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Ex-URSS: patriotisme en panne Lincoln Allison, directeur du Centre d’étude du sport de l’Université de Warwick (Royaume-Uni) |
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L’URSS mettait sa puissante
machine à gagner des médailles au service de la patrie. Les républiques
ex-soviétiques n’arrivent pas à en faire autant. Le régime avait d’abord méprisé le sport, «pratique bourgeoise». Puis Staline, dans les années 40, avait investi massivement dans le développement planifié de l’excellence athlétique. Comme pour le programme spatial, il fallait que le système soviétique prouve au monde entier ce dont il était capable. Les 14 républiques soviétiques non russes eurent fort à faire: le régime incitait la population à se montrer doublement patriotique, envers sa culture nationale particulière et aussi envers la «mère patrie soviétique». Les médailles d’or devaient être un facteur de cohésion dans un empire disparate, où se multipliaient les tensions ethniques et régionales. Première puissance olympique Cette politique a réussi. Le sport soviétique a remporté des succès olympiques éclatants. L’URSS a récolté le plus grand nombre de médailles lors de sept des huit Jeux olympiques d’été tenus entre 1952 et 1980. Sa suprématie, il est vrai, ne dépassait guère les frontières de l’olympisme. Elle ne brillait pas dans les sports pratiqués au niveau professionnel en Occident (le football notamment), voire ne les pratiquait pas du tout (comme le golf). Mais les Jeux olympiques se sont imposés comme le premier événement sportif mondial et l’Union soviétique s’est hissée au rang de première puissance olympique de la planète. Quand le régime s’écroula, son système sportif s’effondra aussi. Aujourd’hui, les nouvelles républiques caressent à nouveau l’idée d’investir dans le sport pour cimenter une identité nationale. Les Géorgiens, par exemple, sont souvent abasourdis de découvrir que l’Occident ne sait quasiment rien d’eux. Dans leur esprit, leur pays est l’un des berceaux de la civilisation européenne et chrétienne, qui lui doit le vin, la culture du blé et l’écriture alphabétique. Ils sont atterrés de constater que la plupart des Occidentaux situent la Géorgie du côté d’Atlanta et non de Tbilissi. Un jour, Edouard Chevardnadze, président de la république de Géorgie, fit observer qu’un simple match de football était le moyen le plus efficace de faire connaître l’existence de la nation géorgienne. Vues sous cet angle, les rencontres de qualification de la Coupe du monde 1998, où la Géorgie se trouvait dans le même groupe que l’Angleterre et l’Italie, ont offert une splendide occasion d’inscrire ce pays sur une carte dans l’esprit de quantité d’Occidentaux. M’étant rendu à Tbilissi pour l’un de ces matchs, j’ai eu le sentiment que les Géorgiens n’aspiraient pas véritablement à gagner ou à se qualifier: ils cherchaient désespérément à offrir un beau spectacle. Mais le déclin du sport dans l’ex-URSS semble pratiquement irrémédiable. Les nouvelles républiques ne parviendront pas à l’utiliser à des fins politiques. Pour une simple et bonne raison: dans un contexte de débâcle économique et de haines interethniques, l’identification à une équipe nationale ne fait pas le poids. Il ressort des entretiens que j’ai eus récemment en Géorgie qu’une culture sportive populaire, capable de faire tourner la machine, fait défaut. L’idée de bénévolat, qui fait vivre le sport à la base en Occident, n’est même pas comprise ici. Seuls feront exceptions les sports très rémunérateurs: il y a encore de bons entraîneurs et les joueurs brillants peuvent gagner gros sur le nouveau marché du travail mondialisé. Le football et le tennis en sont peut-être les meilleurs exemples. La vente de joueurs à l’Ouest et la participation aux compétitions européennes peuvent rapporter des sommes qui, selon les critères locaux, sont énormes. Pour le moment, en Géorgie du moins, le seul réel espoir est que les étrangers arrivent à la rescousse. «Quand les capitalistes investiront dans nos installations sportives et nos programmes de formation, m’a-t-on dit et répété pendant mes voyages, nous aurons à nouveau de grands athlètes et de bons entraîneurs». |