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    ORGANISATION DES NATIONS UNIES
    POUR L’EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE

    Discours de
    M. Koïchiro Matsuura

    Directeur général de
    l’Organisation des Nations Unies
    pour l’éducation, la science et la culture
    (UNESCO)

    pour l’ouverture de l’exposition sur la
    diversité culturelle

    UNESCO, 15 octobre 2001

     

    Monsieur le Président de la Conférence générale,
    Madame la Présidente du Conseil exécutif,
    Mesdames et Messieurs les Ministres,
    Excellences,
    Mesdames, Messieurs,

    Inaugurer ce soir, dès l’ouverture de la 31e session de la Conférence générale, une exposition sur la diversité culturelle m’est particulièrement agréable, et ce à plus d’un titre.

    D’une part, parce que la culture, ou plutôt les cultures, sont consubstantielles à l’UNESCO ; le mot « culture » est partie intégrante du nom même de notre Organisation, et exprime par là même combien l’attention que nous lui portons doit être centrale.

    Mais en ces moments troublés où le monde cherche ses repères, où les termes de « culture », de « civilisation » sont utilisés par des esprits égarés pour tenter d’opposer l’humanité à elle même, il est urgent de rappeler combien la diversité culturelle est constitutive de l’humanité même.

    Déjà en 1945, la Commission préparatoire du programme réservait une place importante aux « Etudes des cultures », et dès 1953, l’Organisation démontrait son engagement en faveur de la reconnaissance de la diversité en lançant une collection d’ouvrages intitulée « Unité et diversité culturelles ».

    Mais la notoriété de l’UNESCO, nous le savons tous, s’est surtout forgée sur le succès de son action en faveur des biens culturels les plus remarquables de l’humanité. Chaque peuple puise en eux une fierté et un sentiment d’identité où se joue quelque chose d’essentiel, en même temps qu’ensemble, ces monuments forment l’image la plus immédiate de la notion de patrimoine commun de l’humanité. Conçue à l’enseigne de l’universel, cette œuvre d’identification, de sauvetage et de mise en valeur a nécessairement donné corps, à mesure qu’elle s’étendait, à l’évidence du pluralisme. Chacune des œuvres majeures de l’humanité intégrée au patrimoine mondial est venue étoffer une sorte de fonds commun de l’humanisme universel, et, dans le même mouvement, a élargi la palette des déclinaisons illustrées par les diverses civilisations à travers les âges.

    Cet élargissement ne pouvait se borner à la gamme des monuments : son caractère fondamental, qui est de passer d’un concept intégrateur abstrait à une pléiade de manifestations concrètes du génie humain, et de gagner ainsi toujours davantage en diversité, le portait à s’ouvrir aux formes toujours vivantes de ce génie, et à y incorporer ce que l’on nomme le patrimoine « immatériel ».

    L’ambition d’universalité qui présidait à la notion de patrimoine commun de l’humanité s’est donc assortie de pluralisme culturel, dont elle s’est largement nourrie, évitant ainsi les écueils du particularisme.

    Depuis la Déclaration de Mexico en 1982, les travaux de la Commission mondiale sur la culture et le développement et ceux de la Conférence intergouvernementale sur les politiques culturelles pour le développement (Stockholm, 1998), la culture doit être considérée comme « l’ensemble des traits distinctifs spirituels et matériels, intellectuels et affectifs qui caractérisent une société ou un groupe social ; elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les façons de vivre ensemble, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances ».

    La diversité culturelle que nous célébrons à travers cette exposition est, comme je le disais à l’instant, constitutive de l’identité humaine. A ce titre, elle est son bien commun. Loin d’être une concession à la variété de la part d’une identité singulière imaginaire, nous devons nous pénétrer de cette pensée que la diversité est la substance même de notre identité. On ne peut donc opposer celle-ci à celle-là, puisqu’elles sont consubstantielles.

    La première acception de cette diversité est la reconnaissance et la promotion de la pluralité des cultures au sens le plus large du terme. Mais l’équation entre identité de l’humanité et diversité culturelle oblige en même temps à reconnaître au sein même du concept de diversité la présence de l’unité, faute de laquelle cette diversité ne serait que multiplicité. Il n’y a diversité que sur fond d’unité, et la reconnaissance étendue des différences culturelles, avec tout ce qu’elle comporte, est par nature une affirmation de l’unité fondamentale du fait humain, toutes ces différences s’observant sur un fond homogène.

    La diversité entretient avec la culture une relation fondatrice : la culture est diversité, déploiement infini des distinctions, des nuances, des renouveaux ; la culture est inlassable reprise de tout ce qui existe pour le rendre à la fois même et autre, pour le comprendre, pour le faire vivre. Par nature, elle est diverse. Mais pour cette même raison, elle donne à cette diversité une dimension qui la dépasse et l’enveloppe : la diversité n’existe pas en soi, elle est même indéchiffrable en l’absence de culture, et tout semble uniforme à qui manque de profondeur culturelle. La diversité est construite par la culture qui lui donne forme, amplitude, sens. La diversité est culturelle par essence, comme la culture est diversité.

    Cette relation d’équivalence entre culture et diversité pourrait faire apparaître la notion de diversité culturelle comme un pléonasme. Je la vois plutôt comme un prisme, à travers lequel nous sommes invités à penser tout l’espace qui s’étend du concept de pluralité, lourd de séparations potentielles, à celui de variété, pour lequel tout est dans tout et réciproquement.

    De ce prisme, l’exposition que nous découvrons aujourd’hui donne une certaine idée. A partir d’un rassemblement forcément réduit et de ce fait arbitraire d’échantillons représentatifs des cultures du monde, elle nous fait parcourir moins une collection qu’un questionnement. Les objets, œuvres, symboles réunis ici, grâce à la collaboration des commissions nationales et de nos bureaux hors Siège, ne se donnent pas simplement pour emblématiques de cultures distinctes ; leur réunion en fait les éléments d’une interrogation sur la nature, la portée, la teneur d’une diversité constituée moins par les différences que par les connivences, et constitutive d’une identité humaine plurielle, composite, en un mot : riche.

    Mais, rappelons-le, les civilisations et les cultures sont là où sont les hommes et les femmes qui leur donnent vie, et nulle trace pieusement recueillie pour être exposée ne peut en retenir l’essentiel, qui est l’esprit. Aussi devons-nous prendre cette exposition pour ce qu’elle est : une invitation à réfléchir, à élaborer à partir de ces quelques exemples choisis entre mille demeurés au dehors, une intelligence généreuse de cette diversité créatrice qui fait l’honneur et la richesse du genre humain.

    On ne pourra s’étonner par ailleurs que l’angle choisi pour la sélection des exemples retenus ici ait été l’action de l’UNESCO. Illustrer la diversité culturelle, c’est décrire le registre dans lequel se joue l’action de notre Organisation. Cette exposition sera d’une certaine manière une occasion de mettre à l’épreuve la pertinence et la qualité de cette action au service du développement humain dans son ensemble et d’inspiration pour la paix, en tout cas d’en évoquer la vaste palette.

    C’est pourquoi, en montrant comment vivre ensemble malgré nos différences, cette exposition nous semble à sa manière une célébration de cette Année 2001 déclarée par les Nations Unies « Année internationale de la mobilisation contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l’intolérance » et « Année internationale pour le dialogue entre les civilisations ».

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