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El Niño
ne mérite pas son nom
Un concert anti-Pop commence à retentir dans les rangs de la communauté
internationale. Il ne s'agit pas d'un événement musical mais des négociations
que poursuivent une centaine d'Etats en vue de réduire ou d'éliminer
l'usage des polluants organiques persistants (Pop), substances considérées
comme parmi les plus dangereuses jamais produites par l'homme. Elles englobent des
pesticides et des insecticides, comme le DDT, et des sous-produits de l'activité
industrielle, comme la dioxine, massivement émise par les incinérateurs
de déchets, ou le furane, utilisé comme solvant pour les matières
plastiques ou les résines. Etre exposé aux Pop peut provoquer le cancer,
endommager le système nerveux et altérer les défenses immunitaires.
Comme l'a souligné le chef d'orchestre des pourparlers intergouvernementaux,
le Programme des Nations unies pour l'environnement (Pnue), il existe aujourd'hui
un large consensus sur la nécessité de réduire l'utilisation
de ces produits toxiques. Mais cet accord de façade ne parvient pas à
couvrir les notes discordantes qui s'élèvent entre pays industrialisés
et en développement. Les premiers ont en effet déjà interdit
ou réglementé l'utilisation d'un certain nombre de Pop, dont le DDT.
Trente-deux Etats d'Europe et d'Amérique du Nord ont même signé,
fin juin, deux protocoles sur la pollution de l'air visant à renforcer ces
mesures. Ils voudraient donc accélérer le mouvement à l'échelle
mondiale, pour échapper aux conséquences de «l'effet sauterelle»:
les polluants voyageant d'un bout à l'autre de la planète via l'atmosphère
ou l'eau, seules des mesures globales sont en effet capables d'en limiter les effets
locaux. En face, les pays du Sud, qui continuent notamment à se servir de
DDT pour lutter contre le paludisme (plus de deux millions de morts par an), voudraient
que ceux du Nord mettent la main au portefeuille pour les aider à user d'alternatives
moins dangereuses mais souvent plus coûteuses.
Disons-le tout net: la chanson anti-Pop n'est pas encore au point. Réunis
à Montréal (Canada) en juillet dernier, les Etats se sont donnés
jusqu'à la fin du siècle pour en préciser la partition.
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Le 10 décembre
1997, les représentants de quelque 150 gouvernements ont adopté in
extremis le protocole de Kyoto après s'être mis d'accord sur un point
supplémentaire: n'ayant abouti à aucun consensus sur plusieurs questions
clés, ils les négocieraient plus tard, notamment à Buenos Aires,
lors de la quatrième conférence des parties à la Convention-cadre
des Nations unies sur le changement climatique. Or les Etats sont encore loin de
s'entendre si l'on en juge par les discussions entamées à Bonn (Allemagne)
en juin dernier, lors d'une réunion préparatoire.
Selon le protocole de Kyoto, les pays industrialisés (dits de l'annexe 1)
devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre de 5%
d'ici 2008-2012, généralement par rapport à leurs niveaux de
1990. Cet objectif global masque des engagements très diversifiés:
diminution de 7% pour les Etats-Unis, de 8% pour l'Union européenne (avec
des objectifs différenciés pour chaque pays), la Suisse et la plupart
des pays d'Europe centrale et orientale, de 6% pour le Japon et le Canada; stabilisation
pour la Russie, l'Ukraine et la Nouvelle-Zélande et même augmentation
de 1% pour la Norvège, de 8% pour l'Australie et de 10% pour l'Islande.
Mais les Etats-Unis, qui pèsent pour environ 20% des émissions mondiales
de gaz à effet de serre, n'ont accepté cet accord et ne le ratifieront,
martèlent-ils, qu'à certaines conditions. Ils veulent, d'une part,
«une participation substantielle» des pays en développement au
protocole de Kyoto (voir ci-dessus) et, d'autre part, la mise en place rapide d'un
marché international de «permis d'émissions négociables».
Ce système, dont les règles restent à préciser, vise
à inciter certains pays à réduire leurs émissions en-deça
du quota qui leur est assigné, de manière à pouvoir vendre la
différence. Il permettra du même coup aux pays gros consommateurs d'énergie
(comme les Etats-Unis) et à ceux où les coûts d'abattement des
émissions sont les plus élevés (comme le Japon), d'acheter à
l'étranger les droits de continuer à polluer sur leur propre territoire.
L'objectif est de préserver la compétitivité de leurs entreprises
(en leur évitant de coûteux investissements), et, dans certains cas,
un mode de vie fondé sur une utilisation immodérée de l'énergie.
Selon plusieurs sources proches de la Maison blanche, l'administration Clinton compte
respecter au moins les trois quarts de ses engagements de réduction d'émissions
en achetant des permis, en particulier en Russie. Cet Etat a en effet obtenu à
Kyoto de stabiliser ses émissions d'ici dix ans par rapport à 1990.
Or il les a déjà vu chuter, en grande partie du fait de la récession
économique. Il dispose donc d'un surplus de «droits à polluer»,
qui ne résulte pas d'un réel effort de réduction de ses émissions.
Mis sur le marché, cet «air chaud», pour employer le jargon des
négociateurs, risque de tirer les prix des permis vers le bas. Du coup, les
montants des investissements nécessaires pour accroître l'efficacité
énergétique dans les pays riches n'en paraîtront que plus dissuasifs.
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Le recours au marché de
permis négociables doit venir en supplément d'efforts internes
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Les Européens
s'appuient sur cette analyse pour mettre en doute l'efficacité du système
à long terme. Pour eux, comme le souligne le protocole de Kyoto dans son article
17 sans plus de détails, le recours au marché de permis négociables
doit venir en supplément d'efforts internes de réduction des émissions,
mais ne doit pas les remplacer. Que se passera-t-il, demandent-ils, quand «l'air
chaud» sera épuisé et que les prix des permis augmenteront sur
le marché international, si rien n'a été fait au niveau national
pour réformer les «secteurs rigides» comme les transports? L'Europe
voudrait donc placer cette question de la «supplémentarité»
au centre des négociations de Buenos Aires. Selon plusieurs commentateurs,
elle craint aussi pour la compétitivité de ses entreprises et la pérennité
de son modèle économique. Elle redoute que la logique marchande n'entraîne
l'érosion de son dispositif de taxes sur l'énergie, au moment même
où certains voudraient le renforcer, notamment pour compenser une baisse de
la fiscalité sur le travail afin de stimuler l'emploi.
Comme le rappelle le spécialiste américain J. W. Anderson, «le
processus de Kyoto concerne presque tous les gouvernements de la planète et
la manière dont leurs peuples font tourner leurs industries, transportent
marchandises et personnes, chauffent leurs maisons et font cuire leur dîner.»
Etant donné les enjeux et leur complexité, les négociations
ne peuvent avancer que lentement. L'essentiel est qu'elles continuent.

Le
Courrier de l'UNESCO
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