|
|
|||||
| Le dumping écologique est limité... | ...mais bien réel | ||||
|
Tom Jones, Conseil d’administration |
Richard McNally, |
||||
A l’échelle mondiale,
les considérations environnementales comptent peu dans la décision
des entreprises d’investir à l’étranger.
Il est difficile de déterminer dans quelle mesure les destinations de l’IDE sont choisies en fonction de la réglementation environnementale en vigueur. Le capital est investi dans un large éventail de pays et de secteurs industriels, par des sociétés à la «conscience écologique» très variable. D’autre part, une entreprise peut aussi investir dans un pays étranger afin de profiter d’une main-d’œuvre très qualifiée ou d’avantages divers, sans aucun lien avec les coûts environnementaux. Le respect des normes vertes: un argument de vente De fait, ceux-ci constituent en général une part modeste du total des coûts de production, qui peuvent même diminuer lorsque les normes «vertes» sont contraignantes. Prenons l’exemple d’un industriel qui a besoin d’utiliser de l’eau «propre». Si les normes du pays où il investit sont strictes, elle lui sera fournie. Sinon, il devra traiter l’eau à ses frais avant de l’utiliser. Les multinationales se soucient surtout de savoir si les régles édictées par un pays sont effectivement imposées à tous: ces sociétés refusent rarement d’investir dans la protection de l’environnement si leurs principaux concurrents sont soumis aux mêmes obligations qu’elles. Le plus souvent d’ailleurs, elles appliquent les mêmes normes environnementales à leurs productions, quel que soit le pays où elles sont implantées, et indépendamment des normes locales en vigueur. Pour trois grandes raisons. Premièrement, une multinationale ne peut pas se permettre de voir la réputation de ses produits ternie au niveau mondial, parce qu’on l’accuse «d’exploiter l’environnement» dans un pays du Sud. Ces accusations peuvent entraîner un boycott ou d’autres formes de pression de la part des consommateurs. Les producteurs de bananes à Porto Rico ont ainsi réclamé plus de règles environnementales pour disposer d’un argument de vente. Deuxièmement, les sociétés calculent souvent qu’il est moins cher
Les «paradis des pollueurs» existent néanmoins, pour certains types de sociétés et certains secteurs industriels, dans certains pays. C’est le cas des industries minières ou de transformation comme la chimie, la métallurgie, l’abattage des arbres et la fabrication de pâte à papier. Dans ces industries, le coût de la protection de l’environnement peut représenter une part significative du coût de production. Autrement dit, de petites différences de coût peuvent se traduire par d’importants reculs en termes de parts de marché et de bénéfices. Pour autant, les pays d’accueil n’en assouplissent pas nécessairement leurs normes environnementales. Reste que la concurrence est rude, à la fois à l’intérieur des pays et entre pays, pour s’arroger plus d’IDE. Elle est particulièrement serrée dans les pays en voie d’industrialisation rapide et dans ceux qui dépendent des industries minières ou de transformation, susceptibles de rapporter de précieuses devises. Dans ces cas-là, les investisseurs arrivent à négocier des exemptions, lorsque les coûts environnementaux sont élevés. Mais le jeu de la concurrence peut aussi se traduire par une volonté de réduire les déchets et d’augmenter la productivité. Une éthique d’efficacité verte fait son chemin: on préfère prévenir les problèmes de pollution plutôt que de gérer des tonnes de déchets indésirables. Souvent, l’IDE va également de pair avec l’utilisation de technologies modernes qui représentent un plus en terme de protection de l’environnement, par rapport aux usages du pays d’accueil. Il est vrai cependant que certaines entreprises sous-capitalisées (dans la Chine rurale, par exemple) rachètent à l’étranger de vieux équipements bon marché mais peu performants en matière environnementale. Une demande de bases d’opérations saines D’autres facteurs entrent en ligne de compte. Les taux de pollution ont augmenté plus rapidement dans toute l’Amérique latine entre 1970 et 1990, après le durcissement de la réglementation environnementale dans les pays de l’Organisation de coopération et de dévelopement économique (OCDE). Or, ce ne sont pas les pays dont les normes environnementales étaient les moins dures qui ont attiré les investissements les plus polluants, mais ceux qui étaient les moins ouverts à l’IDE. Il semble donc que le dumping écologique aille parfois de pair avec le protectionnisme économique. A l’échelle globale, les Etats appliquant des politiques de protection de l’environnement à la fois simples, transparentes et efficaces ne semblent pas être pénalisés par les investisseurs. Ils peuvent même attirer des industriels à la recherche de bases d’opération saines. Les gouvernements sont en somme en train de s’apercevoir qu’il n’est souvent pas forcément nécessaire de brader son environnement pour attirer des capitaux étrangers. |
Dans le secteur minier
notamment, les investisseurs étrangers s’implantent de préférence
dans les pays laxistes en matière environnementale.
D’un bout à l’autre de la région Asie-Pacifique, dans le secteur minier, les exigences en matière environnementale ont été assouplies pour attirer des investissements étrangers très convoités. En Indonésie, l’extraction du minerai est régie par des contrats spéciaux qui, en règle générale, dispensent les sociétés d’appliquer la réglementation environnementale. En Papouasie - Nouvelle-Guinée, presque toutes les opérations minières bénéficient de conditions spéciales, qui imposent peu ou pas d’obligations de protection de l’environnement. Récemment, les Philippines ont radicalement changé leur législation sur les mines, suscitant un afflux de candidatures de la part d’investisseurs étrangers à la recherche de baux miniers. Dans chacun de ces trois pays, la dispense d’obligations légales a provoqué des désastres écologiques parfaitement identifiés. Pour la population comme pour l’environnement, l’impact direct de ces exemptions peut être considérable. En Indonésie, les activités minières de Freeport ont entraîné la destruction quasi intégrale des forêts et de l’écosystème fluvial de la région. Aux Philippines, 14 rivières sont tellement polluées par les déchets des industries exploitant le cuivre qu’à leur embouchure, le rendement de la pêche a baissé de moitié. Dans les pays en développement, ces pratiques destructrices sont malheureusement la règle plutôt que l’exception dans le secteur minier, où les problèmes sont particulièrement aigus. Délocalisations massives vers le Mexique D’autres secteurs industriels ont également tablé sur des normes environnementales peu contraignantes ou d’autres bonus (en particulier des royalties, des droits de concession ou d’accès peu élevés) destinés à attirer l’investissement étranger. Certains accords internationaux reflètent ce laxisme: c’est le cas, par exemple, des ententes concernant des plantations bananières en Amérique centrale et de celles conclues dans le secteur forestier au Ghana. Dans d’autres industries, où les produits sont relativement indifférenciés et où de petites différences de coût ont aussi une incidence majeure en termes de parts de marché, le niveau des normes environnementales est un facteur important pour le choix d’un lieu d’implantation. Et plus les entreprises sont «mobiles», plus cette affirmation se vérifie. On l’a vu notamment lors des délocalisations massives des fabricants de meubles, qui ont quitté la Californie pour le Nord du Mexique. Le jeu déterminant de la concurrence L’existence de normes environnementales peu contraignantes ne constitue pas systématiquement un facteur déterminant pour décider d’une implantation, mais, si les sociétés voient passer une occasion de diminuer leurs coûts, elles la saisissent. Il n’est pas rare que plusieurs sites, dans différents pays ou à l’intérieur du même pays, soient en concurrence pour attirer un investisseur. Les responsables de ces sites se lancent alors généralement dans de coûteuses surenchères pour l’emporter, offrant toujours plus de facilités — financières, fiscales, environnementales. Il s’agit souvent d’un engagement, tacite ou explicite, de diminuer les contraintes environnementales ou de ne pas les appliquer avec toute la rigueur voulue.
Inversement, là où les investisseurs étrangers sont en concurrence entre eux, les autorités locales sont en position de force pour imposer les règles du jeu. En Chine, un pays qui souffre d’une grave pénurie d’électricité, les pouvoirs publics ont voulu rentabiliser au maximum la production d’électricité pour chaque dollar investi, et les sociétés se sont retrouvées dans l’obligation de réduire leurs exigences environnementales pour remporter les contrats. |
||||