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Le Vietnam «par le haut» Philippe Martini, à Hanoi |
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Le gouvernement
a adopté un ambitieux plan de développement des technologies de l’information.
Mais l’intendance peine à suivre. C’est ici, au cœur du «quartier des ambassades» de Hanoi, que les Vietnamiens concoctent leur stratégie en matière d’industrie informatique. Ils tentent, par exemple, d’inventer une «solution vietnamienne» au bogue de l’an 2000. C’est dans ces locaux que se joue en partie l’avenir d’un secteur que le pays a choisi d’intégrer «par le haut», en se lançant dans des activités à forte valeur ajoutée. Pas question de se contenter d’usines de saisie. Malgré les travaux d’approche de quelques investisseurs étrangers, ces saisies, activités «bas de gamme», restent en général marginales. Au moment où l’ouverture économique proclamée en 1986 commençait à devenir réalité, le gouvernement communiste a adopté, en 1993, un ambitieux «Master Plan» pour le développement de ces technologies. Réellement lancé il y a trois ans, il court jusqu’à l’an 2000. Ce document annonce la couleur: «La priorité sera donnée au développement d’une industrie du software.» Pour Nguyen Kim Anh, directrice du Centre de formation et de recherche du programme national, le développement de logiciels est la seule voie possible pour un pays aussi pauvre que le Vietnam, où le PNB par habitant plafonne à 300 dollars: «Ni l’Etat, ni les entreprises, ni les universités n’ont les moyens d’investir sérieusement dans des travaux sur le hardware», reconnaît cette chercheuse. Etudiants «bidouilleurs» Le «Master Plan» couvre tous les secteurs d’activités: l’administration, la banque et la finance, la défense et la sécurité et enfin, l’industrie proprement dite. L’Etat s’engage à mettre en place des mesures «d’encouragement et d’assistance» pour les entreprises publiques et privées. «Jusqu’ici, il fallait avant tout créer un environnement favorable aux technologies de l’information, explique Nguyen Kim Anh. Aujourd’hui, l’informatisation des administrations et des laboratoires universitaires est bien avancée. Pour le reste, nous n’avons encore que des études de faisabilité.» Le pays compte d’abord sur sa matière grise: en Asie du Sud-Est, les Vietnamiens sont réputés pour leurs compétences en mathématiques et en informatique. «Nos étudiants ont des aptitudes certaines, estime Michel Mouyssinat, directeur de l’Institut de la francophonie pour l’informatique (IFI), mais il sont plus “bidouilleurs” qu’à l’aise sur des architectures complexes, qui nécessitent un travail en équipe.» Nguyen Kim Anh confirme: «Nous avons d’assez bons développeurs, nous sommes moins bien outillés en concepteurs de systèmes complexes.» C’est pourquoi les pouvoirs publics battent le rappel des informaticiens vietnamiens expatriés en Occident. Ils redoublent aussi d’efforts pour permettre aux chercheurs de se former à l’étranger ou sur place grâce à des cursus spécialisés à l’Université nationale, à l’Université de Ho Chi Minh Ville et à l’Ecole polytechnique de Hanoi. Autre atout du Vietnam: le faible coût d’une main-d’œuvre plutôt qualifiée. «Un développeur débutant est recruté à 250 dollars par mois», rapporte M. Mouyssinat. Mais le marché pousse les bons éléments vers des salaires plus élevés, donc peu concurrentiels par rapport à d’autres pays en développement. Comme les entreprises étrangères s’arrachent les meilleurs informaticiens, ils peuvent très vite négocier un salaire mensuel de 800 dollars. Par rapport à la concurrence étrangère, les entreprises locales souffrent des restrictions en matière de lignes à haut débit, imposées pour des raisons à la fois politiques et économiques. D’une part, l’Etat veille à garder le contrôle des flux d’information. D’autre part, le fournisseur d’accès vietnamien est une entreprise publique en situation de monopole. Résultat: «Une ligne de 64 kilobites coûte 3 500 dollars par mois, affirme Michel Dauguet, un éditeur multimédia qui dirige la société Pacific Rim. Et même à ce prix, nous n’avons pas accès à tous nos partenaires étrangers, ce qui nuit au bon fonctionnement d’une activité de réexportation de logiciels.» |
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