
Les zones touchées
par les inondations en Chine.

Cette année, plus de 200 millions de chinois ont été
touchés par les inondations.

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Un bon point
pour l'industrie
Selon une récente étude de l'Agence européenne pour l'environnement
(AEE), la contribution relative de l'industrie au changement climatique, aux dépôts
acides, à la dégradation de la couche d'ozone et à la pollution
de l'eau a diminué depuis 1995. «En Europe occidentale, les objectifs
environnementaux s'intègrent dans la prise de décision industrielle,
ce qui se traduit par une réduction des émissions totales dans l'air
et l'eau.» Deux bémols cependant. D'une part, cette démarche
n'est pas encore «courante en Europe orientale». D'autre part, les petites
et moyennes entreprises ont la fibre beaucoup moins verte que les grosses et rechignent
à se soumettre à des «mesures efficaces».
Si l'industrie peut mieux faire, les trois autres «forces motrices clés»
ayant un impact sur l'environnement européen – les transports, l'énergie
et l'agriculture – ont encore, elles, tout à faire. Le transport routier de
marchandises a augmenté de 54% depuis 1980 et la circulation automobile de
46% depuis 1985. Les problèmes d'embouteillages, de pollution atmosphérique
et de nuisances sonores s'intensifient. Et l'avenir s'annonce sombre en raison de
«l'énorme poids des habitudes politiques», qui favorisent le développement
d'infrastructures et le déclin des transports publics au profit du privé.
Dans le secteur agricole, l'utilisation d'engrais inorganiques et de pesticides s'est
stabilisée mais la consommation d'eau continue à croître et les
rivières sont menacées d'asphyxie. Bref, «les considérations
environnementales ne constituent toujours qu'une faible partie de la politique agricole
commune» de l'Union européenne (UE).
L'Europe n'a pas non plus à se vanter de l'évolution de sa consommation
d'énergie. Certes, les pays ex-communistes l'ont vu chuter de 23% depuis 1990
du fait de la crise économique. Mais l'on s'attend à une reprise rapide
de la croissance des émissions polluantes. Quant à l'Europe occidentale,
elle n'améliore son rendement énergétique que de 1% par an,
alors que son PNB croît au rythme de 2% à 3%. On voit mal, dans ces
conditions, avertit l'AEE, comment l'UE pourrait respecter son engagement de réduire
ses émissions de gaz à effet de serre de 8% d'ici 2010.
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Si les fortes
pluies ont provoqué les inondations de cette année en Chine, les erreurs
humaines accumulées au fil des décennies en ont fait une catastrophe
nationale.
Les inondations qui ont ravagé le bassin du Chang Jiang (Yang-Tseu-Kiang),
littéralement «le long fleuve» comme on l'appelle en Chine, sont
les plus graves depuis 1954, et jamais le nord-est du pays n'en avait connues de
si dévastatrices.
Toutefois, par rapport à 1954, la crue du Yang-Tseu-Kiang «n'était
pas très importante» cette année, souligne Lu Qinkan, ancien
fonctionnaire du ministère des ressources hydrologiques, qui surveille l'évolution
du fleuve depuis les années 40. Or les dégâts sont plus sérieux.
Conclusion, explique le physicien de l'atmosphère Tao Shiyan, membre de l'Académie
des sciences: les conditions météorologiques «ne portent pas
l'entière responsabilité» de la catastrophe qui, selon des sources
officielles, a coûté la vie à plus de 3 000 personnes entre juin
et août derniers, détruit cinq millions d'habitations, affecté
223 millions de personnes, endommagé près du quart des terres arables
et provoqué des dégâts évalués à 166 milliards
de yuans (environ 21 milliards de dollars).
La négligence
coûte cher
Comment expliquer
un aussi lourd bilan? Pour Lu, il résulte de l'incapacité du fleuve
à écouler efficacement ses eaux de crue. «On ne peut contrôler
les crues du Yang-Tseu-Kiang que par une planification d'ensemble des bassins de
retenue et, surtout, de déversement des eaux, insiste-t-il. Défini
dans les années 50, ce principe est toujours valable aujourd'hui. Malheureusement,
on a toujours privilégié la retenue». Au contraire, les digues
et les remblais qui «jouent un rôle essentiel en renforçant la
capacité d'écoulement des eaux de crue du fleuve» ont été
négligés.
Des pans entiers de ce réseau, qui s'étend sur 3 570 km le long
des cours moyen et inférieur du Yang-Tseu-Kiang, nécessitent d'importants
travaux de réfection. Cet été, des suintements, fissures, rigoles
et effondrements sont apparus en des milliers de points, révélant la
fragilité du dispositif. Compte tenu de la longueur et de la largeur du Yang-Tseu-Kiang,
explique Lu, il suffirait de rehausser les digues d'environ un mètre pour
permettre à 7 500 mètres cubes d'eau supplémentaires de
s'écouler par seconde (soit 20 milliards de mètres cubes par mois).
Mais la mise en oeuvre du plan décennal conçu en 1980 pour surélever
et renforcer les digues n'est toujours pas achevée, ajoute-t-il. Sinon, «la
catastrophe de cette année n'aurait pas pris une telle ampleur».
Les responsables nationaux des ressources hydrologiques excusent ce retard par le
manque d'argent. Alors que 4,8 milliards de yuans (soit 1,6 milliard de dollars en
1980) devaient financer 34 projets, seulement 399 millions de yuans avaient été
débloqués en 1987 et 12 projets mis en chantier, rappelle Lu. La province
de Jiangxi, où le fleuve termine sa course avant de se jeter dans la mer de
Chine orientale, constitue une heureuse exception. Les autorités locales ont
consacré sept milliards de yuan à la défense contre les inondations
depuis le début des années 90, dont environ un septième à
la réfection des digues le long du fleuve.
Partout ailleurs, la négligence a coûté cher: les dégâts
occasionnés par les crues du Yang-Tseu-Kiang en 1995, 1996 et 1998 peuvent
être évalués à au moins 200 milliards de yuans (25 milliards
de dollars). Cette somme représente près de 40 fois le budget du plan
de 1980 ou encore les deux tiers des investissements nécessaires à
la construction du très controversé barrage des Trois Gorges. A en
croire certains ingénieurs, cet ouvrage, une fois achevé, aidera à
maîtriser les crues du fleuve. Mais nombreux sont ceux qui ne cachent pas leur
scepticisme. Conseiller du groupe d'experts sur la régularisation des crues
dans le cadre de l'étude de faisabilité menée dans les années
80, Lu affirme qu'il n'aura qu'une capacité «limitée» à
les contrôler. Situé près de Yichang, où le Yang-Tseu-Kiang
émerge de gorges très encaissées avant de poursuivre sa course
dans des régions plus plates, il pourrait contribuer à maîtriser
les crues en amont. Mais les inondations de cette année se situaient en aval,
notamment dans les provinces de Jiangxi, Hunan et Hubei.
D'autre part, avec sa capacité de 39,3 milliards de mètres cubes, le
réservoir des Trois Gorges pourra tout au plus réguler des crues de
22,2 milliards de mètres cubes, ajoute Lu. «Or le volume brut des eaux
de crues du fleuve dépasse de loin ce chiffre.» Pour lui, ce barrage
des Trois Gorges sert surtout à drainer des investissements massifs aux dépens
de travaux indispensables de réfection des digues et des remblais. Pire, pour
l'hydrogéologue Lu Yaoru, qui travaille au ministère de l'aménagement
du territoire et des ressources naturelles, le barrage augmentera la sédimentation
en aval, ce qui affectera la capacité d'écoulement des eaux de crue.
Des lacs disparus
par centaines
De fait, renchérit
Yu Xiaogan, géographe attaché à l'Académie des sciences,
la sédimentation a, dans certaines zones, déjà provoqué
une élévation de 5 à 14 mètres par rapport au niveau
des champs avoisinants. «Sur certains tronçons, le Yang-Tseu-Kiang est
devenu un fleuve suspendu et c'est très dangereux», souligne-t-il. Pour
lui, la mauvaise utilisation des rives du fleuve et des lacs adjacents a largement
aggravé le problème. Sous l'effet de la pression humaine, les lacs
Dongting et Boyang, deux des principaux bassins de rétention du Yang-Tseu-Kiang,
ont par exemple perdu respectivement 46% et 40% de leur superficie au cours des 40
dernières années. Leur capacité de retenue est ainsi passée
de 30 milliards de mètres cubes à quelque 17 milliards. Hubei, autrefois
surnommée «la province aux 1 000 lacs» n'en compte plus que
182, contre 1 066 à la fin des années 50. Du coup, les eaux de
crue qui auraient pu s'y déverser inondent les villes et les champs qui occupent
désormais les terres asséchées. Alors que la région comptait
100 000 habitants en 1954, dont 20 000 furent déplacés à
cause de la crue, elle en abrite aujourd'hui plus d'un demi-million, dont 330 000
ont été évacués cet été.
Autre facteur aggravant: la déforestation et l'érosion des sols dans
le haut bassin du Yang-Tseu-Kiang. De 1977 à 1997, d'après l'Agence
nationale pour la protection de l'environnement, 14 millions de mètres cubes
de bois ont été annuellement détruits en Chine du Sud-Ouest.
Par ailleurs, entre 1957 à 1997, la superficie de sol érodé
par les eaux dans le bassin du fleuve est passée de 363 800 km carrés
à 569 700, soit de 20,2% de la zone à 31,5%. «Quand elles s'abattent
sur une forêt dense, des précipitations de 50 mm ne causent aucun dégât
car l'eau est entièrement absorbée, explique Jin Jianming, conseiller
auprès de l'Agence nationale pour la protection de l'environnement. Mais sur
un terrain dénudé, 30 mm suffisent à provoquer des inondations.»
Yu Xiaogan considère la catastrophe de cette année comme «une
revanche de la nature sur le désintérêt progressif de la Chine
à l'égard de l'écologie». «Nous nous croyions “maîtres
de la nature” et nous avons voulu l'asservir, rappelle Liu Shukun, un expert qui
travaille pour le ministère des ressources hydrologiques. Nous devons apprendre
à y voir un hôte bienveillant et à la respecter.»
Comparaison des inondations de 1954 et 1998
| Station |
Débit maximal
(m3/sec.)
|
Niveau Maximal
(m)
|
Durée d'alerte (juin-août)
(nbre de jours)
|
|
1954
|
1998
|
1954
|
1998
|
1954
|
1998
|
| Yichang |
66 800
|
63 600
|
55,73
|
54,50
|
42
|
42
|
| Hankou |
76 100
|
71 200
|
29,73
|
29,43
|
68
|
65
|
| Datong |
92 600
|
82 100
|
16,64
|
16,31
|
76
|
67
|
Le
Courrier de l'UNESCO
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