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SYNTHESES
 

COMMUNIQUE DE PRESSE A L’ATTENTION DE

MESDAMES ET MESSIEURS LES JOURNALISTES

Vendredi 9 mars et samedi 10 mars,

la Commission Nationale Française pour l’UNESCO

organise un colloque sur le

" Le plurilinguisme dans la société de l’information "
 

L’ENSEMBLE DES INTERVENTIONS ET SYNTHESES SONT DISPONIBLES SUR

www.unesco.org/comnat/france

Comités Spécialisés

Information et Communication

Les outils électroniques de communication occupent désormais une place essentielle dans la circulation de l’information et dans l’accès au savoir. Ils permettent sans aucun doute le dialogue de personnes de cultures fort diverses. Ils représentent aussi, grâce à Internet, l’accès à un savoir toujours plus riche dans un nombre quasiment infini de domaines. Ces multiples interconnexions ne sont cependant pas sans poser un certain nombre de problèmes. La barrière langagière et les risques de prédominance d’une seule langue de communication représentent un des défis majeurs pour le développement des réseaux électroniques.

Consciente que l’extension de l’usage des nouveaux moyens de communication aux pays en voie de développement est le principal enjeu de l’évolution de la société de l’information dans les décennies à venir, la Commission Française pour l’Unesco a tenu à ouvrir un véritable débat sur le sujet, dans la lignée de la réflexion que l’Unesco mène sur ce thème depuis plusieurs années (comme, par exemple, le programme " Initiative B@bel ").

Ce colloque a été l’occasion non seulement de faire le point sur les différents problèmes rencontrés par le plurilinguisme pour son développement sur les réseaux, mais aussi d’aboutir à des formulations de conclusions précises et de recommandations applicables, avec l’intervention d’une quarantaine de participants de tous les pays. Les conclusions de ce colloque seront par ailleurs présentées par le Directeur Général de l’Unesco lors de la 31ème Conférence Générale de l’Organisation.

Le premier pôle du débat portait sur les aspects techniques du plurilinguisme, première pierre posée avant tout débat sur son utilisation. La traduction et l’interopérabilité plurilingue sur Internet, impératifs techniques conditionnant l’avenir du plurilinguisme sur les réseaux électroniques, doivent faire l’objet d’une évaluation précise de leurs moyens actuels en matière d’outils de traduction et de leurs nécessaires évolutions. De même, les aspects juridiques devront faire l’objet d’une définition, notamment dans le domaine de l’interconnexion, dans le cadre de normes internationales.

Le deuxième pôle était axé sur l’aspect social et politique du multilinguisme, avec les nécessaires volontés des Etats, pour débloquer les finances nécessaires à la défense de leurs cultures. Politiques éducatives, formation continue, mais aussi diffusion de logiciels, coopération économique équitable sur le Web, la diversité garantie par le multilinguisme dépend entre autres de la prise de conscience des Etats, dans le nécessaire rôle de défense qu’ils doivent développer pour défendre leurs diversités culturelles.

Sans coopération internationale dans ce domaine, de nombreuses langues vont disparaître dans les décennies à venir, avec pour résultat un appauvrissement considérable des échanges culturels, les cultures disparaissant ipso facto. Les expériences passées de l’Histoire doivent nous indiquer les voies à suivre, afin de ne pas répéter les grandes erreurs. Ainsi, selon M. Raymond Renard, " le plurilinguisme doit être reconnu comme porteur de tolérance et facteur de convivialité dans la mesure où il favorise le passage du multiculturel à l’interculturel. "

EN SAVOIR PLUS….
 

  • Quelques noms de participants
  • Sous la présidence de M. Koïchiro Matsuura, Directeur Général de l’Unesco :
  • Jean Favier, Membre de l’Institut, Président de la Commission Française pour l’Unesco
  • André Larquié, ancien Président de RFI, Président du Comité Communication de la Commission Française pour l’Unesco
  • Philippe Renaut, responsable du projet HARMONIC de l’Association Française pour le Nommage d’Internet
  • José Antonio Millan, fondateur du Centre Virtuel Cervantes, journaliste de la section Multimedia de El Pais
  • Nabil Ali, Directeur de la Compagnie de ‘Ingénierie de Langage du Caire
  • Svetlana Ter-Minasova, professeur à l’Université d’Etat de Moscou
  • Marcel Diki- Kidiri, Institut Universitaire de Linguistique Appliquée de L’unversité Pompeu Fabra de Barcelone
  • Les pays représentés
  • Inde – France- Espagne – Egypte – Russie – Brésil – Corée – Australie – Vénézuela – Canada – Japon – République Dominicaine – Islande – Allemagne – Hongrie- Belgique.
     
  • Sont disponibles sous formes de synthèses en français 11 interventions:
  • Philippe Renaut (France) 2 pages
    Titre : Multilinguisme, une lutte contre l’histoire. Stratégies multilingues.

    Maria Cabré (Espagne) 3 pages
    Titre : La terminologie et l’accès multilingue à l’information

    Svetlana Ter-Minasova (Russie) 2 pages
    Titre : Communications internationales, les " pour " de la technique,
    les " contre " de la société

    Denis Cuningham (Australie) 2 pages
    Titre : Plus les technologies sont globales, plus les connaissances sont individualisées

    Raymond Renard (Belgique) 4 pages)
    Titre : Accompagner le défi technologique à l’école ?

    José Silvio (Vénézuéla) 5 pages
    Titre : Education et multilinguisme dans l’Internet, le cas de l’Amérique Latine

    Daniel Pimienta (République Dominicaine) 2 pages
    Titre : Place des langues et cultures dans l’Internet, et méthodes plurilingues dans les communautés virtuelles

    Sveinn Einarsson (Islande) 3 pages
    Titre : Les rêves, la langue et la technologie de l’information : le cas islandais

    Marcel Diki-Kidiri (Espagne) 4 pages
    Titre : Les langues africaines dans la société de l’information

    José Antonio Millan (Espagne) 2 pages
    Titre : Quelle est la plus-value linguistique inhérente aux produits et services de la net-economy ?

    Anita Soboleva (Russie) 2 pages
    Titre : Le statut légal des minorités linguistiques en Russie

    INTERVENTIONS INTEGRALES

  • Les possibilités de dialogue avec les intervenants
  • Vous retrouverez l’ensemble des interventions intégrales sur le site mentionné en première page de ce communiqué. Si vous souhaitez contacter l’un des intervenants pour une participation écrite ou une interview, vous pouvez nous contacter directement :

    Christel Lucas/Elisabeth Pezier Tél 01 48 75 45 00 e-mail : altermail@aol.com


    intervention de Mme Maria Teresa Cabre,

    Directrice de l’Institut Universitaire de Linguistique appliquée

    de l’Université Pompeu Favra de Barcelone

    (Espagne)
     
     

    Thème

    la terminologie et l’acces multilingue a l’information

    Synthèse et extraits

    "Quel est mon public potentiel?"

    Si, à priori, toutes les langues sont également aptes pour exprimer toute connaissance, elles ne se trouvent pas au même niveau de développement. Une langue qui ne s’intègre pas dans les NTIC (Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication), est probablement destinée à disparaître.

    Face à ce défi, quelques communautés et pays ont fait de très grands efforts pour entrer dans les nouveaux espaces communicatifs thématiques et technologiques, bien qu’il soit incontestable que la présence des langues dans les domaines des NTIC n’est pas égalitaire.

    Il faut dire que dans les endroits où l’analphabétisme est le plus élevé et où, en principe, il est plus difficile d’avancer vers les nouvelles technologies, une des erreurs de base du processus de formation à l’école a été l’usage d’une langue non-maternelle —la langue "colonisatrice"— comme moyen pour véhiculer les premiers pas dans l’enseignement. Internet ne doit pas copier les erreurs commises dans ce domaine, et il doit permettre la naturalisation de l’accès aux connaissances avec la propre langue, fait qui va en multiplier sans aucun doute l’efficacité.

    Une des questions de base que le créateur d’une ressource électronique doit se poser est "quel est mon public potentiel?". Évidemment, entreprises, sujets, associations, institutions, sites ou moteurs de recherche ne rentrent pas dans les mêmes listes, mais tous doivent faire, entre autres, un choix linguistique.

    On se rend compte que presque la moitié de la communauté consommatrice a l’anglais comme langue habituelle : il ne faut donc pas s’étonner que les principaux sites et moteurs de recherche soient nés dans des pays anglophones —principalement aux États Unis—, conçus par et pour les anglophones.

    Il ne faut pas tout de même oublier l’autre moitié du gâteau, qui correspond aux parlants d’autres langues, surtout le japonais, le chinois, l’allemand et l’espagnol (d’après Global Reach). Le niveau de formation de ces parlants est considéré, tacitement si l’on veut, assez élevé pour assurer une connaissance de base passive de la langue anglaise, fait qui réduit de 50 % à 10 % le pourcentage d’usagers qui ne connaissent pas l’anglais et qui utilisent quand même Internet régulièrement.

    Le degré de conscience du plurilinguisme des outils de gestion de moteurs de recherche est bien divers. En considérant le nombre de langues inclues comme un filtrage dans l’option de recherche avancée dans les outils les plus reconnus (soit Yahoo!, Northern Light, HotBot, Lycos, AltaVista et Fast), on se rend compte de l’existence d’une grande variété: Fast (All The Web) est le chercheur qui présente plus de langues parmi ceux que nous avons consultés: 46. Si nous considérons que Ethnologue compile une liste avec à peu près 6.700 langues parlées actuellement dans le monde, les données sont assez significatives

    Quelles sont les voies possibles pour canaliser le plurilinguisme?

    Il y a trois chemins possibles:

  • Accepter le déséquilibre et laisser le marché décider la sélection des langues.
  • Donner des subventions officielles à la traduction dans toutes les langues.
  • Chercher des solutions intermédiaires avec le support des nouvelles technologies.
  • Notre proposition

    Notre option se situe dans la troisième voie, plus possibiliste, qui ouvre le chemin à plus de langues (sans arriver à la totalité) pour avancer vers l’égalité linguistique. Actuellement, la plupart des moteurs de recherche sont satisfaisants seulement si nous les interrogeons dans la langue du document que nous voulons obtenir:

    Un chercheur efficace pour naturaliser l’accès à Internet devrait intégrer les étapes suivantes:

  • l’interrogation originelle dans toutes les langues;
  • l’extraction des descripteurs qui caractérisent la formulation;
  • la localisation de ces descripteurs dans un thesaurus multilangues;
  • la recherche de ressources à partir de ce thesaurus;
  • la sélection des résultats selon le filtrage de l’adéquation informative;
  • la visualisation des résultats les plus saillants ou "substituts", par exemple, résumés, repérage de terminologie des documents ou traductions.
  • Avantages de la proposition

    Une naturalisation de l’accès aux données dans la propre langue en utilisant des thesaurus multilangues et des extracteurs de terminologie représente une solution:

    a) faisable, parce que les applications nécessaires sont déjà disponibles;

    b) soutenable, grâce à la charge économique limitée pour son entretien;

    c) actualisable, parce que l’adéquation des thesaurus et des ontologies, de même qu’une indexation efficace, ont des effets multiplicateurs dans les chercheurs;

    d) adéquate, parce qu’il est possible d’y entrer par chaque langue et arriver aussi à chaque langue;

    e) intégrable dans une chaîne technologique de développement de la traduction automatique et de l’élaboration de résumés; et

    f) rentable, parce que l’information résultante à partir des requêtes des usagers est beaucoup plus raffinée.


    intervention de M. Denis Cunnigham,

    Président de la Fédération Internationale des Professeurs des Langues Vivantes

    (Australie)
     
     

    Thème

    Plus les technologies sont globales,

    plus les connaissances sont individualisées

    Synthèse et extraits

    Dans un monde en rapide expansion démographique, les langues ont un rôle capital à jouer dans le processus d’harmonisation et de promotion de la diversité culturelle. L’éducation, la communication et les langues n’ont jamais eu autant d’importance qu’aujourd’hui malgré l’explosion des connaissances dans les domaines de la science, de la médecine et de la technologie.

    Il existait 6 000 langues en 2000, mais l’émergence de l’anglais comme langue mondiale pose un vrai challenge aux linguistes. D’abord en décourageant les étudiants des pays anglophones d’apprendre une langue " étrangère ". Ensuite en supprimant progressivement la forme écrite de certaines langues qui ne survivent qu’à travers la forme orale.

    Ainsi, on s’accorde à reconnaître qu’une langue disparaît toutes les deux semaines dans le monde, ce qui souligne leur fragilité.

    Une politique internationale doit être mise en place d’urgence dans le domaine de l’éducation et de la technologie. Toutefois, il faut se rappeler que de nombreux habitants du globe n’ont toujours pas accès à l’électricité et que le téléphone n’est utilisé que par la moitié de la population mondiale ! Imaginez alors le pourcentage de nos semblables ayant accès à l’ordinateur : 25 % ? 10 % ? Moins de 10 % ?

    Cela nous pousse à reconnaître que les nouvelles technologies, loin de rassembler les peuples vers plus d’égalité, creusent un peu plus encore l’écart entre " ceux qui possèdent " et " ceux qui ne possèdent pas ".

    Pour Internet, la langue universelle, c’est l’anglais. 80% des contenus du Web sont rédigés en anglais. Cette position dominante est remise en question aujourd’hui plus par la montée en puissance des langues asiatiques (chinois et japonais en particulier), que par celle des langues européennes, à l’exception de l’espagnol, largement utilisé en Amérique du Sud.

    Le besoin de traduction électronique ou humaine s’avère plus que jamais nécessaire. Worldpoint propose d’ores et déjà des traductions en 13 langues différentes, et devrait élargir son offre à l’avenir.

    Dans la foulée des déclarations du Directeur Général de l’UNESCO, un certain nombre de recommandations peuvent être faites dans le domaine des politiques des états membres, de leurs systèmes d’enseignement, de la formation des enseignants,

    de la documentation mise à la disposition des populations, de la technologie, de l’Internet, de la communication des systèmes d’information et des traductions.

    En conclusion, à l’heure ou le multilinguisme est à l’ordre du jour, son existence même est mise en péril avec l’émergence de l’anglais comme " langue franche " et la disparition des langues locales véhiculées par la seule tradition orale.

    Pour combattre cet état de fait, l’union la plus large est nécessaire alors que les ressources de la planète sont en diminution et la population en constante augmentation. La richesse et la diversité du multilinguisme doivent être retenus comme principe essentiel guidant les organisations internationales pour le 3ème millénaire, non seulement pour des raisons économiques, mais aussi pour des motifs d’harmonie culturelle nécessaire au développement des peuples du globe.

    A une époque de mondialisation croissante, à l’heure du " village global ", l’heure est à l’individualisation et à la diversification des connaissances. La technologie, arme à double tranchant, risque de mettre en péril la diversité des langues tout en optimisant les capacités de communication entre les peuples, à travers une richesse de langues disponibles et technologiquement accessibles à tous, mais culturellement délaissées. Tel est notre challenge pour les générations futures.



    intervention de M. Marcel Diki-Kidiri,

    Institut Universitaire de Linguistique Appliquée de

    L’Université de Pompeu Fabra de Barcelone

    (Espagne)
     
     

    Thème

    Les langues africaines dans la société de l’information

    Synthèse et extraits






    Dans le domaine du plurilinguisme, le cas de l’Afrique et de ses langues concentrent les plus grands défis à relever.

    Le nombre des langues africaines est généralement estimé à environ 1800 dont environs dont 400 seulement ont fait l’objet d’une description scientifique. Plusieurs dizaines de ces langues sont en voie d’extinction, d’autres sont au contraire en pleine expansion : moins d’une cinquantaine sont devenues un moyen privilégié de communication. Ce sont surtout les langues véhiculaires (internationales et intra-nationales) qui se sont imposées comme moyens privilégiés de communication :

    Langues transnationales

    Véhiculaires. La plupart ont acquis un statut spécifique dans plusieurs des Etats où elles ont cours. Exemples:

  • le kiswahili (Tanzanie, RDC, Kenya Uganda, Burundi, Rwanda)
  • le complexe manding : bambara-dioula-malinke (Mali, Burkina-Faso, Côte d’Ivoire, Sénégal, Guinée, Guinée-Bissau)
  • le peul (Sénégal, Gambie, Mauritanie, Mali, Burkina-Daso, Guinée, Guinée-Bissau, Bénin, Cameroun, Centrafrique, Côte d’Ivoire, Niger, Nigeria, Tchad)
  • l’arabe (Tchad, Comores, Djibouti, Mauritanie, Somalie, Soudan, Algérie, Maroc, Tunisie).
  • Vernaculaires. Elles sont propres à des populations qui se sont retrouvées divisés par les frontières étatiques. Elles ne sont pas véhiculaires et peu d’entre elles ont un statut spécifique dans au moins un état. Quelques exemples :
  • le soninke (Mali, Mauritanie, Sénégal : statut spécifique)
  • le songhay (Mali, Burkina-Faso, Bénin, Niger : statut spécifique)
  • le moore (Côte d’Ivoire, Mali, Ghana, Burkina-Faso : statut spécifique)
  • le saar-ngambáy (Centrafrique, Tchad)
  • Langues intra-nationales

    Véhiculaires. Elles sont largement répandues sur la totalité ou une partie importante du territoire d’un Etat. Elles ont conquis un statut spécifique. Exemples :

  • le sängö (Centrafrique)
  • le malgache (Madagascar)

  •  
    Locales. Elles sont généralement vernaculaires, mais certaines sont des véhiculaires à portée limitée. Certaines d’entre elles ont dans certains pays un statut spécifique (ex. le kabyè au Togo). Toutefois leur usage ne dépasse guère – ou si peu -- la limite des groupes qui les utilisent comme langues maternelles. C’est le cas de la grande majorité des langues africaines. Quelques exemples:
  • le kabyè (Togo: statut spécifique)
  • le xhosa (Afrique du Sud)
  • le zulu (Afrique du Sud)
  • le Fanagalo (Afrique du Sud)
  • La modernisation des langues africaines passe par l’aménagement de systèmes orthographiques modernes, de terminologies nouvelles, d’ouvrages pédagogiques et de moyens de traitement informatique.

    Ainsi, pour la plupart des langues africaines majeures, le passage de l’oral à l’écrit a été la première étape à franchir. Pour les terminologies nouvelles, il faut se replacer dans un contexte historique : les langues africaines qui étaient très bien adaptées à l’expression du monde traditionnel, se sont retrouvées tout à coup en danger de marginalisation, puisque ce sont les langues européennes du colonisateur qui tiennent désormais le haut du pavé. Aujourd’hui, l’impérieuse nécessité de recourir aux langues africaines majeures comme moyens de communication des réalités modernes s’est fait jour, si l’on veut atteindre les populations au raz des villages pour un développement durable.

    Enfin, il est évident qu’aucune des activités évoquées ci-dessus ne peut ignorer la nécessité de l’outil informatique aujourd’hui. Beaucoup d’efforts ont éte consacrés à la recherche de solutions pour le traitement informatique des langues africaine. En effet, alors que la grande majorité des langues africaines s’écrivent avec des caractères spéciaux hérités de l’Alphabet Phonétique International (API) adapté par l’Institut Africian International, les logiciels capables de prendre en compte ces caractères étaient – et sont encore dans une large mesure -- particulièrement rares.

    Néanmoins, quelques logiciels permettent de traiter les langues africaines :

    Les logiciels distribués par la SIL. (Summer Institute of Linguistics –"Société Internationale de Linguistique"), dont les principales composants sont :

    SHOEBOX : un gestionnaires de base de données destiné aux travaux lexicographiques et d’analyse de textes par annotation et interalignement

    SIL ENCORE FONT : une batterie de glyphes, de symboles et de diacritiques

    TYPECASTER : un utilitaire permettant de spécifier une table de caractères et de produire la police

    KEYMAN : un utilitaire qui permet de redéfinir un ou plusieurs claviers virtuels, associés aux polices.

    CC (Consistant Change) : utilitaire de conversion à caratère général

    SF-CONVERTER : utilitaire de conversion spécifique

    MDF (Multi-Dictionary Formatter) est un logiciel de mise en page de dictionnaire.

    Les logiciels de la société "Progiciels BPI"

    Ce site Web présente une suite de cinq progiciels de traitement de corpus assisté par ordinateur (TCAO) produits par la société canadienne Progiciels BPI. Cette suite contient les progiciels suivants: Alibi, Concorde, Recode, Ventile, et Vocable. Ces progiciels de TCAO permettent de dépouiller automatiquement des textes et de traiter de 6 langues africaines et 14 langues indo-européennes.

    Les logiciels distribués par World Languages Ressources

    Ce portail américain de Los Angeles a pour ambition la vente de produits langagiers sur toutes les langues du monde. Il s’agit en effet d’une fantastique collection de produits variés sur et pour plus de 400 langues, ce nombre étant régulièrement en augmentation. Six produits logiciels sont censés traiter les langues africaines, dont :

    AFROROMAN est une batterie de polices de caractères True Type en encodage ISO-8859 qui couvre les alphabets de 19 langues africaines

    GLOBALWRITER est un traitement de texte multilingue, capable d’écrire correctement dans une centaine de langues d’Afrique, d’Europe et d’Asie.

    GLOBALOFFICE est un applet qui transforme la suite bureautique de Microsoft en une suite bureautique multilingue

    TANGO BROWSER est un navigateur multilingue capable de fonctionner en 144 langues dont des langues africaines et surtout d’Asie.

    TANGO CREATOR est un atelier de création de sites multilingues
     

    Ces outils ne représentent pas la solution idéale, dans la mesure où ils ne prennent pas en compte une étude de cas individuelle permettant une localisation adéquate de ces logiciels. il est fort à craindre que la prise en charge réclamée par les vendeurs de logiciels ne se limite à la prise en compte de l’Alphabet Phonétique International. Ce qui est très en deçà du minimum requis pour pouvoir prétendre supporter une langue particulière. Il nous faut des logiciels d’unification, des standards généraux, mais qui doivent être négociés sur la base d’une prise en compte véritable des spécificités de chaque langue.
     

    Seules deux langues africaines ont des sites entièrement rédigés dans leur langue : le kiswahili et le sängö. Par contre j’ai relevé 217 sites qui donnent des informations sur les langues africaines, les peuples qui les parlent et leurs cultures.

    Incontestablement les langues africaines sont des langues dont on parle abondamment sur la Toile, mais non des langues dans lesquelles on communique.

    Dans un espace plurilingue où l’on ne veut a priori exclure aucune langue, il faudrait prendre les mesures de protection et de promotion qui s’imposent pour garantir le droit à l’existence des langues les plus menacées. Il faudrait sans plus tarder vouloir relever les défis suivants:

  • Intensifier l’équipement des pays en développement.
  • Favoriser l’implantation et la multiplication des Fournisseurs d’Accès Gratuit à l’Internet (F.A.G. I.) en Afrique et dans les autres pays en voie de développement.
  • Favoriser l’équipement informatique des institutions d’éducation et de recherche dans ces mêmes pays.
  • Promouvoir le développement et/ou la diffusion de standards qui respectent véritablement les spécificités de chacune des langues faisant l’objet d’un traitement informatique.
  • Soutenir et développer la recherche sur le traitement des corpus volumineux en langues africaines et des pays en développement.
  • Encourager la création et la multiplication des portails en langues africaines sur la Toile.

  • Tout l’Internet ne doit pas faire oublier que le livre en papier reste encore pour longtemps l’outil d’apprentissage le plus immédiatement accessible à "l’enfant noir".


    Si l’on prend en considération l’existence de près de 1800 langues en Afrique, il n’est pas réaliste de penser que l’on puisse les promouvoir toutes de la même manière, même avec toute la meilleure volonté du monde. Mais si une langue, quelle qu’elle soit, est prise en charge de façon formelle par ses locuteurs, il est souhaitable qu’elle soit soutenue au niveau d’un programme international.


    intervention de M. Svein Einarsson,

    Secrétaire Général de la Commission Islandaise pour L’UNESCO

    (Islande)

    Thème

    Les rêves, la langue, et la technologie de l’information :

    le cas islandais

    Synthèse et extraits


    Depuis 10 à 15 ans, les peuples ont pris conscience des possibilités considérables ouvertes par les nouvelles technologies dans la collecte et l’archivage de l’information au profit de la science, de l’éducation et de l’expression artistique. L’essor de l’informatique et d’Internet ont vite posé de nouveau les problèmes de législation, d’éthique avec des enjeux culturels qui nécessitent de nouvelles approches en termes de relations internationales, tels les droits d’auteur, la protection de l’individu et particulièrement celle des mineurs. Enfin, se posait le problème de l’accès et de l’usage de ces nouvelles techniques offert au plus grand nombre ou à une élite fortunée et éduquée.

    Dès le milieu des années 90, des organisations internationales telles que le Conseil de l’Europe et l’UNESCO se sont intéressés à ces débats. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Pour l’UNESCO, ces questions sont devenues prioritaires pour le secteur de la communication.

    Comment un petit pays comme l’Islande réagit-il à ces enjeux ? A l’occasion de l’informatisation des Ministères Islandais de l’Education, de la Science et de la Culture, le Ministre et son cabinet reçurent une formation en anglais dispensée par un Islandais ! S’étonnant d’une telle démarche, les dirigeants firent remplacer du jour au lendemain, le formateur " anglophone " par l’un de ses collègues qui poursuivit les cours dans sa langue maternelle. Mais lorsque le Ministre voulut s’adresser au Parlement à partir d’un texte saisi en islandais sur son ordinateur, une erreur de manipulation lors de l’impression du discours le fit disparaître, obligeant ce dernier à improviser devant les députés jusqu’à ce que l’on retrouve le texte du fameux discours, deux jours plus tard…en Allemagne ! Personne jusqu’ici n’a pu fournir d’explications à ce mystère de la technologie revue et corrigée par la linguistique !

    Aujourd’hui, la plupart des manuels d’utilisation sur Macintosh sont traduits en Islandais mais pas ceux du standard PC.

    En réalité, l’Islandais moderne n’a que peu varié par rapport à celle du 13ème siècle, proche des langues germaniques de l’Europe du Nord. Ceci est dû en partie à l’isolement géographique de notre pays, mais aussi à la richesse et à la permanence d’une littérature médiévale toujours enseignée aujourd’hui, contrairement à l’exemple scandinave. L’évolution économique du pays, au cours du 20ème siècle, a conduit en 1970 a créé un dictionnaire spécifique à l’usage de l’informatique et réédité en 1974, avec environ 700 mots à son actif. La dernière édition de ce manuel date de 1998.

    Cela étant, force est de reconnaître que la langue principale des nouveaux outils de communication reste l’anglais ou l’ " anglo-islandais ", une sorte de langue hybride à l’usage de l’informatique et de l’Internet, plus particulièrement utilisée par les enfants et les jeunes que par les anciens, fragilisés par cette évolution culturelle, technologique et esthétique rapide.

    Si vous ajoutez la domination du cinéma américain et celle de l’anglais sur nos chaînes de télévision, sans parler de la musique pop et de la publicité, elles aussi en anglais, vous comprendrez la situation délicate vécue par l’Islande aujourd’hui. Même les films français, espagnols ou scandinaves sont directement sous-titrés en anglais, et non pas doublés en islandais. On assiste donc à une globalisation commerciale autour de l’anglais, accompagnant une relative négligence pour ne pas dire un mépris pur et dur pour notre langue maternelle. Ce phénomène, pour moi, est d’abord un manque de respect de nous-mêmes avant d’être une conquête de l’extérieur.

    Un autre exemple est édifiant. Pour un jeune Islandais, il faut 12 à 18 mois de plus que pour n’importe quel autre Européen pour apprendre sa langue maternelle, compte tenu des difficultés grammaticales de l’islandais. On peut se demander quel est l’intérêt de dépenser des centaines de millions de francs chaque année pour apprendre à nos enfants une langue qui n’est comprise que par 300 000 personnes. Et pourtant beaucoup de chercheurs affirment qu’un tel apprentissage long et coûteux pour notre pays, est un atout fantastique pour apprendre d’autres langues étrangères (les Islandais parlent 2 à 3 langues en moyenne), mais aussi pour accéder à une approche logique et méthodologique des mathématiques, de la philosophie, de la physique et des sciences sociales.

    Face à cette situation, quelles mesures peuvent être prises ? La Commission pour l’Informatique a remporté des succès partiels pour l " Islandisation " des manuels et modes d’emplois. Nous n’avons pas retenu la méthode des quotas pour les industries culturelles anglo-saxonnes mais nous essayons de renforcer par des aides notre production domestique. Un projet ambitieux mené par le Ministère de l’Education, de la Science et de la Culture avec Microsoft devrait favoriser la traduction du système Windows en islandais, éradiquant du même coup le piratage actuel des logiciels.
    Le fait qu’Internet soit largement ouvert à l’anglais ne m’inquiète pas outre mesure. Pour moi, ce qui compte, c’est l’accès au plus grand nombre d’utilisateurs. Dès lors que la majorité des Islandais puissent recourir au Web, ils utilisent automatiquement l’islandais pour communiquer entre eux. En cela, nous approuvons les propositions du rapport préliminaire de l’UNESCO pour promouvoir le multilinguisme dans le cyberespace par la création de contenus, la prévention de toute ségrégation culturelle ou linguistique, notamment dans le domaine scientifique, la mise en place d’aides fiscales, de bourses et de prix encourageant les logiciels de traduction et les dictionnaires " on-line ", bref tout ce qui peut faciliter la construction d’un véritable " village global ".

    Internet doit être aujourd’hui considéré comme un service public. Une péréquation des coûts d’accès à l’Internet entre les utilisateurs des pays riches et ceux des pays pauvres, doit également être envisagée, à l’échelon des organisations internationales, notamment celles régulant les télécommunications. Des ordinateurs " Volkswagen " simples d’utilisation et peu coûteux doivent pouvoir être proposés aux pays en voie de développement.

    " Une petite nation qui perd sa langue perd le respect international, et disparaît dans l’océan des nations. Au contraire, si la nation voit la globalisation comme un défi pour cultiver et promouvoir sa langue, son peuple retrouve le respect dans le concert des nations ", déclarait récemment Madame Vigdis FINNBOGADOTTIR, ancienne Présidente de l’Islande et actuellement Ambassadrice de l’UNESCO pour les langues.
     
     


    intervention de M. José Antonio Millan,

    Fondateur du Centre Virtuel Cervantes,

    Journaliste de la section multimedia de " El Pais "

    (Espagne)

    Thème

    Quelle est la plus-value linguistique inhérente aux produits et services de la net.economy ?

    Synthèse et extraits

    Les technologies linguistiques comptent beaucoup dans le développement d’innombrables services, tels que l’interactivité vocale avec l’ordinateur, et facilitent de nombreux secteurs professionnels dont l’activité repose sur le maniement du langage, tels que le journalisme, la publicité, l’information touristique, l’édition et toutes les autres formes d’info-médiations.

    Pour mesurer le poids de la technologie linguistique, l’index WLT (Weight Linguistic Technology) a été mis au point.

  • Les chercheurs sur le Net,
  • les spécialistes de l’intelligence économique,
  • les enseignements à distance,
  • l’apprentissage de l’espagnol en tant que langue étrangère (43 millions d’étudiants concernés dans le monde),
  • l’information touristique (10% des voyages sont désormais réservés sur le net),
  • l’information professionnelle (représentant un chiffre d’affaires global de 478 millions d’euros pour la seule période 1997/1998 avec un taux de progression de 100% prévu à l’horizon 2004, l’industrie des droits d’auteurs,
  • le e-commerce.(des chiffres d’affaires de plus de 138 milliards d’euros de CA aux USA et 108 millions d’euros en Europe prévus selon Dataquest pour 2003), participent tous de cette interactivité grandissante entre les technologies du langage et la net-economy.
  • Sous quel statut légal la production de ces outils linguistiques doit-elle évoluer ? Doivent-ils être partagés par le plus grand nombre d’acteurs publics et privés des secteurs des affaires comme de l’économie sociale ? Ou, au contraire, concentrés entre les mains de quelques monopoles mondiaux ? Quel doit être le prix à payer par les utilisateurs ? Quel est le meilleur modèle de développement pour ces nouvelles technologies ? Le " software " peut-il être mis gratuitement à la disposition du plus grand nombre ? Telles sont les questions qui se posent aujourd’hui à la communauté internationale.

    C’est le langage lui-même qui nous donnera l’exemple de la meilleure utilisation qu’il faut en faire dans ce siècle digital.
     


    intervention de M. Daniel Pimienta,

    Président de l’Association Réseaux & Développement, FUNREDES

    (pimienta@funredes.org)

    (République Dominicaine)

    Thème

    Place des langues et cultures dans l’Internet,

    et methodes plurilingues dans les communautés virtuelles

    Synthèse et extraits

    L’ANGLAIS SOUS LA BARRE DES 50% EN 2003 ?

    S’il reste environ 6 000 langues pratiquées sur les 40 000 qui existaient, leurs poids ne sont bien entendu pas identiques. Si le chinois ou l’anglais représentent chacune un poids de plus de 500 millions d’individus, et seulement entre 100 et 200 millions pour le français, il n’en reste pas moins que la francophonie, l’hispanité et les autres communautés relevant des langues latines (italien, portugais et roumain) ont, ensemble, un poids supérieur à celui de l’anglais (785 vs. 630 millions).

    Quelle va être la place de ces langues et cultures dans les Nouvelles Technologies de l’Information et Communication (NTIC)?

    En mars 1995, la présence de la langue anglaise était estimée à 95% de l’espace web. Une première approximation fut construite par Funredes, avec une recherche complémentaire pour savoir si l’Internet favorisait la culture nord-américaine. Répétée en 1996 et en 1997, l’étude montrait une progression du français et de l’espagnol par rapport à l’anglais et également une progression de l’espagnol par rapport au français.

    En 1998, l’Agence de la Francophonie (ACCT) et l’Union Latine apportaient leur soutien à cette recherche. Cela permit d’établir une méthodologie rigoureuse pour la mesure des langues, en partant d’une sélection de mots contrôlés par des linguistes pour établir les comparaisons. L’étude s’étendit à l’ensemble des langues latines et les premiers résultats intermédiaires, sont consultables à: http://funredes.org/langues.
     

    Les résultats de la première étude furent les suivants:

    1) Sur le plan linguistique, entre 60% et 80% des ressources "Internet" sur le web étaient en anglais, et entre 3% et 4% en français. Le français avait une présence plus de 2 fois supérieure à celle de l’espagnol.

    2) Sur le plan culturel, là où culture et marché sont le plus indépendants il n’apparaissait pas qu’il y ait de préférence culturelle marquée sur l’Internet. En revanche là où culture et marché sont totalement interdépendants et où la langue intervient (comme dans la chanson et le cinéma), la célébrité des produits nord-américains est d’un ordre de grandeur supérieur à celle des latins.

    Résultats Absolus (Approximatifs)
     

     
    WWW
     
    Absolu
    Absolu
    Pondéré
    Pondéré
    1998

    (en %)

    2000

    (en %)

    1998

    (en %)

    2000

    (en %)

    ANGLAIS
    75.00
    60.00 
    7.14
    5.71
    ITALIEN
    1.50
    2.77
    1.50
    2.77
    FRANCAIS
    2.81
    4.39
    1.30
    2.02
    ESPAGNOL
    2.53
    4.85
    0.40
    0.78
    PORTUGAIS
    0.82
    2.14
    0.26
    0.68
    ROUMAIN
    0.15
    0.19
    0.30
    0.38
     
    Source : Funredes/Union Latine
     
     

    Un chiffre supérieur à 1 est une bonne performance. Il faut donc noter :

  • l’excellente performance de l’italien,
  • une croissance relative plus forte de l’espagnol par rapport au français mais avec un retard global …relatif,
  • la performance honorable du français dans l’espace www (mais très faible dans l’espace Usenet),
  • une accélération du portugais.
  • En ce qui concerne la partie culturelle de l’étude, pas de différences majeures avec les premières mesures en 1995.

    L’espace relatif de l’anglais va en diminuant dans la mesure ou les autres cultures et langues s’investissent dans la production de leur patrimoine d’information sur l’Internet. Le multi-linguisme semble être la voie adéquate et dans ce cadre l’anglais conservera évidement un avantage de deuxième langue véhiculaire.


    intervention de M. Raymond Renard,

    Directeur du Centre International de phonétique appliquée

    (Mons, Belgique)

    Thème

    Accompagner le défi technologique à l’école ?

    Synthèse et extraits

    " Le plurilinguisme doit être reconnu comme porteur de tolérance

    et facteur de convivialité et de solidarité dans la mesure

    où il favorise le passage du multiculturel à l’interculturel. "

    Le multilinguisme caractérise la situation naturelle d’un espace où coexistent de multiples langues ; le plurilinguisme s’appliquerait plutôt à des situations aménagées de telle sorte que les individus qui les vivent maîtrisent plusieurs langues.

    Sans intervention des pouvoirs publics, sous la forme d’un aménagement linguistique, les langues et les cultures endogènes sont vouées à la loi du plus fort.

    Chacun est cependant conscient de l’intérêt du plurilinguisme, tant pour les États que pour les individus. Un nombre substantiel d'activités humaines ne pourront plus être envisagées sans moyens de télécommunication informatisés, notamment dans des secteurs clés comme l'économie, l'édition, l'éducation, la presse, etc.…

    Les problèmes techniques doivent être maîtrisés dans la perspective d’un développement fondé sur la primauté de la personne. Et ceci amène à l’éducation.

    La citoyenneté télématique doit être accessible à tous sans distinction, que l’on soit handicapé, moins nanti culturel, et non pas réservée au club des "Very Happy Few ".

    Les communications informatisées doivent pouvoir s’effectuer pour chacun, dans sa langue de communication.Un multilinguisme minimal correspondra, pour le XXIe siècle, à l’espoir d’une éducation pour tous, clamé il y a plus d’un siècle.

    Il y a encore loin, cependant, de la coupe aux lèvres. Ainsi, si dans les sociétés développées, on trouve encore environ 10% d’analphabètes, la proportion monolingues/multilingues est à peu près inverse. Tolérer une situation caractérisée par un accès au cyberespace nécessitant la maîtrise d’une langue étrangère, aurait pour conséquences :

  • Une citoyenneté véritablement démocratique pour les pays anglophones
  • Un accès au cyberespace pour les intellectuellement riches dans les pays nantis
  • Un accès au cyberespace pour l’oligarchie des riches dans les pays en voie de développement.
  • Si l’enseignement des langues doit être développé, celui des langues par l’Internet nécessite un contrôle étroit et actif des enseignants. Ce type d’apprentissage amène à des connaissances souvent très déséquilibrées ou fragmentaires (connaissance supérieure à l’écrit qu’à l’oral, syntaxe réduite…) et peut aussi bien démotiver pour l’informatique le faible en langue, que dissuader le faible en informatique.

    Aussi, avant de décider d’une politique de recours aux TIC dans l’éducation, une réflexion s’avère nécessaire sur les risques à éviter :

    • Absence de contrôle démocratique sur l’ensemble du système de communication, aux mains de quelques multinationales, voire de quelques opérateurs individuels tout-puissants.

    • Risque réel de manipulation et d’appauvrissement de la pensée, notamment de tous ceux à qui est imposé le recours à un pidgin baptisé anglais. L’information entraîne forcément des modifications de la manière de s’exprimer: "Ce que l’on conçoit bien, s’énonce, désormais, rapidement", constate l’ambassadeur Jean-Jacques de Dardel. Beaucoup s’interrogent sur l’utilité d’une accumulation de connaissances, qui pourrait nous ouvrir un "nouvel âge de l’aliénation".

    • Dangers de structuration culturelle, compte tenu de la provenance des innovations technologiques.

    • Système inéquitable qui n’offre pas à tous les mêmes possibilités d’accès et

    de participation à une technologie totalisatrice, les TIC n’étant pas à la portée

    de tous.

    D’où la nécessité d’assurer :
  • la protection du patrimoine de l’humanité, constitué par la diversité linguistique et culturelle, la revalorisation du rôle de la langue maternelle, la mise en oeuvre d’un plurilinguisme fonctionnel.
  • une stratégie de rééquilibrage de l’accès à la toile, par diversification linguistique et culturelle.
  • La francophonie doit jouer un rôle spécifique de protection de ces valeurs, dans différentes directions:

    1 au niveau international d’abord, compte tenu de la privatisation, quasi totale des opérateurs américains, maîtres du marché de la communication. Il faut approfondir la question de l’incidence de l’irruption des TIC sur le développement des pays du Sud. Ainsi, si les coûts constituent un obstacle majeur, le mode de pensée en constitue un autre, les représentations du monde étant essentiellement basées sur les habitudes de pensée occidentales.

    2 au niveau éducatif ensuite, il faut s’attacher à préparer les jeunes (et à protéger au mieux leurs aînés) à affronter les nouveaux défis. Il faut refonder l’éducation de l’esprit critique.

    Il faut que les praticiens et les scientifiques de l’éducation -spécialité francophone- poursuivent leurs efforts pour maîtriser les nouveaux outils. Les nouvelles technologies ne sont pas une fin en soi, mais un moyen en vue d’une fin qui est de servir la culture et le développement; et non devenir ce que sont devenus les médias sous l’effet de la mondialisation, de l’"impérialisme masqué" (Unesco, 1998, 48).

    3 au niveau de la culture scientifique, il faut que se développent De structures susceptibles de favoriser la vulgarisation des apports de la philosophie de la science, car le domaine concerné dépasse de loin la seule technologie.

    La francophonie ne manque certainement pas d’atouts pour relever, à sa manière, le défi des info routes. Elle ne peut le faire seule. Le plurilinguisme est une cause humaniste; c’est une option éthique, ce doit être une entreprise solidaire.

    S’il est vrai que le réseau, comme tout moyen informatique (et comme plus largement tout moyen audiovisuel) peut fournir d’intéressantes opportunités pour le soutien des activités d’enseignement/apprentissage en langue étrangère, cette propriété ne peut en aucun cas justifier une démobilisation pour la garantie de l’accès le plus généralisé au cyberespace via la langue maternelle.

    Elle ne peut non plus détourner les éducateurs de former des têtes bien faites plutôt que bien pleines.


    intervention de M. Philippe Renaut,

    Responsable du projet HARMONIC (annuaire multilingue)

    De l’Association Française pour le Nommage d’Internet en Coopération

    (France)

    Thème

    Multilinguisme, une lutte contre l’histoire

    Stratégies multilingues

    Synthèse et extraits




    Si l’anglais offre une prédominance importante sur le Web, on ne doit pas obligatoirement le comprendre comme une volonté mais l’intégrer dans l’évolution historique, de par ses origines gouvernementales et universitaires américaines, et donc un outil pour professionnels dans un pays anglophone.

    L’arrivée en 90 du service grand public du World Wide Web consacre Internet comme outil de communication au service du plus grand nombre. L’arrivée en Europe fut donc plus une adaptation d’un produit Américain qu’un développement parallèle.

    Les logiciels qui ont été mis au point pour exploiter les services de l'Internet ont naturellement suivi la même voie et ont donc été conçus pour des langues comme l'anglais (code ASCII : American Standard Code for Information Interchange).

    On a développé d'autres mécanismes de codage afin d'ouvrir l'Internet à l'utilisation d'autres langues, avec néanmoins des problèmes persistants.

    Bien que certains efforts de normalisation aient été entrepris à l'échelle internationale, beaucoup d'options dépendent des connaissances des utilisateurs ou sont tout simplement inaccessibles à certains.

    Voulons nous créer sur le Web une copie conforme de la société dans laquelle nous vivons ou bien allons nous profiter de notre connaissance, des erreurs passées pour améliorer ce monde en construction ?

    C’est en réponse à cette problématique qu’il faut considérer le multilinguisme. Le développement d’un Web multilingue, plus qu’un problème pratique ou démocratique est un véritable enjeu mondial de préservation des cultures. Souhaitons-nous voir disparaître la diversité de pensées avec les conflits que cela peut engendrer au profit d’un modèle unique, suivi par tous ?

    La demande très forte des utilisateurs de pouvoir accéder à des ressources exprimées dans la langue de leur pays (28% seulement des Européens parleraient l’anglais) donne un élan énorme aux entreprises développeuses de technologies multilingues. Les domaines concernés sont la traduction automatique, le développement de thésaurus, la recherche multilingue, le codage multilingue, l’extraction, l’indexation, le condensé d’information.

    Pour atteindre un véritable multilinguisme, on a besoin de deux types d’outils, permettant une réelle recherche multilingue (requête dans une langue natale trouvant des documents écrits dans n’importe quelle autre langue), et des outils de traduction pour permettre l’affichage du document retrouvé dans la langue maternelle du demandeur. Il faut envisager un certain degré d’interactivité avec l’utilisateur lui permettant de " désambiguiser " les termes utilisés.

    Des méthodes de codage nouvelles (comme dans le DNS : Domain Name System), ou la création d’un annuaire multilingue doivent être envisagés. Aujourd’hui, par exemple, la probabilité qu’une page mexicaine ait été traduite en suédois tend asymptotiquement vers zéro.

    Conclusion

    Le multilinguisme n’est plus un rêve, il est à notre porte. Il ne faut toutefois pas perdre de vue que les freins restent principalement techniques. Dans un univers au passé anglophone, la remise à niveau de tous les standards n’est pas une mince affaire, même si les bonnes volontés ne manquent pas et si la motivation internationale est grande. Il faut continuer à multiplier les actions technologiques et pousser les acteurs de normalisations à s’entendre autour d’un consensus, seul moyen de révolutionner lentement les normes établies de l’Internet.


    intervention de M. José Silvio,

    Coordinateur du Programme IESALC/UNESCO à Caracas

    (Vénézuela)

    Thème

    Education et multilinguisme dans l’Internet
     

    Synthèse et extraits

    La diversité culturelle est un des fondements de la société humaine. Le phénomène de la globalisation permet théoriquement la manifestation de la diversité linguistique et culturelle, mais il entraîne aussi le danger d’uniformisation au travers d’une langue et une culture dominante. Cependant, la prédominance d'une langue dans le cyberespace n'est que l'expression de la prédominance d'un pays et de sa culture dans le monde réel. Elle est le reflet d'une domination économique, politique et socio-culturelle dans le monde physique.

    La prédominance de l’anglais via les Etats-Unis existait déjà avant l'arrivée de l’Internet. L'anglais joue actuellement le rôle de lingua franca dans le cyberespace. Cette situation crée une inégalité et une dépendance par rapport à une langue et une culture et empêche la manifestation de la diversité culturelle si nécessaire à la société.

    Une langue unique, commune à toutes les sociétés, permet une communication plus facile. C'est la motivation qui a donné naissance à l'esperanto comme langue universelle, mais qui a échoué car les peuples résistent à abandonner leurs langues comme expression de leur identité culturelle. Paradoxalement, la langue commune permet la communication et l'échange culturel entre des peuples divers, mais en même temps, chaque peuple a besoin de sa langue pour affirmer son identité culturelle.

    Il faut donc chercher un équilibre entre l'uniformité nécessaire à la compréhension internationale et la diversité. C’est dans cette dialectique qui doit se développer le plurilinguisme dans l'éducation dans le monde physique et dans le monde virtuel.

    Ainsi, la langue ne suffit pas à elle seule. Il faut qu’elle soit vraiment utilisée comme véhicule d'expression de l'identité culturelle et non seulement comme une simple traduction de contenus conçus et mis en réseau par des gens d'une autre culture.

    Dans ce contexte, les problèmes à résoudre dans le cadre du plurilinguisme dans l'éducation virtuelle, peuvent se poser de la façon suivante, en répondant à la question qu'est-ce qui est désirable ?:

  • Assurer la diversité culturelle tout en assurant la diversité linguistique dans l'éducation virtuelle
  • Garantir l'accès équitable aux ressources d'apprentissage dans l'INTERNET
  • Promouvoir l'apprentissage des diverses langues sur l'INTERNET pour faciliter l'éducation virtuelle plurilingue.
  • Garantir au maximum la disponibilité dans l'INTERNET de ressources d'information pour l'apprentissage dans les langues natives des utilisateurs.
  • Assurer la qualité et la pertinence des contenus multilingue pour l'apprentissage sur l'INTERNET.
  • Eviter l'unilinguisme dans l'éducation virtuelle.
  • Pour arriver à la situation idéale, toutes les actions doivent se concentrer sur la création, le développement des sites web, selon les critères suivants :
  • Nombre de langues de base du site web
  • Type de traduction des contenus
  • Niveau de communication dans le site web
  • Type de site web
  • Orientation de la communauté virtuelle
  • Un autre groupe d'actions comprend le développement intensif de l'apprentissage des langues. C'est une solution qui peut être externe à l'INTERNET ou se faire par son intermédiaire. Dans ce cas, on n'a pas besoin de traduire des contenus car les utilisateurs seront des polyglottes et ils pourront apprendre dans plusieurs langues avec des contenus dans divers langues, avec les limites qui découlent du nombre de langues que peuvent apprendre les utilisateurs.

    Un autre problème à résoudre est celui de la communication entre les enseignants et les apprenants et entre les apprenants dans un site web d'apprentissage ou une communauté virtuelle d'apprentissage. Il y a une différence entre chercher de l'information et communiquer avec des apprenants de langues diverses qui ne peuvent pas communiquer entre eux. Il faudra étudier la possibilité d'incorporer des programmes de traduction automatique pour la communication asynchrone (courrier électronique, groupes de discussion) et synchrone (groupe de discussion en temps réel ou chat multi utilisateur). Ou bien il faudra des enseignants et des enseignés polyglottes.

    Les réponses aux questions de l'éducation multilingue dans l'INTERNET dépend de la solution choisie.

    Faut-il du multilinguisme en Amérique Latine et dans les Caraïbes ?

    Dans la région d'Amérique Latine et des Caraïbes, la situation du multilinguisme est le résultat direct de l'action des anciens colonisateurs européens :

  • L'espagnol est la langue parlée par 64,1% de la population dans 20 pays ('environ 519 millions d'habitants)
  • 32,8% concentré au Brésil parlent le portugais (environ 170 millions de personnes).
  • L'espagnol est devenu une sorte de lingua franca pour la communication entre les Brésiliens et les autres latino-américains.
  • L'anglais est parlé dans 18 pays par une population d'environ 6 millions d'habitants, 1,2% de la population totale.
  • A cela, s’ajoutent les langues indigènes qui dans des pays andins comme le Pérou, la Bolivie et l'Equateur et la Bolivie ont une grande importance dans la culture de la population qui n'a pas accès à l'INTERNET.

    Il est donc difficile de concevoir la région d'Amérique Latine et des Caraïbes comme une unité linguistique intégrée, homogène et cohérente. Faut-il du multilinguisme dans cette région ? Les personnes des différentes cultures en Amérique Latine et dans les Caraïbes ont-elles intérêt à s'intégrer au moyen d'un éducation multilingue?
     

    La réponse à ces questions doit venir après une étude des besoins et aspirations de la population. Cependant, je vais partir du principe selon lequel une éducation virtuelle multilingue est souhaitable dans cette région. Il faudrait donc travailler en principe avec cinq langues de base: espagnol, portugais, anglais, français, hollandais.

    On pourrait commencer par une éducation virtuelle bilingue, espagnol-portugais, pour servir aux pays ibéroamericains, c'est-à-dire l'Amérique Latine hispano-portugaise, l'Espagne et le Portugal, avec pour résultat une Université Virtuelle Ibéro-américaine Bilingue.

    Dans le monde anglophone, il existe l"University of the West Indies Distance Education Centre" qui fonctionne dans 16 pays et territoires des Caraïbes anglophone. On pourrait concevoir un projet d'Université Virtuelle Multilingue des Caraïbes, qui puisse travailler dans les autres langues de base de la région: anglais, français et hollandais.

    A partir de ces deux points d'intégration, on pourrait commencer un processus d'éducation virtuelle multilingue plus englobant. Il reste encore les langues des populations indigènes, focalisées en Bolivie, au Pérou et en Equateur. Dans ce cas, il faudrait d'abord faire un grand effort pour incorporer ces populations à l'INTERNET avant de pouvoir faire quoi que ce soit dans le cadre d'une éducation virtuelle multilingue.

    Finalement, il faut tenir compte de la présence et la proximité des Etats Unis d'Amérique dans cette région. Sans doute, dans l'INTERNET, l'anglais c'est la langue prioritaire de la région.

    Il semble logique de conclure que la diversité linguistique et culturelle n'est pas seulement un fait à accepter, mais aussi une condition pour le développement d'une société de l'information et de la connaissance égalitaire, juste et durable, où chacun puisse se voir considéré comme être humain.

    Cependant, il reste encore un chemin relativement long pour arriver au multilinguisme, surtout dans un processus complexe comme le processus éducatif. Il me semble que la traduction automatique soit la plus prometteuse, quoique peut être la plus difficile à réaliser pour le moment.

    L'anglais demeure le standard de la communication à l'échelle mondiale. Le marché de l'apprentissage de cette langue s'élève à plus de 50 milliards de dollars, et le marché japonais en représente près de 30 %… Chaque langue peut avoir une valeur commerciale d'après sa distribution dans le monde et dans le cyberespace. Pourquoi développer des cours en français, en espagnol, etc, si le marché de l'anglais est suffisant pour garantir des bénéfices importants? Chaque langue aura-t-elle sa valeur commerciale dans l'INTERNET?. Ce sont des question à prendre en considération à l'heure de penser au développement de programmes multilingues de formation virtuelle, qui peuvent avoir un poids important dans les décision des langues à utiliser pour l'éducation virtuelle, sans oublier la nécessité de mettre l’accent sur des contenus éducatifs de qualité.


    intervention de Mme Anita Soboleva,

    Directeur du Programme Juridique de l’Open Society Institute de Moscou

    (Russie)

    Thème

    Le statut légal des minorités linguistiques en Russie

    Synthèse et extraits

    Avant d’étudier le statut légal du multilinguisme en Russie, il faut prendre en considération que la Russie est un état multinational avec plus de 12 langues en usage. La Russie est également un état fédéral dans lequel certains enjeux fédéraux sont traités à l’échelon des républiques alors que d’autres questions n’ont aucun lien avec une république ou une éthnie particulière.

    Certains états comme le Dagestan possèdent plusieurs langues minoritaires sur leur territoire. D’une région à l’autre, la langue est parlée par un nombre variable de personnes, le russe restant de très loin (80%) la langue principale de la Fédération.

    Bien que l’expression " minorité nationale " apparaisse dans de nombreux statuts, il n’existe pas de définition légale de cette notion.

    L’institution d’une langue d’Etat nationale en plus du russe entraîne la responsabilité pour les républiques d’assurer l’égalité de toutes les langues d’Etat sur leur territoire, avec les implications financières que cela comporte au niveau de l’enseignement et de la vie courante.

    La législation régionale sur les langues de même que la loi fédérale prévoit que l’institutionnalisation de telle ou telle langue en tant que langue officielle d’Etat ne doit pas restreindre le droit des autres nations et nationalités à utiliser leur propre langue maternelle. De nombreuses constitutions de républiques prévoient également des clauses spécifiques garantissant à tous les peuples vivant sur leurs territoires le droit à recourir et à développer leur langue maternelle.

    Ainsi sur le plan juridique, toute personne impliquée dans un procès est en droit de réclamer l’emploi de sa langue maternelle.

    Pareillement, pour l’éducation, le droit pour les parents de choisir une école ou un établissement d’enseignement précis en fonction de critères linguistiques est inscrit dans la Constitution Fédérale du 10 juillet 1992 (art.9).

    L’attitude des Etats à l’égard des langues minoritaires des petites communautés indigènes requiert une grande attention compte tenu du danger d’extinction qui existe pour ces langues peu parlées ou écrites.

    S’il existe naturellement une volonté de promouvoir le russe, ce mouvement doit prendre en compte les droits des langues minoritaires inscrits dans la Constitution. Toute tentative d’imposer une seule langue multinationale se heurte à la réaction des communautés régionales, froissées dans leur intégrité et leur influence économique, sociale, politique et culturelle.

    Ainsi les publicités sont rédigées en russe, et en plus, à la discrétion des annonceurs, dans d’autres langues de la Fédération. Si une langue étrangère est utilisée sur des lieux publics, le même texte doit alors être traduit en russe.

    Au-delà de ces protections juridiques, l’usage des langues minoritaires dépend des moyens financiers mis à la disposition de ces langues par chaque Etat.

    L’interaction des langues dans les domaines de la liberté d’accès à l’information, à la communication, et à l’usage de l’Internet, n’est pas encore inscrite dans la loi constitutionnelle et régulée comme telle, ce qui justifie une attention et une vigilance particulière de la part des autorités fédérales et régionales.


    intervention de Mme Svetlana Ter-Minasova,

    Professeur à l’Université de Moscou

    (Russie)

    Thème

    Communications internationales :

    Les " pour " de la technique, les " contre " de la société
     

    Synthèse et extraits

    Le futur de l’humanité dépend largement de ses capacités de communication.

    Les progrès techniques procurent à l’humanité, avec une diversité sans cesse croissante, des modes et des formes de communication de plus en plus puissants : téléconférences, relations multimedia, Sa Majesté – Internet !

    Le développement social de la plupart des pays est conçu pour répondre à mi-chemin aux réalisations et aux demandes de progrès techniques. En effet, durant la dernière décennie du XXème siècle, avec l’effondrement du " camp socialiste ", de nombreuses barrières politiques et économiques ont été pulvérisées, ce qui a facilité les communications internationales. La Russie et l’ex-URSS peuvent en témoigner.

    Toutefois, le " facteur humain " présente certains problèmes, qui ne sont pas sans entraver cette avancée. En effet, on peut schématiser en évoquant la contradiction inhérente au problème lui-même : l’égalité vs. la diversité, (i.e. l’individualité). Les hommes naissent égaux, veulent bénéficier de droits égaux mais veulent aussi conserver leur personnalité. Les obstacles majeurs à la communication interculturelle sont le langage et les barrières culturelles.

    L’obstacle de la langue remontant à la Tour de Babel ne nécessite guère d’explications. La barrière culturelle, à l’aune de l’expérience russe, est plus difficile à expliquer que celle de la langue :
     
     

    1 Il s’agit d’un problème peu évident à déterminer, presque invisible lorsqu’il s’agit de pays isolés.

    2 Les " erreurs " culturelles génèrent par leur essence même plus de conflits que les langues.

    3 Les conflits culturels sont plus graves que les conflits de langues.
     
     

    La langue et la culture sont si étroitement associées qu’elles sont pratiquement inséparables. La culture est largement issue de la langue, le langage est largement redevable à la culture.

    A priori, deux manières de régler ce problème langue/culture peuvent être envisagées :

    1 Une langue simple d’usage pourrait devenir la " lingua franca " des réseaux électroniques. Pour l’instant, le seul candidat actuel est l’anglais, et ce en raison d’un certain nombre de facteurs de l’histoire.

    Cependant, la communication internationale ne saurait en aucun cas être limitée à un " langage global ". Dans la mesure où la diversité des langages représente une diversité de cultures, et que la diversité des cultures implique une large palette d’idées, croyances, traditions, modes de vie et visions du monde, l’usage d’une " langue " internationale mènerait à un nivellement et à une inattention à l’égard de toutes les autres nations, les dépouillant de leur identité, des divers résultats liés au développement de leur culture nationale et, finalement, à une chute brutale du volume des informations culturelles dans le cyberespace. Ceci est impraticable, déraisonnable et impossible.

    2 Pour sécuriser les formes multilingues et multiculturelles de la communication internationale (électronique ou non), seule une solution semble possible : mettre l’accent sur l’enseignement des langues étrangères, développer des stratégies pour l’enseignement des langues, améliorer les méthodes et techniques de ces mêmes enseignements.

    Je le répète, la Russie apporte son expérience unique de l’enseignement des langues étrangères, dans des conditions disolement complet par rapport au reste du monde, où ces langues ont été utilisées comme moyens de communication.

    Aussi, les enseignants de langues étrangères doivent-ils être considérés comme des missionnaires de la paix, de la coopération et de la tolérance internationale par le monde, grâce aux possibilités offertes par la communication internationale.


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