
Au musée de la science de Monterrey, au Mexique.
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La revue pionnière
Elle fut, lors de son lancement par l’UNESCO en 1948, la
première revue internationale sur les musées. Elle est restée
la seule. Tribune d’information et de réflexion, Museum International, publiée
chaque trimestre en cinq langues, a accompagné pas à pas les transformations
radicales du monde muséal. En 50 ans, la revue a largement contribué
à ce que la communauté internationale reconnaisse l’importance du patrimoine
culturel. Au cours des dernières décennies, l’UNESCO
a d’ailleurs aidé à concevoir, construire ou aménager des musées
dans plus de 50 pays du monde.
Abonnement pour les éditions en français et en espagnol:
Jean De Lannoy à Bruxelles.
Fax: 32 2 538 08 41
Internet: jean.de.lannoy@
infoboard.be
Edition en anglais: Blackwell Publishers (Grande-Bretagne).
Fax: 44 (0) 1865 381 381
Edition en russe: Tatiana Telegina (Moscou). Fax: 7 095 247 17 94
Edition en arabe: Fawzy Abd El-Zaher (Le Caire).
Fax: 20 2 39 22 566.
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Le musée de Chinatown
à New York
Lieu du souvenir et du dialogue, le Musée d’histoire
de Chinatown à New York explore depuis 1990 les rôles joués par
les Chinois, les New-Yorkais non Chinois et les touristes dans le développement
de ce quartier de Manhattan.
Ce musée est un véritable laboratoire où les activités
d’exposition et d’animation sont entièrement vouées au dialogue entre
les communautés. Les organisateurs prennent le pouls des problèmes
du quartier et explorent avec le public, qu’il soit chinois, new-yorkais ou touristique,
les solutions envisageables. Leurs expositions interactives ont pour but d’améliorer
la qualité de vie des résidents, permanents ou temporaires. Quantités
de questions sont abordées, qu’il s’agisse du logement, des problèmes
démographiques, de la notion de respect et de reconnaissance, ou de la culture
chinoise.
Eclaté en plusieurs lieux, le Musée d’histoire du Chinatown de New
York emploie des méthodes peu orthodoxes. A la manière d’un forum,
il soulève des débats, encourage les visiteurs dans leurs revendications,
aborde des faits historiques méconnus ou pourfend, avec la complicité
des visiteurs, certains mythes et préjugés coriaces (les Chinois sont
des illégaux sans papiers, tout juste bons à travailler dans des restaurants
ou des laveries; ils mènent une vie secrète, donc douteuse, etc.).
Surtout le musée n’hésite pas à jouer un rôle d’intermédiaire
entre les citoyens et les pouvoirs publics, pour la défense des plus démunis...
Le Musée d’histoire du Chinatown entretient avec le passé des liens
utiles mais se préoccupe surtout du présent et de l’avenir du quartier.
Par le dialogue, il pense avoir trouvé une niche encore inexploitée.
Par son ouverture, il invite tous les New-Yorkais et les visiteurs à comprendre
et à aimer un quartier vivant, en plein développement.
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Patrimoine mondial: les nouveaux sites
Le Comité du patrimoine mondial de l’UNESCO, réuni
du 30 novembre au 2 décembre à Kyoto (Japon), a inscrit 30 nouveaux
sites (trois naturels et 27 culturels) sur la Liste du patrimoine mondial, portant
ainsi leur nombre à 582 dans 114 pays, dont deux nouveau venus: la Belgique
et les Iles Salomon.
Le choix du comité confirme son souci de préserver un patrimoine relativement
récent. Après les usines de Volklingen (Allemagne) et de Verla (Finlande),
trois nouveaux sites industriels ont été retenus cette année:
la ligne de chemin de fer de Semmering en Autriche; les quatre ascenseurs hydrauliques
pour bateaux sur le Canal du Centre en Belgique; la station de pompage à la
vapeur de Wouda dans la province de Frise, aux Pays-Bas.
Voici les autres nouveaux sites, par pays:
Allemagne: Weimar classique. Belgique: les Béguinages flamands; la Grand-Place
de Bruxelles. Bolivie: le Fort de Samaipata; Chine: le Palais d’été,
jardin impérial de Beijing; le Temple du ciel, autel sacrificiel impérial
à Beijing. Chypre: Choirokoitia. Espagne: l’art rupestre du Bassin méditerranéen
de la péninsule ibérique; le centre historique de la cité d’Oviedo
(extension des Eglises du royaume des Asturies déja inscrites sur la Liste);
l’Université et le quartier historique d’Alcalá de Henares. Fédération
de Russie: les Montagnes dorées de l’Altai; France: les Chemins de Saint Jacques
de Compostelle; le site historique de Lyon. Iles Salomon: Rennell Est. Italie: le
centre historique d’Urbino; le Parc national du Cilento et du Vallo Diano, avec les
sites archéologiques de Paestum et Velia et la Chartreuse de Padula; la zone
archéologique et la basilique patriarcale d’Aquilée. Japon: les monuments
historiques de l’ancienne Nara. Liban: l’Ouadi Qadisha ou Vallée sainte et
forêt des cèdres de Dieu (Horsh Arz el-Rab). Mexique: la zone archéologique
de Paquimé, Casas Grandes; la zone de monuments historiques de Tlacotalpan.
Nouvelle-Zélande: les îles sub-antarctiques de Nouvelle-Zélande.
Portugal: les sites d’art rupestre préhistorique de la vallée de Côa.
République tchèque: les jardins et château de Kromeríz;
la réserve du village historique d’Holasovice. Suède: le port naval
de Karlskrona. Turquie: le site archéologique de Troie. Ukraine: le centre
historique de Lviv.
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Les objets
du passé ont une âme que les conservateurs ont d’abord tenté
de préserver. Puis les musées ont changé de visage. Tour d’horizon
des grandes évolutions des 20 dernières années.
Les musées ont négocié un grand virage à la
fin des années 60. Ils ont alors cherché à se refaire une beauté,
à mieux jouer leur rôle pédagogique et à explorer de nouvelles
pratiques pour attirer les visiteurs en plus grand nombre. Et ils se sont multipliés:
plus de la moitié des quelque 25 000 musées de la planète
ont été inaugurés au cours des 50 dernières années.
Le concept même de musée a considérablement évolué
jusqu’à prendre des formes très variées.
Conçus à la fin du xixe siècle pour rassembler, conserver et
présenter au public les plus belles œuvres de la création humaine,
les premiers établissements ont souvent manqué de moyens pour entretenir
correctement ces objets d’art et les exposer de manière attractive. Résultat:
les musées étaient devenus des lieux gris, à la fois surchargés,
exigus et de plus en plus poussiéreux…
Aujourd’hui, le gris n’est plus souvent de mise et une nouvelle palette de couleurs
muséales pourrait être attribuée à sept grandes catégories
non exhaustives: orange pour la tendance dite «interprétation»,
vert pour le mouvement écomuséal, jaune pour le parti pris communautaire,
bleu pour l’optique «partage du savoir», or pour la recherche du spectaculaire,
argent pour le mouvement affairiste, et mauve pour le courant muséo-funéraire.
Orange:
les aspirations de l’interprétation
Amorcé au début des années 50 dans les parcs nationaux américains
(Grand Canyon, Yellowstone, Everglades en Floride, notamment), ce mouvement de l’interprétation
s’est ensuite étendu à travers le monde anglo-saxon, du Canada à
l’Australie, en passant par le Royaume-Uni jusqu’aux pays anglophones d’Afrique.
L’interprétation marque un véritable tournant dans l’histoire des musées:
elle privilégie le sujet ou le thème plutôt que l’objet muséalisé.
Ce dernier, considéré comme un témoin du passé, n’est
plus le centre de l’attention. L’interprétation préconise la provocation
ou le choc avec les idées reçues, sans privilégier le discours
didactique. Elle veut que le visiteur se réfère à son propre
vécu plutôt qu’aux seuls savoirs scientifiques; elle mise sur une relation
égalitaire entre le visiteur et le patrimoine qu’il appréhende. Outre
les parcs nationaux, des centaines de lieux historiques à travers le monde
ont adopté cette approche interprétative. On peut citer l’exemple de
la Forteresse de Louisbourg au Canada, et ceux de Salem ou des Champs de bataille
de la Guerre d’indépendance aux États-Unis.
Depuis la fin des années 70, ce mouvement propose de nouvelles méthodes
de présentation axées sur la notion d’expérience de visite.
Les visiteurs explorent l’esprit d’un lieu chargé d’histoire, les connaissances
et les savoirs qu’il peut leur procurer, ou la matière à réflexion
qui s’en dégage. L’interprétation met alors le public face à
des questionnements, des hypothèses et de nouvelles perceptions de l’histoire.
La conquête de l’Ouest aux États-Unis, la traite des Noirs ou le colonialisme,
par exemple, ont ainsi été remis en perspective. Par leur culture critique,
les visiteurs développent alors leur propre interprétation des phénomènes
qui leur sont présentés.
Au Québec, des musées conçus comme centres d’interprétation
ont beaucoup expérimenté ce rôle d’interprète et de critique,
proposant aux visiteurs des lieux et des expériences tout à fait novatrices.
Ainsi, le Centre de la Bataille de la Châteauguay (l’invasion américaine
repoussée par les Canadiens en 1812) a choisi de remettre en question le rôle
du héros dans nos sociétés. Celui de Trois-Pistoles propose
une réflexion autour de l’intense chasse à la baleine faite par les
Basques dans l’estuaire du fleuve Saint-Laurent au xvie siècle.
Vert: le
mouvement écomuséal
Dans les années 70, la démocratisation des musées a été
poussée plus loin avec la formule des écomusées, lancée
par Georges Henri Rivière. Ce novateur français a remis en question
les trois composantes primaires du musée: un bâtiment, des collections
et un public extérieur. A ses yeux, la notion de bâtiment devait disparaître
au profit d’un territoire donné, les collections typologiques devaient céder
la place au patrimoine in situ (naturel et culturel, étendu ou restreint)
et le public devait être constitué par les habitants du territoire,
à la fois usagers et conservateurs du patrimoine qui s’y trouvait.
En Europe et en Amérique du Nord, des expériences ont été
menées en profondeur pour explorer le décloisonnement proposé
par G. H. Rivière. On peut citer l’exemple du Parc culturel de la commune
de Molinos (Aragon) en Espagne, celui de la Maison du Fier-Monde (milieu ouvrier)
à Montréal au Québec, et ceux, français, des écomusées
de la Margeride (milieu agricole) en Auvergne, ou de l’île d’Ouessant (milieu
marin).
Jaune et
bleu: le parti pris communautaire et le partage des savoirs
Le mouvement des écomusées est surtout rural. Il a eu son pendant urbain,
inspiré par une prise de conscience du quart-monde des grandes villes américaines,
au cours des années 70 et 80. Des neighborhood museums (musées de voisinage)
sont alors apparus dans les quartiers défavorisés de New York, Washington,
Chicago ou Tucson, pour ne citer que ces villes. Souvent situés dans d’anciens
lieux publics, de simples maisons ou des hangars, ces musées reflètent
la culture populaire locale, sur une base ethnique, ouvrière ou artisanale.
Ces nouvelles formes muséales ont souvent incité les institutions existantes
à revoir leur place dans la ville et la société. Plusieurs musées
conventionnels ont ainsi lancé des activités dites outreach (hors-les-murs)
pour exposer dans les rues, les banlieues ou les quartiers pauvres. Le Children Museum
d’Indianapolis et le New York City Museum relèvent de cette catégorie.
Ils abordent des thèmes comme la drogue, la violence ou les maladies transmises
sexuellement, par exemple.
Dans la même palette de ces couleurs jaune et bleu étroitement reliées,
deux autres tendances ont surgi dans plusieurs parties du monde. La première,
apparue au milieu des années 80, est «militante»: le musée
devient un outil de développement communautaire par la diffusion et la mise
en commun des ressources qu’il détient. Plusieurs musées du Sahel (Niger,
Burkina Faso, Mali) ont choisi cette approche, autour des objets de culture animiste
qu’ils présentent. Cette tendance rejoint souvent les aspirations et pratiques
des écomusées européens, des musées-territoires portugais,
des museos communitarios mexicains, des neighborhood museums américains ou
sud-africains.
La deuxième tendance, celle du partage des savoirs, se retrouve surtout dans
les muséums de sciences naturelles et les musées de science et technologie.
Elle a souvent pour objectif de susciter un intérêt, voire une passion
pour les sciences et d’aiguiller les jeunes vers des carrières scientifiques.
De nombreux musées de technologie et des centaines de science centers ponctuent
maintenant le vaste tableau mondial de la muséologie, dans les pays occidentaux
mais aussi en Inde et en Extrême-Orient (Chine, Japon, Indonésie).
Or
et argent: le spectaculaire et les affaires
De profonds changements et
bouleversements économiques ont marqué les deux dernières décennies.
Dans plusieurs pays, les budgets consacrés à la culture et aux musées
ont diminué. Pour faire face à cette situation, plusieurs musées
ont choisi des stratégies de présentation et de marketing leur permettant
d’aller chercher les fonds nécessaires à leur fonctionnement et à
leur développement, soit en créant de véritables spectacles,
soit en adhérant aux tendances affairistes des années 80 et 90.
Dans les musées d’art surtout, le spectaculaire a pris son essor à
travers les grandes expositions de type unica et première. Celle de Toutankhamon
a lancé le mouvement au début des années 70. Ces événements
exploitent à grand renfort de publicité la présentation des
œuvres inédites de tel ou tel artiste, les collections particulières
rarement présentées de tel collectionneur ou de tel musée, les
trésors uniques, les objets porteurs d’exotisme ou de sensationnel, etc. Appelées
blockbusters dans le monde anglophone, ces expositions à grand déploiement
coûtent des millions. Elles sont censées rapporter d’importants dividendes
aux musées pour leur permettre de combler leur déficit opérationnel
ou de produire de nouvelles expositions. De nos jours, les directeurs des musées
sont souvent recrutés pour leur capacité à lever des fonds ou
à organiser de tels événements, dont on espère qu’ils
ne seront pas déficitaires.
Cette tendance va en s’accentuant. Elle est inversement proportionnelle à
la baisse des crédits de fonctionnement des musées et institutions
culturelles. Le développement des boutiques de musées, véritables
entreprises recherchant des bénéfices élevés, fait aussi
partie de cette stratégie affairiste.
Mauve: le
courant muséo-funéraire
Le musée peut aussi servir d’instrument de deuil à toute société
désirant à la fois se souvenir d’un âge d’or à jamais
disparu et regarder le présent ou le futur en face. A travers les objets collectés
et exposés, des événements ou phénomènes du passé
peuvent être plus facilement considérés comme révolus,
morts et irrévocablement perdus. A leur égard, une nostalgie moins
morbide peut alors être entretenue.
Les Scandinaves utilisent depuis très longtemps le musée à cette
fin. Il y a un siècle, les Suédois inventaient à Stockholm le
premier musée de plein-air ou skansen pour faire le deuil de leur société
agricole traditionnelle. Suédois et Norvégiens se tournent maintenant
vers les musées du travail et les écomusées industriels pour
enterrer en grande pompe leur glorieux passé ouvrier et syndical, pour marquer
le déclin ou le décès de leurs grandes industries lourdes et
pour apprivoiser le développement de leurs technologies de pointe.
Depuis une quinzaine d’années, de nouveaux musées funéraires
sont apparus un peu partout: ils ont été créés spécifiquement
pour faire le deuil des atrocités et des grandes catastrophes inscrites dans
la mémoire collective, souvent universelle. Ainsi en Amérique du Nord,
en Europe et en Israël ont surgi de nombreux établissements dédiés
à l’Holocauste, à la guerre du Vietnam et aux autres drames humains
relativement récents.
En France, de nombreux musées comme le Mémorial de Caen, celui de Péronne
et les musées consacrés à la Résistance ont ouvert leurs
portes pour en finir avec les hantises mémorielles reliées aux deux
grandes guerres. Il en est de même au Royaume-Uni et dans le reste de l’Europe.
D’autres musées ont été créés pour commémorer
des cataclysmes naturels: grandes inondations, éruptions volcaniques, séismes,
etc. Ces musées font office de monuments funéraires et accompagnent
les sociétés qui les créent dans le deuil qui suit forcément
la perte d’êtres chers.
A l’approche du prochain siècle, cette peinture incomplète des musées
d’aujourd’hui continuera de s’élaborer et de décliner ses couleurs
et nuances, à l’infini des besoins humains.
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