Corée du Sud: travaille et tais-toi

Jany Lesseur

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Janvier 1997: femmes en grève à Séoul.

Les travailleuses sud-coréennes n'ont jamais bénéficié des mêmes droits que leurs homologues masculins. Mais, dans les années 60, pendant que les hommes luttaient pour leurs conditions de travail et leurs salaires, les femmes étaient trop occupées à défendre les droits humains fondamentaux. Pourtant, sur 45 millions d'habitants, la Corée du Sud compte 22 millions d'actifs, dont près de neuf millions sont des femmes, dont les droits ne sont pas reconnus. Les hommes, qui dirigent le mouvement ouvrier, tiennent rarement compte de leurs problèmes spécifiques au travail. Ils n'ont pas pris conscience de ce qu'elles pourraient apporter en participant, à leurs côtés, à la lutte pour l'amélioration des conditions de travail.
Créée en 1992, la Korean Women Workers Association United (KWWAU) regroupe six associations régionales de femmes. Elle est dirigée par une équipe de six universitaires qui ont des années d'expérience au sein d'organisations spécialisées dans le droit des femmes au travail. Ses activités sont multiples: enquêtes sur les injustices dont souffrent les femmes au travail; dénonciation publique des politiques gouvernementales ne tenant pas compte de leurs droits professionnels; lancement de campagnes pour améliorer la couverture sociale en cas de maternité, pour la parité et la stabilité dans les contrats de travail et la formation professionnelle; tenue de forums; élaboration de plans d'action destinés à sensibiliser les groupements régionaux et autres associations qui s'attachent à rendre plus justes les conditions de travail des femmes.
L'association dispose d'un service appelé «Ligne de l'égalité», un centre de consultation destiné aux femmes confrontées à des difficultés et à des injustices sur leur lieu de travail, et qui ne savent pas comment les surmonter. L'an dernier, 56,6% des personnes accueillies se sont plaintes de retards dans le paiement des salaires, de la précarité de leur emploi et de licenciements abusifs; 14,6% ont dénoncé des abus sexuels et des violences; 13,7% ont fait état de conditions de travail ne tenant pas compte de leur maternité; 8,7% ont parlé de discrimination sexuelle; 6,4% ont évoqué des maladies liées au travail.
Mais la «Ligne de l'égalité» ne se limite pas à répondre à des appels téléphoniques, à recevoir les femmes, à les conseiller et les orienter en matière professionnelle. Elle organise aussi des conférences et des programmes pédagogiques. L'association vient de publier un livre dressant le bilan des cas traités entre septembre 1996 et août 1997, qui expose les problèmes les plus courants rencontrés par les femmes dans le monde du travail et la manière de les aborder.
La KWWAU a, cette année, disposé d'un budget de 90 000 dollars. Une somme provenant principalement des cotisations de ses membres et de subventions d'autres organisations nationales et internationales. Des agences gouvernementales ont également apporté leur contribution, pour une petite partie, en cofinançant des projets.
L'action de ce mouvement commence à se faire sentir. A l'issue de plusieurs réunions entre ses groupements régionaux et des syndicats coréens, un accord a été conclu, portant sur la construction de crèches proches des lieux de travail. Il a été suivi, en 1993, de la signature d'une convention collective, prévoyant l'ouverture de garderies dans les hôpitaux, les banques et d'autres entreprises.
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Le Courrier de l'UNESCO