La guerre du téléphone

James Deane, Institut Panos, Royaume-Uni

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Dans les pays du Sud,
les réseaux téléphoniques
sont mal en point. Ici à Mexico.





«Les pays les moins avancés et les petites économies à faible revenu comptant moins d'un million d'habitants risquent d'être les plus durement touchés»





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Le site du mois
www.cosmo.com.br/
procedor/unesco

L'Unesco a décerné son prix du meilleur site Web à une réalisation brésilienne, mettant en scène les tribus indiennes des Kamayura et des Urubu-Kaapor. Un jury international a ainsi voulu saluer un produit en ligne au contenu muticulturel. A travers des récits, des sons et des images, l'internaute peut y découvrir l'histoire, le folklore, les pratiques artistiques et musicales de ces tribus. Le site est accessible en anglais, en espagnol, en portugais et en espéranto.
Le jury a également attribué trois mentions spéciales aux sites allemand World Video 40° North (
www.khm.de/ projects/worldvideo), qualifié d'«exemple remarquable de l'émergence d'une forme d'art spécifique à Internet», belge Nirvanet (www.nirvanet.com) pour les possibilités qu'il offre de «tisser des liens et créer des communautés virtuelles sur Internet» et burkinabé Sur les routes du monde (www.delgi.gov.bf/
routes du monde/) pour «sa présentation et son contenu parfaitement adaptés aux utilisateurs d'Internet dans les pays en développement».
D'un montant de 5 000 dollars, ce prix annuel vise à récompenser les créateurs de sites Web qui correspondent aux idéaux de paix de l'Unesco.
Des informations complémentaires sur les vainqueurs de cette année sont disponibles sur
www.unesco.org/
webworld/webprize.






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En Zambie, le téléphone tombe souvent en panne. A la grande joie des réparateurs.







Les taxes de répartition
payées par les Etats-Unis

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Les hauts et les bas de la presse quotidienne

La diffusion des journaux recule dans un grand nombre de pays industrialisés et progresse dans beaucoup de pays en développement.
Entre 1993 et 1997, les ventes de quotidiens ont baissé globalement de 3,7% dans les pays de l'Union européenne, selon les études réalisées par l'Association mondiale des journaux (AMJ) et présentées en juin 1998 lors de son 51e Congrès, à Kobé au Japon. Au cours de ces cinq années, la diffusion des quotidiens aux Etats-Unis a diminué de 5,2%. En Russie, qui enregistrait à la fin de l'ère communiste les plus forts taux de diffusion du monde, avec un record de 96 millions d'exemplaires par jour, les ventes de quotidiens ont chuté de 54,4 % depuis 1993.
La baisse de la diffusion de journaux dans ces pays contraste avec la vitalité de la presse quotidienne dans certains pays du Sud où, malgré la censure, la crise économique et les difficultés liées à l'approvisionnement en matière première, on observe une hausse des ventes de quotidiens au cours des mêmes cinq années. En Inde, le nombre d'exemplaires vendus a augmenté de 47,2%; au Brésil, de 9%.
D'autres sources confirment cette tendance. Selon les dernières statistiques de l'Unesco, le taux de pénétration de la presse quotidienne a augmenté dans presque tous les pays du continent africain, pendant cette période. Entre 1990 et 1996, le taux de diffusion des quotidiens pour 1 000 habitants est passé de 14 à 27 exemplaires au Botswana, de 8 à 16 en Côte-d'Ivoire, de 21 à 30 au Gabon, de18 à 24 au Nigéria et de 15 à 27 au Swaziland.
Différentes études, dont celle de l'entreprise américaine Market Facts, attribuent la baisse des ventes de journaux au succès d'Internet, mais son impact direct n'a pas encore été démontré. L'AMJ affirme par exemple qu'au Royaume-Uni, Internet est davantage un complément qu'un substitut à la presse écrite. La même tendance est constatée aux Etats-Unis, où les lecteurs habituels des nouvelles en ligne consultent régulièrement d'autres sources - journaux, radio et télévision - pour compléter leur information.
Actuellement, le principal souci des éditeurs est d'attirer de jeunes lecteurs, plus séduits par la souris et l'écran que par le papier imprimé.

La dérégulation des télécommunications va profiter au monde industrialisé, mais la facture risque d'être lourde pour les pays en développement.

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Si vous avez un ami à Sydney, Johannesburg ou Beijing, à qui vous n'avez pas téléphoné depuis longtemps, il va falloir trouver une autre excuse que «c'est trop cher». Les prix des communications internationales sont en chute libre. Demain, appeler à l'autre bout de la planète ne vous coûtera pas plus que passer un coup de fil à un voisin.
Nous allons vers un monde sans distances ni frontières, où l'on pourra téléphoner à n'importe qui, quasiment n'importe où, pour une poignée de centimes. Selon l'hebdomadaire britannique The Economist, «l'abolition de la distance, qui déterminait le coût des communications, sera sans doute le facteur de bouleversement le plus important pour la société de la première moitié du xxie siècle». Mais l'enthousiasme et la fascination suscités par la perspective d'appels bon marché, le téléphone portable et Internet, ne sauraient faire oublier que certains pays luttent désespérément pour s'adapter à ces nouvelles réalités. Le processus en cours menace de paralyser leurs économies, surtout s'ils comptent parmi les plus pauvres de la planète. Et les questions - techniques et rébarbatives - de savoir qui doit être taxé et qui doit recueillir les bénéfices des communications téléphoniques, ne font que brouiller les cartes.

Pour une fois, la pauvreté payait
Pourquoi téléphoner à l'étranger coûte-t-il si cher aujourd'hui? En grande partie parce que de nombreux pays ont depuis toujours demandé des prix élévés pour établir les communications. Par exemple, si vous appelez de Washington en Jamaïque, l'opérateur américain devra payer la connexion à son homologue jamaïcain, puis rebasculera cette dépense sur votre facture téléphonique. On appelle «système international des taxes de répartition» le résultat d'accords bilatéraux qui déterminent le prix de l'interconnexion et le montant (généralement 50% de ce prix) qu'une compagnie téléphonique d'un pays X verse à son homologue d'un pays Y pour qu'elle établisse la communication.
Dans un monde idéal, chaque pays émettrait autant d'appels qu'il en recevrait et les coûts seraient également répartis. Mais dans notre monde inégal, la quasi-totalité des pays en développement reçoivent plus d'appels qu'ils n'en émettent, car la plupart de leurs habitants sont pauvres et disposent de réseaux téléphoniques peu développés. Une fois n'est pas coutume, en vertu du système de taxes de répartition, la pauvreté paie: la plupart des pays en développement tirent ainsi de coquets revenus du trafic téléphonique international. En 1996, ils ont enregistré un excédent d'environ 10 milliards de dollars. Dans certains Etats parmi les moins avancés, les revenus des communications internationales représentent la première recette d'exportation et la principale source de devises. «Si vous faites la somme des prêts consentis par toutes les banques de développement du monde au profit du secteur des télécommunications, explique Pekka Tarjanne, le directeur général de l'Union internationale des télécommunications (UIT), vous constaterez que le total pour la première moitié des années 90 est inférieur aux recettes obtenues en une seule année au titre des taxes de répartition (par les pays en développement).» Nombre d'entre eux ont profité de ce système pour facturer les appels au prix fort, sans tenir compte des coûts réels d'acheminement, arguant du fait qu'ils avaient besoin de devises pour développer leurs réseaux téléphoniques.
Mais aujourd'hui, la technologie, les stratégies politiques et la compétition acharnée introduite par la libéralisation du marché global des télécommunications, risquent de conduire à une chute brutale et spectaculaire de ces revenus. Elle pourrait devenir catastrophique pour les économies de pays en développement, et nuire, par ricochet, à celles de certains pays riches. «Si l'on ne parvient pas à un accord, le chaos et l'anarchie vont s'emparer du secteur des télécommunications dans les prochaines années; beaucoup de gens en souffriront terriblement dans les pays en développement, prédit P. Tarjanne. Et dans les pays développés, les usagers en pâtiront aussi.»
Il faudra alors s'attendre à une baisse de qualité des services téléphoniques, estime le représentant de la Jamaïque auprès des Nations unies à Genève, Anthony Hill. «Une chute trop brutale des taxes de répartition va entraîner une augmentation substantielle du coût des appels locaux et, au-delà, des perturbations pour les usagers.»
Selon l'UIT, «les pays les moins avancés et les petites économies à faible revenu comptant moins d'un million d'habitants risquent d'être les plus durement touchés.». La Jamaïque, par exemple, gagne environ 150 millions de dollars par an grâce au trafic téléphonique international. «La réduction des taxes va amputer ces recettes, affectant le commerce extérieur et la balance des paiements», explique Cezley Sampson, de l'Université des Indes occidentales.
Pourquoi le système qui avait prévalu jusqu'ici part-il en lambeaux? D'abord pour des raisons techniques, qui ont provoqué l'effondrement des coûts réels des télécommunications internationales. Une simple paire de fibres optiques, pas plus épaisses qu'un cheveu, peut désormais transporter toutes les communications longue distance de l'Amérique du Nord. La capacité des réseaux construits en fibres de ce type est 10 fois supérieure à celle des infrastructures installées il y a tout juste quelques années. Cette évolution réduit considérablement les coûts opérationnels des compagnies téléphoniques, et leur permet donc de faire baisser les prix. L'UIT estime qu'aujourd'hui, «le coût d'une liaison internationale est proche de zéro, à tel point qu'il pourrait presque être considéré comme sans incidence sur le prix de la communication». Or pendant que ces coûts réels chutaient, les taxes de répartition internationales ne suivaient pas au même rythme. Elles n'ont baissé que de 9% par an depuis le début des années 90 pendant que le prix des communications transmises par satellites et par câbles sous-marins chutaient de 30%.
Mais la technologie n'explique pas tout. Les télécommunications sont au coeur de la nouvelle économie globale et des milliers de milliards de dollars passent chaque année par les fils du téléphone. Si la plupart des consommateurs se plaignent des prix encore trop élevés des appels internationaux, les multinationales et les conglomérats internationaux vont plus loin: ils exigent qu'ils baissent. D'où la libéralisation croissante du marché des télécommunications et la concurrence acharnée que se livrent les opérateurs.

Ouvrir les marchés à la concurrence
En février de cette année, 72 pays, qui contrôlent 93% du trafic mondial des télécommunications, ont commencé à mettre en oeuvre un accord de l'Organisation mondiale du commerce, qui prévoit l'ouverture de leurs marchés à la concurrence étrangère. Ce mouvement a débouché sur plusieurs fusions entre géants des télécommunications, dont le récent rapprochement entre l'Américain AT&T et British Telecom. Face à la domination de cette logique concurentielle et de quelques grands groupes d'opérateurs, les pays en développement savent qu'ils doivent renoncer à fixer les prix qu'ils veulent. Mais pour les Etats-Unis, les choses ne vont pas assez vite. Car ils sont les grands perdants de l'ancien régime: les entreprises américaines accusent un déficit de près de six milliards de dollars par an dans le réglement des taxes de répartition.
Les Etats-Unis ont donc décidé d'appliquer leur propre politique tarifaire: bientôt, les compagnies américaines seront autorisées à acquitter des prix très réduits aux opérateurs des autres pays. «Le système actuel est périmé et monopolistique, faisait observer Reed Hundt en 1996, lorsqu'en tant que président de la Commission fédérale des communications (FCC), il a annoncé le changement de politique de son pays. Il a imposé de trop lourdes charges aux consommateurs et entraîné d'énormes flux d'argent des Etats-Unis vers des entreprises étrangères.» Bien que la politique tarifaire de la FCC, qui entre en vigueur l'an prochain, accorde un délai de cinq ans aux pays les plus pauvres pour modifier leurs tarifs, elle a provoqué la colère de nombreux pays. «En Colombie, la taxe de répartition s'élève à environ 50 cents la minute, plus du double de celle proposée par la FCC, indique David Townsend, consultant pour l'UIT. Les nouveaux prix de référence de la FCC auront des effets très négatifs sur le secteur des télécommunications colombien, car les opérateurs perdront de l'argent à chaque appel». Une conclusion que réfute la FCC.
Certains observateurs vont jusqu'à accuser les Etats-Unis de pratiquer une nouvelle forme de colonialisme. «Ils ont toujours refusé de se soumettre à la réglementation de l'UIT; lorsqu'ils n'ont pas pu faire ce qu'ils voulaient au sein de cette organisation, ils ont internationalisé leur législation nationale, commente le Professeur Jill Hills, de l'Institut international sur la régulation des télécommunications de Londres. La menace de la FCC de se retirer du système mis en place par l'UIT est conforme à cette tradition.»
Cependant, force est de reconnaître que l'ancien système avait besoin d'être réformé. En 1992, l'UIT avait d'ailleurs adopté une résolution demandant que les taxes de répartition reflétent les coûts réels d'acheminement des appels. D'autre part, les bouleversements technologiques et économiques que connaît l'industrie des télécommunications peuvent être l'occasion pour les économies en développement de devancer les vieilles puissances industrielles - en s'équipant d'emblée de réseaux numériques - et d'attirer des investissements étrangers considérables.
Reste qu'à un stade critique de leur développement, certains des pays les plus pauvres de la planète partent avec un retard énorme dans la course aux télécommunications. Si rien n'est fait pour les aider, toute une génération pourrait s'en trouver handicapée.


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Sur le Web
http://www.itu.int/intset
http://www.oneworld.org/panos/briefing/telrates.htm

Le Courrier de l'UNESCO
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