
Des jeunes désœuvrés tuent le temps
dans les rues de Nairobi.
«J'aime bien cette manière d'apprendre en travaillant,
mais je souhaite aussi suivre une formation dans une école pour avoir un diplôme»

Un jeune homme apprend à travailler les métaux au centre
polytechnique de Kajiado.

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Une réforme à deux
vitesses
Le gouvernement kényan a lancé, en 1985, une
réforme scolaire qui modifie en profondeur les contenus des programmes ainsi
que les structures et met davantage l'accent sur un enseignement pré-professionnel
dont les élèves pourraient tirer profit dès la fin de leur scolarité.
Elle vise à adapter le système éducatif aux besoins du pays,
réduire les inégalités par la construction de nouveaux établissements
dans les régions défavorisées et, surtout, résoudre le
problème de ceux qui arrivent sur le marché du travail sans formation
professionnelle. L'école doit ainsi inculquer des techniques et un savoir
utiles au développement économique du pays, et préparer les
jeunes à se perfectionner dans une institution de formation professionnelle
ou à se lancer dans une activité artisanale.
Des matières techniques, agricoles ou artistiques ont ainsi été
introduites dans le cycle primaire, auparavant cantonné aux disciplines générales
(anglais, mathématiques, histoire, etc.). Un programme intitulé Art
and Craft enseigne le dessin, la peinture, la décoration, la poterie, le travail
du cuir, du bois et du métal. Il doit permettre à ceux qui vont quitter
tôt l'école d'utiliser ces connaissances pratiques dans leur communauté,
pour produire tables, chaises, paniers ou encore ustensiles de cuisine.
Depuis trois ans, des études évaluent l'impact de l'enseignement de
ces matières techniques. Elles observent que les écoles les plus démunies
n'offrent guère le choix des disciplines, et que les élèves
sont orientés selon leurs origines sociales et leur sexe. D'autre part, les
méthodes des enseignants n'ont pas évolué parallèlement
à la réforme, en raison de leurs faibles connaissances des matières
spécialisées. Ce nouveau système scolaire fait actuellement
l'objet de vives critiques: implantation précipitée (à peine
le tiers des établissements est équipé en ateliers), programmes
trop chargés et mauvaise estimation des coûts, surtout pour des familles
parfois obligées de vendre quelques têtes de bétail pour financer
la scolarité de leurs enfants. Les écoles demandent aux parents de
procurer toutes les fournitures nécessaires aux élèves pour
fabriquer des objets. Ainsi l'éducation est-elle loin d'être gratuite
et équitable. Les écoles publiques, notamment dans le secondaire, exigent
parfois des frais d'inscription représentant le double, voire le triple, des
montants fixés par le ministère de l'Education. Si bien que les bons
élèves issus de familles pauvres ne peuvent s'inscrire dans les meilleures
écoles, contrairement aux enfants venant d'un milieu aisé mais qui
ont des résultats médiocres. Cette éducation à deux vitesses
est la principale critique adressée au nouveau système éducatif.
De nombreux élèves et leurs parents attendent donc maintenant... une
réforme de la réforme scolaire.
A. R.
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Seules 90 Kényanes sur 100 000 font des études supérieures.
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Un enfant
kényan sur deux quitte prématurément l'école primaire.
Les efforts de formation professionnelle, formelle ou sur le tas, donnent des résultats
à la fois modestes et encourageants.
Dans un quartier populaire de
Nairobi, sous un soleil de plomb, Reuben, 15 ans, fabrique des tabourets. Avec deux
autres apprentis, il a choisi d'exercer la menuiserie. «J'aime bien cette manière
d'apprendre en travaillant, mais je souhaite aussi suivre une formation dans une
école pour avoir un diplôme», explique-t-il. En interrompant sa
scolarité à la fin du cycle primaire, cet adolescent n'a obtenu ni
diplôme, ni qualifications techniques. Son cas est courant dans un pays où
la majorité des jeunes quittent l'école à ce niveau sans pouvoir
intégrer ensuite le monde du travail.
Un peu plus loin, au milieu du bruit des marteaux, les forgerons s'appliquent à
recycler bidons, tôles et autres boîtes de conserve. Ils produisent des
cuillères, des poignées de fenêtres et des braseros pour la cuisine.
Installés en plein air, ils sont surnommés les jua kali, ce qui signifie
«sous le soleil brûlant» en swahili. Tout comme ces jeunes femmes
qui s'orientent essentiellement vers deux métiers: la coiffure et la confection.
Malgré des résultats satisfaisants, Millicent a dû arrêter
ses études en cours de second cycle. Ses parents, disposant de faibles revenus,
ont choisi de privilégier la scolarité de son frère. Ils lui
ont cependant proposé de suivre la formation de la mission catholique, qui
dispense un enseignement «couture» aux filles. Mais elle n'a pas pu aller
au bout, encore une fois pour des raisons financières. «J'ai quand même
appris à coudre des modèles simples pour enfants et pour femmes. Mais
je voulais terminer ma formation pour être complètement qualifiée»,
dit-elle avec conviction. Alors, elle se rend à Nairobi et trouve, par l'intermédiaire
de son oncle, une place d'apprentie dans un atelier de confection. Millicent y côtoie
d'autres jeunes femmes, dont certaines n'ont pas eu la possibilité d'achever
leur scolarité en raison d'une grossesse non désirée. Ce problème,
qui touche près de 10 000 Kényanes chaque année, réduit
les chances d'accès des filles à l'éducation et vient donc s'ajouter
pour elles aux autres inégalités d'ordre régional, économique
et social.
Des enfants des rues
pris en charge
John est né à
Mathare, dans un quartier pauvre de Nairobi. Il a grandi auprès d'une mère
qui ne parvenait pas à subvenir aux besoins de la famille. Dès l'âge
de huit ans, il devient un parking boy (enfant de la rue). Après une première
expérience de trois ans dans un centre d'insertion communautaire, destiné
à aider ces enfants, il recommence à errer dans les artères
de la capitale, avant d'être arrêté par la police qui le met en
détention pendant quelques semaines. «A mes camarades et à moi,
se souvient-il, on nous a dit qu'on pouvait trouver de l'aide auprès de l'église
Sainte Teresa. Ensuite, nous avons été pris en charge par l'association
Undugu Society.» Cette organisation catholique héberge les enfants,
leur délivre une éducation de base et les place auprès d'un
artisan qui leur assure une formation technique, payée par l'association.
«J'ai vu des jeunes qui apprenaient la menuiserie et j'ai décidé
de faire comme eux», raconte John, qui est alors confié en apprentissage
à un menuisier.
«Ces actions de réhabilitation visent à favoriser l'insertion
des jeunes dans le milieu productif, en les plaçant dans un atelier dirigé
par un artisan reconnu pour ses compétences de formateur», commente
un éducateur d'Undugu Society. Les travailleurs sociaux conseillent les jeunes
dans le choix d'une spécialité et effectuent des visites hebdomadaires
dans les ateliers pour évaluer les progrès des apprentis et préparer
progressivement leur insertion professionnelle. Les enfants de la rue ne sont pas
les seuls à bénéficier des programmes d'Undugu Society, puisque
l'association accueille de plus en plus de jeunes en fin de scolarité et à
la recherche d'une formation.
Coûts élevés,
débouchés rares
Malgré les efforts
des pouvoirs publics pour encourager l'enseignement technique, le réseau des
centres de formation professionnelle — 2 000 établissements publics et
privés — n'absorbe qu'un peu plus de 1% de la population en âge scolaire.
Ces établissements attirent des jeunes ayant eu un bon parcours scolaire,
dont les parents, peu instruits, ont les moyens de financer les frais de scolarité.
Mais ils sont confrontés à de sérieuses difficultés financières,
malgré l'appui des organismes d'aide au développement. Certains centres,
comme les Youth Polytechnics, ne peuvent pas toujours équiper des ateliers,
faute de fonds. Leurs ressources proviennent des communautés locales et du
produit de la vente des objets fabriqués par les jeunes. Ceux-ci parviennent
tout de même à acquérir quelques qualifications. Mais de nombreuses
enquêtes réalisées auprès des élèves de
ces centres montrent que l'enseignement technique ne garantit pas l'insertion dans
le marché du travail. Une assez faible minorité obtient un emploi à
la sortie et de bons résultats semblent peser moins que les relations pour
trouver un emploi correspondant à la formation suivie. Depuis quelques années,
les centres de formation professionnelle sont remis en question en raison de leurs
coûts de fonctionnement élevés, du nombre réduit de places
qu'ils proposent et du manque de résultats en matière de débouchés.
Conscients de ce problème et de la sortie annuelle du système scolaire
de plus d'un enfant sur deux dès le premier cycle, les dirigeants kényans
ont entrepris de réformer le système éducatif (voir encadré).
Le cycle primaire est passé de sept à huit années et le programme
intègre à présent des disciplines techniques. L'objectif est
de dispenser quelques connaissances pratiques aux élèves, pour les
orienter vers une formation ou une activité professionnelle dans le secteur
des jua kali. Parallèlement, l'Etat a lancé une vaste politique de
valorisation et de soutien de ce type d'emplois. Ce secteur est, en effet, considéré
comme susceptible d'offrir un avenir professionnel à 90 000 jeunes chaque
année. Sensibilisés par un enseignement technique, les habitants de
Nairobi ne recherchent plus systématiquement un emploi de col blanc à
la fin de leur scolarité.
Avoir son propre
atelier
Abdi est en formation dans
un garage. Il y apprend l'électromécanique. «Mes parents sont
agriculteurs à Eldoret et ils ne pouvaient pas payer les frais de scolarité.
Alors, je suis venu à Nairobi, chez mon oncle, qui m'a présenté
au patron du garage». Il entend y acquérir de solides qualifications
pour entrer ensuite dans une école polytechnique, y décrocher un certificat,
puis un emploi «dans un grand garage», précise-t-il. Reuben espère,
lui aussi, ne pas s'arrêter là: «Je suis trop jeune pour travailler.
Après mon apprentissage, je voudrais suivre des cours dans un établissement
technique. Mon objectif? Avoir mon propre atelier de menuiserie.» Alors, à
son tour, il pourrait accueillir des apprentis qui, comme lui, ont été
contraints d'abandonner l'école prématurément.
Population du Kenya: 27,1 millions (1995), dont 48% de moins de
15 ans
Croissance démographique annuelle: 3,5% (l'une des plus fortes du monde)
Taux de chômage: inconnu
Taux d'analphabétisme: 22%
PNB/habitant/an: 280$
Source: Rapport mondial sur le développement humain,
PNUD, 1998.
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Du nouveau
pour les enfants du Cambodge
Chev, 10 ans, vit dans la province de Mondulkiri, située
sur les hauts plateaux au sud-est du Cambodge. Il appartient à la minoriré
ethnique des Phnongs. Il habite avec sa famille loin de la capitale régionale
de Sem Monorum et, six mois par an, ne peut se rendre à l'école car
les routes sont impraticables en raison des intempéries. Aussi, le gouverneur
de la province a-t-il sollicité l'aide de l'Association de parrainage d'enfants
au Cambodge (ASPECA), une organisation non gouvernementale française créée
en 1991, qui gère déjà dans le pays 60 sites abritant plus de
5 000 orphelins ou enfants de la rue. L'appel du gouverneur est motivé par
les conditions de vie particulièrement dures dans cette région peu
peuplée et difficile d'accès.
L'action de l'ASPECA est double: construire de nouvelles écoles dans la campagne
et un village d'accueil à Sem Monorum pour les enfants sans famille, mais
aussi proposer un parrainage aux enfants les plus démunis. Chev est pris en
charge par une marraine qui vit en France. Elle s'est engagée à lui
assurer nourriture, soins de santé, frais de scolarité et vêtements,
aussi longtemps qu'il en aura besoin. Dans les lettres qu'il lui envoie régulièrement,
il promet de saisir sa chance et de bien travailler. La grande majorité des
4 200 parrains et marraines sont originaires d'Europe occidentale et du Canada. L'ASPECA
a déjà construit 12 maisons traditionnelles, en bois et toit de chaume,
à Sem Monorom, la capitale, où seront hébergés les enfants
trop éloignés de l'école.
En février 1998, l'UNESCO a signé avec l'ASPECA un accord de coopération.
Les enfants ont reçu des fournitures indispensables à leur scolarité.
Les écoles sont dotées de bibliothèques. Ces actions s'inscrivent
dans un projet plus ample de développement de l'éducation primaire
et secondaire, dans un pays où près de la moitié de la population
a moins de 15 ans et plus de 150 000 enfants sont orphelins ou en état de
détresse.
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Le Courrier de l'UNESCO
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