Eaux sans frontières:
le
marché ou la coutume

Joseph W. Dellapenna, Professeur de droit international,
Université de Villanova, Pennsylvanie, Etats-Unis

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Le barrage du roi Talal
fournit de l’eau aux fermes
de la vallée du Jourdain.






Tu te trompes :
dans le Tigre, l’assoiffé ne trouve
point de chemin menant à l’eau,
ni aucune provision dans son écume.
(…)
Et toi, tu es penché tel un jonc
sur la rive sauvage,
appuyé sur ta main.
Le seul viatique qui te reste,
sont tes paumes que tu mords de chagrin
et la seule eau,
tes pleurs qui se répandent.

Ibn Babik
(† 1020), Bagdad






Pour résoudre les problèmes de pénurie d’eau, il faut non pas instaurer un marché, mais affermir les règles de partage qui existent dans le droit coutumier international




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Le barrage Ataturk, en Turquie.



Quatre fleuves
internationaux


Le Jourdain

Le fleuve. Long de 93 km, le Jourdain traverse une partie du territoire de quatre Etats très impliqués dans des conflits régionaux depuis un demi-siècle: Israël, la Jordanie, le Liban et la Syrie. Il naît de la confluence de quatre torrents: le Yarmouk, qui prend sa source en Syrie; le Banias sur le plateau du Golan syrien occupé par Israël; le Hasbani au Sud-Liban occupé par Israël; et le Dan en Israël. Depuis la guerre de 1967 et la création d’une zone de sécurité au Sud-Liban au début des années 80, Israël est en amont du réseau fluvial du haut Jourdain. La Syrie, elle, est en amont sur la rivière Yarmouk.
Problèmes et perspectives.
Riverains en aval d’Israël et de la Syrie, la Jordanie et les Palestiniens ont la situation la plus inconfortable du bassin. La dépendance de la Jordanie à l’égard du réseau fluvial est particulièrement lourde: à part quelques rares oueds – cours d’eau à sec sauf durant la saison des pluies –, ce pays ne dispose d’aucune autre source importante d’eau douce. Par trois fois (en 1953-1955, en 1976-1981 et en 1987-1990), on a tenté d’internationaliser la gestion de l’eau. Mais ce projet a toujours échoué à cause de l’incapacité à inclure tous les Etats riverains dans un accord.
Un groupe de travail sur les ressources hydrauliques a été constitué en 1995 et 1996, dans le cadre du processus de paix au Proche-Orient. Miriam R. Lowi, spécialiste de la politique de l’eau au Centre d’études internationales de l’université de Princeton (Etats-Unis), estime qu’«aucun accord sur l’eau ne sera mis en œuvre tant que le conflit politique n’aura pas été réglé».

Le Nil

Le fleuve. Avec ses 6 700 km, depuis sa source la plus reculée jusqu’à son delta en Méditerranée, le Nil arrose un dixième du continent africain. Le système fluvial se compose de deux principaux affluents: le Nil blanc et le Nil bleu, qui prennent respectivement leur source dans le lac Victoria (Kenya, Rwanda, Tanzanie, Ouganda) et le lac Tana (Ethiopie). Les neuf pays du bassin du Nil sont le Rwanda, le Burundi, la République démocratique du Congo, la Tanzanie, le Kenya, l’Ouganda, l’Ethiopie, le Soudan et l’Egypte.
Problèmes et perspectives.
La plus grande partie des eaux du fleuve, dont le débit est estimé à 84 milliards de mètres cubes par an, est utilisée par l’Egypte, en vertu d’un traité signé en 1959 avec le Soudan: il alloue aux deux pays des volumes d’eau du Nil qui, réunis, représentent près de 90% du débit annuel du fleuve. Les pays en amont, comme l’Ethiopie, veulent aménager le cours du Nil afin d’assurer une certaine prospérité économique à leur population en expansion; ils contestent les prétentions égyptiennes et soudanaises.

Le Mékong

Le fleuve. Dévalant les sommets de l’Himalaya au Tibet, le Mékong coule sur 4 200 km. Il traverse la province chinoise du Yunnan (38 millions d’habitants), puis le Myanmar, le Laos, la Thaïlande, le Cambodge et le Vietnam, cinq pays qui comptent environ 190 millions d’habitants, en majorité pauvres.
Problèmes et perspectives.
La zone traversée a été en guerre pendant une bonne partie du siècle. Des institutions régionales, dont la Commission du Mékong (Cambodge, Vietnam, Laos et Thaïlande), s’emploient à faire de ce fleuve une «voie d’échange et de prospérité, soit le Danube de l’Asie». Il s’agit d’exploiter ses possibilités au bénéfice de tous et d’ouvrir un vaste marché dans une région où les liens transfrontaliers sont souvent peu développés. Reste à trouver le financement, notamment pour des projets de barrages destinés à produire de l’électricité. De leur côté, les écologistes multiplient les mises en garde sur les conséquences de ces projets, allant de l’irruption d’eau salée dans le delta à la perte d’espèces rares. La Chine construit dans le Yunnan un barrage qui pourrait fournir de l’électricité à la Thaïlande via le Laos. Selon Beijing, le débit du fleuve sera ainsi régularisé, pour le bénéfice de tous les pays situés en aval. Ceux-ci sont néanmoins très inquiets, car ce barrage peut radicalement modifier le cours du Mékong, ce qui romprait de fragiles équilibres écologiques.

Le Danube

Le fleuve. Second fleuve d’Europe, le Danube a un bassin hydrographique de 817 000 km2 à travers 17 pays. Il traverse l’Allemagne, l’Autriche, la Croatie, la Slovaquie, la Hongrie, la Yougoslavie, la Bulgarie et la Roumanie.
Problèmes et perspectives.
Le Danube est pollué – azote et phosphore d’origine agricole, substances toxiques de l’industrie et des villes. Le projet de barrage de Gabcikovo-Nagymaros continue à nourrir une longue querelle entre la Hongrie et la Slovaquie. Ce litige a été soumis à la Cour internationale de justice de La Haye, qui a donné tort aux deux pays en 1997: à la Hongrie pour avoir arrêté les travaux en 1989 et dénoncé unilatéralement un accord bilatéral de 1977; à la Slovaquie pour avoir détourné le cours du Danube sur son territoire sans avoir tenté de résoudre le litige avec la Hongrie.

Pour partager l’eau dans les bassins fluviaux internationaux, le droit coutumier constitue une base plus saine que le marché.

Faut-il s’en étonner? Le mot «rival» vient du latin rivalis, qui désigne les habitants de rives opposées d’un même fleuve. Les 214 plus grands bassins fluviaux de la planète, où vivent environ 40% de la population mondiale, sont tous utilisés par plusieurs pays. Aussi cordiaux et coopératifs fussent-ils, ils ont toujours eu du mal à dégager des compromis sur leurs eaux de surface transfrontalières.
Dans un monde qui tâtonne pour résoudre les différends sur l’eau, une idée commence à faire son chemin: instaurer un système commercial, un marché de l’eau. Mais s’en remettre à cette solution pour résoudre des problèmes de souveraineté et de contrôle des ressources en eau est un choix dangereux. Nous ferions mieux de nous appuyer sur le corpus juridique international que les Etats ont lentement élaboré, à partir de principes vieux de plusieurs siècles.
En premier lieu, les Etats ont compris que l’eau est une ressource trop vitale pour être gâchée par la guerre. Dans l’ensemble, les infrastructures en la matière ont peu souffert des nombreux conflits armés du xxe siècle. Au cours des trois guerres entre l’Inde et le Pakistan par exemple, les deux pays auraient pu se servir de l’eau comme d’une arme redoutable. Non seulement ils ne l’ont pas fait, mais ils ont toujours respecté leurs accords de partage, y compris aux pires moments de la bataille. Depuis les années 20, un climat de violence, ponctué de guerres ouvertes entre Israël et ses voisins arabes, règne sur la vallée du Jourdain. Mais on peut compter sur les doigts d’une seule main le nombre de fois où les ressources en eau ont été spécifiquement visées.
Cependant, l’absence de «guerres de l’eau» ne signifie pas qu’aucun conflit sérieux ne couve, en particulier dans les régions arides comme le Proche-Orient. Les maigres réserves existantes y sont soumises à une pression sans précédent, du fait de la croissance démographique, de l’évolution des modes de vie et des progrès de l’industrialisation. Les différends sur le partage de l’eau dans la région resurgissent régulièrement à travers des affrontements diplomatiques, voire de façon plus spectaculaire. De manière plus générale, toute eau transfrontalière fait l’objet de convoitises et les pays riverains surveillent attentivement les volumes que chacun utilise.
Le marché est-il le mécanisme idoine pour régler les désaccords sur le contrôle et la meilleure gestion la plus efficace de l’eau? L’idée est à la mode. Il s’agirait de lancer un nouveau commerce, où les pays riches en eau en vendraient aux autres. En théorie, le marché est garant de l’efficacité et de la paix. Les Etats éviteraient donc de gaspiller ce qu’ils auraient payé fort cher. Et quand l’un d’eux empièterait sur la «propriété» d’un autre, ce dernier pourrait lui intenter une action en justice et se faire indemniser.

Qui est le propriétaire?
Il y a 20 ans, ce raisonnement n’aurait été pris au sérieux que par de rares experts ou responsables politiques. Ce n’est plus le cas aujourd’hui: de grandes institutions comme la Banque mondiale et d’autres organismes multilatéraux s’en font les avocats. Leur enthousiasme reflète le triomphe du «marché libre» à l’occidental: il est admis qu’il n’existe aucune autre alternative crédible pour gérer les ressources de manière efficace. Les partisans du marché oublient un élément crucial: l’eau est un milieu ambiant. Comme l’air, mais contrairement aux autres ressources naturelles, elle se déplace et ne respecte pas les frontières. Aucune entité isolée ne saurait donc la contrôler. Or, pour qu’un marché fonctionne, il faut définir les droits de propriété de chacun sur les biens, avant d’en faire le commerce. Mais qui est le propriétaire d’une ressource qui s’amenuise ou grossit quand elle passe d’un pays à l’autre?
Il y a eu très peu d’authentiques marchés de l’eau dans l’histoire. On ne voit pas pourquoi ils se multiplieraient à l’avenir. D’ailleurs, il suffit de se pencher un peu sur la vallée du Nil pour en cerner les limites.
Le Nil Bleu coule de l’Ethiopie vers le Soudan, puis en Egypte. Comme souvent, les pays situés en aval sont plus prospères et développés que ceux qui sont en amont. Les petites rivières qui viennent grossir le fleuve apportent de l’eau et des nutriments. Le bassin d’aval est donc plus fertile. De plus, il est en général assez plat alors que le haut bassin est montagneux. Résultat: la mise en valeur agricole du premier est plus facile. De fait, l’Egypte, avec un produit intérieur brut (PIB) de 630 dollars par habitant et par an, est plus riche que le Soudan (540 dollars), qui, à son tour, devance largement l’Ethiopie (120 dollars).
Reste que l’Ethiopie a l’eau la première. On pourrait donc croire que son gouvernement est en position de force, qu’il peut faire ce qu’il veut du Nil Bleu: construire un barrage, par exemple, ou installer des systèmes d’irrigation. Mais l’Ethiopie est trop pauvre pour financer ce type d’infrastructure à elle toute seule. L’Egypte, qui redoute de voir modifier le débit du Nil Bleu, pèse de tout son poids politique sur les institutions multilatérales de financement, comme la Banque mondiale, pour bloquer les demandes d’aide de l’Ethiopie en vue d’aménager le fleuve. (La situation est peut-être en train d’évoluer: le gouvernement égyptien a récemment laissé passer à la Banque mondiale une demande éthiopienne de financement pour un projet d’irrigation de petite envergure.)

Scandale!
En dernière analyse, l’Egypte revendique un droit absolu à l’intégralité du fleuve. En vertu de ce principe, l’Ethiopie ne devrait rien faire qui affecte le débit et la qualité des eaux coulant vers le territoire égyptien. Ce qui lui interdit de développer son agriculture et la condamne à rester dépendante de l’aide alimentaire internationale en cas de famine.
Imaginons que l’Egypte et l’Ethiopie décident d’instaurer un marché de l’eau. Comment résoudraient-elles leur différend? En théorie, l’Ethiopie pourrait acheter à l’Egypte le droit d’aménager le fleuve mais en pratique le prix serait sans doute prohibitif. Seconde alternative: l’Egypte indemniserait l’Ethiopie pour qu’elle renonce à aménager le Nil Bleu, mais ce scénario est tout aussi improbable, puisque l’Egypte s’estime «propriétaire» de l’eau qu’elle utilise.
Le défaut majeur de toute «solution» par le marché, c’est l’impossibilité de déterminer clairement qui possède quoi. Certains groupes d’experts et de responsables politiques israéliens et jordaniens aimeraient instaurer un commerce de l’eau dans la région. Mais les Israéliens, qui contrôlent le Jourdain à la source, disent: «Les Palestiniens devront nous acheter l’eau». Et les Palestiniens rétorquent: «Les Israéliens nous ont volé cette eau, ils va falloir qu’ils nous la payent».
Admettons que deux pays parviennent à régler tous leurs différends et se lancent dans le commerce de l’eau. Que se passerait-il pour les tiers, situés en aval? L’eau n’a rien à voir avec les ressources minières, par exemple. La Russie peut extraire du charbon et le vendre dans le monde entier, ses voisins le remarquent à peine. Mais essayez donc de vendre un morceau de fleuve sans que vos voisins en aval ne crient au scandale!
Pendant des années, les Turcs ont projeté de vendre l’eau de l’Euphrate à Israël. Ce fleuve est à près de 98% alimenté par les pluies et les neiges qui tombent sur la Turquie. Et le pays a fait construire l’un des plus grands barrages d’Asie pour le retenir et le contrôler. Mais le gouvernement d’Ankara n’a pas les moyens de financer entièrement les infrastructures nécessaires pour l’utiliser à des fins d’irrigation. Il pourrait vendre cette eau à Israël ou à d’autres Etats arabes en faisant passer un pipeline, à travers la Syrie, jusqu’à la vallée du Jourdain ou la péninsule arabique. Une autre solution, peut-être plus réaliste, consisterait à acheminer l’eau par pipeline jusqu’à la côte méditerranéenne de la Turquie puis par bateau jusqu’en Israël.

Deux grands types de plaignants
Ce commerce aurait de graves répercussions sur l’Irak et la Syrie, qui, en aval de la Turquie, sont dépendants de l’Euphrate. Imaginons en effet que la Turquie utilise le réservoir du barrage pour irriguer ses terres. Les pays en aval y trouveraient leur avantage, car une bonne partie de la ressource leur reviendrait: l’eau de ruissellement des surfaces irriguées retournerait grossir l’Euphrate et l’eau d’évaporation du réservoir et des champs resterait dans la région, en vertu du cycle naturel de l’eau. Mais en transférant la ressource en dehors de la vallée, les Turcs priveraient l’Irak et à la Syrie de ces avantages et ne leur laisseraient qu’une possibilité: payer l’eau à laquelle ils pensent avoir droit.
A mon avis, pour résoudre les problèmes de pénurie d’eau, il faut non pas instaurer un marché, mais affermir les règles de partage qui existent dans le droit coutumier international. Vous allez vite saisir ce concept: supposons que deux villages soient séparés par un champ. Pour se rendre de l’un à l’autre, les gens tracent peu à peu à travers ce champ un itinéraire précis, le plus court ou le plus facile. Ils ouvrent ainsi une piste, qui devient une route. Finalement, tout le monde s’accorde à y voir la seule voie publique légitime reliant les deux villages, même si personne ne se souvient de son origine. Tous ceux qui empruntent un autre itinéraire sont alors considérés comme en infraction: une norme juridique est née.
Aujourd’hui, l’accès aux réserves d’eau douce transfrontalières fait l’objet d’un corpus conséquent de droit international coutumier. Il se renforce au fur et à mesure que les cas se multiplient et que les plaignants invoquent certaines règles juridiques pour faire valoir leurs droits. Tous les Etats s’entendent sur un point: seuls les pays riverains d’un fleuve – ceux qu’il traverse ou qu’il borde – ont le droit d’utiliser ses eaux, sauf accord particulier. Mais au-delà, il y a deux grands types de plaignants. Les pays situés en amont partent d’un principe de «souveraineté territoriale absolue»: ils exigent le droit d’utiliser l’eau comme ils l’entendent, sans se soucier des autres Etats riverains. Les pays situés en aval, en revanche, revendiquent en général l’«intégrité absolue du fleuve»: ils veulent empêcher les Etats en amont d’affecter en quoi que ce soit le débit ou la qualité des eaux.

«Utilisation équitable»
Pour concilier ces revendications contradictoires, on recourt en général au concept d’«utilisation équitable». Tous les Etats riverains reconnaissent que les autres ont le droit d’utiliser l’eau de la source commune. Mais ils doivent en même temps s’assurer qu’il ne gênent pas de façon exagérée les autres Etats, situés plus en aval. Selon ce principe, les pays se mettent en général d’accord sur les volumes d’eau auxquels chacun a droit. Pour les déterminer, ils s’appuient sur des critères plus ou moins subjectifs: les pratiques qui ont prévalu jusque-là ou les surfaces irrigables de chacun. Ils prennent également en compte des facteurs plus «objectifs», comme la croissance démographique et l’augmentation des besoins en eau qu’elle provoque.
Le droit coutumier fait ce que le marché ne peut pas faire: il reconnaît la nature unique de l’eau. Au lieu d’essayer de déterminer qui «possède» quelle proportion d’un fleuve, il établit un ensemble de règles en vue de le partager. Il faut cependant reconnaître que ces lois informelles posent au moins deux problèmes. D’abord, elles sont trop floues pour déterminer la «juste» part d’un Etat. Ensuite, il n’existe pas de mécanisme neutre pour les faire respecter. En cas de violation des règles du jeu, on n’a souvent qu’un seul recours: la vendetta. Mais ces questions se posent toujours en droit coutumier. Et il arrive un moment où les règles doivent être écrites et codifiées.
Jusqu’ici, les Etats ont conclu des centaines d’accords, où ils s’efforcent de définir le partage équitable de telle ou telle voie d’eau. La communauté internationale a fait un grand bond en avant il y a près d’un an et demi en approuvant, par 104 voix contre trois, la Convention des Nations unies sur le droit relatif aux utilisations des cours d’eau internationaux à des fins autres que la navigation, des voies d’eau internationales. Cette loi-cadre régira le partage international des eaux douces quand elle aura été ratifiée par 35 pays – ce qui pourrait prendre plus de 10 ans. Elle énonce un ensemble de critères pour codifier la règle d’utilisation équitable, en se fondant sur une longue série de facteurs: elle prend aussi bien en compte des éléments géographiques et écologiques que la valeur économique de l’utilisation, réelle ou potentielle, de la voie d’eau. Elle est là pour aider les juges à fixer des parts «équitables», à ne pas confondre avec «égales».
Cette convention est un document juridique, pas une formule magique. Les différends vont se poursuivre. Mais au lieu de pratiquer la vendetta, les Etats pourront désormais saisir un juge. La règle de l’utilisation équitable pourra aussi servir de base de négociation aux pays riverains qui préféreraient la voie du traité à celle de l’arbitrage ou du procès.
La logique n’est pas le seul principe qui régisse la convention des Nations unies. Ce texte prend également en compte les besoins et le pouvoir des Etats: son approche de la gestion de l’eau est bien plus fine et équilibrée que celle des partisans purs et durs des lois du marché.



Nous demeurions
sur un tapis de fleurs au bord du Nil; les ondes le transformaient en un visage
plein de rides.

Baha al-Din Zuhayr
(† 1258), Égypte

Le Courrier de l'UNESCO