able to use the language in its natural socio-cultural context. It is therefore necessary to acquire adequate knowledge of the social and cultural patterns of the society in which the language is used natively.  As language and culture are closely related,  communicative competence would require familiarity  with the socio-cultural context as well. The network can play an important role in providing a window to the culture of the people who speak the language natively. The teachers have to select appropriate materials which would provide an input to the cultural context. It is appropriate where second/foreign languages are introduced in the primary education.

    c. In the second/foreign language teaching and /or learning situation, the Network provides facility for widening the horizons of language learning. The learners can interact with any number of native speakers of the language and get answers to their queries. They can  develop the basic language skills by actual use of the language in their interaction with the native speakers of the language of their own age group.

    d. The learners can attempt joint tasks and assignments with the students of their choice. They can seek advice on their individual assignments and take up joint projects with other students using Network. 

    e. Keeping in view the advantages of the use of Network it is suggested that it is appropriate to use the Network in the mother tongue or first language teaching/learning situation as early as from the first primary class. The children will get exposed to various forms of  the language use and its styles and registers. The Network can be used from the third primary class in the second/foreign language teaching and learning situation. Here the children have to learn some basic structures of the language before they would be able to make use of the Network for the wider experience.  In any language teaching and learning situation it is necessary to plan the use of the Network in a systematic way. The choice of the programmes has to be made on the basis of the needs of the learners and the objectives of a particular language course.
     

    • Translation Tools


     Currently,  Network can be accessed  through  a few languages only. There is a strong need to develop Translation tools to facilitate its access through many other languages of the world.  There are tremendous challenges in the multilingual context.  In the multilingual situation  like that of India, efforts need to made to make it available through all major Indian languages which are used in  education at the primary level. Presently there are  about  50 mother tongues  used in the Primary education.. Some of these  are used as second and third languages under the Three Language Formula. 
     

        • Conclusion 


    In a multilingual context the use of network is expected to change the language learning scenario. It will not only facilitate learning but also create a change in the entire pattern of learning.  There is going to be a shift in the role of teachers, learners and learning materials from the traditional resource centred and teacher centred to capacity-based  approach.  Any technology can be used maximally to suit one’ s needs. Networks can be used in ways that the major languages do not dominate the learning process. It is the responsibility  of linguists as well as educationists to ensure that minor and minority languages are also used in the electronic networks. In the eventuality of multiple languages being available on the network, one need not be dogmatic about the issue of mother tongue as medium of instruction. This would promote and facilitate a multilingual learning environment. 

    REFERENCES

    Kirkpatrick , Heather and Larry Cuban (1998). Computers Make Kids Smarter-Right? In 
    TECHNOS.Quarterly for Education and Technology,vol 7, No.2
    Koul, Omkar N and Devaki, L. (2000). Multilingualism and Multilingual Education : Concepts and Strategies. In O.N. Koul and L. Devaki (eds.), Linguistic Heritage of India and Asia. Mysore : CIIL.
    Koul, Omkar N. (1983).  Language in Education.  Patiala: Indian Institute of Language Studies.
    Koul, Omkar N., L. Devaki and P. Umarani . (1998). Home-School Language Gap. Background Paper presented at the Seminar on “Innovations and Strategies to Bridge Home-School Language Gap” held at CIIL, January, Mysore .
    Koul, Omkar N., L. Devaki and P. Umarani. (forthcoming). Issues in Primary Education : Medium of Instruction. New Delhi : Indian Institute of Language Studies
    National Council of Education, Research and Training, New Delhi (1989).  Fifth All India Education Survey. 
    National Council of Education, Research and Training, New Delhi (1982).  Third All India Education Survey. 
    Pedroni, Guillermo E. (1996) The Importance of  The World Wide Web in Education K-12. paper submitted to southern Illinois University at Edwardsville.
    UNESCO, New Delhi (2000). Education  Programmes.


     
    Intervention de Monsieur Raymond Renard

    Synthèse
     
     

    “ Le plurilinguisme dans la société de l’information ”

    Accompagner le défi technologique à l’école ?

     
    Le premier thème de cette session, l’éducation dès l’enfance et l’apprentissage scolaire pose un certain nombre de questions. “ L'apprentissage des langues étrangères ne peut-il favoriser et faciliter un usage plurilingue d'nternet? À quel âge peut-on envisager de commencer cet apprentissage? Réciproquement, la multiplication des langues sur Internet ne peut-elle être une incitation à un apprentissage plus diversifié de langues? ”

    Au risque de décevoir les organisateurs qui m'ont fait l'honneur de m'nviter, et que je ne voudrais pas manquer de remercier pour cela, je vous dirai d'emblée que ces questions tout intéressantes qu’elles soient, me semblent secondaires par rapport à l’importance du défi, pour l’éducation au sens large, posé à la fois par le plurilinguisme et par la société de l’information.

     Voici les questions auxquelles j’aurais aimé répondre, en ma qualité de francophone. Pourquoi le plurilinguisme ? Pourquoi l’information ? Quel rapport avec l’éducation, avec l’école ?
     
     

    • Pourquoi le plurilinguisme ? 


    Certains confondent plurilinguisme et multilinguisme. D’autres se désintéressent de la distinction. Ceux qui les définissent ne sont pas toujours d’accord entre eux. La distinction qui me convient le mieux est celle-ci : le multilinguisme caractérise la situation naturelle d’un espace où coexistent de multiples langues ; le plurilinguisme s’appliquerait plutôt à des situations aménagées de telle sorte que les individus qui les vivent maîtrisent plusieurs langues (Renard, 2000, 12-13). 

    Le monde comporte quelque 6000 langues. Louis-Jean Calvet (1999) a fort bien démonté  le mécanisme de l’écologie des langues. Selon lui, les langues sont reliées entre elles par des bilingues et des bilinguismes reliés en termes gravitationnels. Autour d'une langue hypercentrale (l'anglais), gravitent une dizaine de langues supercentrales (le français, l'espagnol, l'arabe, le hindi, le chinois, etc.), autour desquelles gravitent quelques centaines de langues centrales qui sont à leur tour le pivot de gravitation de quelque 5000 langues périphériques. Des mouvements se produisent en permanence par des effets de bilinguisme horizontal (vers une langue de même niveau) ou vertical (vers une langue d'un niveau supérieur). Les différentes langues étant des produits de la pratique sociale, on comprend aisément le poids sur les Atendances@ de facteurs particulièrement linguicides comme l'urbanisation, le souci de promotion sociale, le type de scolarisation ou la diffusion des nouvelles technologies... Sans une intervention des pouvoirs publics, sous la forme d'un aménagement linguistique, les langues et les cultures endogènes sont vouées à la loi du plus fort. 

    Chacun est cependant conscient de l’intérêt du plurilinguisme, tant pour les États que pour les individus. Cet intérêt tient d’abord à ce que, si toutes les langues font accéder, chacune à sa manière, à l’universel, toutes n’ont pas atteint le niveau de normalisation ou de développement lexical susceptible de permettre l’accès à la modernité, comme le font aujourd’hui les quelques langues de pays riches qui servent de support à la science. En outre, la connaissance d’autres  langues permet à l’individu de s’émanciper de sa manière singulière d’appréhender le monde, de concilier identité et altérité, cette dernière  étant  un véritable révélateur de la première. Le plurilinguisme doit aussi être reconnu comme porteur de tolérance et facteur de convivialité et de solidarité dans la mesure où il favorise le passage du multiculturel à l’interculturel.

     Cette argumentation sur l’intérêt du plurilinguisme justifie la nécessité de promouvoir l’apprentissage des langues. La question du rôle de l’école en cette matière est une autre affaire. Mais qui affirmera que, dans les conditions actuelles (formation des enseignants, méthodes, moyens, motivation…) l’école est en mesure de contribuer valablement à la généralisation du plurilinguisme ? Il ne faut pas confondre non plus scolarisation et éducation.
     

    • L’information à l’école ? 


    Nous sommes –tous les médias nous le disent- dans la société de l’information. On pourrait même dire de la surinformation. Mais est-ce bien le rôle de l’école d’informer ? On peut aussi en douter. Que doit nous apporter l’éducation : l’information ou la connaissance ? Si cette dernière est, selon Hume (dans son Traité de la nature humaine) “ la certitude qui naît d’une comparaison d’idées ”, plutôt qu’apprendre à accumuler des informations, il faudrait apprendre à savoir classifier, à savoir comment et quoi comparer…

    Mais laissons la question en suspens : de toute manière, les nouvelles technologies sont là, et les éducateurs doivent s’en préoccuper, ne serait-ce que pour n’en être pas les esclaves.
     
     

    • Le défi technologique


     Le cyberespace devient chaque jour plus riche de possibilités d'échanges de tous types et de consultations d'informations de toute nature.  A court terme, on peut prévoir sans jouer les Cassandre, qu'un nombre substantiel d'activités humaines ne pourront plus être envisagées sans moyens de télécommunication informatisés, notamment dans des secteurs clés comme l'économie, l'édition, l'éducation, la presse, etc.

     Il ne fait aucun doute que, pour les pays du Sud, cette situation ouvre des perspectives et des espoirs extraordinaires. Mais pour les réaliser, quels obstacles leur faudra-t-il surmonter! 

    Il faut évidemment relever le défi des inforoutes. Chacun s’accorde sur cela, puisque la mondialisation a fait de la communication et de l’information des facteurs de développement plus déterminants sur le plan mondial que le travail, les matières premières et même le capital, désormais “virtualisés”.

    Le français a atteint un bon niveau de normalisation. C’est une langue en état. Vérité toute relative si l’on se place dans la stratégie globale qu’appellent les menaces bien connues d’homogénéisation linguistique et culturelle.

    Et si l'on admet aussi que l'aménagement d'une langue vivante n'est jamais achevée et que, s'agissant de la nôtre, un retard important reste à combler pour le rapprocher du niveau des principales langues d'accès à la modernité et à la technologie. En l'occurrence, l'effort devrait être porté non seulement sur son instrumentalisation et sur l'enrichissement de son corpus en lignes, -ce qui se fait, fort heureusement,- mais encore sur la facilitation de son apprentissage et, bien évidemment, sur son illustration, notamment dans le domaine scientifique.

     Mais, en cette affaire, les moyens ne peuvent pas éclipser les fins : les problèmes techniques doivent être maîtrisés dans la perspective d’un développement fondé sur la primauté de la personne. Et ceci nous ramène à l’éducation.
     
     

    • Quelle éducation ?


     Elle ne peut être que citoyenne.

     Si l’on veut éviter l’émergence d’une société à deux vitesses, il est crucial que, demain, tous les citoyens aient des chances égales non seulement de consommer l’information présente sur les grands réseaux de transmission télématique tel qu’internet, mais aussi d’agir en actants de la communication informatisée, en pouvant, à leur tour, émettre des informations, certes dans le but d’interroger à distance les sites dispensateurs de renseignement, mais aussi afin d’échanger des idées avec d’autres individus, institutions, organismes, etc.

     La citoyenneté télématique doit être accessible à tous sans distinction.  Il n’est dès lors pas acceptable que seuls ceux dont le développement technologique (et corrélativement, la richesse monétaire) est la plus importante constituent le club des "Very Happy few".  Il n’est pas plus tolérable que les personnes frappées d’un handicap (qui soit les empêche de manipuler les claviers et autres périphériques de saisie d’information, soit les empêche de recevoir l’information visuelle ou sonore émise par la machine) se voient réduites, de ce fait, dans leurs possibilités d’agir démocratique.

     Enfin, il n’est pas envisageable que les moins nantis culturels se voient privés de possibilités d’actions sur les réseaux informatiques.  Tel serait évidemment le cas, si l’usage de ces outils nécessitait un niveau d’instruction où des connaissances spécifiques.
     Cette dernière constatation implique bien évidemment que les communications informatisées puissent, dans la plus large mesure du possible, s’effectuer pour chacun, dans la langue de communication qu’il a acquise spontanément, dans son milieu naturel.

     Il est certes patent que, si au XIXe, les politiques voyaient en l’alphabétisation des masses un outil indispensable de la démocratisation, l’acquisition, pour chaque citoyen, d’un multilinguisme minimal correspondra, pour le XXIe siècle, à l’espoir d’une éducation pour tous, clamé il y a plus d’un siècle.

     Il y a encore loin, cependant, de la coupe aux lèvres.  Le trilinguisme appelé de leurs vœux par les politiques européens n’a émergé, dans leur discours, qu’il y a une ou deux décennies, tout au plus.  Si certaines réalisations existent dans ce domaine, il faut bien admettre qu’elles demeurent toutefois fort peu nombreuses et souvent, de fait, limitées à quelques privilégiés.  En d’autres termes, s’il demeure aujourd’hui dans les sociétés développées une dizaine de pourcents d’analphabètes pour 90% d’alphabétisés, la proportion monolingues/multilingues est à peu près inverse et l’on peut gager que quelques décennies seront à tout le moins nécessaires pour observer une inflexion significative de tendance.
     Partant, il serait inacceptable de tolérer une situation caractérisée par un accès au cyberespace nécessitant la maîtrise d’une langue étrangère, au risque d’aboutir à une configuration où les pays anglophones se verraient garantir une citoyenneté télématique véritablement démocratique, où les pays nantis, dont l’anglais n’est pas langue maternelle, se caractériseraient par un accès au cyberespace pour l’aristocratie des intellectuellement riches, et des pays pauvres à faible développement technologique et éducatif où l’accès au cyberespace ne serait autorisé qu’à l’oligarchie des riches qui n’auront de toute manière aucune difficulté à accéder à la toile.
     

    • Enseigner les langues par la toile ?


    Certes, le contact avec des environnements du type de ceux auxquels recourt l’internet comporte de notoires incitants à la communication.  L’aspect interactif des systèmes peut ainsi apparaître séduisant au didacticien des langues qui peut y voir d’intéressantes opportunités pour soutenir et accompagner ses efforts auprès des élèves ainsi impliqués dans des activités de communications plus crédibles et partant plus motivantes.
     Néanmoins, on aurait tort de croire que la simple imposition d’une langue étrangère pour l’usage des réseaux constitue, sans autre forme de procès, les bases de situations d’apprentissage de la langue étrangère.  Des expériences telles que, par exemple, celle de tandem ont bien montré que si l’usage du net est extrêmement bénéfique en enseignement/apprentissage de la langue étrangère, il requiert un contrôle étroit de la part de l’enseignant-gestionnaire d’apprentissages.  Par ailleurs, force est de constater que la plupart des non anglophones qui ont développé des apprentissages sporadiques de l’anglais à la faveur d’utilisation de cette langue dans un environnement technique présentent un profil de compétence très déséquilibré avec, en règle générale, des possibilités de réception supérieures à celles d’émission, des compétences à l’écrit supérieures aux compétences à l’oral, une maîtrise de la syntaxe très réduite, une connaissance parcellaire du lexique ainsi qu’une très faible sensibilité aux variations de registres et de manière générale à l’usage de la pragmatique.

    Qui pis est, le recours imposé à une langue déterminée pour l’utilisation des réseaux peut aussi bien démotiver pour l’informatique le faible en langue que dissuader le faible en informatique de consentir les efforts nécessaires à l’apprentissage en langue.
     
     

    • Développer la réflexion critique


     En tout état de cause, avant de décider d’une politique de recours aux TIC dans l’éducation, une réflexion s’avère nécessaire sur les risques à éviter.
     On a fait maintes fois l’inventaire des menaces engendrées par l’intrusion des TIC.

     Certaines nous concernent tous et nous devons nous interroger sur la manière d’en prémunir les jeunes :
    • absence de contrôle démocratique sur l’ensemble du système de communication, aux mains de quelques multinationales, voire de quelques opérateurs individuels tout-puissants ; l’informatisation difficilement contrôlable des données socioéconomiques, permet en effet l’accaparement des processus de décision par des minorités initiées; par ailleurs, l’informatisation non contrôlée des données personnelles pose des problèmes importants de respect de la vie privée; l’absence de réglementation et de contrôle de tout ce qui apparaît sur la toile fait courir des dangers pour les jeunes, tout en favorisant des pratiques délictueuses chez leurs aînés;
    • risque réel de manipulation et d’appauvrissement de la pensée, notamment de tous ceux à qui est imposé le recours à un pidgin baptisé anglais, bas-latin de notre époque; l’expression condensée convient sans doute mieux aux initiés qu’à la masse en quête de connaissance et d’information; la compression et l’élagage ne sont pas seulement un appauvrissement du message: ils portent en eux des risques énormes de déstabilisation des esprits par manque d’insertion des informations nouvelles dans des structures; pour analyser correctement des données, il faut pouvoir les mettre en perspective; la circulation de plus en plus rapide de la communication et de l’information entraîne forcément des modifications de la manière de s’exprimer: “ce que l’on conçoit bien, s’énonce, désormais, rapidement”, constate l’ambassadeur Jean-Jacques de Dardel (HCF, 1999b, 131); beaucoup s’interrogent sur l’utilité d’une accumulation de connaissances, qui pourrait nous ouvrir un “nouvel âge de l’aliénation” (Ramonet,1999, 194) ; la guerre économique des médias et la concurrence acharnée des réseaux n’est certainement pas propice à la qualité ni à l’objectivité de l’inforoute: la recherche du spectaculaire et du nouveau à tout prix conduisent à la confusion entre information et communication, à la désinformation par la surinformation , à la débilité par la superficialité. “Les complicités de réseau”, écrit Ignacio Ramonet (Ibid.), “l’emportent sur le devoir de vérité”...
    • dangers de structuration culturelle, compte tenu de la provenance des innovations technologiques;
    • système inéquitable qui n’offre pas à tous les mêmes possibilités d’accès et de participation à une technologie totalisatrice...:  les TIC n’étant pas à la portée de tous, les disparités entre les pays et les groupes sociaux croissent dangereusement; les pauvres sont plus pauvres, les riches plus riches ; paradoxalement, l’homogénéisation ne vise que le culturel, pas la toile ni le social...;
    • etc.

     Tout ceci souligne la nécessité d’une convergence entre l’enjeu principal et d’autres enjeux majeurs de ce début de XXIe siècle, d’ailleurs étroitement interconnectés, et qu’il s’agit d’accompagner: la protection du patrimoine de l’humanité, constitué par la diversité linguistique et culturelle, avec ses implications bien connues, la revalorisation du rôle de la langue maternelle, la mise en oeuvre d’un plurilinguisme fonctionnel.

     Tout ceci justifie une stratégie de rééquilibrage de l’accès à la toile, par diversification linguistique et culturelle. “La communication n’est que du vent si elle ne sert pas à échanger”, écrivait Philippe de Saint Robert dans un article au titre très évocateur: L’épreuve de la liberté (MD, avril 1995, 25) .

     Pour qu’une technologie devenue souveraine et porteuse d’espoirs de plus grand développement des économies et de plus grande connaissance des individus, des valeurs importantes doivent donc être protégées et la francophonie doit certainement jouer un rôle spécifique de protection de ces valeurs, dans différentes directions:

    a) au niveau international d’abord, compte tenu de la privatisation, quasi totale des opérateurs américains, maîtres du marché de la communication, il importe de mettre en place une régulation conforme à l’éthique, comme le réclamait Stélio Farandjis: “Les nouvelles technologies de la communication”, écrivait-il en 1997 (HCF, 1999b, 279), “nécessitent, en particulier, une régulation internationale sans laquelle la probité scientifique, la déontologie professionnelle, la protection de l’enfance, la propriété intellectuelle seraient singulièrement menacées”. Si nous voulons conserver notre liberté de penser, il faut que des règles la garantissent; c’est au plus haut niveau qu’elles doivent être prises; le directeur général de l’Unesco Federico Mayor (Unesco, 1998, 25) ne disait pas autre chose à la conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement, à Stockholm, en 1998: “ La ‘cyberculture’ fait partie des avatars de la mondialisation qui risquent […] d’accroître les déséquilibres […]. Les nouvelles technologies de la communication exigent de nous autant de vigilance que d’imagination, autant de rigueur que de générosité. Le devoir d’éthique s’étend aussi au domaine culturel ”.

     Et qui dit culture dit développement. Il faut approfondir la question de l’incidence de l’irruption des TIC sur le développement des pays du Sud: les nouvelles technologies pourraient-elles permettre aux pauvres de s’organiser pour sortir de la misère? Comment éviter le divorce entre un savoir universel déshumanisé et la douloureuse réalité locale? Le dernier rapport des Nations unies sur le développement pointe du doigt les nouvelles technologies comme facteurs aggravant les inégalités.

    D'une part, en effet, les coûts relativement bas des dispositifs informatiques dans les pays industrialisés demeurent prohibitifs dans les pays du Sud.  D'autre part, les éléments culturels et linguistiques peuvent constituer une difficulté majeure à l'accès des moins nantis au cyberespace.  Les représentations du monde qui structurent ce dernier sont en effet essentiellement basées sur les habitudes de pensée occidentales, et la langue qui y est utilisée, dans l'écrasante majorité des cas, est l'anglais.

     Sans démarche volontariste, un sévère clivage entre ceux qui auront et ceux qui n'auront pas la possibilité d'accéder au cyberespace risque ainsi d'apparaître rapidement, érigeant de nouvelles barrières entre les désormais info-riches et info-pauvres ;

    b) au niveau éducatif ensuite, il faut s’attacher à préparer les jeunes (et à protéger au mieux leurs aînés) en vue de leur permettre d’affronter les nouveaux défis; il ne faut pas que les “maillages” les emprisonnent dans la “toile”: la complexité exige du temps, de la réflexion. Face au risque croissant d’appauvrissement de l’esprit d’analyse, il faut refonder l’éducation de l’esprit critique, habituer les enfants à décrypter des messages brefs et denses et à s’adapter à y répondre pareillement avec clarté.

     Il faut que les praticiens et les scientifiques de l’éducation -spécialité francophone- poursuivent leurs efforts pour maîtriser les nouveaux outils. L’apprentissage suppose de la maturation. Les raccourcis ne permettent pas toujours d’atteindre la complexité... Il ne s’agit pas de refuser le progrès, qui est un effet du génie humain, mais de l’intégrer dans la philosophie globale de l’éducation, qui est avant tout formatrice et émancipatrice des esprits , et donc protectrice du premier moyen naturel d’expression qu’est la parole...; répétons-le : les nouvelles technologies ne sont pas une fin en soi, mais un moyen en vue d’une fin qui est de servir la culture et le développement; elles ne peuvent devenir ce que sont devenus les médias sous l’effet de la mondialisation, de l’"impérialisme masqué" (Unesco, 1998, 48);

    c) au niveau de la culture scientifique, il faut que se développent des structures susceptibles de favoriser la vulgarisation des apports de la philosophie de la science, car le domaine concerné dépasse de loin la seule technologie: il relève des valeurs, de leur hiérarchie, de l’humain... Dans ces secteurs, la francophonie est-elle en retard? Va-t-elle continuer à se lamenter et à refuser de voir ce qui fait sa force?

     Lorsqu’il plaide pour que les jeunes soient plongés au plus tôt dans le monde de la science, Maurice Nivat (HCF, 1999b, 258 sv.) estime qu’au-delà des problèmes scientifiques ou technologiques posés, il en est bien d’autres: 

    “philosophiques, sociologiques, économiques, juridiques, politiques. Le génie de notre langue qui est celui de ses locuteurs, de tous ceux qui partagent l’ensemble de repères intellectuels, de façons de penser ou d’agir que j’appelle culture scientifique francophone trouverait sûrement là matière à se déployer”… (p. 260).

     Parmi les disciplines de pointe à privilégier se trouve évidemment l’informatique. Chacun en est certes convaincu mais Maurice Nivat soulève un argument fort: “l’informatique”, écrit-il, 

    “est le lieu et l’instrument de profonds changements de la science elle-même, dans ce qu’elle a de plus profond: l’informatique amène aussi à repenser ce qu’est la vérité d’un fait comme ce qu’est la validité d’un raisonnement, elle bouleverse la notion d’expérimentation qu’elle permet souvent de remplacer par des simulations […]. L’informatique amène aussi à repenser l’organisation, la gestion, ou la vérification de pratiquement toutes les activités humaines” (Ibid.). 
    Pour un contrat de solidarité internationale

     La francophonie ne manque certainement pas d’atouts pour relever, à sa manière, le défi des inforoutes. 

     Elle ne peut le faire seule. 

    Elle aurait intérêt à poursuivre ce que son Secrétaire général M. Boutros Boutros-Ghali a déjà entrepris : une concertation qui amènerait les grands ensembles linguistiques multinationaux à prendre conscience des enjeux de la problématique linguistique et culturelle universelle - non seulement les grands ensembles qui correspondent aux langues aujourd’hui reconnues internationalement (anglais, arabe, chinois, espagnol, français, russe), mais à toutes celles qui peuvent peser dans le concert des nations soit par le nombre de locuteurs, soit par leur caractère multiétatique. La concertation entre ces grands ensembles devrait déboucher sur une charte reconnaissant l’importance de la diversité linguistique et établissant un partenariat clair de solidarité en vue de la promotion du plurilinguisme au sein des organisations internationales, d’une part, et un engagement au respect de la diversité linguistique à l’intérieur des aires linguistiques considérées, notamment par la promotion d’un véritable plurilinguisme fonctionnel - ce que L.-J. Calvet appelle un multilinguisme à deux niveaux: horizontal entre les différentes grandes aires linguistiques et vertical, à l’intérieur de chaque grande aire; le contrat impliquerait le soutient à l’initiative B@bel”, de l’Unesco, d’accès universel au cyberespace, indispensable au moment où l’information, facteur essentiel du développement, se voit se monopolisée.

     Le plurilinguisme est une cause humaniste; c’est une option éthique, ce doit être une entreprise solidaire.

     Une fois faite cette mise en perspective du triptyque plurilinguisme/société de l’information/éducation, on peut tenter une réponse brève aux questions posées :

    - L'apprentissage des langues étrangères ne peut-il favoriser et faciliter un usage plurilingue d'Internet? Sans doute, mais cela ne fera que renforcer l’hégémonie de la langue anglaise.
    - À quel âge peut-on envisager de commencer cet apprentissage? Précocement. Mais si c’est pour s’y prendre mal, à quoi bon ?
    - Réciproquement, la multiplication des langues sur Internet ne peut-elle être une incitation à un apprentissage plus diversifié de langues?  Sans doute. Mais la diversification des langues est avant tout liée à la motivation des apprenants et à la prise de conscience par l’opinion publique et ses représentants de l’importance de l’enjeu linguistique et culturel.

     Ne nous méprenons donc pas.  S’il est vrai que le réseau, comme tout moyen informatique (et comme plus largement tout moyen audiovisuel) peut fournir d’intéressantes opportunités pour le soutien des activités d’enseignement/apprentissage en langue étrangère, cette propriété ne peut en aucun cas justifier une démobilisation pour la garantie de l’accès le plus généralisé au cyberespace via la langue maternelle.

    Elle ne peut non plus détourner les éducateurs de former des têtes bien faites plutôt que bien pleines.


     
    Intervention de Monsieur José SILVIO

    Synthèse

    Education et Multilinguisme dans l'INTERNET?

    Institut International de l'UNESCO pour l'Education Supérieure 
    en Amérique Latine et dans les Caraïbes

    - IESALC -

    1 Diversité linguistique et culturelle dans le cyberespace

     La diversité culturelle est un des fondements de la société humaine. L'expérience humaine se caractérise par trois traits de base: un comportement régulé par des normes culturelles, la vie collective et la diversité d'expériences et de modes de vie. La culture comme mode de vie des peuples se diversifie naturellement, même a l'intérieur d'une société parlant une même langue. La diversité se manifeste non seulement d'une société à une autre, mais aussi dans les groupes sociaux et classes sociales à l'intérieur d'une société. De plus, la langue est l'expression de l'identité culturelle d'un peuple et la diversité culturelle à son tour l'expression de la diversité linguistique. L'identité culturelle est très liée à la langue comme véhicule d'expression de cette identité. 

     Le phénomène de la globalisation, qui caractérise le processus de formation d'une société de  l'information et de la connaissance permet théoriquement la manifestation de la diversité linguistique et culturelle, mais il entraîne aussi le danger d’uniformisation au travers d’une langue et une culture dominante. Cependant, la prédominance d'une langue dans le cyberespace n'est que l'expression de la prédominance d'un pays et de sa culture dans le monde réel. Elle est le reflet d'une domination économique, politique et socio-culturelle dans le monde physique.

     La globalisation est étroitement liée au développement des réseaux télématiques et elle fait apparaître des situations paradoxales. D'un côté elle permet aux groupes et sociétés dominants d'augmenter leur pouvoir en étendant leurs frontières. Les produits de ces groupes et ces sociétés peuvent se diffuser pratiquement sans barrières et instantanément. C'est la réduction des limitations spatio-temporelles dans la diffusion culturelle. De l'autre côté, les groupes et les sociétés relativement défavorisées, si elles réussissent à accéder aux réseaux, peuvent bénéficier de la globalisation en l'utilisant comme véhicule d'expression de leur identité culturelle. Plus la couverture démographique, géographique des réseaux télématiques est grande, plus grande est la diversité culturelle et linguistique. Cependant, ni la domination des grands ni la participation des petits n’est automatique dans le cyberespace. Il faut que chaque acteur sache diffuser ses produits à travers les réseaux et capter l'attention des utilisateurs des services et de ressources télématiques. Beaucoup de critiques de la globalisation en restent au niveau du diagnostique des problèmes sans proposer de solutions aux problèmes posés par les leaders de la globalisation. 

     L'INTERNET est né aux Etats Unis d'Amérique et s'est développé sous le leadership de ce pays, ce qui a marqué profondément la langue et la culture de ce réseau de réseaux. La prédominance de l'anglais sur les autres langues dans l'INTERNET n'est qu'une expression de la prédominance économique et politique du pays porteur de cette langue, une prédominance qui existait déjà avant l'arrivée de l'INTERNET. Les Etats Unis ont été le premier pays à faire un pas en avant dans le développement des réseaux et de la politique de télécommunications favorisant sa croissance. Il est logique que les premières ressources de ce réseaux se soient développées dans ce pays et dans la langue de ce pays. L'anglais joue actuellement le rôle de lingua franca dans le cyberespace. Ce fait a été démontré par plusieurs études. En 1997, l'INTERNET Society et ALIS Technologies ont conduit une étude dont les résultats ont montré que la grande majorité des sites web (environ 84%) étaient de langue anglaise (Internet Society et ALIS Technologies, 1997). L'étude fait partie du "projet Babel", qui conduisent ces deux institutions et qui est encore en cours. Plus récemment, L'Union Latine et FUNREDES ont réalisé une étude sur la présence des langues latines dans l'INTERNET par rapport à d'autres langues, en particulier l'anglais. On a constaté que "…Le pourcentage de pages en anglais peut difficilement être inférieur à 65%… Il peut difficilement être supérieur à 85%, en raison de la place occupée par les langues importantes : le japonais, l'allemand, le français et l'espagnol, qui peut équivaloir à plus de 15%. Il semble qu'un chiffre raisonnable aujourd'hui soit de quelque 75%… Ce chiffre de 75% s'applique à l'espace de la Toile. Pour l'espace des groupes de news, nous l'élèverons à 80%" (Union Latine et FUNREDES, 1998).

     Cette situation crée une inégalité et une dépendance par rapport à une langue et une culture et empêche la manifestation de la diversité culturelle si nécessaire à la société. Les cultures sont médiatisées par la prédominance d'une langue à tel point que les peuples cherchent même à exprimer leur identité dans une langue qui n'est pas la langue de leur culture. Ce qui conduit à emprunter une identité étrangère pour exprimer une identité réelle. Cette situation n'est ni souhaitable ni soutenable, car elle est contraire aux tendances qui doivent prédominer dans la société. Il est vrai qu'une langue unique, commune à toutes les sociétés permet une communication plus facile, c'est la motivation qui a donné naissance à l'esperanto comme langue universelle, mais qui a échoué car les peuples résistent à abandonner leur langues comme expression de leur identité culturelle. Dans l'éducation, ce phénomène a des répercussions très importantes car l'éducation est l'institution chargée de la transmission de la culture au moyen d'une langue. Paradoxalement, la langue commune permet la communication et l'échange culturel entre des peuples divers, mais en même temps, chaque peuple a besoin de sa langue pour affirmer son identité culturelle. Il faut donc, chercher un équilibre entre faciliter les échanges et la compréhension internationale et permettre la liberté de s'exprimer dans sa langue et d'affirmer son identité culturelle. Il s'agit donc de promouvoir un équilibre entre l'uniformité nécessaire à la compréhension internationale et la diversité. C’est dans cette dialectique qui doit se développer le plurilinguisme dans l'éducation dans le monde physique et dans le monde virtuel. 

     2 Les problèmes à résoudre et la situation idéale

    Ainsi défini, le panorama de l'éducation multilingue à travers l'INTERNET se pose de manière complexe. Même si l'on arrive à construire des espaces d'information et de communication multilingue, avec ou sans services de traduction automatique, il se pose le problème des contenus et de son rapport avec la culture de chaque groupe de pays. Ainsi, la langue ne suffit pas à elle seule. Il faut qu’elle soit vraiment utilisée comme véhicule d'expression de l'identité culturelle et non seulement comme une simple traduction de contenus conçus et mis en réseau par des gens d'une autre culture. Il faut donc distinguer des contenus qui sont communs à tous les pays et indépendants de la langue et de la culture, des contenus spécifiques à un pays ou un groupe de pays. 
     Quoi qu'il en soit, il faut offrir les services télématiques nécessaires pour que les acteurs multilingues puissent accéder aux réseaux et leur laisser la liberté de faire circuler des contenus adaptés à leur culture. 

    De plus, la communication au moyen de l'ordinateur et sa valeur comme véhicule d'expression multilinguistique et multiculturelle doit être analysée dans le contexte de ses variables et facteurs significatifs: l'infrastructure physique (moyens technologiques ou hardware) des réseaux; la technologie (software); le réseau, qui a des propriétés émergentes différentes des ordinateurs et des dispositifs de télécommunication qui la composent; les utilisateurs ou acteurs; les contenus qui circulent par les réseaux, qui sont des ressources d'information et de communication entre les utilisateurs; les services télématiques (ou software) qui permettent aux utilisateurs de chercher, d'accéder aux ressources d'information et de communiquer entre eux, les groupes sociaux auxquels appartiennent les utilisateurs et qui sont des points de repère de leurs paradigmes de pensée, sentiments et actions dans le contexte de la communication multilingue (Silvio, 2000), La communication qui se produit dans les réseaux est une communication multipalier qui a lieu dans différents contextes culturels et sous l'influence de plusieurs groupes auxquels appartiennent les sujets communiquants (Cartier, 1997). Il faut donc chercher la combinaison optimale de ces éléments pour arriver à une éducation multilingue qui soit utile et significative pour les utilisateurs.

    Dans ce contexte, les problèmes à résoudre dans le cadre du plurilinguisme dans l'éducation virtuelle, peuvent se poser de la façon suivante, en répondant à la question qu'est-ce qui est  désirable ?:

    1) Assurer la diversité culturelle tout en assurant la diversité linguistique dans l'éducation virtuelle

    2) Garantir l'accès équitable aux ressources d'apprentissage dans l'INTERNET

    3) Promouvoir l'apprentissage des diverses langues sur l'INTERNET pour faciliter l'éducation virtuelle plurilingue.

    4) Garantir au maximum la disponibilité dans l'INTERNET de ressources d'information pour l'apprentissage dans les langues natives des utilisateurs.

    5) Assurer  la qualité et la pertinence des contenus multilingue pour l'apprentissage sur l'INTERNET. 

    6) Eviter l'unilinguisme dans l'éducation virtuelle.

    1 Que faire et comment pour résoudre les problèmes et arriver à la situation idéale?

    Les réponses à cette question nous place au niveau de la recherche de solutions et la réalisation des actions pour résoudre les problèmes posés. Dans l'INTERNET, le site web et la communauté virtuelle de ses utilisateurs, sont la base sur laquelle reposent les ressources d'information et de communication pour l'apprentissage (Palloff et Pratt, 1999). Donc, toutes les actions doivent se concentrer sur la création, le développement et l'administration des sites web qui puissent contribuer à résoudre les problèmes posés au moyen de leurs objectifs, structure et fonctionnement, en respectant les principes suivants: 
    1) créer des contenus adaptés aux identités culturelles de chaque pays; 
    2) éviter le monopole d'une langue et d'une identité culturelle dominantes; 
    3) créer des sites web de divers types.

    Les actions ou solutions les plus importantes peuvent se classer d'après les critères suivants:

    • Nombre de langues de base du site web
      • Unilingue
      • Multilingue
    •  Type de traduction des contenus
      • Sans traduction des contenus 
      • Traduction manuelle, faite par les administrateurs du site web 
      • Traduction automatique, faite par l’utilisateur au moyen des logiciels de traduction automatique
    • Niveau de communication dans le site web
      •  Site web simple sans communication entre les utilisateurs
      •  Communauté virtuelle d'apprentissage avec communication intensive entre les utilisateurs
    • Type de site web (Tapscott, 2000)
      • Agora: 

      • un site web destiné à rassembler à un ensemble de personnes qui veulent echanger de l'information sur l'offre et la demande d'un produit ou service, d'un manière libre.
      • Aggrégation: 

      • site web consacré à l'organisation de biens, services et informations.
      • Chaîne de valeur: 

      • site web qui fait partie d'un chaine de production ou distribution d'un bien, service ou information.
      • Alliance: 

      • site web formé par l'alliance entre plusieurs organisations avec un objectif donné.
      • Réseau Distributif: 

      • site web chargé de faciliter l'échange et la distribution.
    • Orientation de la communauté virtuelle. Si le site est une communauté virtuelle, on peut le classer dans une des catégories suivantes (Hagel y Armstrong, 1997: 118-123) (Silvio, 2000: Chapitre 6):
      • Communauté orientée vers l'utilisateur: les utilisateurs (étudiants, par exemple), définissent le thème et les contenus de la communauté. 
      • Communauté orientée vers l'organisation: le thème et les contenus sont définis en accord avec les objectifs de l'organisation.
      • Communauté orientée vers l'organisation, mais avec participation des utilisateurs dans l'administration: c'est un type intermédiaire où l'organisation définit le thème, par exemple un cours sur un spécialité donnée, mais les utilisateurs peuvent apporter des contenus.


    En combinant ces critères, on peut obtenir plusieurs types de sites web et de communautés virtuelles d'apprentissage axés sur une langue de base ou plusieurs langues de base. Dans le cas des sites web plurilingues, il faudrait construire des versions différentes du site web, en accord avec le nombre de langues souhaitées. Il faudrait traduire chaque contenu incorporé au site web pour que les utilisateurs disposent de la dernière version des contenus d'apprentissage dans la langue de leur préférence. Cette traduction peut se faire par moyen de traduction automatique ou avec des traducteurs engagés spécialement pour traduire chaque page et chaque document. Ce type de site présente l'avantage de permettre à l'utilisateur un accès facile aux contenus sans avoir besoin d'une traduction à posteriori. D'autre part, l'utilisateur n'a pas besoin de connaître d'autres langues pour apprendre et s'approprier des contenus.

    Cependant, ce type de site web présente l'inconvénient de requérir un support très important en matière de traduction et de mise à jour des contenus, surtout si elles se font de façon manuelle. Il faut aussi prévoir le nombre de langues dans lesquelles fonctionnera le site web. Il y a  toujours une limite, marquée par les ressources financières, administratives et humaines à utiliser dans l'administration du site. 

    Enfin, nous avons le site web unilingue, mais avec des ressources de traduction automatique, dont l'utilisateur doit se servir pour avoir un document dans la langue de son choix. Dans ce cas, nous n'avons pas la lourde charge des sites web multiples, un pour chaque langue, mais on doit fournir aux utilisateurs un service de traduction automatique d'une qualité très élevée.

    La question est de savoir qui doit faire la traduction, l'utilisateur ou l'administrateur du site web?. La réponse à cette question aura des conséquences différentes en matière d'administration du site web, de sa communauté d'apprenants et des contenus qui circulent sur le site, comme résultat des processus de recherche d'information et de communication qui se produisent entre les utilisateurs. 

    Un autre groupe d'actions comprend le développement intensif de l'apprentissage des langues. C'est une solution qui peut être externe à l'INTERNET ou se faire par son intermédiaire. Dans ce cas, on n'a pas besoin de traduire des contenus car les utilisateurs seront des polyglottes et ils pourront apprendre dans plusieurs langues avec des contenus dans divers langues. Donc, pas besoin d'avoir de multiples pages multilingues. ni des programmes de traduction automatique, ce qui représente une économie considérable de ressources de tout genre. Mais, il faut néanmoins investir dans des cours de langues pour les utilisateurs. Cependant, il y a toujours les limites qui découlent du nombre de langues que peuvent apprendre les utilisateurs. De plus, il faut se demander aussi, pourquoi les utilisateurs doivent devenir des polyglottes et quel type d'utilisateur est en mesure d'atteindre ce but. Il faut tenir compte ici des limites posées par la classe sociale et les groupes auxquels appartiennent les utilisateurs et leur réel besoin d'apprendre des langues. Finalement, jusqu'à quel point a-t-on besoin d'apprendre des langues pour gagner sa vie et satisfaire les besoins divers de notre vie en société. La réponse varie selon la classe sociale de l'utilisateur, son groupe social, ses activités professionnelles. Sans doute, au fur et à mesure que la globalisation avance et qu’une société a comme base de fonctionnement l'information et la connaissance, le besoin d'apprendre des langues augmente, car on a besoin d’accéder à plus d'informations et plus de connaissances dans des langues différentes de la notre pour pouvoir travailler et gagner sa vie. Mais il y aura toujours un limite au nombre de langues qu'une personne peut apprendre. 

    Un autre problème à résoudre est celui de la communication entre les enseignants et les apprenants et entre les apprenants dans un site web d'apprentissage ou une communauté virtuelle d'apprentissage. Il y a une différence entre chercher de l'information et communiquer avec des apprenants de langues diverses qui ne peuvent pas communiquer entre eux. Les programmes de traduction automatique pourront-ils se perfectionner au point de permettre de traduire automatiquement les contenus envoyés par les enseignants aux apprenants et ceux que les apprenants échangent entre eux ?. C'est un problème que je laisse aux experts de la traduction automatique, mais sans doute est-ce le seul moyen d'arriver à une véritable communication multilingue entre des utilisateurs qui ne sont pas des polyglottes. En tout cas, il faudra étudier la possibilité d'incorporer des programmes de traduction automatique pour la communication asynchrone (courrier électronique, groupes de discussion) et synchrone (groupe de discussion en temps réel ou chat multiutilisateur). Ou bien il faudra des enseignants et des enseignés polyglottes.

    Les réponses aux questions de l'éducation multilingue dans l'INTERNET dépend de la solution choisie et il y aura différentes stratégies pour appliquer une solution ou une combinaison de solutions et des stratégies combinées pour appliquer une ou plusieurs solutions combinées. 

    1 La situation en Amérique Latine et dans les Caraïbes

    Dans la région d'Amérique Latine et des Caraïbes, la situation du multilinguisme est le résultat direct de l'action des anciens colonisateurs européens. Mis à part la Bolivie et le Pérou où les langues indigènes ont une importance particulière, dans les autres pays de la région, la population parlant les langues indigènes précolombiennes est très réduite. C’est la population qui est restée vivante après l'action des colonisateurs. Dans une population d'environ 519 millions d'habitants, l'espagnol est la langue parlée par 64,1% (333 millions d'habitants) de la population dans 20 pays résultant de la colonisation espagnole. L'autre tiers de la population (32,8%), concentré au Brésil parle le portugais (environ 170 millions de personnes). Dans le Tableau ci dessous on peut voir la répartition de la population, les langues, le nombre des pays où les langues sont parlées. L'espagnol est la langue dominante dans la région et elle est devenue une sorte de lingua franca pour la communication entre les brésiliens et les autres latinoamericains. Même si les brésiliens doivent normalement apprendre l'espagnol pour communiquer avec le reste des pays de la région, il est tout à fait possible de se comprendre en parlant chacun sa langue, au regard de la proximité linguistique entre l'espagnol et le portugais. 


    Population de la région d'Amérique Latine et des Caraibes par pays et langue parlée
    (An 2000)


    Langue
    Nombre de Pays
    ou Térritoires
    Population (milles)
    % de la Population Total
    Espagnol
    20
    332.754
    64,1
    Portugais
    1
    170.115
    32,8
    Français
    4
    9.254
    1,8
    Anglais
    18
    6.219
    1,2
    Hollandais
    3
    737
    0,1
    Total
    46
    519.079
    100

    Source: United Nations Population Commission

     
    L'anglais est parlé dans 18 pays par une population d'environ 6 millions d'habitants, répartis dans des pays insulaires de petites dimensions géographiques du bassin de la mer des Caraïbes. Cette population représente 1,2% de la population totale. Le français est la troisème langue en nombre d'habitants mais concentré dans un seul pays indépendant, Haïti, et trois territoires d’Outre Mer de la France dans la région: Cayenne et les îles de la Guadeloupe et de la Martinique. Au total, cette langue est parlée par environ 9 millions personnes, représentant 1,8% de la population totale de la région. Pour finir, la dernière langue dérivée de la colonisation est le holandais, qui se parle dans un pays indépendant, le Suriname, et dans deux territoires appartenant au Royaume d'Hollande: Aruba et les Antilles Hollandaises (Curaçao, Bonaire, Saint-Marteen et Saba). La population de langue hollandaise (737 mille personnes) représente 0,1% du total. A cela, s’ajoutent les langues indigènes qui dans des pays andins comme le Pérou, la Bolivie et l'Equateur et la Bolivie ont une grande importance dans la culture de la population qui n'a pas accès à l'INTERNET.

    Il est difficile de concevoir la région d'Amérique Latine et des Caraïbes comme une unité linguistique intégrée, homogène et cohérente. Les influences de plusieurs colonisateurs ont marqué des différences qui se maintiennent aujourd'hui et pèsent sur les possibilités d'intégration. Il y a d'abord le groupe de pays formé par les hispanophones, qui comprend la majorité des pays, mais qui entretient des relations relativement étroites avec le Brésil, malgré les différences de langues. On peut dire que ce qu'on appelle l'Amérique Latine se compose de ces deux ensembles. Il reste Haïti où l'on parle une langue latine, mais qui n'est pas proche du reste en raison non seulement des différences linguistiques et culturelles, mais surtout des caractéristiques économiques et politiques d’Haïti. Actuellement, Haïti fait partie du CARICOM, qui rassemble surtout les pays anglophones insulaires des Caraïbes et s'oriente plutôt vers ces pays. Une situation semblable est celle d'Aruba et des Antilles Néerlandaises: orientés vers les autres pays anglophones mais relativement isolés. Quant aux Antilles Françaises, elle s'orientent plutôt vers la France et maintiennent des relations avec le reste des Caraïbes mais d'une façon peu intense. 

    Faut-il du multilinguisme dans cette région?. Il faudrait se demander aussi si vraiment il s'agit d'une région homogène. Nous avons vu qu'il y a des voisins très proches géographiquement mais très différents du point de vue de la langue et de leurs traditions culturelles. Le développement de l'INTERNET peut approfondir encore ces différences car les utilisateurs peuvent être plus proches de leurs homologues placés dans des endroits lointains mais avec des traits culturels similaires. C'est une hypothèse pour le moment, qui peut se confirmer ou non dans le futur. Un habitant d'une petite île des Caraïbes, isolé des acteurs d'autres pays, peut se rapprocher d'eux maintenant en navigant par le cyberespace. En plus, les personnes des différentes cultures en Amérique Latine et dans les Caraïbes ont-elles intérêt à s'intégrer au moyen d'un éducation multilingue?. 

    La réponse à ces questions doit venir après une étude des besoins et aspirations de la population. Pour le moment et pour être conséquent avec les objectifs de ce document et de mon point de vue, je vais partir du principe selon lequel une éducation virtuelle multilingue est souhaitable dans cette région. Il faudrait donc travailler en principe avec cinq langues de base: espagnol, portugais, anglais, français, hollandais. Peut-on envisager, par exemple, une université multilingue avec ces cinq langues de base dotée de services de traduction automatique?. La mise en place de sites web et de communautés virtuelles multilingues ou unilingues avec traduction automatique pourraient être la base de cette intégration. Ce projet va requérir évidemment des efforts combinés de plusieurs acteurs mais peut se convertir en un moyen très puissant d'intégration dans la région, facilitée par l'omniprésence de l'INTERNET et la réduction des barrières spatio-temporelles. La création d'espaces virtuels multilingues d'information et surtout de communication devrait offrir cette possibilité.

    On pourrait commencer par une éducation virtuelle bilingue, espagnol-portugais, pour servir aux pays ibéroamericains, c'est-à-dire l'Amérique Latine hispanoportugaise, l'Espagne et le Portugal. Cette intégration est relativement facile car il y a déjà des antécédents qui peuvent servir de points de départ. On pourrait s'appuyer sur des expériences de virtualisation universitaire en cours dans la région et les perfectionner progressivement dans un contexte bilingue. Au Mexique il existe l'Université Virtuelle de l'Institut Technologique de Monterrey (www.ruv.itesm.mx) (Instituto Tecnológico de Estudios Superiores de Monterrey, ITESM), qui a lancé un programme d'éducation virtuelle de postgrade qui s'étend déjà au delà du Mexique à 8 pays de la région. Au Brésil, nous avons l'Université Virtuelle du Centre-Ouest (Universidade Virtual do Centro-Oeste) (www.universidadevirtual.br), intégrée par 8 universités de cette région du Brésil sous la coordination de l'Université de Brasilia et un Consortium beaucoup plus important qui s'appelle Université Virtuelle Publique du Brésil (Universidade Virtual Pública do Brasil), appelée aussi UNIREDE, formé par 69 universités fédérales du Brésil (www.cfch.ufrj.br/unirede/apresenta.html). Au niveau international, nous avons le Réseau Ibéroaméricain d'Informatique Educative (Red Iberoamericana de Informática Educativa (RIBIE) (phoenix.sce.fct.unl.pt/ribie/) qui est bilingue, espagnol et portugais, et qui rassemble 350 institutions éducatives de la région ibéroaméricaine, la plupart des universités, dont l'objectif est de promouvoir l'utilisation de l'informatique et la télématique dans l'éducation à tous les niveaux et toutes les branches du système éducatif. 

    Les efforts combinés de ces institutions pourraient donner comme résultat une Université Virtuelle Ibéroaméricaine Bilingue. Les ressources techniques, organisationnelles et humaines sont là mais il manque la volonté politique d'entreprendre un projet de ce genre et de cette envergure. Il aussi trouver les ressources financières nécessaires, une tâche qui peut être facilitée si l'on travaille avec le schéma de coûts partagés entre plusieurs organisations. Un projet proche de cette idée est celui de l'Université Virtuelle Ibéroaméricaine (www.uvi.org). Cette Université se trouve encore à la phase de conception. Elle a été proposée par l'Université d'Extremadura (www.unex.es) en Espagne avec le support de la Junta de Gobierno de la Provincia de Extremadura et le CEXECI (Centro Extremeño de Cooperación Iberoamericana), avec la coopération d'un groupe de recteurs des universités ibéroamericaines. On constate donc un intérêt à une intégration multilingue dans les pays de langues espagnole et portugaise. Cette intégration pourrait s'étendre au niveau mondial si l'on inclut les pays de langue espagnole et portugaise de l'Afrique et de l'Asie. 

    Dans le monde anglophone, il existe l"University of the West Indies Distance Education Centre" (UWIDEC) (www.uwicentre.edu.jm/~uwidec/) qui fonctionne dans 16 pays et territoires des Caraïbes anglophone, sous la coordination de l'Université de "West Indies", avec des "campus" à la Barbade, à la Jamaique et à Trinidad et Tobago. Si l'on se place dans le contexte du CARICOM, l'organisation intergouvernementale réunissant plusieurs pays des Caraïbes pour les échanges économiques et commerciaux, on pourrait concevoir un projet d'Université Virtuelle Multilingue des Caraïbes, qui puisse travailler dans les autres langues de base de la région: anglais, français et hollandais. 

    A partir de ces deux points d'intégration, qui sont l'expression des besoins des pays de la région, on pourrait commencer un processus d'éducation virtuelle multilingue plus englobant . Il reste encore les langues des populations indigènes, dont les plus importantes sont le quéchua et l'aymara, mais elle sont focalisées en Bolivie, au Pérou et en Equateur. Dans ce cas, il faudrait d'abord faire un grand effort pour incorporer ces populations à l'INTERNET avant de pouvoir faire quoi que ce soit dans le cadre d'une éducation virtuelle multilingue. Compte tenu que ces langues sont très concentrées du point de vue géographique, il revient aux pays où elles sont représentées d'initier des projets qui intègrent leurs populations indigènes.

    Dans cette région, l'UNESCO a deux institutions qui pourraient contribuer au développement de l'éducation multilingue dans l'INTERNET: premièrement, le Bureau Régional d'Education pour l'Amérique Latine et les Caraibes (>ara América Latina y el Caribe) (OREALC) (www.unesco.cl) situé à Santiago au Chili et l'Institut International de l'UNESCO pour l'Education Supérieure en Amérique Latine et dans les Caraïbes (IESALC) (www.iesalc.unesco.org.ve), basé à Caracas au Venezuela. Ces deux institutions couvrent l'ensemble du système éducatif et pourraient jouer un rôle de coordination et de promotion de l'intégration des projets concernant l'éducation virtuelle multilingue dans la région. A l’IESALC, il existe déjà un  programme pour développer l'utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication dans l'enseignement supérieur qui pourrait être un point d'appui pour des projets d'éducation supérieur multilingue avec le concours du réseau RIBIE et les autres institutions déjà mentionnées.

    Finalement, il faut tenir compte de la présence et la proximité des Etats Unis d'Amérique dans cette région. Sans doute, dans l'INTERNET, l'anglais c'est la langue prioritaire de la région.
    De toutes ces réflexions il semble logique de conclure que la diversité linguistique et culturelle n'est pas seulement un fait à accepter, mais aussi une condition pour le développement d'une société de l'information et de la connaissance égalitaire, juste et durable, où chacun puisse se voir considéré comme être humain. L'échec des initiatives visant une langue unique et l'effondrement des systèmes politiques totalitaires et homogénéisateurs a montré que les gens veulent s'identifier avec leurs cultures et leurs langues et que l'identité culturelle est plus importante que d'autres considérations politiques et économiques. 

    Conclusions

    De toutes ces réflexions il semble logique de conclure que la diversité linguistique et culturelle n'est pas seulement un fait à accepter, mais aussi une condition pour le développement d'une société de l'information et de la connaissance égalitaire, juste et durable, où chacun puisse se voir considéré comme être humain. L'échec des initiatives visant une langue unique et l'effondrement des systèmes politiques totalitaires et homogénéisateurs a montré que les gens veulent s'identifier avec leurs cultures et leurs langues et que l'identité culturelle est plus importante que d'autres considérations politiques et économiques. 

    Cependant,  il reste encore un chemin relativement long pour arriver au multilinguisme, surtout dans un processus complexe comme le processus éducatif. Des deux stratégies de base pour arriver à une véritable éducation multilingue dans l'INTERNET que j'ai considérées dans ce document, il me semble que la traduction automatique est la plus prometteuse, quoique peut être la plus difficile à réaliser pour le moment. N'étant pas un expert en matière de traduction automatique je vais plutôt parler en tant qu’expert en éducation et éventuel utilisateur de la traduction automatique. 

    Pour les enseignants et les apprenants, la traduction automatique pourrait résoudre beaucoup de problèmes et éviter des redondances dans la programmation de cours de formation, soit dans le domaine de la formation professionnelle de base ou dans la formation continue. Il suffit de réunir un ensemble de personnes de différentes langues et de les faire communiquer au moyen des services de traduction. Evidemment, n'étant pas un expert en traduction automatique, j'ignore les conséquences que peut avoir un perfectionnement des programmes de traduction automatique sur le marché de l'emploi des traducteurs. Que sera le devenir des traducteurs si l'informatique peut remplacer la plupart de leurs fonctions?. C'est une question que je me pose avec naïveté mais j'exprime les besoins d'un utilisateur qui voudrait avoir accès à encore plus de ressources pour l'information et la connaissance disponibles dans les langues les plus diverses.

    Il y a d'autres facteurs de nature économique et commercial qui vont intervenir dans l'éducation virtuelle multilingue. Il y a d'abord les producteurs des logiciels pour la traduction automatique et pour l'apprentissage de langues dans l'INTERNET et au moyen du CD-ROM, qui s'intéressent à faire des investissements pour développer des logiciels et vendre leurs produits. Il s'intéressent donc au développement de certains modalités qui répondent à ces intérêts. Deuxiemement, il y a les acteurs de la formation continue et la valeur commercial des langues dans le monde virtuel. La Revue "Edubyweb News" a publié récemment un article intitulé "Englishtwon s'installe au Japon", où l'on peut lire l'information suivante:
     

    L'anglais demeure le standard de la communication à l'échelle mondiale. Le marché de l'apprentissage de cette langue s'élève à plus de 50 milliards de dollars, et le marché japonais en représente près de 30 %…C'est sur cette constatation qu'Englishtown et Softbank Media & Marketing ont décidé de baser une joint-venture au Japon : Englishtown Japan. Cette joint-venture, annoncée aujourd'hui, le 29 janvier, devrait donc devenir la première grande offre au Japon d'apprentissage online de l'anglais...Englishtown, filiale indépendante de EF Education, est à l'heure actuelle la plus grande école virtuelle d'apprentissage de l'anglais, et ce à l'échelle mondiale. Créée en 1997, elle offre des formations avec ou sans tutorat dans plus de 100 pays. Son siège social est situé aux Etats-Unis, à Cambridge… Softbank est un important groupe détenant plus de 600 entreprises dont l'activité est axée sur l'Internet. Ce groupe est par exemple majoritaire dans des entreprises telles que Yahoo! Et ZDNet. Softbank a déjà établi des joint-ventures européennes (avec Vivendi), indiennes, australiennes, et s'étend actuellement au marché chinois, coréen et sud-américain.
    "
    (Edubyweb News, 2001)

    Cela pourrait indiquer que chaque langue peut avoir une valeur commercial d'après sa distribution dans le monde et dans le cyberespace. Pourquoi développer des cours en français, en espagnol, etc, si le marché de l'anglais est suffisant pour me garantir des bénéfices importantes?. C'est une réflexion que peut faire parfaitement une université ou un entreprise de formation continue, par exemple. Aura chaque langue sa valeur commercial dans l'INTERNET?. Ce sont des question à prendre en considération à l'heure de penser au développement de programmes multilingues de formation virtuelle et qui peuvent avoir un poids important dans les décision des langues à utiliser pour l'éducation virtuelle. 

    Il faut tenir compte aussi de la vision et de la place des traducteurs, des interprètes et des professeurs de langues dans le monde physique et dans le cyberespace. Avec le développement d'un nouveau paradigme d'apprentissage virtuel et de la traduction automatique, ces professions devraient à mon avis réviser les modalités de leur travail. Il peuvent se voir affectées par des intérêts écnomiques et commerciaux des entreprises et d'autres organisations et acteurs du monde de l'éducation virtuelle multilingue.

    Finalement, je voudrais conclure par un appel aux acteurs du cyberespace multilingue pour mettre l'accent sur le développement de contenus éducatifs de qualité. Le multilinguisme n'est pas malheureusement suffisant pour assurer une bonne éducation virtuelle. Il faut que les contenus multilingues soient significatifs pour les apprenants. En termes plus généraux, à quoi sert d'affirmer notre langue et notre identité culturelle dans le cyberespace si on n'a pas de contenus à offrir au monde? C'est le deuxième volet de la diversité linguistique et culturelle qu'il ne faut pas oublier. 

     Références

    • Cartier, Michel (1997). Le nouveau monde des infostructures. Editions Vigot Frères. Montreal, Canada.
    •  Edubyweb News (2001). N°90 du 29/01/2001 (www.englishtown.com) (www.softbank.com)
    • Ghonaimy, Adeeb (1998). Role of language engineering in supportingmultilingual aspects in cyberspace. UNESCO. Infoethics Conference. (www.unesco.org/webworld/infoethics_2/eng/papers/paper_6.htm 1999-02-23)
    • Hagel III, J y Armstrong, A (1997). Net.gain: expanding markets through virtual communities. Harvard Business School Press. Boston, USA.
    • ISOC et ALIS Technologies (1997). Babel, vers la communication sur Internet dans toutes les langues. (www.isoc.org:8080/palmares.html)

    • Pimienta, D. y Prado, D. (1998). Las lenguas y las culturas latinas en INTERNET. Unión Latina.Silvio, José (2000). La virtualización de la Universidad: ¿cómo podemos transfornar la educación superior con la tecnología. Ediciones IESALC-UNESCO. Caracas, Venezuela.
    • Tapscott, Don (2000). Digital Capital: harnessing the power of business webs. Harvard Business School Press. New York. 
    • Union Latine-FUNREDES (1998). La place des langues et cultures latines sur l'INTERNET. (www.francophonie.org/langues/L4.html)
     Information sur l'auteur

    José Silvio est de nationalité vénézuélienne et a réalisé des études de Maîtrise en Sociologie à l'Université Centrale du Vénézuéla. Il a suivi des études de Postgrade à l'Institut International de l'UNESCO pour la Planification de l'Education (IIPE) à Paris, où il a obtenu un Diplome de Specialiste en Planification de l'Education. Après il a obtenu un Doctorat en Sciences de l'Education, à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales de l'Université de Paris et a suivi aussi un Cours de Perfectionnement en Informatique et Statistique Aplliquées aux Sciences Sociales à l'Université de Paris VI.

    Il travaille actuellement comme Coordonateur Général du Programme de Institut International de l'UNESCO pour l'Éducation Supérieure en Amérique Latine et dans les Caraïbes (IESALC), basé à Caracas, Vénézuéla. Comme membre du Personnel Professionnel International de l'UNESCO, il a travaillé aussi comme Spécialiste du Programme à l'Institut International de Planification de l'Education et à la Division des Politiques et de la Planification de l'Education à Paris. Il a été Professeur de Planification de l'Education et de Méthdologie de la Recherche Sociale à l'Université Centrale du Vénézuéla. 

    Ses thèmes d'intérêt principaux sont la qualité de l'enseignement supérieur et l'utilisation de l'informatique et la télématique dans l'enseignement supérieur. Il a été l'éditeur des deux livres sur ce sujet, publiés par Editions IESALC-UNESCO, à savoir: "Calidad, Tecnología y Globalización en la Educación Superior Latinoamericana" (Qualité, Technologie et Globalisation dans l'Education Supérieure Lationaméricaine) et "Una Nueva Manera de Comunicar el Conocimiento" (Une nouvelle manière de commniquer la connaissance". Son livre plus récent se titule "La Virtualización de la Universidad" (La Virtualisation de l'Université), publié aussi par Editions IESALC-UNESCO.

    Adresse:
    IESALC/UNESCO
    Apartado 68394
    Caracas, 1062-A, Venezuela
    Tel: 2860721-0516
    Fax: 2860326-2039
    Courier Electronique: jsilvio@cantv.net  o jsilvio@unesco.org.ve 



    Intervention de Monsieur Paul DELANY
     

    Languages, Continuing Education, and the Internet

    Department of English
    Simon Fraser University
    Delany@sfu.ca

    The Framework

    I address this subject in the context of UNESCO’s dual commitment:

    1. To protect linguistic diversity (Resolution of November 1993, the Endangered Languages Project; followed by the BABEL initiative supporting diversity on the Internet).

    2. To promote universal literacy and access to the common cultural and scientific heritage.

    Language Status

    The present hierarchy of languages is roughly as follows:

    1 — Global English, in danger of becoming hegemonic worldwide.
    10 — Major vehicular languages, used across national borders.
    100 — Common or metropolitan languages, used by 90% of the world’s population.
    2,000 — Indigenous written languages, with potential for digitization.
    4,000 — Non-written indigenous languages.

    At least half of the indigenous languages are endangered, due to demographic weakness (96% of all languages are spoken by 4% of the world population; 3,300 languages have fewer than 10,000 speakers), and cultural pressure from national languages.

    Most indigenous languages exist within national boundaries and their survival is, in the first instance, a national rather than an international issue.

    Translation

    A person knowing ten languages (who would be very unusual) knows 45 language pairs. A hundred languages (say the most commonly used ones) comprise 4,950 pairs. David Crystal argues that indigenous languages can, at best, survive in a di-glossic context. This would also mean that in Africa, for example, the 1,200 indigenous languages will require a vehicular language, mainly French or English, for intercommunication.

    The LanguageForce software translator currently supports 40 languages, but most such automatic translators have English as their target language.

    Language in Continuing Education

    Five kinds:

    1. The teaching of one vehicular language to speakers of another. This is a massive global industry, with a large private sector. The main political issue here is the competition between English and other vehicular languages.

    2. The teaching of an indigenous language to native speakers of a vehicular language. Relatively little instruction of this kind goes on, and it is mainly strategic: for business, political or military purposes.

    3. The teaching of vehicular languages to speakers of metropolitan or indigenous languages. The demand for such instruction may come from governments that wish to participate in globalization, or from individuals who want to be di-glossic because they hope for economic or social self-improvement.

    Much of this teaching goes on in schools and universities, but there remains a very large demand for language instruction in continuing education.

    4. The teaching of a local or indigenous language to speakers of another. This is a relatively underdeveloped sector, in part because vehicular languages have such a large economic advantage for most learners.

    5. Language maintenance. This includes all kinds of formal efforts to preserve local and indigenous languages though continuing instruction, language nests, cultural revival, etc.

    I will focus on items 3, 4 and 5. Language teaching under 3. Tends to be driven by individuals who expect to increase their incomes by acquiring another language and who, in consequence, may often be willing to pay for private instruction. Teaching under 4 and 5 often has a cultural rather than an economic motive; it is therefore less likely to be provided by for-profit organizations.

    Role of the Internet

    A great deal of Continuing Education is provided in a Distance Learning model, which is often more convenient for employed adults studying part-time. Ten years ago, most Distance Learning used the mail for delivery of teaching materials and return of assignments; this could be supplemented with telephone conferences between students and instructors, and occasional face-to-face meetings. In developed countries, Distance Learning is now shifting rapidly to internet-based delivery of most functions. This becomes possible as fifty percent or more of households are connected to the internet. In North America, about five percent of households now have broadband connections and penetration is growing rapidly.

    Internet-supported Distance Learning now tends to converge with Computer Assisted Language Learning (CALL). This is a well established field, centering on language laboratories in schools and universities, and on packaged software for language learning, typically on CD-ROM. A limitation of CALL is that it tends to focus on teaching vehicular languages, since these are the only ones that have commercial potential. A potential role for UNESCO might be in supporting software packages for teaching local and indigenous languages.

    CALL is now being supplemented by CMC (Computer Mediated Communication), especially resources available on the Internet.

    CALL resources tend to be highly structured, leading students through grammar, vocabulary, drill, pronunciation, listening skills, etc. Internet language learning (ILL) is generally more informal, but with the advantage of a more realistic interaction between learners and their target language.

    ILL can be divided into narrowband (up to 56K connections) and broadband (112K and up). This raises questions of infrastructure and access, to which I will return.

    Narrowband connections support mainly asynchronous learning, such as e-mail (used for communication and feedback), discussion groups and correction of written assignments. Such connections also support access to cultural resources in the target language: these may be very rich for vehicular languages, more restricted for local and indigenous languages.

    Broadband connections support synchronous learning with immediate communicative feedback, such as:

  • Delivery of lessons to peripheral nodes over video links
  • Videoconferencing
  • Real-time chat sessions (text-based)
  • Tutorial sessions using video or voice over IP (potential cost savings).
  • Access to multimedia internet resources, whether for structured language learning or general cultural resources.

  • An example of a current language learning program for adults is "English for Agriculture," offered by the International Rice Research Institute. This combines face-to-face instruction with supplementary resources delivered over the Internet.

    An account of this program can be found at:

    http://www.clet.ait.ac.th/hanoi_proceedings/shawn.htm

    Infrastructure Issues

    Use of the Internet for continuing education in languages depends on the extension of the network between developing countries, and into remote areas within countries. Such development is also desirable to promote "horizontal" links between developing countries, rather than reliance on centralized resources in North America and Europe. It is encouraging that many aid agencies, such as the World Bank, are now concentrating their support for Information and Communication Technologies (ICT).

    In language education specifically, broadband links allow for richer, real-time access to learning materials.

    Examples of network infrastructure development are the Asia Pacific Advanced Network (APAN) and the Asian Internet Interconnection Initiative (AI3), which aim to provide high performance Internet infrastructure for research and collaboration among the Asia-Pacific research community. An equivalent initiative for Africa is highly desirable. Information about Internet access in Africa can be found at:

    http://www.sas.upenn.edu/African_Studies/About_African/ww_tech.html

    Development of internet links and digital content is also important for the maintenance of linguistic and other cultural resources in diasporic communities. This requires both the digitization of content in sending countries, and access to that content in receiving countries. Within countries, also, extension of internet access can help indigenous groups who have migrated to metropolitan centers to maintain contact with their culture of origin.

    Summary and Points for Discussion

    Will the internet function as a "culture killer," similar to the world-wide influence of the mass media and Global English? Or will it play a more benign role, thanks to its educational potential and "peer-to-peer" structure?

    As Continuing Education moves to the internet, will it continue to be state-supported and based on a social infrastructure? Or will it become more individualistic and profit-oriented?

    The internet probably has more potential to transform Continuing Education than K-12 or University education. This is because the two latter have more conservative structures, based on face-to-face instruction, and a greater investment in "bricks and mortar."

    The internet has great potential for supporting linguistic diversity and cultural preservation, both through Continuing Education and informal communication. But this potential will not be realized without substantial commitment of resources to content creation and digitization of exisiting archives.

    The four thousand non-written languages are specially endangered, but will not easily be able to benefit from internet access—unless that access includes broadband links supporting voice and video.

    Intervention de Monsieur Kiyoshi HARA (Joshibi University of Art and Design, Tokyo). 
     
     
    Version française


    Strategic use of multilingual cultural collections:

    Multilingual Media for the Promotion of Minority Languages. 

    • Introduction. 
      My main research area concerns the language revival movements. Celtic languages, that is, Breton and Welsh are especially the object. First, I will speak about the Minority languages in Japan as a Japanese researcher. After that, I report on Celtic Languages as a comparative study. 

      1. Multilingual use for minority languages promotion in Japan.

      Multilingual use began to generalize in Japan comparatively recently. The cause of that is the spread of new media and the Internet. Another reason is an increasing number of foreigners who work in Japan. The media for such foreign residents in Japan are generally called ethnic media. I take this up first. Next, I consider the meaning of multilingual media in the revival movement of Ryukyuan (language of Okinawa), Ainu, and other various dialects as regional (native) minority languages.

      1.1. Ethnic Media.
      1.1.1. Outline of foreign residents in Japan. 

      The number of alien registration people of present Japan is about 1,560,000 (as of the end of 1999). The rate for which it accounts in the total population is 1.23%. They were 750,000 in 1979, and the ratio was 0.68%. They were 990,000 in 1989, and this figure accounted for 0.80%. Therefore, it doubled over these 20 years and increased 60% over these ten years. If the so-called illegal sojourners who have not registered are included, foreign residents in Japan will exceed 2 million. Compared with the Western advanced nations where resident foreigners occupy 7 to 10% of the total population, the rate is still low. However, because such people increased rapidly in recent years, the foreign language became noticeable everywhere.

      Koreans accounts for 41% of the whole population of the registered foreigners in Japan with about 640,000 Korean nationals. Resident Koreans in Japan exceeded 2,000,000 immediately after the war, because of the Korean rule of Japan for 30 years or more until the World War II. Then, some of them went back home and others acquired the Japanese nationality. However, many remained in Japan with the Korean family register. They are Koreans with permanent resident status. The Korean population reached a peak in 1991 with about 690,000 and on the decrease afterwards. Although the rate for which they account in foreign residents in Japan exceeded 70% in the 1980s, it decreased to nearly 40% in 1999.
      In the resident foreigners, Chinese, Brazilians, Philippines, Americans and Peruvians etc. stand on the next to Koreans in foreign resident population. Among these, people other than Americans are increasing in number. As for Chinese, both from Taiwan and the mainland China increased. They increased from about 140,000 (14%) in 1989 to about 300,000 (19%) in 1999. Brazilians’ increase is the largest. Although their number was about 15,000 (1.5%) in 1989, it increased to 230,000 (15%) in 1999. The new law: "Immigration-Control and Refugee-Recognition Act" made in 1990 was the cause. This law shut out so-called "simple workers". On the contrary, for Japanese descents it became easier to enter into Japan and get a job. Most of the Brazilians coming to Japan are Japanese descents.
      The distribution of the foreign resident population by the area is as follows. Tokyo metropolitan area, such as Tokyo (280,000, 18% of the whole), is the most populous with 530,000 residents (39%). 3 prefectures in the Kansai region such as Osaka Pref. (210,000 residents and 13%) are 370,000 (23%). The following are 130,000 (8%) of Aichi Prefecture, 60,000 (4%) of Shizuoka Prefecture, 40,000 (3%) of Fukuoka Prefecture, etc. They reside in many urban industrial areas, and they occupy about 80% of the whole. They are working in many cases as factory workers (http://www.moj.go.jp/PRESS/000530-1/000530-1.html etc.).
      Since the beginning of the 20th century, the Japanese people emigrated to foreign countries such as those in North America and also Latin America. Famous President Fujimori of Peru is one of the 2nd Japanese generation who have such a Japanese migrant father. The number of the emigrants to Brazil reached about 200,000 in the first half of the 20th century, and formed the biggest oversea Japanese community. The migration back to Japan started because of the economic crisis which attacked Latin America in the late 1980s. The number of them increased rapidly by the 1990 law. It is said that 80% of the Japanese descents who came to Japan since the new law are Brazilians.

      1.1.2. Actual state of the ethnic media (cf.: http://www.asahi-net.or.jp/~cj7h-mrgc/EMG/etc.).

      Foreign residents have the tendency to be connected by their own nationality and language. When the history of living in Japan is as long as that of Koreans and Chinese, the residence districts are formed in metropolitan areas. Information magazines for daily life of the foreigners who are working in Japan started to appear in 1990's. Since the 3rd generation of the Japanese descents do not have sufficient Japanese literacy in many cases, many of such informational magazines are in two or three languages. 15 magazines are published in Korean, 8 are bilingual with Japanese among those. Of 30 magazines in Chinese, 11 contain bilingual information with Japanese and 3 are trilingual with English, Malaysian, or Portuguese. In Portuguese, 6 of 14 magazines are bilingual with Japanese. For Philippines, there are 3 informational magazines of 3 languages by Tagalog, English, and Japanese. 3 information magazines in triligual: Japanese, Spanish, Portuguese, are also issued for the people from Latin America. There are information magazines which offer information in various languages, too. For example, The Asian Info magazine for the Asian nationals is published in Japanese, Thai language, Chinese, Korean, Burmese, and Indonesian respectively. In total, informational magazines in 15 languages are being published in Japan. Many are edited and published by volunteers, and are managed only by an advertising income. And they are distributed in many cases free of charge. Circulation is several 1000 to several 10,000.

      Regarding the broadcast media, such as television and radio, the use is not progressing compared with Western European countries. The programs in the Brazilian language (Portuguese) are made by the existing FM radio station and broadcast around the areas with many Brazilians since 1991. There are bilingual programs in which Japanese is mixed with Portuguese, Spanish, the Philippine language, etc. in the Shizuoka Broadcast, Hiroshima FM, Tokyo FM, and Radio Nippon. A community FM broadcast is officially approved in 1992 and multilingual broadcasts started to provide living information for foreign residents. Moreover, FM foreign language broadcasts are approved in 1995. In the Kansai area, FMCOCOLO started its service in 1995, and InterFM started its service in 1996 in the Kanto area. FMWaiwai of Kobe-shi is a community FM established after the Kobe Great Hanshin Earthquake in January 1995. The importance of information offer to foreigners at the time of a disaster was recognized this time. However, as for the multilingualism of such broadcasting stations, the rate is falling compared with the time of their start. By FMCOCOLO which was using many languages at the start, 95% became English broadcast now. It probably needs a larger amount of capital to keep multilingual programs compared with the mini-communication information magazines. It is difficult to secure the advertising income for such investment.

      However, the situation changed when the Internet began to spread rapidly after the middle of 1990's. Internet accessible TV broadcasting station BTV (http://www.btv.ne.jp/) started its service in July 1997, and it distributes on demand. However, English is a large majority in the foreign languages. Foreign language radio broadcasting through the Internet began at the same time also in Japan. Foreign language broadcast of CS digital television network is important now as well. 900 or more channels are in Sky-PerfecTV (http://www.skyperfectv.co.jp/), and there are ten foreign languages special channels other than English in it (2 stations of Portuguese, Spanish, and Korean respectively, and three stations of Chinese, one station of the Philippine language). However, most stations are editing and broadcasting the programs produced in their own country. There is also a TV station in Korean, called KNTV, which is producing original programs for the resident Koreans. This broadcasting station invested by the large communication corporations in South Korea and in Japan, and began telecasting based on the capital of about 460 million yen in 1997. Compared with a ground wave television station, it is manageable with far less capital. For the Koreans, who form a large resident population in Japan, the management is possible in the commercial base. However, it might be difficult in other languages. While the information from its native country can be acquired by the Internet radio and satellite broadcasting, what is needed more is living information. In this sense, it can be said that the role of the mini-communication information magazine in multi languages is as important as before even in the Internet society.

      1.1.3. Multilingual services of the administration.?

      With the increase in foreign residents, the administration services of local governments have become multilingual, too. Consultation services in languages other than Japanese have already been established in 37 prefectures since the beginning of 1990's. The languages include not only English (in all areas) but also Chinese (in 20 prefectures), Spanish (in 13 prefectures), Portuguese (in 12 prefectures), French (in 11 prefectures), Korean languages (in 9 prefectures), German (in 6 prefectures), and several other languages. A similar multilingual tendency is seen in the language training of the municipality staffs. In prefectures such as Hyogo and Shizuoka where the multilingual policy is advanced, information offers in connection with everyday life are made in many languages (Chinese, English, Korean, Portuguese, and Spanish) in almost all domains of daily life. The target of multilingualization in administration services was set up also in Tokyo in 1997, and the policy of offering various information in English, French, Chinese, Korean, and Spanish (according to circumstances, German, Russian, Thai, and Portuguese added to this) was set forth. For such language services, NGO organizations of each area offer translation services in many cases by volunteers. Since the schools for foreign resident children are not necessarily sufficiently institutionalized except for English, Chinese, and Korean languages, Japanese language and the mother tongue education other than these languages for such foreigners often depends on the volunteer teachers in and outside the schools.

      1.2. Regional (native) minorities 
      1.2.1. Okinawa. 

      Okinawa formed an original kingdom called the Ryukyu Kingdom before the Meiji Restoration (1868). The cultural inheritance of that time is preserved in the present age. Ryukyuan (language of Okinawa) which is the language of the locals, is a sister language of Japanese. In the Ryukyu Kingdom, this language had the standard dialect (Shuri dialect). The Kingdom was annexed to Japan after the Meiji era, and the education by the standard Japanese started. The assimilation to the Japanese culture was begun after this period. 

      It was only here in Okinawa that the Japanese experienced the ground battle in the World War II. After the defeat, it was put under the rule of the U.S. military for 20 years or more. After returning to Japan in 1972, about 80 percent of the U.S. bases in Japan are located in Okinawa. Thus, Okinawa maintained peculiarity, although the relation with Japan was close in respect of language culture. Even after the World War II, the situation was similar.
      The Okinawan language has been used by media from early time. The Hogen Nyusu (dialect news) using standard Shuri and Naha dialect has continued since this radio broadcast started in 1961.In this program, usual news is read only in the dialect, and such broadcasting is not done in other Japanese dialects.
      There is a tradition of local entertainment and music culture called Shimauta (traditional singing), Kumiodori (traditional opera theatre), Ryuka (poems with the meter), and Okinawan Theatre in this background. However, the Okinawan language broadcasting did not spread except "dialect news", the public entertainment programs, and the disk jockeys, because the prose literature in Ryukyuan and its educational movements were not so prosperous. 

      Language educational movements started in the 1990s, in the culture centers of municipalities. The various events which commemorated the 20th anniversary of its mainland return in 1992 were the turning points. The influence of NHK TV saga "Ryukyu no Kaze (the wind of Ryukyu)" was especially large. This saga illustrated the court life of the Ryukyu Kingdom. It became a big opportunity to heat up the study of the Ryukyuan language when the Ryukyuan version of this TV saga (spring of 1993) by NHK Okinawa branch was produced after the nationwide telecast of the program. The cultural associations of municipalities such as the Ryukyuan dancing and singing groups are combined to establish the Okinawa-ken Bunka Kyokai (Okinawa Culture Association) in 1996. Another association, Hogen Fukyu Kyokai (the Dialect Spread Association) was formed in October 2000. This association wants to put forward especially the education of the Ryukyuan language. In the new century, the revival of the Okinawan language seems to enter into a new stage.
      The websites which use Ryukyuan are increasing in the Internet. Because of the close relationship with the United States, there are a considerable number of bilingual HPs with English compared with other regions (http://www.pref.okinawa.jp/). Because the U.S. bases are present, the Americans are an overwhelming majority among resident foreigners. However, recently, Okinawa is positively performing exchange activities with Taiwan which is a southern neighboring country. For example, Okinawa is making efforts to achieve cultural exchange in the field of sight-seeing, by preparing the pamphlets and websites of the Taiwan language (http://www.ocvb.or.jp/chinese/). Using the CS digital television SKYPerfecTV, Radio Okinawa started to broadcast the programs  (http://www.rokinawa.co.jp/) in all parts of Japan, and the "Uchinaguchi (Ryukyuan) Course" started here. The language movement in Okinawa is still in the initial stage compared with those of the minorities of Western Europe even though the originality is far stronger than other regions of Japan. 

      1.2.2. Ainu.

      Because the Ainu language is quite different from Japanese unlike the Okinawan language, the cultural difference is also large. It was after the Meiji Restoration that the Ainu people came to be governed by Japan. The "Protecting Law of Ancient Natives" in 1899 was the foundations of the ruling policy of Japan to them. The Ainu as hunting people have only had the population of 20,000 those days. They became minority by the migration to Hokkaido of the Japanese which exceeded 1,000,000 since the Meiji era. Because the cultural assimilation was forced, the Ainu language has already lost the function as community language. Its mother tongue speakers almost disappeared and became a so-called endangered language. 

      The “Law of the Ainu Culture Protection and Promotion” was enacted in these difficult situations in 1997. In order to make the law, the campaign of the International Year for Indigenous People by the United Nations in 1993 and the activity of Mr. KAYANO Shigeru, member of the House of Councilors, whose mother tongue is the Ainu language played an important role. After 1987, the classrooms to study the Ainu language were installed in various places in Hokkaido, and the private educational movement had started from the time before the legal enacting. This was also the initiative of Mr. KAYANO (it goes back in 1983). The textbook for this was drawn up in 1994, and this was made along with the movement which aims toward new law legislating. Such classrooms have spread to 14 places of Hokkaido as of 1999. The Ainu language radio broadcasting started a language study course in April 1998 thanks to the new law (Hokkaido STV Radio). It is possible to listen to the content of the broadcasting even by the Internet now (http://www.stv.ne.jp/radio/ainugo/).

      1.3. Multilingual use of Japanese dialects. 

      On the Internet, the websites about Japanese dialects exceed 500 (the representative link page by Mr. Kazuhide YAMAMOTO: http://www.slt.atr.co.jp/-yamamoto/dialect/). It is Aomori, Nagoya, Osaka, Kagoshima, and Okinawa that dialect movements are performed actively. Aside from Nagoya and Osaka, the regions remote from Tokyo are more prosperous in these movements.

      Kesen dialect (a dialect of Iwate Pref. Kesen area) is the only one among Japanese dialects for which learning textbooks are published and the language learning movement is vitally existing. However, in this case, the individual efforts of activists and the study movement remain at the level of a cultural circle. Kokugo Shingikai (the Council on the National Language) mentioned for the first time the esteem of Japanese dialects only in its 19th stage of discussion passage report in 1992, and its final report in 1993. 
      The interesting attempt in the Tohoku Region is "Zenkoku Hogen Benron Taikai (National Dialects Speech Contest)" of Mikawa-cho, Yamagata Prefecture. Although it started as part of local revitalization programs in 1987, it is growing up to be the activists' joint network by continuing exchange every year. Jengo TV is established in September 2000 as an attempt of the Internet TV in which an interesting Tohoku dialect is concerned (the meaning of Jengo is living in the countryside, in the standard language). Here, the bilingual broadcast attempt of the Iwate dialect and English can be heard (http://jengo-tv.com/). The translation software which changes the standard language into the dialects of various areas recently appeared in website (http://yamaguchi-info.com/play/bunhen/). The number of the dialects being translated is 21 now. 
      There are a lot of examples in which a dialect is taken up by the local radio broadcast and a local theater group performs a dialect play. These similar attempts are found in the first stage of the movements of the minority languages of Western Europe. 

      2. The promotion of the Western minority languages and the role of new media.
      2.1. Wales. 

      Famous socio-linguist Joshua FISHMAN gave Hebrew (Israel), the Quebec French and Catalan as three success stories of “Reversing Language Shift". Welsh has followed exactly this path. The use of Welsh on judicial administration was approved by the "Welsh Language Act" in 1967. The education system in Welsh as a medium language was generalized by the revised law on education in 1988. The most important one is the new Welsh Language Act in 1993. By this law, in order to let Welsh recover a status equivalent to English, the organization which implements the policy was installed. Moreover, a duty of the presentation of a report which shows the route to recovery of Welsh use came to be imposed upon the public organizations. Bwrdd yr Iaith Gymraeg (the Welsh Language Board) (http://www.bwrdd-yr-iaith.org.uk/html/index-e.html) was founded by this regulation, and the recovery of lost territories of Welsh in all social scenes started.

      However, the mechanism based on such a law is not the main reason for the increase of the number of school age Welsh speakers in 1980's. The reason for the growth is the language education movement continued from prewar days. Mudiad Ysgolion Meithrin (Educational Movement For Pupils) is the educational movement organization established in 1971. This movement expanded rapidly in 1980's (about 1000 groups and 15000 infants commuted as of 2000). The television station S4C (Welsh Fourth Channel) opened in 1982 greatly contributed to the recovery of everyday Welsh use (http://www.s4c.co.uk/). Digital Channel of S4C started its service, and Welsh programs came to be supplied for 12 hours every day in autumn of 1999. By the radio and television services of BBC Wales, the programs in Welsh can be viewed and listened to through the Internet. (http://www.bbc.co.uk/cymru/index.shtml)

      Cynulliad Cenedlaethol Cymru (the National Assembly for Wales) was inaugurated by the referendum on September 18, 1997. The opening of the first assembly was declared on May 12, 1999. It was decided to treat Welsh and English completely equally in the assembly (http://www.wales.gov.uk/index_e.html). 
      The road to "the Reversing Language Shift" of Welsh will advance further by the birth of the Wales national assembly. The Welsh Language Board is very active, and its measures with private sectors are also positive.

      2.2. Brittany.

      As for the Breton language, it cannot be said that the future is as bright as Welsh. The EU committee report in 1995 about the situation of the minority languages in EU ranks these languages as follows. A rank is the most powerful minority languages: Catalan and Letzeburgisch (language of Luxemburg). Welsh, Basque, and Galician are classified in B rank. Friulan, Frisian, and Irish come to the following C rank. Together with Occitan and Corsican of France, Breton is positioned in D rank after them. In the lowest rank under that, there are just only endangered languages such as Cornish.

      There is an organization legislated as a self-governing body in 1982 called Conseil régional de Bretagne (Brittany Regional Council) (http://www.region-bretagne.fr/). It is only 1/25 or less of the Assembly of Wales on the scale of budget, for its authority is limited to areas such as education and part of territory development. In terms of the budget in 2000, the budget of the Brittany Council is 3,400,000,000 francs, while the Assembly of Wales has the budget of about 8 billion pounds. However, the Brittany Council is playing a big role in the promotion of Breton. The establishment of Ofis ar Brezhoneg (Breton Language Office) (http://www.ofis-bzh.org/index.htm) in May 1999 is especially important. This is equivalent to Welsh Language Board of Wales. Although the scale is smaller, it can be said that "the reversing shift" is really starting. 
      The education of Breton started as a private voluntary educational movement like the other minority languages of Western Europe. It was 1977 when the voluntary educational movement Diwan started. The children who receive a bilingual education of Breton and French increased to 6540 people in 2000, including bilingual classes in public and private (Catholic) schools which started in 1982 (among the total of 800,000). Moreover, there are about 16,000 children who study Breton as a subject in 1999. Although the growth of the 1990s is remarkable, it is 10 years behind Wales where the Welsh language education is given to over 30% of all the children. 

      Many of the local governments are starting the bilingual plan in public life such as road signs partly because of the actual policy of the Breton Language Office. The news in Breton can be heard by the Internet all over the world now while the Radio Bleu Breizh Izel which is the Breton regional broadcasting of Radio France has worked on the Breton programs since 1982 (http://www.radio-france.fr/sites/bleu-breizizel/brezhoneg/journal-breton2.php). The Breton programs have been made for 30 years on the television by the public broadcast, the third channel (France 3). Because it is transmitted by the Internet, it is possible to view everyday news in the Breton language all over the world (http://193.252.81.175/regions/rennes/infos/themas/enbreton.htm). TV Breizh, a new private sector television station, started broadcast in September 1999 (http://www.tv-breizh.com/pages%20html/). The Breton programs, such as those for children, are broadcast for 4 hours every day (selection by the bilingual with French is possible). Since it is satellite broadcasting, the target is not necessarily restricted to Brittany and it covers the whole Europe. This TV station will expect 10 million viewers featuring Celt and "Sea" to appeal to viewers. The new regional Internet TV station Telebretagne was established in July 2000 for the first time of this kind in France, and the program concerning Brittany also came to be shown all over the world (http://www.telebretagne.com/).

      2.3. The promotion of minority languages of Western Europe

      TV Breizh tries to promote the Breton language beyond its geographical limit. This is a unique attempt of the present borderless age. The important attempt about Celtic Languages is the Internet browser in four Celtic languages announced in December 2000. This became possible by the joint development of the Norwegian IT company Opera AS with each language organization of Breton, Irish, Scottish Gaelic, and Welsh (http://www.myopera.com/). Because the development of the browser in minority languages requires enormous cost, Microsoft has not made it yet, in spite of the request from the Catalans and the Basques. The Basques, the Sards in Italy and the Frisians in the Netherlands have expressed an interest in this software.
      As for the language movements of Western Europe, an organization was formed in which the advanced regions took the initiative such as Catalunya and Wales. In this movement, The European Bureau for Lesser Used Languages (EBLUL) was formed in 1982 (http://www.eblul.org/).The bases are installed in the fields such as the education: Frisian, the media: Welsh, the law: Catalan. In each field, the model cases are introduced, and the movements are expanding so that each group can receive stimulus mutually ('http://www.mercator-central.org/).
      The action has much progressed in the legal aspect. Catalunya which already had a language law took the lead, and the European Charter for Regional or Minority Languages was promoted in 1992 by the Council of Europe. This charter came into effect by the ratification of five countries in March 1998. Among 24 countries which have finished signing, 11 countries finished the ratification and acquired the legal effect (including Denmark and Slovenia where the Charter come into effect in January 2001). In 1996, by such minority groups, in Barcelona "Worldwide Language Right Declaration" (the http: //www.linguistic-declaration.org/) was proclaimed. 
      These are languages which abandoned becoming the Nation-State languages. It is easier to accept the right to use ones own language as an individual right, that is, as a basic human right, so that such languages can coexist with the national languages. This is an idea of the language right. 

      Conclusion
      *

      After 1997, while the Internet and new media spread quickly, the promotion of minority languages is acquiring new dimension. There was an anxiety that the rule of English might become stronger with the spread of these media at the beginning of their emergence. However, it did not become so in fact. There is no necessity of big capital in putting a website on the Internet, it is the very convenient media for even the minority language groups without large capital. Coexistence with major languages of minority languages has become possible, and the multilingualization of network society has been secured by the Internet.

      The so-called new media such as satellite broadcasting and digital broadcasting needs a considerable sum of capital compared with the Internet. However, the utilization in minority languages has started, as we have seen in the examples of Wales, Brittany, and also of Okinawa. And the network of the minority languages has come to cover the entire world, connected with the Internet. However, as we have seen in the section of Ethnic Media, what minority people need most is not the big topics that circulate in the world but everyday information which is of help in daily life. In this sense, the communication by the printing type media of the small circulation has the room for coexistence even in the Internet society. 

      Note. 
      (1). Cf.: JACET (Japan Association of College English Teachers), Language Policy Special Interest Group (ed.), Issues on Language Services of Several Local Governments in Japan, Tokyo, 2000 (in Japanese).

    Version Française
    Utilisation stratégique des collections culturelles multilingues:

    Medias multilingues pour la promotion des langues minoritaires.


    HARA Kiyoshi (université de Joshibi d’art et de design, Tokyo).

    Introduction.

  • Multilinguisme pour la promotion des langues minoritaires au Japon.
  • Le multilinguisme s’est développé au Japon relativement récemment, grâce à la généralisation de nouveaux medias, notamment de l’Internet. Il est aussi encouragé par le nombre croissant d’étrangers qui travaillent au Japon. Je vais parler d’abord de ces medias destinés aux résidants étrangers au Japon qu’on appelle généralement les medias ethniques. Ensuite, j’analyserai la signification des medias bilingues dans les mouvements de renaissance du ryukyuan (langue de la région d’Okinawa), de la langue d’Aïnu, ainsi que de divers dialectes japonais en tant que langues (indigènes) régionales.

    1,1, Medias Ethniques.

    1,1,1. Les résidants étrangers au Japon.

    La population étrangère enregistré au Japon est actuellement au nombre de 1.560.000 environ (à la fin de l’année 1999). Cela correspond au taux de 1,23% de la population totale. En 1979, les chiffres étaient respectivement, 750.000, et 0,68%, tandis qu’en 1989, ils étaient 90.000 et 0,80%. Autrement dit, la population a doublé sur ces 20 ans et a augmenté de 60% ces dix dernières années. L’effectif peut atteindre jusqu’à 2 millions, si on y inclut les immigrants dits illégaux. Le taux de cette population peut paraître encore très bas par rapport aux pays occidentaux, mais il augmente rapidement ces dernières années, et parallèlement, on aperçoit la diffusion de plus en plus grande des langues étrangères.

    Les Coréens représentent à eux seuls 41% dans la population étrangère entière avec l’effectif de 640.000 personnes. Ils étaient déjà 2 millions à vivre au Japon juste après la guerre, en raison de la domination japonaise en Corée qui a duré plus de 30 ans jusqu’ à la 2e guerre mondiale. Puis, certains d’entre eux sont retournés en Corée et d’autres ont acquis la nationalité japonaise. Cependant, beaucoup sont restés au Japon tout en gardant la nationalité coréenne. Leur part dans les résidants étrangers au Japon représentait plus de 70% dans les années 80, mais a diminué presque à 40% en 1999.

    Ceux qui arrivent ces dernières années sont les Chinois, les Brésiliens, les Philippins, et les Peruviens etc. Le nombre des Chinois de Taiwan et aussi du continent de la Chine a augmenté de 140.000 (14%) en 1989 à 300.000 (19%) en 1999. Quant aux Brésiliens, leur nombre a progressé le plus rapidement: 15.000 (1,5%) en 1989, il a grimpé jusqu’ à 230.000 (15%) en 1999. Cela est dit à la création, en 1990, d’une nouvelle loi: sur l’immigration. Cette loi qui interdit l’entrée des <ouvriers simples> a, toutetois, favorisé l’entrée des étrangers d’origine japonaise venant chercher du travail. La plupart de ces immigrants brésiliens, en effet, sont des descendants japonais. Depuis le début du 20ème siècle, nombre de Japonais se sont émigrés aux pays étrangers notamment en Amérique du Nord et également du Sud. Le fameux ex-président du Pérou, Fujimori appartient à la 2ème génération de ces émigrants japonais. Le nombre de ceux-ci au Brésil a atteint environ 200.000 dans la première moitié du 20ème siècle, et ce qui signifie la plus grande communauté de Japonais d’outre-mer à l’époque. Le retour au Japon a commencé en raison de la crise économique qui a frappé l’Amérique latine vers la fin des années 80. Il s’accélère au moment de la création de la loi en 1990. Selon les estimations, 80% des descendants japonais qui sont revenues au pays après la nouvelle loi sont des Brésiliens.

    1,1,2, État actuel des medias ethniques (cf.: http://www.asahi-net.or.jp/~cj7h-mrgc/EMG/etc.).

    Les résidants étrangers ont la tendance de garder des liens communautaires sur la base nationale et de la langue. Les magazines d’information traitant la vie quotidienne des étrangers au Japon ont commencé à paraître dans les années 90. Visant la 3ème génération, dépourvue, dans beaucoup de cas, de connaissances suffisantes du japonais, plusieurs magazines emploient deux ou trois langues. Parmi une quinzaine éditée en coréen, par example, 8 sont bilingues avec le japonais. Dans les 30 magazines en chinois, par contre, 11 sont bilingues avec le japonais et 3 trilingues avec l’anglais, le malaysien, ou le portugais. Dans le cas du portugais, 6 de 14 magazines sont bilingues avec le japonais.

    Pour les Philippins, il existe 3 magazines d’information trilingue: tagal, anglais, et japonais. Pour les sud-américains également, 3 magazines trilingues (japonais, espagnol, portugais) sont publiés. Les ressortissants asiatiques, quant à eux, disposent de journaux en plusieurs versions: chinoise, coréenne, birmane, indonésienne, japonaise et thaïlandaise. Au total, les magazines d’information comptent 15 langues. Beaucoup sont rédigés et publiés par des associations. Ils se maintiennent grâce à la recette publicitaire, et sont distribués gratuitement dans beaucoup de cas. Le tirage varie de plusieurs mille à plusieurs dizaines de mille d’exemplaires. Quant aux medias audiovisuels, tels que la télévision et la radio, le multilinguisme n’a pas autant progressé qu’en Europe. Mais on peut entendre des émissions en portugais sur les ondes FM, créées par une station japonaise. De même, des programmes bilingues japonais- portugais, japonais-espagnol, ou japonais-philippin etc. existent dans la Radio Shizuoka, Hiroshima FM, Tokyo FM, et Radio Nippon. Les radios locales FM sont autorisées en 1992 et les émissions multilingues d’actualité apparaissent. Les radios FM en langues étrangères sont autorisées en 1995. Dans la région de Kansai, FMCOCOLO a commencé à émettre en 1995, et InterFM en 1996, mais dans la région de Kanto. FMWaiwai de ville de Kobe est une FM locale créée après le grand tremblement de terre de Kobe-Hanshin en janvier 1995. L’importance de la communication aux étrangers, au moment du désastre notamment, s’était confirmée à cette occasion. Cependant, le multilinguisme de la radio s’est appauvri depuis. FMCOCOLO qui émettait en multiples langues à son début, les a progressivement abandonnés, pour devenir aujourd’hui une station quasi-anglophone, 95% de ses émissions étant en anglais. C’est probablement le manque de moyens financiers qui explique ce changement, car le coût de production radiophonique-multilingue est plus élevé que celui de la presse écrite d’une diffusion limitée. Toutefois, la situation change avec l’arrivé de l’Internet et son développement qui s’accélère depuis le milieu des années 90. Une des meilleures preuves en serait la télévision d’internet, BTV (http://www.btv.ne.jp /) qui s’est créée en juillet 1997, et qui offre, à la demande, le téléchargement de ses programmes. Mais, dnas l’audiovisuel, la langue d’usage est anglais dans la majorité des cas. Les radios d’internet en langues étrangères apparaissent à la même époque. On peut aussi relever le réseau numérique de télévision CS qui émet en plusieurs langues, ainsi que plus de 900 chaines qui sont dans la Sky-PerfecTV (http://www.skyperfectv.co.jp /), dont une dizaine de chaines spécialisées en langues étrangères autres que l’anglais (2 stations en portugais, en espagnol, et en coréen, et trois stations en chinois, une station de langue philippine). Cependant, la plupart des programmes sont produits à l’étranger, là où ces langues sont majoritaires. Il existe toutefois une station de TV en coréen, KNTV, qui produit des programmes destinés spécialement aux résidents coréens.

    Mais c’est un cas plutôt exceptionnel: car d’une façon générale, la production multilingue demande le coût, et les difficultés financières s’accumulent quand il s’agit des langues minoritaires. Le coréen, dans ce contexte, est le seul qui se puisse avoir le potentiel d’auditeurs important au Japon, et qui du coup, puisse attirer des médias commerciaux, ce qui n’est pas forcément le cas pour d’autres langues.

    Aujourd’hui, comme on l’a vu, la population étrangère au Japon a un accès relativement facile aux informations du pays d’origine, grâce à la radio d’Internet et par satellite. Le problème qui reste concerne l’information quotidienne sur le lieu où elle vit, qu’il soit la commune, la région, ou le Japon. En ce sens, on peut dire que l’internet et les nouveux médias n’ont pas effacé le rôle de petits magazines d’information, de proximité, et diffusés en différentes langues.

    1,1,3, Les services multilingues de l’administration..

    Le multilinguisme apparaît aussi dans l’administration locale qui doit faire face à la diversité des langues des habitants. Depuis le début des années 90, des dispositifs multilingues sont mise en place dans 37 départements. Il s’agit non seulement de l’anglais (dans toutes les régions) mais aussi du chinois (dans 20 départements), de l’espagnol (dans 13 départements), du portugais (dans 12 départements), du français (dans 11 départements), du coréen (dans 9 départements), de l’allemand (dans 6 départements), et dans plusieurs autres langues. La formation linguistique du personnel municipal est aussi encouragée.

    Dans les départements tels que Hyogo et Shizuoka qui ont volontairement mis sur pied une politique multilingue, la communication administrative se fait en plusieurs langues (chinois, anglais, coréen, portugais, et espagnol). A Tokyo également, la décision a été prise en 1997 en vue du développement de la politique multilingue, qui permettrait désormais la communication administrative en anglais, français, chinois, coréen, et espagnol (allemand, russe, thaïlandais, et portugais aussi, mais selon les circonstances). Dépourvues de moyens, les municipalités peuvent aussi recourir aux ONG qui offrent des services de traduction gratuits. Mais le grand problème qui reste serait celui de l’éducation et des écoles d’enfants.Car, mise à part les écoles anglophones, ainsi que des écoles spécialisées pour les petits Chinois et Coréens, il manque encore des structures scolaires qui assureraient l’éducation à la fois du japonais et de la langue maternelle des immigrants. Dans l’état actuel, malheureusement, ce sont uniquement des professeurs motivés qui assure une telle formation, en y consacrant leur temps privés.

    1,2, Minorités (indigènes) régionales

    1,2,1. Okinawa.

    La région d’Okinawa fût un royaume indépendant avant la restauration de Meiji (1868), qui se nommait Ryukyu. L’héritage culturel de cette époque reste perceptible jusqu’à nos jours. La langue régionale, le ryukyuan est linguistiquement très proche du japonais. Toutefois, à l’époque de Ryukyu déjà, celle-ci eut une forme standardisée, qu’on appelle aujourd’hui le dialecte de Shuri. Ce n’est qu’après l’annexion par le Japon, à l’ère de Meiji, que le royaume s’est vu imposer le système d’éducation en japonais standard, date où commença l’assimilation à la culture japonaise. Une autre plaque tournante pour les îles d’Okinawa fut la 2e guerre mondiale. Dans tout le Japon, c’est uniquement cette région qui connut l’épreuve de la bataille au sol.; c’est également cette région que les Etats-Unis choisirent gouverner durant plus de 20 ans, après la défaite du Japon.

    Aujourd’hui, vingt ans après le retour de la région sous la souveraineté japonaise (1972), 80 pour cent de bases militaires américaines se situent toujours dans les îles d’Okinawa. Ainsi, malgré sa longue histoire d’échange culturelles et linguistiques avec le Japon, et en dépit de ces cinquant ans qui ont suivie l’après-guerre, Okinawa reste dinstincte des autres régions.

    Quant à sa langue, celle-ci a été utilisée très tôt par les medias. Déjà en 1961, une émission en dialecte (Le Hogen Nyusu, nouvelles en dialecte) a vu le jour, émission qui subsiste jusqu’aujourd’hui. C’est un cas remarquable, dans la mesure où il s’agit des émissions d’actualité locale en dialecte, et que, aucun d’autre dialecte, des autres régions, ne dispose de telle émission radiophonique. Autre particularité se trouve dans les mouvements éducatifs qui se développent dans les années 90 dans les centres culturels municipaux. Le contexte de la commémoration, à l’époque, du 20ème anniversaire du retour des îles au Japon a amplement contribué à ce mouvement de renaissance. Par exemple, à la même époque, la chaîne nationale NHK a diffusé un feuilleton télévisé, < Ryukyu no Kaze >(le vent de Ryukyu) qui illustrait la vie de la cour de Ryukyu, et qui a eu un large succès. Et, par la suite, au printemps 1993, le bureau régional de la même chaîne a créé une version en ryukyuan, très appréciée par les habitants.

    C’est aussi dans ce climat de renaissance culturelle que l’on voit les associations locales se fédérer pour se regrouper au niveau régional, ce qui a donné naissance à Okinawa-ken Bunka Kyokai (Fédération culturelle régionale d’Okinawa), en 1996. Une autre association importante, Hogen Fukyu Kyokai (Association pour la diffusion du dialecte), s’est créée en octobre 2000, qui veut se consacrer au domaine éducatif.

    Ainsi, dans ce début du nouveau millénaire, la défence de la langue d’Okinawa semble entrer dans une nouvelle phase. Les sites d’Internet en ryukyuan se multiplient, dont beaucoup sont bilingues ryukyuan-anglais (http://www.pref.okinawa.jp /). Si ce bilinguisme témoigne des rapports complexes qu’a connus la région avec les Etats-Unis, toutefois, des échanges se développent également avec le Taiwan, voisin tout proche d’Okinawa.

    1,2,2, Ainu.

    Du point de vue linguistique, contrairement au ryukyuan, la langue du peuple Aïnu est très éloignée du japonais. La distance culturelle entre les Aïnu et les Japonais est également très grande. Toutefois, c’est dans la même période que Okinawa et le peuple Aïnu furent intégrés à la société japonaise, c’est-à-dire après la restauration de Meiji. En 1899, le gouvernement de Meiji fonde une loi sur les Aïnu, qui s’appelait: la loi protectrice des indigènes antiques. Peuple de chasse, les Aïnu n’eurent pas tradition de former de grande communauté, et ne comptaient alors que 20 000 âmes dans leur territoire. C’est pourquoi, lors de la migration des Japonais sur Hokkaido qui a amené1 000 000 migrants, ils devinrent vite minoritaire.

    Depuis cette époque, c’est la politique de l’assimilation japonaise qui a été pratiquée sur le territoire aïnu, et aujourd’hui, la conséquense est lourde. Elle a non seulement arraché à la langue aïnu sa fonction vernaculaire, mais aussi a fait disparaître la quasi-totalité des locuteurs de naissance. Autrement dit, la survie de langue elle-même est menacée.

    C’est dans ces conditions etxtrêment difficile que naît une loi en faveur de la culture aïnu, qui s’appelle loi de la protection et la promotion de la culture aïnu en 1997. Deux promoteurs importants ont contribué à sa naissance. D’un côté, la campagne internationale menée par les Nations Unies en 1993 pour les peuples autochtones; de l’autre côté, un sénateur de Hokkaido, Mr. KAYANO Shigeru, dont la langue maternelle est aïnu. Ce dernier était déjà, en 1983, fondateur d’un mouvement éducatif qui multipliait par la suite les cours de langue à travers Hokkaido. Le manuels de cours, élaboré en 1994, était fruit d’efforts des militants de diverses horizons, aussi bien du mouvement éducatif que du mouvement pour la création de la loi. En 1999, les cours de langue ainsi développés 14 sites sur Hokkaido, et une émission de leçon d’aïnu a commencé dans une radio à Hokkaido (Hokkaido STV). Cette radio, créée grâce à la nouvelle loi en 1998, on peut l’écouter sur l’internet. (http://www.stv.ne.jp/radio/ainugo).

    1,3, le multilinguisme et les dialectes japonais.

    Il existe plude de 500 site d’internet sur les dialectes japonais (la page la plus complète à ce propos, qui fournit beaucoup de liens aux sites concernés, est proposée par Mr. YAMAMOTO Kazuhide: http://www.slt.atr.co.jp/-yamamoto/dialect /).

    Parmi les dialects, celui de Kesen (de la région dans le département d’Iwate) est le seule qui dispose des manuels d’apprentissage et attire une attention réelle de l’opinion. Mais même dans le cas de Kesen, toutefois, le mouvement de défense n’est pas soutenu par la masse. Ce ne sont que des militants qui s’investissent, et le mouvement d’apprentissage n’incorpore qu’un certain milieu culturel. Situation peu dynamique, certe, mais elle s’explique aussi en partie par l’attitude de l’Etat: ce n’est qu’en 1992 que le Conseil sur la langue nationale, Kokugo Shingikai, s’exprime en faveur des dialectes japonais.

    Une tentative intéressante vient de la région de Tohoku, qui organise chaque année un concours de discours en dialecte (Zenkoku Hogen Benron Taikai ). Ce jeu public, qui consiste à élire meilleur orateur séduisant en dialecte, a été lancé en 1987 par une petite ville, Mikawa, du département de Yamagata, qui cherchait alors des moyens du développement local. Mais quelque soit son origine, le concours a permis aux associations de créer des réseaux et d’établir des échanges régulières. Un autre exemple, d’un autre dialecte de Tohoku, est Jengo TV. Jengo signifie, en dialecte, vivre en campagne, et il s’agit d’une télévision d’internet créée en 2000.On peut y voir, par exemple, une émission bilingue de l’anglais et du dialecte d’Iwate.(http://jengo-tv.com /). A ce propos, on peut noter qu’il existe aujourd’hui un logiciel de de traduction du standard japonais en dialectes divers, et téléchargeable à l’internet (http://yamaguchi-info.com/play/bunhen /). Les dialectes répertoriés concernent jusque 21 parlers.

    Conclusion.

    Depuis le milieu des années 90, la défense des langues minoritaires est entrée dans une nouvelle phase, et cela au moment où l’internet et les nouveaux medias se développent très rapidement. Il y a bien des années, en effet, on avait craint que le développement de nouveaux médias puisse favoriser uniquement l’anglais, en étendant dans le monde entier ses influences. Mais la réalité montre que la situation n’était pas aussi simple qu’on ne croyait. Les pages Web, que n’importe qui peut créer avec peu de moyen, est un média très pratique pour les langues minoritaires. En ce sens, l’internet ouvre la possibilité de coexistence à toutes les langues, qu’elles soient minoritaires ou majoritaires. Il semble logique de penser que l’internet soit moteur du développement du multilinguisme. Les dispositifs plus coûteux, tels que la radio par satellite et la télévision numérique, par contre, demandent évidemment de l’argent, mais l’accès à ces médias est aussi ouvert aux langues minoritaires, comme on l’a déjà observé dans notre exposé. Le problème qui reste, toutfois, auprès des populations étrangères au Japon, est non pas celui des langues qui circulent, mais celui du contenu des informations. Ce dont elles ont besoin n’est pas de grands sujets d’actualité au niveau mondial, mais des informations quotidiennes, qui concernent directement leur vie de tous les jours. De ce point de vue, on peut attendre encore beaucoup de choses aux petits médias, en particulier de la presse écrite locale qui pourrait jouer un rôle social à côté des nouveaux médias de diffusion globale.

    Intervention de Monsieur André DANZIN
     
     

    DIVERSITE CULTURELLE ET PLURILINGUISME


     Parler de la diversité culturelle en relation avec le plurilinguisme suppose que l'on s'entende préalablement sur les définitions. Qu'est-ce que la culture ? La diversité ? En quoi la langue intervient-elle dans la culture ?

     La culture rapportée à ce que l'on désigne en France sous le terme de "Ministère de la Culture" évoque les arts et les lettres, les performances de l'homme cultivé imprégné de connaissances historiques et philosophiques, élevé dans la fréquentation des oeuvres du patrimoine architectural, des arts plastiques et de la musique. Sans rien abandonner sur l'importance de cette accumulation des matériaux littéraires et artistiques transmis par le passé et en constante création, je voudrais insister sur une autre définition plus fondamentale de la culture, celle qui règle nos comportements sociaux, correspondant à ce que l'on désigne en allemand par "die Kultur". Gustave Martelet nous en donne une parfaite description dans son ouvrage "Evolution et Création"  :"La culture n'est autre que l'ensemble des possibilités d'être, d'agir, d'aimer et de penser que constituent dans chaque individu la forme personnelle de son identité. La culture est donc le lot de connaissances sur lui, sur les autres et le monde qu'un être humain reçoit par voie d'éducation et d'héritage ou qu'il acquiert par son travail, ses contacts et son expérience. Elle représente la prise de conscience réfléchie propre au fait humain d'exister. Elle en déploie l'extension, en creuse la profondeur selon les ressources et les limites qui caractérisent un milieu et un temps" (fin de citation).

     La culture est donc le fruit des modèles de représentation, des images mentales, des systèmes de logique ou d'intuition que nous avons dans nos esprits, grâce auxquels nous exprimons une opinion ou un sentiment et par lequel nous prenons une décision en toute occasion de notre vie. Nous verrons plus loin que cette capacité de donner une réponse aux problèmes que nous rencontrons repose sur nos capacités d'abstraction, elles-mêmes conditionnées par les instruments de notre langage.

     La diversité doit se comprendre aujourd'hui dans le cadre de la théorie de l'Evolution car ce qui advient en ce début du 21ème siècle avec l'avènement de "l'âge de l'information" est la manifestation d'un épisode aigu de l'Evolution humaine.

     Nous vivons une époque de transitions caractéristique d'une mutation. Or toute phase de transition est dominée par l'incertitude qu'il s'agisse de phénomènes astro-physiques, biologiques ou humains. Des "mutants" apparaissent dont la victoire sur les non-transformés est loin d'être évidente. L'échec est plus probable que le succès tant sont grandes les inerties, les enracinements, le poids de la continuité. L'Evolution ne peut pas aller de l'avant si elle ne dispose pas de plusieurs modèles possibles, d'une grande disponibilité d'essais entre lesquels la sélection darwinienne prononcera son verdict. Là est l'importance fondamentale de la diversité : dans le changement, une population accumulant des caractères semblables est beaucoup plus vulnérable qu'une population diversifiée. Ce qui est vrai en physico-chimie et en biologie l'est aussi pour les organisations humaines. L'avenir se prépare par des gestations cachées. Des paradigmes nouveaux naissent, se développent par contagion, se généralisent jusqu'au jour où leur usure provoque leur désuétude. Il faut alors que de nouveaux paradigmes émergent, que de nouvelles utopies soient proposées, que la pensée s'accroche sur des modèles de représentation originaux. Ce renouvellement suppose qu'il existait en germe non encore révélés une grande variété d'idées capables de faire naître de nouvelles originalités. Autrement dit, il est nécessaire, indispensable que les sources culturelles soient multiples et qu'elles puissent s'exprimer dans le maximum de liberté lorsque les conditions d'environnement changent. Le problème n'est pas de savoir si les civilisations sont mortelles : elles le sont sans exception. La question est de savoir comment elles peuvent renaître sous de nouvelles formes en s'alimentant à des racines culturelles jusque là minoritaires ou en sommeil.

     La question de la diversité culturelle est donc primordiale pour la santé même de l'espèce humaine. Il ne s'agit pas d'une richesse de superflu mais d'une nécessité reliée au fait qu'en matière de comportements sociaux, économiques et politiques, de mode de consommations et d'usage du temps, de pratiques financières, d'épargne ou de placements boursiers, de valeurs du travail et des loisirs, d'éthique, la vision que l'on porte sur les faits a plus d'importance que les faits eux-mêmes. La pensée engendre l'abstraction et l'abstraction agit comme un prisme déformant sur l'analyse des situations. C'est pourquoi il n'y a de vérité que par le filtre de critères eux-mêmes subjectifs. Or ce sont les mots qui permettent d'élaborer la pensée. La langue apparaît ainsi comme la base même de la culture au-delà de son rôle évident d'instrument de la communication.

     Le rôle de la langue dans la pensée fait l'objet d'une abondante littérature. Je retiendrai ici ce qu'en écrit H. Bergson dans l'"Evolution créatrice"  :"Ce qui caractérise les signes du langages humain, ce n'est pas tant leur généralité que leur mobilité. Le signe instinctif est un signe adhérent, le signe intelligent est un signe mobile.

     Or cette mobilité des mots, fait pour qu'ils aillent d'une chose à une autre, leur a permis de s'étendre des choses aux idées. Certes, le langage n'eût pas donné la faculté de réfléchir à une intelligence tout à fait extériorisée, incapable de se replier sur elle-même. Une intelligence qui réfléchit est une intelligence qui avait, en dehors de l'effort pratiquement utile, un surplus de force à dépenser. C'est une conscience qui s'est déjà, virtuellement, reconquise sur elle-même. Mais encore faut-il que la virtualité passe à l'acte. Il est présumable que, sans le langage, l'intelligence aurait été rivée aux objets matériels qu'elle avait intérêt à considérer. Elle eût vécu dans un état de somnambulisme, extérieurement à elle-même, hypnotisée sur son travail. Le langage a beaucoup contribué à la libérer. Le mot, fait pour aller d'une chose à une autre, est, en effet, essentiellement, déplaçable et libre. Il pourra donc s'étendre, non seulement d'une chose perçue à une autre chose perçue, mais encore de la chose perçue au souvenir de cette chose, du souvenir précis à une image plus fuyante, d'une image fuyante, mais pourtant représentée encore, à la représentation de l'acte par lequel on se la représente, c'est-à-dire à l'idée. Ainsi va s'ouvrir aux yeux de l'intelligence, qui regardait dehors, tout un monde intérieur, le spectacle de ses propres opérations. Elle n'attendait d'ailleurs que cette occasion. Elle profite de ce que le mot est lui-même une chose pour pénétrer, portée par lui, à l'intérieur de son propre travail. Son premier métier avait beau être de fabriquer des instruments ; cette fabrication n'est possible que par l'emploi de certains moyens qui ne sont pas taillés à la mesure exacte de leur objet, qui le dépassent, et qui permettent ainsi à l'intelligence un travail supplémentaire, c'est-à-dire désintéressé. Du jour où l'intelligence, réfléchissant sur ses démarches, s'aperçoit elle-même comme créatrice d'idées, comme faculté de représentation en général, il n'y a pas d'objet dont elle ne veuille avoir l'idée, fut-il sans rapport direct avec l'action pratique. Voilà pourquoi nous disions qu'il y a des choses que l'intelligence seule peut chercher. Seule en effet, elle s'inquiète de théorie. Et sa théorie voudrait tout embrasser, non seulement la matière brute, sur laquelle elle a naturellement prise, mais encore la vie et la pensée.

     Avec quels moyens, quels instruments, quelle méthode enfin elle abordera ces problèmes, nous pouvons le deviner. Originellement, elle est adaptée à la forme de la matière brute. Le langage même, qui lui a permis d'étendre son champ d'opérations, est fait pour désigner des choses et rien que des choses : c'est seulement parce que le mot est mobile, parce qu'il chemine d'une chose à une autre, que l'intelligence devait tôt ou tard le prendre en chemin, alors qu'il n'était posé sur rien, pour l'appliquer à un objet qui n'est pas une chose et qui, dissimulé jusque-là, attendait le secours du mot pour passer de l'ombre à la lumière. Mais le mot, en couvrant cet objet, le convertit encore en chose. Ainsi l'intelligence, même quand elle n'opère plus sur la matière brute, suit les habitudes qu'elle a contractées dans cette opération : elle applique des formes qui sont celles mêmes de la matière inorganisée. Elle est faite pour ce genre de travail. Seul, ce genre de travail la satisfait pleinement. Et c'est ce qu'elle exprime en disant qu'ainsi seulement elle arrive à la distinction et à la clarté" (fin de citation).

     Si l'on a bien compris ce rôle du langage par le jeu des mots et de la syntaxe qui les rassemble, dans la formation et l'usage des idées, on ne peut plus séparer la langue de la culture. La diversité culturelle apparaît comme portée par la diversité linguistique. Les mots n'ont, en effet, pas la même charge émotionnelle lorsque l'on passe d'une langue à une autre. Le milieu, c'est-à-dire, l'environnement géographie, et le temps, c'est-à-dire, la mémoire historique ont marqué l'acception que nous donnons aux mots si bien que, d'une langue à l'autre, chargées d'influences expérimentales ou idéologiques différentes, les mots n'ont pas le même sens. Ce qui revient à dire que la traduction parfaite d'une langue dans une autre est une performance désespérée. Sauf à être imprégné de culture française, un américain des Etats-Unis ne donnera pas au rapprochement des deux mots "liberté et égalité" la même interprétation qu'un français. J'ai assisté, à l'Unesco, à d'inutiles débats sur les Droits "de l'Homme" dont nos amis scandinaves demandaient le changement d'appellation soit "de la personne humaine" soit de "l'homme et de la femme" parce qu'ils ne parvenaient pas à admettre que Homme, en français, désigne simultanément ce qui est masculin et féminin. Lesquels "Droits de l'Homme" fondés sur la considération occidentale de la primauté de la personne sont d'une interprétation difficile voire impossible dans les civilisations où l'intérêt collectif vient devant la protection de l'individu.

     La pratique du plurilinguisme est donc le garant de la permanence du pluriculturel dans une humanité qui continue d'évoluer en cherchant son chemin dans le respect des identités des personnes et des groupes. Il est vrai que, de ce fait, le système culturel global est en état de tension, mais rien ne serait aussi contraire aux règles de la vie et aux chances des personnes qu'un monde où régnerait la pensée unique soutenue par l'usage d'un unique langage d'élaboration des idées et de communication.

     Au moment où l'Occident s'interroge sur le sens de la consigne donnée dans la Genèse "Soyez féconds, multipliez la terre et soumettez-la" alors que les équilibres Homme-Nature risquent d'être menacés, il est bon que des philosophies de respect du vivant s'expriment à partir des traditions religieuses du sous-continent indien. Il est bon qu'au moment où les valeurs familiales disparaissent du premier rang des valeurs morales, certains sociétés du Sud en rappelle les fondements. Il est bon qu'aux excès d'individualisme issus de l'agitation de l'année 1968 dans les pays développés s'oppose la permanence des valeurs de solidarité dans d'autres parties du monde. Il est bon que les tendances hédonistes et le laxisme des moeurs soient équilibrés par des pratiques d'ascèse et des morales de contrôle des comportements ou, encore, que l'économie de marché au cas où elle se dévoierait par insuffisance de régulation, puisse trouver des modèles de remplacement dans des niches aujourd'hui discrètes mais à partir desquelles pourraient être proposées de nouvelles formules d'organisations économiques et sociales.

     Quant à la liberté de créer de nouvelles formes d'arts littéraires, plastiques et musicaux, elle repose à l'évidence sur la diversité des formes d'inspiration, sur le contraire du nivellement sur le génie d'une seule langue et d'une seule culture.

     Avant de terminer cette intervention sur la diversité culturelle et le plurilinguisme, qu'il me soit permis de faire deux remarques.
     

    • La première aura trait au langage scientifique. Jamais la société humaine n'a été aussi pénétrée qu'aujourd'hui par les applications de la recherche scientifique et par ses méthodes d'approches des problèmes et d'organisation. Il en résulte qu'une grande partie des paradigmes qui vont guider nos systèmes sociaux, notamment notre vision de l'Homme dans l'Univers, émaneront des théories scientifiques. L'acquisition du langage scientifique devient, de ce fait, une nécessité culturelle. Le problème se transfert au domaine linguistique dès que l'on prend conscience qu'un petit nombre de langues évoluées possèdent la terminologie nécessaire à la communication de ce genre de connaissances. Le problème de l'écart entre info-pauvres et info-riches n'est pas seulement une question d'équipements en moyens de communications et de traitement de l'information. C'est aussi un difficile problème linguistique.
    • La seconde remarque a trait à la prise de conscience de l'interaction forte entre la langue, la culture et la possibilité politique de s'appuyer sur les forces d'évolution linguistiques pour dominer les difficultés du passage de l'ère industrielle à l'ère informationnelle. L'expérience de ces dix dernières années m'a appris que cette conscience n'existait pas. Nous sommes ici entre spécialistes et il n'est pas difficile de nous comprendre. Mais nous parlons pour toute la société humaine et les représentants de cette société, particulièrement les décideurs politiques restent étranger à notre discours. On ne leur a jamais appris que notre langue maternelle et les langues maternelles de nos voisins étaient les plus complexes et les plus perfectionnés des instruments logiciels dont nous pouvions disposer. Et que nous les trouvions gratuitement dans notre berceau à notre naissance, enrichis par l'expérience des millénaires.


     Puissent des colloques tels que celui d'aujourd'hui nous permettre de retourner l'événement : dans la préservation des identités régionales et nationales, dans le combat pour faire survivre des particularités si précieuses de nos langues maternelles, la technique linguistique appuyée sur les nouveaux outils de l'informatique peut et doit jouer un rôle décisif. Ce qui n'est pas encore un problème électoral est, en tout cas, déjà un problème politique. Il est utile que l'Unesco s'en fasse le défenseur.

     

    Intervention de Monsieur Marcel DIKI-KIDIRI

    Synthèse

    Les langues africaines dans la sociéte de l’information.

    Lorsqu’on se pose la question du plirilinguisme dans la société de l’information, avec la volonté de n’exclure aucune langue, et que de surcroît, on se préoccupe de la place des pays en voie de développement dans cette même société de l’information, on ne peut pas éviter de parler du cas de l’Afrique et de ses langues, car c’est là que se trouvent réunis les plus grands défis à relever.

    Je vous parlerai donc des langues africaines, en commençant par un rapide tableau de leur situation aujourd’hui. Ensuite j’exposerai, dans leurs grands traits, les travaux d’aménagement linguistique qui, avec le concours des réseaux de cooprération internationale, ont contribuent à la modernisation des langues pour qu’elles puissent prendre en charge l’expression des réalités modernes, et notamment des réalités de la sociéte de l’information.

    L’examen de ces travaux nous conduira à parler du traitement informatique des lamgues africaines et de la place qu’elles occupent sur la Toile. Après quoi, il me sera plus aisé, je l’espère, d’évoquer avec vous, les mesures souhaitables à prendre pour que des langues comme les langues africaines puissent effectivement participer à la communication multilingue dans cette société de l’information.

    La situation des langues africaines aujorud’hui.

    Le nombre des langues africaines est généralement estimé à environ 1800 dont environs 400 seulement ont fait l’objet d’une description scientifique avancée ou exhaustive. Si plusieurs dizaines de ces langues sont en voie d’extinction, d’autres sont au contraire en pleine expansion. C’est parmis celles-ci qu’un petit nombre (moins d’une cinquantaine) retiennent davantage l’attention par la place spéciale et importante qu’elles ont conquise comme moyem privilégié de communication soit à l’intérieur d’un même pays, soit sur une vaste étendue recouvrant plusieurs pays.

    La typologie suivante qui reprend et actualise celle proposée, en 1993, à l’Agence Intergouvernemental de la Francophonie (AIF) pour les pays francophones (Renard, 2000:109) s’applique à l’ensemble des langues africaines. Elle distingue:

    Langues transnationales

  • Véhiculaires. La plupart ont acquis un statut spécifique() dans plusieurs des Etats où elles ont cours. Exemples:
  • le kiswahili (Tanzanie, RDC, Kenya Uganda, Burundi, Rwanda)
  • le complexe manding : bambara-dioula-malinke (Mali, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau)
  • le complexe kirundi-kinyarwanda (Burundi, Rwanda)
  • le kikongo-munukutuba (RDC, Congo, Angola)
  • le lingala (RDC, Congo)
  • le peul (Sénégal, Gambie, Mauritanie, Mali, Burkina-Daso, Guinée, Guinée-Bissau, Bénin, Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Niger, Nigeria, Tchad)
  • le wolof (Sénégal, Mauritanie, Gambie)
  • le hawsa (Nigéria, Niger)
  • le yoruba (Nigéria, Bénin, Togo)
  • l’arabe (Tchad, Comores, Djibouti, Mauritanie, Somalie, Soudan, Algérie, Maroc, Tunisie).
    • le soninke (Mali, Mauritanie, Sénégal : statut spécifique)
    • l’ewe-mina (Ghana, Bénin, Togo : statut spécifique)
    • le songhay (Mali, Burkina-Faso, Bénin, Niger : statut spécifique)
    • le moore (Côte d’Ivoire, Mali, Ghana, Burkina-Faso : statut spécifique)
    • le complexe créole (Réunion, Maurice, Seychelles : statut spécifique)
    • le tamasheq (Algérie, Mali, Niger : statut spécifique)
    • le Gbáyá (Centrafriaue, Cameroun)
    • le saar-ngambáy (Centrafrique, Tchad)
    Langues intra-nationales
     
  • Véhiculaires. Elles sont largement répendues sur la totalité ou une partie importante du territoire d’un Etat. Elles ont conquis un statut spécifique. Exemples:
  • le sängö (Centrafrique)
    le malgache (Madagascar)
    l’amharique (Ethiopie)
    le shona (Zimbabwe)
    le setswana (Botswana)
    le ciluba (RDC)
    l’ashanti-Fante (Ghana)
    le somali (Somali)
  • le kabyè (Togo: statut spécifique)
  • le xhosa (Afrique du Sud)
  • le zulu (Afrique du Sud)
  • le Fanagalo (Afrique du Sud)
  • le twi (Ghana)
  • le bété (Côte d’Ivoire)
  • l’ibo (Nigéria)
  •  
    Il ressort de cette classification essentiellement utilitaire que ce sont surtout les langues véhiculaires (internationales et intra-nationales) qui se sont le plus imposées comme moyems de communication en expansion. En y ajoutant les langues vernaculaires à statut spécifique, nous obtenons un ensemble de langues que nous qualifierons de "majeures" dans la suite de cet exposé. Elles ont toutes été l’objet de descriptions scientifiaues, sont codifiées et assument un large éventail de fonctions modernes pour lesquelles elles ont acquis un statut spécifique. Toutefois, on ne peut pas dire qu’elles soient toutes également utilisées dans les productions écrites. Le volume global des ouvrages (livres, journaux, et autres) publiés dans ces lamgues est très inégal d’une langue à l’autre et, en général, très en deçà des besoins des populations. Il y a encore là un immense chantier d’aménagement linguistique à construire.

    La modernisation des langues africaines

    Elle consiste à les aménager en les dotant, le cas échéant, de systèmes orthogrraphiques modernes, de terminologiues nouvelles dans tous les domaines où le besoin se fait sentir, d’ouvrages pédagogiques pour leur enseignement, et enfin de moyens de traitement informatique afin qu’elles puissent prendre ne charge tous les besoins actuels de communication et d’information, ressentis comme nécessaires au développement des peuples qui les parlent.

    La codification orthographique.

    Pour la plupart des langues africaines majeures, le passage de l’oral à l’écrit a été la première étape à franchir. Après les descriptions linguistiques savantes, il est indispensable de doter les langues d’une orthographe pratique stable, normée et normalisée. Ce cap a été heureusement franchi grâce, aussi bien aux nombreux travaux des linguistes africanistes, notamment de l’Institut Africain International, qu’aux multiples conférences internationales consacrées à l’harmonisation des alphabets africains, depuis Bamako 1066. Il faut bien noter que plusieurs de ces conférences ont eu lieu à l’initiative de l’Unesco qui est aussi l’un des rares organismes internationaux à proposer une version électronique de l’alphabet africain, l’Alphafrique, dont la diffusion est malheureusement restée confidentielle.

    L’enrichissement terminologique

    Comme chacun sait, depuis la colonisation, l’Occident a fait irruption dans l’Histoire des lsociétés africaines avec tout une avalanche de réalités nouvelles : modes de vie et de pensée, structure de l’état et du pouvoir , écoles, médecines, monnaies, produits industriels, etc., l’Histoire s’est accélérée et les sociétés africaines d’aujourd’hui sont plus que jamais des sociétés biculturelles eurafricaines. Les langues africaines qui étaient très bien adaptées à l’expression du monde traditionnel se sont retrouvées tout à coup en danger de marginalisation puisque ce sont les langues européennes du colonisateur qui tiennent désormais le haut du pavé. Heureusement qu’au fil des années, les échecs successifs de nombreux plans de développement, pourtant concoctés par des experts, ont peu à peu attiré l’attention des uns et des autres sur l’impérieuse nécessité de recourir aux langues africaines majeures comme moyens de communication des réalités modernes si l’on veut atteindre les populations au raz des villages pour un développement durable.

    Dans l’espace francophone, l’Agence Intergouvernemental de le Francophonie a créé et/ou soutenu de nombreux programmes et réseaux de coopération linguistiaue (Rint, Riofil, Rifal, Rilac, Rifm) pour la promotion et l’instrumentalisation du français et des langues partenaires, notamment celles des pays du Sud. C’est dans ce cadre que de nombreux travaux de terminologie ont pu être menés à bien dans douze pays du Sud : Bénin, Burundi, Cameroun, Guinée, Haïti, Madagascar, Mali, Maroc, Niger, République Centrafricaine, République Démocratique du Congo, Sénégal. Dans tous ces pays, les travaux de terminologie sont réalisés par des chercheurs nationaux travaillant dans des institutions plubiques locales et sur des langues majeurs à statut spécifique dans le pays. La coopération internationale porte sur la formation de ces chercheurs, une aide en équipement informatique et en bibliographies spécialisées pour les institutions, une aide à la publication de leurs travaux, et la recherche de solutions techniques pour leur faciliter l’accès à l’Internet et son utilisation. Le projet le plus récent inscrit au programme du Réseau international francophone d’Aménagement linguistiaue (Rifal) concerne l’implantation de banques de données terminologiques informatisées dans certains pays du Sud pouvant disposer d’un accès permanent et fiable à l’Internet, car ces banques de données doivent pouvoir échanger des données avec d’autre dans le monde.

    Le traitement informatique des langues africaines

    Il est évident qu’aucune des activités de coopération évoquées ci-dessus ne peut ignorer la nécessité de l’outil informatique aujourd’hui. Beaucoup d’efforts ont éte consacrés à la recherche de solutions pour le traitement informatique des langues africaines concernées par ces programmes de coopération. En effet, alors que la grande majorité des langues africaines s’écrivent avec des caractères spéciaux hérités de l’Alphabet Phonétique International (API) adapté par l’Institut Africian International, les logiciels capables de prendre en compte ces caractères étaient – et sont encore dans une large mesure -- particulièrement rares. C’est pourquoi, cela vaut la peine de signaler ceux qui nous ont permis de résoudre cette difficulté, ainsi que les offres actuelles du marché dont nous avons connaissance.

    Quelques logiciels permettant de traiter les langues africaines.

    a) Les logiciels distribués par la SIL.

    La SIL (Summer Institute of Linguistics –"Société internationale de Linguistique") distribue des logiciels particulièrement adaptés aux travaux linguistiques. Ils se présentent comme un ensemble cohérent d’outils pour la description des langues et des cultures. Les principales composantes de cette boîte à outils sont:

  • SHOEBOX : un gestionnaires de base de données destiné aux travaux lexicographiques et d’analyse de textes par annotation et interalignement. La base de données générée par ce logiciel est au format plein texte et peut facilement être converti dans d’autres format.
  • SIL ENCORE FONT : une batterie de glyphes, de symboles et de diacritiques, dans laquelle on puise ce dont on a besoin pour créer des polices de caractères.
  • TYPECASTER : un utilitaire permettant de spécifier une table de carqactères et de produire la police correspondantes à partir des éléments fournis dans SIL ENCORE FONT. Les polices produites sont des polices True Type au format ISO-8859, et peuvent être directement chargées dans Windows.
  • KEYMAN : un utilitaire qui permet de redéfinir un ou plusieurs claviers virutels, aqssociés aux polices. Chargés en ménoire, chaque clavier peut être activé et désactivé par une simple clé-bascule.
  • CC (Consistant Change) : utilitaire de conversion à caratère général qui permet d’effectuer toutes sortes de conversions en utilisant des tables de conversion jettables.
  • SF-CONVERTER : utilitaire de conversion spécifique permettant de convertir les bases de données SHOEBOX vers des pages de dictionnaires récupérables sous MS-WORD.
  • MDF (Multi-Dictionary Formatter) est logiciel de mise en page de dictionnaire qui propose une modélisation globale d’un dictionnaire multilingue avec quatre langues.
  • A cette panoplie, il faudrait ajouter le tout récent utilitaire CONV2UTF8 réalisé au LLACAN() qui permet de convertir les polices personnelles générées avec TYPECASTER vers l’encodage universel UTF8 (Unicode). Ce qui est indispensable pour pouvoir échanger des données en langues africaines via l’Internet, sans être obligé de disposer aussi des polices personnelles dans lesquelles ces données sont écrites.

    b) Les logiciels de la société "Progiciels BPI"..

    Je citerai cette société québécoise qui présente fort bien ses produits sur son site : http://www.progiciels-bpi.ca/tcao/index.html :

    "Ce site Web présente une suite de cinq progiciels de traitement de corpus assisté par ordinateur (TCAO) produits par la société canadienne Progiciels BPI. Cette suite contient les progiciels suivants: Alibi, Concorde, Recode, Ventile, et Vocable. Ces progiciels de TCAO permettent de dépouiller automatiquement des textes et de traiter l'une ou l'autre des langues suivantes:

    6 langues africaines :
    bambara, éwondo, fulfulde, lingala, sango, wolof;
    14 langues indo-européennes :
    français, allemand, anglais, danois, espagnol, féroïen, finnois, hollandais, irlandais, islandais, italien, norvégien, portugais, suédois.
    Comme opération de dépouillement, ces progiciels permettent de produire des statistiques textuelles, des listes de vocabulaire, des lexiques triés en ordre alphabétique, des concordances de mots en contexte, et des alignements bi-textuels de textes en deux langues. Comme opération de recodage, le progiciel Recode supportent plus de 175 jeux de caractères. Comme format de fichier, ces progiciels peuvent traiter directement des textes en format plein texte, en format HTML ou en format SGML.

    Ce site Web fournit également une distribution de ces progiciels de TCAO qui roulent à la fois sur la plateforme Linux et sur la plateforme Windows95. Ces cinq progiciels de TCAO, distribués sous licence, sont offerts gratuitement à toute personne résidant en Afrique."

    Il faut souligner la spécificité de ces progiciels orientés vers le traitement de corpus multilingues, et qui d’entrée de jeu, prennent en compte les langues africaines et les faibles moyens de ceux qui y travaillent en Afrique. Le fait est assez rare pour mérité d’être signalé et encouragé.

    b) Les logiciels distribués par World Languages Ressources

    Ce portail américain de Los Angeles a pour ambition la vente de produits langagiers sur toutes les langues du monde. Il s’agit en effet d’une fantastique collection de produits variés sur et pour plus de 400 langues, ce nombre étant régulièrement en augmentation. . Il présente sur son site http://www.worldlanguage.com six produits logiciels qui sont censés traiter les langues africaines, en plus de nombreuses autres langues

  • AFROROMAN est une batterie de polices de caract`res True Type en encodage ISO-8859 qui couvre les alphabets de 19 langues africaines (d’après le descriptif du produit).
  • GLOBALWRITER est un traitement de texte multilingue, capable d’écrire correctement dans une centaine de langues d’Afrique, d’Europe et d’Asie.
  • GLOBALOFFICE est un applet qui transforme la suite bureautique de Microsoft en une suite bureautique multilingue avec la centaine de langues couverte par GlobalWriter.
  • TANGO BROWSER est un navigateur multilimgue capable de fonctionner en 144 langues dont des langues africaines et surtout d’Asie. Il intègre également le courrier électronique.
  • TANGO CREATOR est un attelier de création de sites multilingues capable également de fonctionner dans les 144 langues de Tango Browser.
  • Enfin, pour certaines langues dont quelques langues africaines (hausa, tuswana, sesotho...) il est proposé un lot spécifique appelé "système" qui comprend une police AfroRoman, un utilitaire de configuration de clavier approprié.

    On pourrait croire, de prime abord, que nous avons là LA solution finale. Pourtant, en étudiant la documentation, faute d’avoir pu obtenir les produits eux-mêmes pour en faire une évaluation, je ne peux m’empêcher de formuler quelques réserves, voire quelques inquiétudes. La première question qu’on peut légitimement se poser est celle de savoir si chacune des langues supportées a été vraiment prise en compte individuellemt suite à une édute de cas permettant une localisation adéquate de ces logiciels? Je me permets d’en douter lorsque je constate que, pour la République Centrafricaine, il est dit que "quatre langues sont parlées dans ce pays : le banda, le français, le gbaya-manza et le sango-yakoma-ngbandi" et que les logiciels supportent ces quatre langues. Cela démontre une méconnaissance totale de la situation linguistique de ce pays où l’on compte deux langues officielles, le sängö et le français, et une cinquantaine de langues vernaculaires (dont le banda, le gbaya, le manza et le ngbandi; le yakoma étant l’un des dialectes les moins différenciés du ngbandi). De ces langues, seules les deux langues officielles, le sängö et le français, sont dotées d’une orthographe normée. Les autres, bien qu’elles soient l’objet de description linguistique et de transcription savante, ne disposent pas pour autant de système orthographique normée. Dans ces conditions, il est fort à craindre que la prise en charge réclammée par les vendeurs de ces logiciels ne se limite à la prise en compte de l’Alphabet Phonétique International. Ce qui est très en deçà du minimum requis pour pouvoir prétendre supporter une langue particulière.

    Il nous faut des logiciels d’unification, des standards généraux, mais qui doivent être négociés sur la base d’une prise en compte véritable des spécificités de chaque langue, sans cela, on court le danger d’instaurer un merché de dupes particulièrement préjudiciables pour les langues africaines qui sont déjà les plus mal équipées.

    Les langues africaines sur la Toile

    La Toile est démocratiquement ouverte à toutes les langues et les cultures du monde. Il suffit d’y planter son site pour s’offrir un panneau publicitaire sur l’autoroute de l’information, et exister à la face du monde. Alors, je suis allé faire un tour sur la Toile pour voir quelle place y occupent les langues africaines. Ayant créé un site en sängö il y a deux ans (cf. http://sango.free.fr) , je voulais savoir s’il y avait des sites dans d’autres langues africaines et combien par langue. Certes, une telle recherche ne peut être que très aléatoire, vu les nombreux paranètres qui conditionnent le référencement des sites et leur nombre quasiment illimité sur la Toile. Toujours est-il que les conditions de ma recherche étant constantes (utilisation du même méta-moteur Copernic 2000; recherche toutes les deux heures dans la journée et en soirée) j’ai n’ai trouvé de sites entièrement rédigés dans une langue africaine qu’en kiswahili et en sängö :

  • Kiswahili

  • http://chumvi.tripod.com/index.html
    http://www.scn.org/~lilandbr/index_sw.html
    http://www.dwelle.de/kiswahili/Welcome.html
    http://kleist.dwelle.de/kiswahili/
    http://ccat.sas.upenn.edu/afl/course.html
    http://www0.bbc.co.uk/swahili
  • Sängö

  • http://sango.free.fr
    Par contre j’ai relevé dans le même temps 217 sites qui donnent des informations sur les langues africaines, les peuples qui les parlent et leurs cultures. De très nombreuses bibliographies et quelques cours de langues pour ètrangers (essentiellement anglophones, germanophones et francophones). Incontestablement les langues africaines sont des langues dont on parle abondamment sur la Toile, mais elles ne sont pas des langues dans lesquelles on communique sur cette même Toile. Plusieurs facteurs expliquent cet état des choses. Non seulement l’araignée Internet n’a pas encore tissé sa Toile en mailles serrées au-dessus de l’Afrique, si bien que l’accès aux "autoroutes" de l’information y prend l’allure d’embouteillages interminables sur d’étroites bretelles, mais encore, comparativement à la description linguistique des langues africaines généralement bien ancrée dans la tradition de la recherche scientifique sur l’Afrique, très rares sont les travaux de recherche qui portent sur le traitement informatique de corpus de textes volumineux en langues africaines.

    Les langues africaines dans un espace plurilingue

    Dans un espace plurilingue où l’on ne veut a priori exclure aucune langue, il faudrait prendre les mesures de protection et de promotion qui s’imposent pour garantir le droit à l’existence des langues les plus menacées. En ce qui concernent les langues africaines, mêmes les plus répandues, la menace qui pèse sur elles dans une société mondiale de l’information est qu’elles deviennent de plus en plus des objets d’étude et de moins en moins des moyens de communication. Pour freiner cette tendence et peut-être un jour l’endiguer complètement, il faudrait sans plus tarder vouloir relever les défis suivants:

  • Intensifier l’équipement des pays en développent et en particulier de l’Afrique en infrastructures de télécommunication, sans laquelle, il n’y aura pas davantage d’accès aux autoroutes de l’information.
  • Favoriser l’implantation et la multiplication des Fournisseurs d’Accès Gratuit à l’Internet (F.A.G. I.) en Afrique et dans les autres pays en voie de développement, en particulier dans le cadre de programmes de soutien à l’education (scolaire, universitaire, grandes écoles) et à la recherche (institutions de recherche de quelque nature que ce soit).
  • Favoriser l’équipement informayique des institutions d’éducation et de recherche dans ces mêmes pays, non pas une fois comme une goutte d’eau dans la mer, mais en mettant en place un plan de soutien continu sur quatre à cinq années consécutives de façon à asseoir des structures durables. Ce qui peut se faire éventuellement en collaboration et par le biais de réseaux de coopération, comme le RIFAL, qui sont déjà actifs sur le terrain.
  • Promouvoir le développement et/ou la diffusion de standards qui respectent véritablement les spécificités de chacune des langues faisant l’objet d’un traitement informatique. Dans ce sens, il serait souhaitable de procéder à une évaluation des logiciels existants qui permettent le traitement de plusieurs langues dont les lanmgues africaines, et ensuite, de faire collaborer les concepteurs de logiciels et les spécialistes des langues concernées pour une meilleure localisation des logiciels.
  • Soutenir et développer la recherche sur le traitement des corpus volumineux en langues africaines et des pays en développement, en particulier dans la perspective d’aboutir à une harmonisation, voire une standardisation de la modélisation des données terminologiques, lexicograpiques, et textuelles, notamment dans la perspective du développemeent de banques de données communiquant via l’Internet.
  • Encourager la création et la multiplication des portails en langues africaines sur la Toile.
  • Tout l’Internet ne doit pas faire oublier que le livre en papier reste encore pour longtemps l’outil d’apprentissage le plus immédiatement accessible à "l’enfant noir" de Camara Laye, qu’il soit d’Afrique ou d’ailleurs. Il est donc plus que nécessaire de soutenir par tous les moyens les maisons d’édition africaines qui ont tant de mal à produire les livres scolaires et parascolaires dont on aurait déjà besoin pour l’enseignement de base, à plus forte raison pour l’enseignement des langues africaines.
  • Comclusion

    Si l’on prend en considération l’existence de près de 1800 langues en Afrique, il n’est pas réaliste de penser que l’on puisse les promouvoir toutes de la même manière, même avec toute la meilleure volonté du monde. Mais si une lamgue, quelle qu’elle soit, est prise en charge de façon formelle par ses locuteurs, il est souhaitable qu’elle soit soutenue au niveau d’un programme international. Dans ce sens, les langues africaines majeures, à statut spécifique, qui bénéficient de soutien formel de la part des communautés nationales ou régionales là où elles sont parlées, devraient pouvoir bénéficier prioritairement du soutien des organismes internationaux. Elles devraient être prises en compte de façon plus précise dans les projets de localisation des logiciels multilingues et dans l’élaboration des normes standards du traitement informatisé des langues. Enfin tout initiative qui concourt à la production des moyens didactiques pour leur enseignement devrait être encouragée et bénéficier de facilités prioritaires.

    Marcel Diki-Kidiri

    LLACAN UMR 7594 (CNRS, INALCO, Université de Paris VII)

    I.U.L.A. Universitat Pompeu Gabra (Barcelona).
     
     

    Références


      Intervention de Monsieur Daniel PIMIENTA

    Synthèse


     

    LANGUES ET CULTURES
    DANS L'INTERNET
    ET
    MÉTHODES PLURILINGUES
    DANS
    LES COMMUNAUTÉS VIRTUELLES

    DANIEL PIMIENTA
    pimienta@funredes.org
    ASSOCIATION RÉSEAUX ET DÉVELOPPEMENT
    http://funredes.org
     

    I CONTEXTE
    II MESURE DE L'ESPACE DES LANGUES LATINES
    III ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES
    IV CULTURES LATINES
    V CONCLUSIONS
    VI GESTION MULTILINGUE DE CONF.
    ÉLECTRONIQUES
    VII RÉFÉRENCES

    I CONTEXTE

    IL RESTE ENVIRON
    6,000 LANGUES PRATIQUÉES
    SUR UN TOTAL DE 40,000...
     
     

    LANGUES LES PLUS UTILISÉES:

    Source Ethnologue (première et seconde langues)


    PLUS DE 500 MILLIONS

    Chinois (Mandarin et autres variantes)
    Anglais
    Hindi + Urdu + Penjabi

    ENTRE DE 200 et 500 MILLIONS
    Espagnol
    Russe
    Arabe(s)

    ENTRE 100 et 200 MILLIONS

    Bengale
    Portugais
    Japonais
    Indonésien
    Allemand
    Français

    ZOOM SUR LES LANGUES LATINES!!!

    POPULATION PAR LANGUE

    (Source = Union Latine)

    EN MILLIONS


    ANGLAIS
    ESPAGNOL
    PORTUGAIS
    FRANÇAIS
    ITALIEN
    ROUMAIN
    TOTAL
    630
    375
    190
    130
    60
    30
    6000
    10.50%
    6.25%
    3.17%
    2.17%
    1%
    .5%
     

    TOTAL LANGUES LATINES=785 >ANGLAIS=630
     
     

    VOLUME DE L'INTERNET

    DEC. 1995
    MILLIONS
    NOUVEAUXPAR JOUR
    SERVEURS
    8
    15,000
    UTILISATEURS
    20
    30,000
    PAGES
    40
    40,000

     
    JUILLET 2000
    MILLIONS
    NOUVEAUXPAR JOUR
    CROISSANCE 
    MOYENNE
    PAR AN (APPROX.)
    SERVEURS
    200
    70,000
    + 100%
    UTILISATEURS
    400
    140,000
    + 100%
    PAGES
    2,000
    7,000,000
    + 200%

    ESPACE DE TRAVAIL
    DES MOTEURS DE RECHERCHE


    8/2000
    NOMBRE DE PAGES INDEXÉES (MILLIONS)
    GOOGLE
    1,250
    WEBTOP
    500
    INKTOMI
    500
    ALTAVISTA
    350
    FAST
    340
    NORTHERN LIGHT
    265

     

    II MESURE DE L'ESPACE DES LANGUES

    LANGUES LATINES par rapport à ANGLAIS

    SOURCE: FUNREDES/UNION LATINE

    (MÉTHODOLOGIE DOCUMENTÉE)
     

    % / ANGLAIS
    WWW
    1998
    WWW
    2000
    USENET
    1998
    ESPAGNOL
    2,53%
    8,08%
    1,93%
    FRANÇAIS
    2,81%
    7,32%
    1,15%
    ITALIEN
    1,50%
    4,61%
    2,03%
    PORTUGAIS
    0,82%
    3,56%
    0,90%
    ROUMAIN
    0,15%
    0,31%
    0,11%

    Source: FUNREDES/UNION LATINE


    WWW 1998
    ABSOLU
    PONDÉRÉ
    ANGLAIS
    75,00%
    7,14
    ESPAGNOL
    2,53%
    0,40
    FRANÇAIS
    2,81%
    1,30
    ITALIEN
    1,50%
    1,50
    PORTUGAIS
    0,82%
    0,26
    ROUMAIN
    0,15%
    0,30

     

    Source: FUNREDES/UNION LATINE
     

    WWW 2000
    ABSOLU
    PONDÉRÉ
    ANGLAIS
    60,00%
    5,71
    ESPAGNOL
    4,85%
    0,78
    FRANÇAIS
    4,39%
    2,02
    ITALIEN
    2,77%
    2,77
    PORTUGAIS
    2,14%
    0,68
    ROUMAIN
    0,19%
    0,38

    Source: FUNREDES/UNION LATINE
     

    ÉVOLUTION
    ABSOLU 2000
    98-2000
    ANGLAIS
    60,00%
    -20%
    ESPAGNOL
    4,85%
    + 95%
    FRANÇAIS
    4,39%
    + 55%
    ITALIEN
    2,77%
    + 85%
    PORTUGAIS
    1,97%
    + 162%
    ROUMAIN
    0,19%
    + 27%

    Source: Globalstats

    INTERNAUTES
    PAR LANGUE
    MILLIONS
    %
    ANGLAIS
    189,60
    49,6%
    ESPAGNOL
    18,90
    4,9%
    FRANÇAIS
    15,20
    4,0%
    ITALIEN
    12,30
    3,2%
    PORTUGAIS
    9,40
    2,5%
    ROUMAIN
    0,60
    0,16%

    PRODUCTIVITÉ DES ESPACES LINGUISTIQUES


    Pages
    Internautes
    P/I
    ANGLAIS
    60,00%
    49,60%
    1,21
    ESPAGNOL
    4,85%
    4,90%
    0,99
    FRANÇAIS
    4,39%
    4,00%
    1,10
    ITALIEN
    2,77%
    3,20%
    0,87
    PORTUGAIS
    1,97%
    2,50%
    0,79
    ROUMAIN
    0,19%
    0,16%
    1,18


    III ÉVOLUTION ET PERSPECTIVES

    TENDANCES OBSERVÉES DEPUIS 1996

    à RÉDUCTION RELATIVE DE L'ESPACE ANGLOPHONE
    à CROISSANCE RELATIVE PLUS FORTE DEL'ESPAGNOL PAR RAPPORT AU FRANÇAIS
    à MAIS... RETARD RELATIF DE L'ESPAGNOL
    à CHAMP D'OBSERVATION LAISSE AU MARCHE ... AVEC UN MANQUE DE SÉRIEUX

    NOUVELLES TENDANCES

    à ACCÉLÉRATION DU PORTUGAIS
    à L'ANGLAIS SOUS LA BARRE DES 50% AVANT 2003
    à PRODUCTION CONTENUS EN LANGUES LATINES EN BONNE VOIE

     
    IV MESURE DES CULTURES LATINES
    MÉTHODOLOGIE = INDEX DE CITATION DE PERSONNAGES REPRÉSENTATIFS
    (+ 11,25%)
     
    USA
    ESP.
    FRANCE
    ITAL.
    PORT.
    ROUM.
    AUTRES
    SCIENCES
    28
    4
    21
    11
     
    4
     
    LETTRES
    41
    7
    13
    4
    3
    1
    58
    CINÉMA
    100
    4
    6
    4
    3
    2
    13
    ARTS PLASTIQUES
    9
    48
    25
    12
    7
    4
    20
    MUSIQUE
    CHANSON
    41
    7
    6
    6
    5
    2
    68
    POLITIQUES </