ORGANISATION DES NATIONS UNIES
POUR L’EDUCATION, LA SCIENCE ET LA CULTURE
Discours de
M. Koïchiro Matsuura
Directeur général de
l’Organisation des Nations Unies
pour l’éducation, la science et la culture
(UNESCO)
à l’occasion de l’ouverture du débat de politique générale
31e session de la Conférence générale
UNESCO, 16 octobre 2001
[Le Directeur général commence son discours en français]
Monsieur le Président de la Conférence générale,
Madame la Présidente du Conseil exécutif,
Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellences, Mesdames, Messieurs,
Il y a plus de cinquante ans, des hommes se réveillaient sur les décombres… Plus jamais ça, avaient-ils dit.
Notre Organisation est née de leur détermination à dépasser la logique de guerre en créant les conditions d’un dialogue confiant entre les peuples. Le message de notre Acte constitutif nous est apparu d’une cruelle actualité, le 11 septembre dernier, quand la violence et le fanatisme aveugles ont atteint un nouveau seuil dans l’intolérable.
Depuis un peu plus d’un mois, partout dans le monde, on s’interroge, on tente d’avancer des explications. Pour certains, nous assisterions au premier acte d’une tragédie déjà écrite, le « clash des civilisations », conclusion inéluctable d’un long processus historique. D’autres, atteints de myopie, érigent l’amalgame en mode de pensée : terrorisme et Islam seraient pour eux indissociables. Il y a également ceux qui cherchent à établir une hiérarchie entre les différentes cultures et les différentes religions. Beaucoup, et c’est sans doute le plus grand nombre, désespèrent des promesses que semblait porter le nouveau millénaire.
Autant d’hypothèses fallacieuses ou désespérées, qu’il nous faut condamner ou rejeter.
En créant les Nations Unies, la communauté internationale nous a donné une raison d’espérer. Elle s’est en effet dotée d’un lieu pour débattre, collectivement, des moyens d’agir, et de textes juridiques, à portée universelle, qui lui permettent de faire face à des actes qui, s’ils restaient impunis, créeraient les conditions d’un nouvel embrasement généralisé.
Au sein de ce système, l’UNESCO a un rôle important à jouer, même si son action ne s’inscrit pas dans le court terme. En effet, pour être durablement efficaces, les indispensables initiatives politiques, diplomatiques, sécuritaires et financières qui sont en train d’être prises par la communauté internationale doivent être complétées par d’autres, à dimension « culturelle ».
De la même manière qu’il faut s’appliquer à tarir les sources de financement de ce nouveau terrorisme international, et à démanteler ses réseaux actifs, il faut combattre les alibis culturels et idéologiques dont il se pare pour trouver des soutiens et développer son implantation.
Il est faux et même dangereux de considérer l’exclusion, la discrimination, la pauvreté comme les racines du terrorisme. Il faut cependant bien constater que ces fléaux servent de prétexte à ceux qui recherchent des fantassins pour la guerre personnelle qu’ils mènent contre l’humanité.
Raison de plus pour redoubler d’efforts, et tenter d’y apporter une réponse à la fois cohérente et globale. L’Organisation des Nations Unies, et la constellation d’institutions qui lui sont attachées, constituent précisément le lieu où peut être forgée cette réponse cohérente et globale. Et c’est probablement le sens qu’il faut donner à l’octroi du prix Nobel de la paix conjointement aux Nations Unies et à son Secrétaire général « pour leur travail en faveur d’un monde mieux organisé et plus pacifique ». Ce prix consacre de manière éclatante la conviction que la paix et la sécurité internationales ne peuvent aujourd’hui résulter que d’une volonté collective, concertée et organisée à l’échelle mondiale. C’est l’occasion pour nous tous de réaffirmer notre engagement en faveur de la coopération multilatérale, qui est à l’évidence le seul cadre pour appréhender et traiter les problèmes d’un monde en voie de globalisation. C’est aussi l’occasion pour moi de féliciter chaleureusement Kofi Annan pour cette distinction qui nous honore tous.
Ces tragiques événements auront soudain placé les valeurs qui sont au cœur de la mission de l’UNESCO — la tolérance, le dialogue, le respect, la compréhension mutuels : en un mot la culture de la paix — au premier rang des priorités internationales. C’est bien le message qu’entendait porter l’Année du Dialogue des Civilisations que nous célébrons en 2001. Il n’en est que plus actuel. Nous devons redoubler d’efforts pour non seulement renforcer la connaissance et la compréhension de la diversité des cultures, mais aussi l’aptitude à accepter l’Autre, dans sa différence, et à l’accueillir dans une volonté de « vivre ensemble » qui est aujourd’hui ce dont nous avons le plus besoin.
Bien sûr, l’UNESCO se devra de faire plus, et mieux encore, pour progresser dans cet objectif qu’elle poursuit depuis sa création. Nous ne pourrons certainement pas faire l’économie d’un réexamen en profondeur des moyens à mettre en œuvre pour atteindre ceux que, visiblement, nous n’avons pas su convaincre. Il ne s’agit pas de réinventer ce qui existe, mais de reconsidérer, à la lumière des événements récents et des enseignements que nous devons en tirer, nos modalités d’action et les publics que nous devons toucher.
Plus généralement, il nous faudra participer à la mise en place, à l’échelon international, des instruments d’un nouveau mode de dialogue. Au-delà du dialogue entre Etats, dont les rouages sont aujourd’hui relativement bien huilés, il nous faudra inventer les règles d’un dialogue entre les Etats et ces expressions encore diffuses de ce qu’on appelle désormais les « sociétés civiles ». C’est là une tâche qui attend les Nations Unies dans leur ensemble, si elles veulent relever les défis de la mondialisation. L’UNESCO, qui entretient de longue date une relation quasi symbiotique avec les organisations non gouvernementales et les communautés intellectuelles et professionnelles, pourra contribuer utilement à ce débat.
Monsieur le Président,
Cette 31e session de la Conférence générale est saisie d’un document — la Stratégie à moyen terme pour 2002-2007 — qui incarne notre vision du rôle et des responsabilités de l’UNESCO en ce début de xxie siècle. Cette vision a pris corps au cours des deux années écoulées, mais les événements de ces dernières semaines sont venus apporter, hélas, une tragique confirmation de son actualité.
Elle est tout entière ordonnée autour de la promotion de deux principes aussi fondamentaux qu’indissociables : l’universalité et la diversité. Il s’agit là, certes, d’une tension qui a inspiré l’action de l’UNESCO depuis sa fondation, mais qui revêt une signification nouvelle à l’heure de la mondialisation.
Au moment où se dessinent les contours d’un système qui, en deçà et en delà des relations inter-étatiques, devient à proprement parler mondial, le besoin se fait sentir, dans de nombreux domaines de la vie économique, sociale et culturelle, de définir de nouvelles règles du jeu, d’établir des normes et des principes de régulation, ou tout simplement de fonctionnement, qui puissent être acceptables par tous, parce qu’ils reposent sur des valeurs reconnues et partagées par tous.
L’universalité est sans doute aujourd’hui le véritable enjeu de la mondialisation, pour autant qu’on veuille que la mondialisation bénéficie à tous et à l’humanité tout entière. C’est particulièrement vrai dans les domaines qui concernent l’UNESCO : dans un contexte de dérégulation et de privatisation croissante des différentes sphères de la vie sociale, l’UNESCO doit s’apprêter à défendre l’éducation, la science et la culture comme des biens particuliers, porteurs de valeurs et de sens, qui doivent être préservés au nom de l’humanité dans son ensemble. Je suis convaincu que l’UNESCO sera ainsi appelée, dans les années à venir, à renforcer très sensiblement son action normative, pour protéger et consolider ce qu’il est désormais convenu d’appeler « les biens publics communs ».
Mais cette universalité ne peut plus être aujourd’hui pensée que dans le contexte de la reconnaissance de la diversité — diversité des besoins et des aspirations, des environnements et de modes de vie, des systèmes de pensée et de croyances. La gestion harmonieuse de la diversité, dans un sens qui soit respectueux de l’éthique et des intérêts de l’humanité prise dans son ensemble, est sans doute le défi le plus pressant pour la communauté internationale.
Dans ce contexte, le rôle traditionnel de l’UNESCO — de création, de sauvegarde, de diffusion et de partage du savoir — revêt une nouvelle actualité, puisqu’il s’agit d’assurer la participation du plus grand nombre à l’orientation et au progrès de ces sociétés dites « de la connaissance », où le savoir devient le moteur du développement. Il importe de s’assurer que chaque individu et chaque société accède de manière équitable à l’information et aux compétences que requiert ce développement fondé sur la connaissance.
Telle est la mission qui à mon sens s’impose pour l’UNESCO en ce début de xxie siècle. Ordonnée autour de ces trois axes stratégiques que sont la promotion de l’universalité, la protection de la diversité et le partage du savoir, elle se fixe pour objectif prioritaire l’élimination de la pauvreté. La mondialisation, qui a créé des richesses et un bien-être sans précédent pour certains, est pourtant synonyme de marginalisation, d’exclusion, et de privations accrues pour beaucoup d’autres, qui représentent en fait la majeure partie de l’humanité. La persistance de la pauvreté, et surtout de l’extrême pauvreté, est un déni fondamental de justice, et une offense à la dignité humaine. Son élimination est le premier pas dans la voie d’une mondialisation à visage humain. Il s’agira pour l’UNESCO d’intégrer les objectifs qui lui sont propres, ceux de l’éducation, de la science, de la culture et de la communication, dans les stratégies de lutte contre la pauvreté mises en œuvre aux niveaux national et international, en vue de donner à chaque groupe, et à chaque individu, y compris les plus marginalisés, la possibilité d’opérer ses propres choix, et de participer à la construction des sociétés en devenir.
Pour ce faire, les nouvelles technologies de l’information et de la communication représentent un potentiel inédit. Si l’élargissement de la fracture numérique doit être évité à tout prix, les nouvelles technologies peuvent constituer un levier extrêmement puissant pour promouvoir, sur une échelle encore sans précédent, l’échange et la diffusion du savoir, l’éducation et la formation, la promotion de la créativité et du dialogue interculturel. Dans les années à venir, l’UNESCO devrait se faire le pionnier de cette « nouvelle donne » qu’apportent les nouvelles technologies de l’information et de la communication, en explorant les potentialités qu’elles offrent pour progresser vers un monde plus équitable et vers des sociétés plus participatives et plus solidaires — en un mot vers une mondialisation à visage humain.
Dans ce projet, l’UNESCO n’est pas seule. Elle n’est qu’un instrument dans une partition beaucoup plus vaste. Elle ne saurait non plus être tout pour tout le monde. Aussi devrons-nous nous resserrer toujours davantage sur ce qui fait notre avantage comparatif, en nous constituant en foyer d’identification et de diffusion de la meilleure expertise mondiale, en plate-forme de dialogue politique et d’échanges interdisciplinaires, et en catalyseur de la coopération internationale dans nos domaines de compétence.
C’est ce qui m’a conduit, dans mes propositions pour les deux années à venir, à centrer les efforts et les ressources sur cinq domaines d’action considérés comme absolument prioritaires : l’éducation de base ; les ressources en eau et les écosystèmes ; l’éthique des sciences et des technologies ; la diversité, le pluralisme et le dialogue interculturel ; et l’accès à l’information pour tous, en particulier dans le domaine public.
Monsieur le Président,
Cette vision de l’UNESCO des premières années du xxie siècle était déjà en gestation quand je me suis exprimé devant vous pour la première fois il y a deux ans.
Elle s’est bien sûr enrichie considérablement pendant ces deux années, grâce aux débats qui ont eu lieu au sein du Conseil exécutif et de son Equipe spéciale de réflexion sur l’UNESCO du xxie siècle, grâce aussi aux diverses consultations qui ont été lancées auprès des Etats membres et de leur commissions nationales, et grâce à l’intense travail qu’a fourni le Secrétariat.
Cette vision, qui vous est proposée dans la Stratégie à moyen terme, a commencé à prendre forme et vie à travers l’action menée au cours des deux années passées. Et le thème fédérateur sous lequel notre Conférence générale se réunit — vivre ensemble dans notre diversité — est superbement illustré par l’exposition que nous avons inaugurée hier soir.
C’est pourquoi je suis particulièrement heureux que l’UNESCO soit aujourd’hui prête à proposer le premier texte de portée internationale traitant de la diversité culturelle et de la multiplicité des aspects qu’elle recouvre.
Ce texte est le fruit d’un processus de coopération exemplaire entre le Secrétariat, le Conseil exécutif et les Etats membres dans leur ensemble. Le projet de Déclaration qui vous est transmis par le Conseil exécutif a fait l’objet d’un consensus large et fort. Nous pouvons donc tous, collectivement, être fiers de ce résultat.
Il atteste que l’UNESCO a su se saisir à temps d’une question qui se révèle aujourd’hui être au cœur des préoccupations internationales. Son élaboration a été longue, puisqu’il a fallu réconcilier des points de vue au départ très différents. En lui-même, il témoigne d’une approche de la diversité qui en fait un facteur d’inclusion, et non de division. Comprendre, respecter, stimuler la diversité en même temps que le « vouloir vivre ensemble », c’est en quelques mots le corps de cette Déclaration, qui devrait pouvoir tenir lieu de boussole pour naviguer sur les eaux mouvantes de la mondialisation. Et si elle constitue un acquis intellectuel majeur, elle représente aussi un engagement politique de la première importance. Il me reste à souhaiter qu’au-delà du cadre de référence éthique qu’elle constitue, elle puisse revêtir un jour la même force que la Déclaration universelle des droits de l’homme. Au lendemain des événements tragiques du 11 septembre et de ce qui s’en est suivi, sa pertinence n’en est que plus évidente.
C’est à la lumière de cette déclaration que doit être comprise l’action de l’UNESCO en faveur du patrimoine. Car notre conception du patrimoine est tout, sauf mémorialiste. C’est parce que le patrimoine est le creuset où se sont réunies, à un moment donné de l’histoire, de multiples influences et sources d’inspiration, qu’il peut être aujourd’hui le symbole d’une identité à la fois commune et plurielle, d’où peuvent jaillir les forces vives de la créativité.
Au regard de la diversité culturelle, et dans sa fonction de continuité entre les générations, le patrimoine immatériel revêt une importance fondamentale, alors même qu’il constitue sans doute l’aspect le plus vulnérable de l’identité culturelle des peuples. Dans bien des endroits du monde, et en particulier dans les pays en développement, ce patrimoine est en péril. Comparé aux dispositifs efficaces que nous avons su mettre en place pour le patrimoine matériel, le patrimoine immatériel est resté le « parent pauvre » de notre action. Il m’a donc semblé nécessaire et urgent de proposer le principe de l’élaboration d’un instrument international pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, et, en complément de cette action normative, qui s’inscrit nécessairement sur le long terme, d’intervenir par une action immédiate.
Vous avez tous à l’esprit la première Proclamation des chefs-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité, qui a eu lieu ici même, au Siège, en mai dernier, et qui a été une première réponse à cette urgence. Vous aurez d’ailleurs l’occasion de découvrir quelques-uns d’entre eux au cours de trois soirées exceptionnelles qui vous seront offertes, la première ce soir, et les autres au cours des prochaines semaines. La deuxième Proclamation aura lieu en mai 2003. J’espère que vous serez nombreux à proposer des candidatures et que nous pourrons proclamer un bien plus grand nombre de chefs d’œuvre à cette occasion. Je crois que tout ce travail, effectué par étapes, contribuera à éclairer la réflexion de la Conférence générale sur le nouvel instrument normatif pour la sauvegarde du patrimoine immatériel qui est appelé, à terme, à devenir le complément de la Convention du patrimoine mondial de 1972. Il va de soi que l’UNESCO évitera tout double emploi avec le travail mené par d’autres institutions, notamment l’OMPI, tout en maintenant une étroite coordination avec cette dernière.
Un autre domaine qui requiert notre action urgente, du fait des menaces de pillage qui pèsent sur lui, est le patrimoine subaquatique. Avec la Convention sur le patrimoine subaquatique, dont le texte vous est proposé au terme d’un long processus d’élaboration qui s’est étalé sur plus de quatre ans, nous disposerons d’un arsenal complet d’instrument normatifs visant à protéger le patrimoine matériel. C’est pourquoi j’attache la plus grande importance à ce que cette Convention soit adoptée au cours de la présente session.
Si j’insiste tant sur le patrimoine, c’est parce qu’il est un extraordinaire témoignage de l’unité fondamentale de l’humanité par delà la diversité de ses manifestations. Il atteste de la rencontre féconde des cultures, de leurs emprunts réciproques, de leur nécessaire interaction.
C’est parce qu’ils incarnaient l’unité du peuple afghan, dans la continuité de ses origines et la diversité de ses appartenances, que les bouddhas de Bamyan ont été détruits. Ce faisant, c’est la mémoire collective de l’humanité qui s’est trouvée amputée. Ce vers du grand poète de l’Islam, Sa’dî de Shîrâz, que je citais dans cette même salle il y a deux ans, résonne aujourd’hui cruellement à mes oreilles : « tous les êtres humains ne forment qu’un être ; qui touche à l’un de ses membres me touche — et s’il le blesse, il me blesse ».
En ces jours sombres de notre histoire commune, dominés par la peur, le feu et le sang, il serait bon que la communauté internationale entreprenne une action d’envergure, qui témoigne de la conscience de son unité et de sa volonté de se réunir autour d’une grande œuvre de coopération, de concorde et de paix.
Je suis convaincu que l’heure est venue de lancer une action de portée internationale en faveur de la sauvegarde du patrimoine de la vieille ville de Jérusalem. En raison de son caractère unique et des valeurs universelles qui s’y attachent, cette ville d’art, de spiritualité et d’histoire ne concerne pas seulement ceux qui, de par le monde, restent préoccupés par la nature de son statut et les modalités de son devenir. Elle concerne l’humanité dans son ensemble. Je lance donc un appel pour que soit engagée, sous les auspices de l’UNESCO, et dans l’esprit de la Convention de 1972 pour la protection du patrimoine mondial, culturel et naturel, l’élaboration d’un plan global de sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel qui demeure, hélas, encore inscrit sur la Liste du patrimoine en péril. Je me propose donc, si cette initiative recueillait un large soutien, de rechercher les moyens destinés à financer cette opération, que j’entends bien mener sur des bases strictement professionnelles et techniques, et en dehors de toute considération politique. J’en appelle à la communauté internationale pour ce que je considère un devoir de dignité ; pour qu’en cette période de trouble et de déraison, nous manifestions — par un acte hautement symbolique — notre foi dans le devenir d’une humanité réconciliée avec elle-même.
[The Director-General continues en English]
Mr President,
Excellencies,
Ladies and Gentlemen,
Respect for diversity, mutual understanding and tolerance find their most vivid expression in regard to cultural issues. But the enhancement of international peace, human welfare and human security is also a vital concern pervading all fields of UNESCO’s competence.
It is obvious, especially within the overall context of accelerating globalization, that individuals and communities without a satisfactory level of basic education risk becoming marginalized not only within their own society but from global society too.
The meeting of the World Education Forum in Dakar, Senegal, in April 2000 proved to be a turning-point not only for the EFA movement but also for UNESCO. The Dakar conference was an occasion where Member States and the international community renewed their collective commitment to achieving basic education for all of sound quality. The Dakar Framework for Action adopted by the Forum specified quantitative and qualitative goals to be achieved by 2015. Importantly, a clear link was made between the improvement of basic education and poverty eradication. The education/poverty nexus, in fact, is the point where ignorance, discrimination and exclusion interact with destitution and want, to produce a systematic denial of rights and opportunities.
The Dakar conference brought a most welcome recognition of the centrality of UNESCO to the EFA struggle. UNESCO’s role extends not only to coordination and facilitation of the overall EFA process, especially through the promotion of effective forms of partnership, but also to furnish the drive behind EFA at the international and regional levels. At the national level, of course, the national authorities and their partners from civil society and the private sector must provide the main impetus needed by EFA.
It is my feeling that, in the light of recent events, the qualitative goals and targets agreed in Dakar need to be strengthened. In particular, more attention must be given to improving the quality of basic education through the cultivation of values, attitudes and behaviour conducive to peace, tolerance, mutual understanding and respect for others. The International Conference on Education organized by the IBE in Geneva in early September successfully placed the whole question of ‘learning to live together’ more squarely on the EFA agenda. This emphasis will certainly figure within the deliberations of the forthcoming meeting of the High-Level Group along with the review of the first post-Dakar monitoring report, the mobilization of international financial support for EFA, and the further consolidation of the political will and commitment necessary to achieve EFA in the years ahead.
Informing the EFA endeavour will be the technical capacity and output of the UNESCO Institute for Statistics, which already has transferred to Montreal, Canada, in readiness for its official opening in late November. The role of the EFA Observatory within the UIS will be crucial for the generation and dissemination of key educational data in coming years. The provision and analysis of sound, accurate statistics will be especially important for informing national and international policy-making processes.
Ensuring that educational policies are knowledge-based is vital, of course, but it is equally important that UNESCO’s policy advice and guidance are also values-based, especially regarding the shared values enshrined in international conventions and other normative instruments. Again, knowledge is not enough by itself. In order to live together in our diversity, we must cultivate appropriate attitudes and values through all our policies and programmes.
The importance of combining knowledge and values could not be clearer when one considers the HIV/AIDS pandemic. That is why I have insisted on the educational dimension of the HIV/AIDS crisis being placed at the top of UNESCO’s agenda, especially in terms of preventive education but also in regard to the recovery and sound functioning of education systems crippled by the loss of key educational personnel. The HIV/AIDS crisis is particularly serious in sub-Saharan Africa, where UNESCO’s efforts are to be concentrated.
The question of human security arises also in regard to scientific discoveries and technological advances, as is clearly illustrated by developments in the life sciences and biotechnology in recent years. The domain of bioethics is expanding in response to emerging risks and new dilemmas, especially in the area of genetics. It is now imperative that Member States involve themselves in these issues not only in terms of reflection but also through the preparation of national and international law in which the fundamental principles of bioethics should be enshrined.
There is both urgency and high importance associated with these matters. I am therefore pleased that there will be a Round Table of Ministers of Science during the General Conference, which will be the first occasion when the world’s Ministers of Science will meet to address the many pressing issues of bioethics and discuss the all-important prospect of a universal standard embodying the international community’s common position in this regard. This Round Table will draw upon the most valuable work undertaken by the International Bioethics Committee and the Intergovernmental Bioethics Committee, which have helped to bring UNESCO widespread recognition as the key agency for bioethics within the UN system.
It is vital that close international cooperation and coordination are maintained in relation to these burning issues. In this perspective, I have taken the initiative to propose the creation of an Interagency Committee on Bioethics; indeed, the first consultative meeting took place on 17 September 2001. I recently wrote to the Secretary-General of the United Nations to express UNESCO’s readiness to undertake the preparatory scientific work concerning the elaboration of a Convention forbidding human cloning, as proposed by France and Germany in the present session of the General Assembly.
Thus, in these several ways, UNESCO is seeking to ensure that humankind’s capacity to generate knowledge does not outstrip its capacity to exercise sound ethical judgement. Bringing together its expertise and experience in the natural, social and human sciences, UNESCO is well placed to address the key issues arising from the genetic revolution. These include the elaboration of an international instrument on genetic data, which will address issues of confidentiality and discrimination based on genetic considerations. In ways that parallel its concerns over cultural diversity, UNESCO’s work in the domain of bioethics is aimed at preserving the human heritage of genetic diversity, which is the very foundation of human security as a species.
The question of diversity also arises in relation to the ecosystems of the natural world. It is inconceivable to address the task of humanizing the globalization process without taking environmental security, interdependence and biodiversity into serious account. In this regard, freshwater resources are a central concern in the period ahead.
Science and technology must be harnessed in order to address the looming crisis of freshwater resources. But not in isolation. In recognition of its comparative advantage and interdisciplinary focus, UNESCO has been entrusted with the responsibility for hosting the new United Nations Global Programme on Water Resources Assessment, in relation to which 23 UN agencies have been mobilized. Through effective inter-agency cooperation and coordination, this Global Programme is actively working to assess and monitor the evolution of freshwater resources. It is also developing instruments that facilitate the peaceful resolution of freshwater-related conflicts. UNESCO is well equipped to play a leading role in this area, drawing upon its experience and capacity as a trusted interface between policy-makers and the scientific community.
As with the field of education, UNESCO’s efforts in regard to communication and information must be increasingly directed towards encouraging people to live together in peace and dignity. For years, the Organization has been seeking to strike a balance between the principles of, on the one hand, the free flow of information and, on the other, the fostering of creativity through the protection of the rights of creative artists and authors. The debate has taken on new significance as we come to terms with the new information age, and this is why our discussions here – not only on the equitable use of cyberspace, but also in all matters related to the building of knowledge societies that respect cultural diversity – are a further demonstration of the Organization’s relevance.
With regard to the new information and communication technologies, we are adopting a two-pronged strategy. First, we must widen and facilitate free access to information for all and, second, we must promote and protect cultural diversity. UNESCO must do its utmost to promote access to the public domain and ensure that cultural diversity has a secure place within the circuits of the new channels of communication. The UNESCO portal is designed to achieve these purposes. In addition, UNESCO must fashion a normative instrument appropriate to the new conditions of information exchange. In regard to access to cyberspace and the promotion of multilingualism, the text prepared by a group of experts has raised difficulties for some Member States. It has been revisited and a revised version has been circulated that can form the basis for a broader consensus.
All these issues are of capital importance as we prepare for the World Summit on the Information Society that will be convened under the auspices of the United Nations and held in 2003. UNESCO’s message must be heard: learning to live together in the global village involves the right to speak, the duty to heed and the desire to understand.
Mr President,
When I was given the honour of becoming UNESCO’s Director-General two years ago, Member States set me two main goals: to enhance the Organization’s relevance, and to strengthen its effectiveness.
I have worked very hard on both fronts. I have just outlined what has been done in terms of enhancing relevance in our programmes. Let me now discuss the strengthening of UNESCO’s effectiveness through the reform of its management and administration .
We have made great strides: the staff, myself, and the Executive Board have worked together in a spirit of cooperation and collective endeavour from which we can rightly draw great satisfaction. Let me take this opportunity to pay tribute to the work of the Executive Board and its Chairperson, over the course of its last four sessions, in addressing so many of the serious administrative and management difficulties that needed to be overcome in a progressive and forward-looking spirit of trust and teamwork.
We have struggled with many conflicting requirements, the foremost of which has been balancing financial stringency with rapid modernization. And yet we have succeeded in the space of two years in bringing into being a series of reforms whose depth and scale are, I believe, unparalleled within the United Nations. This was largely due to the very firm political support I have received, and continue to receive, from you, the Member States.
But I do feel bound to note that in many other parts of the United Nations, similar reform efforts have been blessed with a degree of additional funding that recognizes that reform bears an added cost. But we have done it despite not having additional funding. I believe, therefore, that I can legitimately expect that one day soon there will be a reform dividend for us. UNESCO deserves it.
The Secretariat is different from that which you left two years ago. It has been radically restructured both at Headquarters and in the Field. Our aims have been to make it simpler and more rational, to eliminate confusion and duplication, to re-establish clear lines of authority, to ensure that the structure serves programme needs (and not the other way round), and to introduce a modern new system of internal oversight as the first step in our move towards better accountability at all levels.
I shall not enter into the details of the reform. But please recall that, on my appointment, there were almost 200 posts in total at the level of Director and above at Headquarters and in the field. Now there are just 50 or so directors at Headquarters and some 45 in the field. Moreover, there are now just 10 ADGs instead of 21. This reduction from nearly 200 to slightly over 100 in the space of two years is, by any measure, a considerable achievement, as I am sure you will agree.
Another sensitive area which I had to handle personally was the matter of the reform of our decentralized field network. The result is again positive and I believe we can, as a community, collectively congratulate ourselves on this achievement. The field network has been simplified and a more coherent system has been created. The rationalization entails, overall, a reduction in the number of field units by about one third from the previous total of over 70. Indeed, by the end of 2001, eighteen will have closed, 14 of which have already done so. Another three will close next year.
The new cluster offices are already being strengthened; all of them will in due course have specialist staff drawn from each of the sectors so that a comprehensive service can be provided to Member States within the cluster office area. The new policy of staff rotation will enhance this process. Meanwhile, national offices in the E-9 countries have been retained, as have others serving countries in exceptional circumstances, subject of course to review.
I must stress that I could not have put into practice the principles agreed by the General Conference two years ago if it had not been for the support, commitment and cooperation of you, the Member States. I am particularly appreciative of the understanding shown by those countries which have accepted the disappointment of an office closure as a gesture for the common good. To those countries, allow me once again to express a very sincere ‘thank you’ and to pledge my every effort to ensure that the Organization’s action in your countries will not suffer.
Introducing modern management tools has been another objective of the management reform, aimed at making UNESCO more responsive to the needs of its Member States. This has meant taking full advantage of modern computerization facilities. The first two projects – relating to programme and budget and to finance and administration – are on schedule, and it remains for us to introduce the third component – for human resource management – which we could not take forward more quickly for want of financial resources.
The same shortage of funding has for too long affected the maintenance and renovation of buildings here at Headquarters. Some essential repairs have recently been undertaken but the real work will begin in the next biennium with the implementation in earnest of the first phase of the Belmont Plan. However, we must anticipate the requirements of Phase 2 and for this, the support and cooperation of Member States will be needed. Over and above our responsibility to maintain the essential fabric of the buildings, this work is vital for creating an environment in which our staff can work with enhanced efficiency and motivation.
Which brings me to the most important part of this Secretariat: the staff. As you know, from the very beginning I decided to drive forward my reform programme from within, recognizing the formidable resources of energy, idealism and conviction inside UNESCO. These last two years have confirmed me in that initial assessment.
In return, the staff deserve the very best. Much has already been achieved in terms of reforming our staff policies so that the working environment enjoys an atmosphere of responsibility, transparency, fairness and harmony. We still have a long way to go. Recruitment, better geographical distribution, training, rejuvenation, career development, rotation and mobility, assessment and reporting, and conflict-resolution are all subjects currently under in-depth review. A number of the proposals for improvement will be implemented during the next biennium. With regard to one of these aspects – geographical distribution – I wish to reiterate my determination to improve the situation. Progress is already to be observed.
Mr President,
Excellencies,
Ladies and Gentlemen,
As I close, I would like you to observe the vivid and colourful display of national flags behind me, standing out against that backdrop. And now look around you at the show of rich diversity within our assembly.
This hall and the lobbies outside are never more engaging than at this very moment, alive as they are with languages and beliefs, creeds and customs, differences and similarities. Yet above all, we are here. Together.
At this time of anxiety, let us draw strength from that togetherness, and turn all our energies to taking forward the debates on some of the most crucial issues of our times. Then we shall have achieved what we have set out to do: to show to the world how UNESCO serves as a haven for measured reflection and dialogue, focussed on the values we share.
The leitmotif of my presentation today - learning to live together in a world of cultural diversity – provides an animating vision and a rich agenda for us all. Through our circuits of international cooperation and through the themes enlivening our programmes and actions, the promotion of learning to live together is revealed to be UNESCO’s principal contribution to the wider process of humanizing globalization. The way forward is clear.
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