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© K. Vargo/SIS, Paris
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Les journalistes
réclament une rétribution supplémentaire pour la réutilisation
de leurs articles dans les médias électroniques. Ils n’obtiennent pas
souvent gain de cause.
Parce que leurs
articles sont de plus en plus souvent repris sur Internet, les journalistes réclament,
dans de nombreux pays, la protection de leurs droits d’auteur. Ils s’opposent aux
éditeurs, dont certains exigent dorénavant qu’un auteur cède
tous ses droits, y compris électroniques, lorsqu’il signe un nouveau contrat.
Il y a encore quelques années, les auteurs (journalistes, écrivains
et tout producteur de texte) n’examinaient pas à la loupe leurs contrats lorsqu’ils
avaient la chance d’en signer un. Aujourd’hui, auteurs et éditeurs font très
attention aux mentions portant sur la réutilisation de leurs textes sur Internet
et sur tous les supports multimédias.
Les auteurs avancent que le droit d’auteur actuel protège leurs textes imprimés
sur papier et publiés en général une seule fois, tandis que
le contenu des publications électroniques peut être mis en ligne à
plusieurs reprises, générant à chaque fois un nouveau potentiel
de revenus publicitaires. «C’est pourquoi nous disons aux auteurs qu’ils ne
doivent surtout pas accepter un seul et unique versement d’honoraires pour une cession
permanente de leurs droits», dit Dan Carlinsky, vice-président de la
Société américaine des journalistes et des auteurs (ASJA).
Quelques éditeurs américains s’ouvrent à cette logique mais
la plupart arguent qu’une fois leurs droits cédés, les auteurs ne peuvent
plus prétendre à une nouvelle rémunération, quelle que
soit l’utilisation ultérieurement faite de leurs écrits. En 1993, un
groupe de journalistes indépendants de New York a attaqué en justice
un éditeur qui avait rediffusé sur Internet, sans leur accord, des
textes déjà publiés. Cette affaire (Tasini contre New York Times)
a été suivie avec beaucoup d’attention parce qu’elle constituait une
première. Or, la justice américaine, par une décision rendue
en 1997, a donné raison à l’éditeur, estimant que le droit d’auteur
en vigueur aux Etats-Unis autorisait celui-ci à réutiliser des contributions
«dans toutes ses nouvelles éditions», électroniques ou
pas. Les journalistes concernés ont fait appel.
«La législation américaine actuelle sur les droits n’évoque
pas le cas des médias électroniques, souligne Dan Carlinsky. Les auteurs
font pression pour que ce vide juridique soit rapidement comblé, d’autant
que les tribunaux enregistrent de plus en plus de plaintes de leur part.»
Un accord
novateur au journal Le Monde
Le droit européen n’aborde pas non plus, de manière explicite, la question
des droits électroniques. Cependant, certains, comme Renate Shroeder, porte-parole
de la Fédération européenne des journalistes basée à
Bruxelles, estiment que, dans les principes qu’elle énumère, «la
législation européenne actuelle sur le droit d’auteur est suffisante
pour régler les conflits entre auteurs et éditeurs sur les nouveaux
médias».
Dans les pays scandinaves, de même qu’en France et en Allemagne, le droit est
souvent assez favorable aux auteurs. Le principe retenu en général
est que les auteurs doivent donner leur accord sur la réutilisation (à
quel média et dans quelles conditions) de leurs textes. Et s’ils sont consentants,
ils perçoivent une nouvelle rétribution. Dans certains cas, des accords
ont été spécifiquement négociés sur les droits
électroniques. Ainsi, dès 1996, le grand quotidien français
Le Monde a mis au point un système novateur. Le journal reverse un certain
pourcentage des revenus annuels générés par ses éditions
en ligne et sur CD-Rom à tous ses journalistes, sur une base égalitaire,
que leurs articles aient ou non été publiés sur ces supports
et quelle que soit la fréquence de leurs éventuelles reprises. Selon
Michel Colonna d’Istria, responsable des services multimédia du Monde, «cette
entente est la première du genre, en France tout au moins, et fonctionne à
la satisfaction générale».
Au Royaume-Uni et aux Pays-Bas, le droit d’auteur est plus ou moins d’inspiration
américaine: les éditeurs considèrent souvent que les journalistes
ont cédé leurs droits une fois pour toutes et que leurs articles peuvent
être réutilisés sans contrepartie financière.Toutefois,
en 1997, trois journalistes hollandais ont, pour la première fois, gagné
un procès contre le journal DeVolkskrant qui avait publié leurs articles
sur CD-Rom et sur Internet sans leur permission.
Au Royaume-Uni, le groupe de presse Jane, éditeur de Jane’s Defence Magazines,
exige des auteurs qu’ils lui cèdent tous leurs droits pour ses deux éditions,
papier et électronique, et les rémunère en une seule fois. «Jusqu’ici,
personne ne s’est plaint», relève le porte-parole de Jane.
Estimant que le système anglo-saxon avantage les éditeurs au détriment
des auteurs, le Syndicat national des journalistes (NUJ) basé à Londres
mène campagne au Royaume-Uni pour l’ouverture de négociations spécifiques
sur les droits électroniques. Son délégué, Mike Holderness,
estime qu’«il est urgent de légiférer et d’harmoniser les lois
au sein de l’Union européenne dans ce domaine». |