| Le rêve menacé | ||
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Robin Smith, à Sydney |
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L'Australie
met un frein à sa politique généreuse en matière d'immigration
sous la pression d'un parti extrémiste populaire. L'appel de la dirigeante du parti en vogue One Nation, Pauline Hanson, pour une «immigration zéro» menace le rêve de milliers d'immigrants potentiels vers un pays qui, jadis, accueillait à bras ouverts tous ceux en quête d'un nouveau style de vie. Le danger remonte à deux ans, quand elle a déclaré, dans son premier discours devant le Parlement fédéral australien: «Nous risquons d'être submergés par les Asiatiques». Depuis, ce péril n'a fait que croître, au point que cette formation a récemment remporté 25% des suffrages dans l'un des Etats fédérés, menaçant les bastions des partis traditionnels. L'Australie est fière de la diversité démographique qu'elle a acquise en 25 ans, depuis qu'elle a renoncé à sa politique d'immigration restrictive, (connue sous le nom d'«Australie blanche»), au profit d'une législation non discriminatoire. Le pays accueille actuellement des migrants originaires de 150 pays. Fondée sur des quotas annuels, cette réglementation permet aux ressortissants de tous pays, quels que soient leurs origine ethnique, sexe, couleur ou religion de postuler à l'immigration. L'admission prend en considération le niveau d'anglais, les compétences professionnelles, les liens et le soutien familiaux. Aujourd'hui, environ le quart des Australiens est né à l'étranger: 5% en Asie, 6,2% au Royaume-Uni, 6,8% ailleurs en Europe, 1,2% au Moyen-Orient ou en Afrique du Nord. Depuis la Seconde Guerre mondiale, 5,6 millions de personnes s'y sont établies. La politique actuelle vise, à travers l'immigration, à accroître la population de 18,5 millions à 23 millions dans les 50 prochaines années. Déterminer une «capacité d'accueil» Le gouvernement a réagi aux revendications de One Nation par une grande campagne nationale défendant sa politique. Le ministre de l'Immigration et des Affaires ethniques, Philip Ruddock, a parcouru le pays en clamant qu'il n'y a «pas de place pour le racisme en Australie». La question, dit-il, «n'est pas de savoir comment stopper l'immigration, mais comment la gérer afin d'en tirer le meilleur profit pour l'Australie». L'opposition aux projets de P. Hanson a été virulente. Dans un appel conjoint, patronat, syndicats, groupes religieux et associations affirment: «Nous, Australiens, devrions être fiers de la manière dont les immigrés ont transformé, consolidé et enrichi notre nation, sur les plans économique, social et culturel.» Le parti One Nation exploite le ressentiment grandissant de certains Australiens à l'égard d'immigrés perçus comme venant prendre «leurs» emplois, dans une économie de plus en plus affectée par la crise asiatique, prendre «leurs» places dans des universités surchargées et escroquer le système d'aide sociale. Des mouvements écologistes et les partis qui les représentent réclament également une diminution de l'immigration. Ils veulent que l'Australie détermine sa «capacité d'accueil», c'est-à-dire le nombre d'habitants que le pays peut continuer à faire vivre sans polluer la terre, les plages, les cours d'eau et sans mettre en danger la faune et la flore. En réponse à certaines de ces critiques, le gouvernement a commencé à durcir les conditions d'admission, en réservant la moitié des entrées à des gens qualifiés et en sanctionnant ceux qui dépassent la durée de leurs visas, travaillent illégalement, exploitent les procédures d'appel pour prolonger leur séjour clandestin ou abusent du système de protection sociale. Le président de la fédération du conseil des affaires ethniques, Randolph Alwis, se montre très critique à l'égard d'un gouvernement qui «cède aux exigences des extrémistes». Il estime qu'en renforçant les critères de compétences et de connaissance de l'anglais, l'Australie applique en fait une discrimination indirecte, excluant ainsi des personnes dont le pays aurait grand besoin. Il souligne que des grands hommes d'affaires australiens sont arrivés ici sans parler un mot d'anglais. «On voit beaucoup de gens hautement qualifiés qui, victimes de préjugés, ne trouvent pas de travail tout de suite, affirme-t-il. Ils sont alors confrontés à de grandes difficultés, parce que la politique gouvernementale ne leur accorde aucune prestation sociale pendant deux ans.» Et il met en garde: «A l'étranger, on suit de très près notre politique d'immigration. Les candidats au départ qui ont le choix et qui ont des compétences décideront d'aller dans des pays moins restrictifs en la matière.» Le Courrier de l'UNESCO |