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Un mariage jusqu’à la mort Eduardo Arias, journaliste et supporter du
Deportivo Independiente |
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Les liens qui unissent
le supporter et son équipe sont indissolubles. Ils coûtent cher mais
procurent d’indescriptibles frissons. Témoignage colombien. Un mariage qui, de surcroît, ne souffre pas l’infidélité. Le supporter du Santa Fe ne saurait avoir une liaison clandestine avec le Millonarios, l’autre grande équipe de Bogota. Si par hasard il avait une relation adultère, elle serait passagère et platonique, avec une équipe d’une autre ville, comme le Deportivo Cali, l’Unión Magdalena ou le Junior de Barranquilla. Et la rupture serait consommée le jour où l’une de ces équipes affronterait le Santa Fe. Le supporter se comporte comme un mari modèle, soumis et loyal. Il assume les défauts de son équipe, tout comme un mari accepte que sa femme ne soit pas aussi mince que le jour où il en est tombé amoureux, qu’elle ronfle, ou qu’elle ait les yeux cernés et fasse la tête 18 heures par jour. Certes, il pique des colères passagères lorsque son équipe joue mal (le Santa Fe n’a gagné aucun titre en 20 ans). Des courroux convenus si la technique est défaillante ou si des joueurs se montrent incapables de défendre avec panache les couleurs de l’équipe. Mais le supporter revient toujours au stade, soutient son équipe dans ses hauts et ses bas et chante invariablement, même à voix basse: «Olé oléola, chaque jour je t’aime plus». Tout comme le mari se doit d’assumer les dépenses du foyer, même si elles lui semblent infernales, le supporter ouvre sa bourse pour son équipe. Et il dépense beaucoup. Autrefois, il pouvait se contenter d’acheter ses billets. Aujourd’hui, il faut aussi qu’il achète le maillot de l’équipe (il change de motif ou de fabricant en moyenne tous les six mois, mais il se doit d’avoir le dernier), l’écharpe, le drapeau et le disque officiel des chants des supporters. Que reçoit-il en échange? Beaucoup, mais seul un vrai supporter le mesure. Un sentiment d’appartenir à une tribu sans nulle autre pareille, pas même lors d’un triomphe électoral, d’une victoire militaire ou d’un concert rock avec 100 000 personnes. Un délicieux frisson chaque fois que l’équipe marque un but ou qu’elle gagne contre l’ennemi juré. Un frisson qui cède la place à une sensation intraduisible pouvant durer plusieurs jours, voire plusieurs années. En 1992, le Santa Fe a battu le Millonarios 7 à 3. Aujourd’hui encore, les supporters de l’équipe rouge ne se privent pas de rappeler, à la moindre occasion, ce score sans appel aux supporters de l’équipe bleue. Voilà ce qui me raccroche à la vie: je ne peux envisager de mourir sans savoir quelle équipe l’emportera cette année ou sur quel score nous allons battre le Millonarios lors du prochain championnat. Peu importe si on a fait le bon choix (l’Inter de Milan ou le Milan AC en Italie, Boca Juniors ou River Plate en Argentine, l’Arsenal de Londres ou le Hotspurs de Tottenham), l’équipe de football n’est que cela: l’unique et véritable amour d’une vie. |
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