Une nouvelle espérance

Federico Mayor

Federico Mayor
Federico Mayor












Disons tous: ça suffit! Arrachons à la turbulente histoire de ce siècle une nouvelle espérance, faisons en sorte que la rébellion non violente, l’indocilité créatrice, l’insoumission
de ceux qui ne se résignent pas à admettre l’inadmissible, rendent possible la transition vers le dialogue et la tolérance, vers la considération sereine des différences
qui nous séparent, pour inventer des solutions imaginatives

L’Année internationale de la culture de la paix, décidée par l’Assemblée générale de l’ONU à l’initiative de l’UNESCO, débutera dans un an exactement. La participation de toutes et de tous doit s’organiser dès maintenant.

Dans un an, nous entrerons dans l’an 2000: quelle date symbolique pour changer de cap! Rendre possible, grâce à l’effort quotidien de tous, une nouvelle société de paix fondée sur les idéaux démocratiques énoncés dans l’Acte constitutif de l’UNESCO: la liberté, la justice, l’égalité et la solidarité.
Il n’y a pas de paix durable sans développement durable. Il n’y a pas de développement sans éducation tout au long de la vie. Il n’y a pas de développement sans démocratie, sans un meilleur partage, sans l’élimination des énormes disparités qui séparent les pays les plus avancés des moins développés. Dans chaque pays, il y a des citoyens qui ont tout et d’autres qui n’ont presque rien.
Le siècle qui se termine a vu de grandes découvertes (les antibiotiques, les télécommunications, etc.), mais la raison de la force a prévalu et le prix en a été la vie de millions d’êtres humains – beaucoup d’entre eux dans la fleur de la jeunesse. La violence et la contrainte ont lamentablement échoué.
Nous ne pouvons continuer d’être indifférents au gaspillage de ressources en armement, pour les utiliser contre des ennemis virtuels ou potentiels. Nous ne pouvons pas tolérer qu’en raison d’intérêts économiques, des milliers d’enfants soient victimes d’exploitation par le travail et d’abus sexuels. Nous ne pouvons continuer, dans l’irresponsabilité totale, à polluer les eaux, à contaminer l’air et à détruire les forêts de la planète. Nous ne pouvons accepter la domination d’une culture, ni permettre que se perde la diversité de notre patrimoine physique et spirituel, que nous devons léguer aux générations futures.
Disons tous: ça suffit! Arrachons à la turbulente histoire de ce siècle une nouvelle espérance, faisons en sorte que la rébellion non violente, l’indocilité créatrice, l’insoumission de ceux qui ne se résignent pas à admettre l’inadmissible, rendent possible la transition vers le dialogue et la tolérance, vers la considération sereine des différences qui nous séparent, pour inventer des solutions imaginatives.
Les prix Nobel de la paix, avec l’U
NESCO et l’Organisation des Nations unies, ont lancé un appel international pour transformer la culture de la guerre et de la violence en culture de la paix et de la réconciliation. Cette évolution demande la participation de tous, au sein de la famille, de la communauté, du pays ou de la région, et offre aux jeunes et aux générations futures des valeurs qui leur permettent de façonner un monde plus juste, plus solidaire, plus libre et plus prospère.
Unissons-nous, enfants, jeunes gens, femmes et hommes de tous les âges, à ce manifeste, créant ainsi un grand mouvement mondial pour une culture de la paix et de la non violence. Que notre clameur parvienne enfin aux décideurs, aux parlements, aux maires. Que, grâce aux moyens de communication, nous parvenions à éveiller cette conscience, à créer cet engagement: travailler, donner et se donner pour réduire les distances, pour soigner les blessures.
Osons ce défi, façonnons ensemble ce nouvel avenir en préparant dès maintenant l’an 2000, année internationale de la culture de la paix.

Le Courrier de l'UNESCO