| Vivre dignement au Royaume-Uni | ||
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J.L. |
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470 familles perdent quotidiennement leur logement au Royaume-Uni |
Les pays pauvres n'ont
pas l'exclusivité du phénomène des sans-abri. Si la majorité
des Britanniques bénéficie d'un niveau de vie sinon élevé,
du moins convenable, selon les critères d'un pays riche, une bonne partie
de la population y est privée d'un logement décent. C'était le cas de M. Gordon (le nom de cette personne a été changé, à sa demande, ndlr) qui, bien qu'atteint d'une maladie mentale, avait sa fillette de trois ans à charge. Il vivait dans les pires conditions d'humidité et de froid, louant un local délabré. Son univers a changé le jour où la direction des services sociaux de sa commune s'est adressée à Shelter, une organisation non gouvernementale anglaise spécialisée dans la défense du droit au logement. Résultat: l'association a négocié avec l'administration l'attribution d'une allocation mensuelle à M. Gordon, et mis un logement plus décent à la disposition du père et de sa fille. Selon les estimations de Shelter, 470 familles perdent quotidiennement leur logement au Royaume-Uni, se trouvant ainsi contraintes d'errer à la recherche d'un toit, ne serait-ce qu'à titre temporaire. En mars 1998, au moins un million de personnes vivaient dans ces conditions inhumaines. «Nous sommes là pour elles, explique Chris Holmes, le directeur de cette ONG, la plus importante du genre au Royaume-Uni, car dans une société, tout le monde a le droit de bénéficier d'un logement convenable, décent et sûr.» Cela fait 32 ans que l'association vient ainsi en aide aux sans-abri et apporte son soutien à ceux qui survivent dans des conditions de logement déplorables. Bien que disposant de quelque 400 salariés, «Shelter ne pourrait pas fonctionner sans ses 900 bénévoles», assurent ses responsables. L'institution assiste gratuitement les personnes en difficulté à travers un réseau de 52 centres d'orientation et d'aide implantés dans la quasi-totalité du pays. Par ailleurs, elle mène de fréquentes campagnes pour faire pression sur les pouvoirs publics, afin d'obtenir des modifications de la législation et l'adoption de solutions économiquement viables pour les déshérités. Les bénévoles participent à des projets spécifiques, à des missions de terrain, au traitement des informations ainsi qu'aux tâches administratives. Les résultats sont tangibles: «En 1997, grâce à notre action, 100 000 familles et particuliers menacés d'expulsion ont reçu une aide, une assistance ou une protection», avance C. Holmes. Les centres proposent des services allant de l'information sur les droits du citoyen à l'accompagnement des familles s'installant dans de nouveaux logements. Shelter dispose d'un budget de près de 17 millions de dollars. La majorité des fonds provient de dons individuels, d'entreprises privées, d'écoles ou de groupes religieux. Des opérations, comme celle intitulée «Offrez votre vieil anorak», lui permettent aussi de recueillir de l'argent, et son réseau de boutiques - où l'on trouve divers objets portant le logo de l'association ainsi que les publications qu'elle édite - assure un complément financier. Si le drame des sans-abri porte évidemment atteinte à la dignité de l'individu, l'association souligne qu'il engendre aussi des coûts sociaux et économiques considérables. S'appuyant sur les statistiques, elle répète à qui veut l'entendre que l'espérance de vie d'une personne privée de toit est de 42 ans, alors que la moyenne nationale est de 74 ans pour les hommes et de 79 ans pour les femmes. Mais, consciente du fait que le logement n'est pas tout, cette ONG s'intéresse également aux personnes qui, bien qu'ayant un domicile fixe, vivent dans des conditions déplorables. Carrie, une fillette de 10 ans, habite ainsi dans un studio avec ses parents et son petit frère. «On a fait l'acquisition de cet appartement avant la naissance de Carrie, raconte sa mère. Et puis, quand on a voulu déménager pour trouver quelque chose de plus grand, les prix du logement avaient tellement augmenté qu'on ne pouvait ni en louer ni en acheter un autre. Notre fille souffre de graves crises d'asthme et elle n'a pas de place pour jouer et pour faire ses devoirs, cela se ressent dans ses études. On n'arrive pas à ranger correctement la maison. Il n'y a plus aucune place. Je consulte un médecin à cause du stress. J'ai l'impression d'être constamment épuisée et j'ai souvent des envies de révolte.» Des drames de ce genre ont inspiré la dernière campagne de Shelter, lancée en mars dernier et baptisée «Derrière les portes closes». Elle entendait montrer la gravité de telles situations, afin de sensibiliser les pouvoirs publics et de les inciter à traiter ce genre de cas en priorité. Comme l'explique Louise Casey, la sous-directrice de Shelter, «une maison ne peut pas être un foyer si elle est dangereuse et insalubre ou si elle rend l'existence misérable. Ce n'est pas parce que l'on a un toit que l'on vit dans un espace décent, et le fait d'avoir un logement ne devrait pas priver les gens d'être aidés.» Pour en savoir plus, vous pouvez consulter le site Internet de l'association: http://www.shelter.org.uk |