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Thaïlande: la folie de la boxe et des paris Robert Horn et Thaskina Khaikaew, journalistes à Bangkok, Thaïlande |
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Sur le ring, une violence
inouïe. Dans les tribunes, des parieurs meurent d’émotion. Ambiance dans
les salles de boxe thaïlandaise. Le Muay Thaï est le sport national. Issu des techniques traditionnelles que les guerriers siamois utilisent dans le combat à main nue, cet art martial paraît d’abord très proche de la boxe: les combattants portent des gants, s’affrontent sur des rings et disputent des rounds de trois minutes. La ressemblance s’arrête là. Pieds, genoux, coudes: tous les coups sont permis. Et pour exiter les boxeurs, l’orchestre – tambours, cymbales et flûte de Java – joue sur un rythme endiablé de vieux airs de musique militaire. Crise cardiaque La boxe thaïlandaise est indissociable de l’identité nationale. La preuve? La Commission de la culture supervise sa promotion, l’Institut d’enseignement du Muay Thaï dépend du ministère de l’Education et l’armée gère le stade Lumpini, ainsi que le Conseil mondial du Muay Thaï, l’institution qui régit ce sport. Mais, côté popularité, il fait pâle figure à côté d’un autre passe-temps national: les Thaïlandais adorent parier. Sur le foot aussi. La police estime que, pour les matchs de la Premier League anglaise seulement, ils misent chaque semaine des milliards de baths. Des casinos clandestins opèrent à Bangkok en toute impunité. Le moine bouddhiste le plus célèbre du pays attire des milliers de fidèles: ils s’imaginent que, s’il les frappe sur la tête avec un journal enroulé, ils vont peut-être gagner à la loterie nationale… Le Muay Thaï offre aussi aux adolescents le frêle espoir de sortir de la misère. Un grand match au stade Lumpini peut rapporter 100 000 bahts (environ 2 500 dollars) et, en moyenne, les boxeurs combattent une fois par mois. Une fortune pour les jeunes travailleurs des champs ou des usines rêvant du coup de pied bien ciblé qui les délivrera des travaux harassants ou de la crasse des bidonvilles de Bangkok. Mais les sommes qui changent de mains dans les tribunes du Lumpini ou d’autres stades sont bien plus importantes. «J’ai gagné jusqu’à 800 000 bahts (plus de 20 000 dollars) sur un seul combat! Mais j’ai aussi perdu un million (27 000 dollars)», avoue Chatri Kanchanamanoon, 50 ans, propriétaire d’une boutique d’orfèvrerie. Son meilleur ami a, lui, tout perdu: «Il a parié une somme colossale, ça l’a trop excité. Il hurlait pour encourager son boxeur. Soudain, il est tombé par terre. Mort d’une crise cardiaque.» Les mises ont considérablement diminué depuis que l’économie du pays s’est effondrée, en juillet 1997. Et toutes les victimes des paris ne meurent pas de mort naturelle. Selon Chatri, des parieurs incapables de payer leurs dettes ont été assassinés. Lorsque les boxeurs se rouent de coups de genou et de coude, les supporters hurlent debout sur leurs bancs ou poussent de toutes leurs forces les lourdes chaînes vertes qui séparent les différentes tribunes. Mais c’est entre les rounds que l’action atteint son paroxysme hors du ring. Pendant que les boxeurs reprennent haleine, les parieurs agitent les bras, tortillent les doigts – un code gestuel fort complexe, à travers lequel les bookmakers interprétent combien, sur qui et à quelle cote chacun veut parier. Seule une infime minorité d’habitués ne parient pas. Paisan Phakdeesunthorn est de ceux-là. «J’aime le Muay Thaï», affirme ce fonctionnaire de 32 ans, qui a pratiqué ce sport, adolescent. «Parier? Une sale habitude! Je n’ai pas d’argent à perdre.» Il encourage les boxeurs de sa voix mais, comme beaucoup d’autres supporters, il n’a pas de favori: ce sport le passionne trop pour qu’il s’intéresse à une seule carrière. Les parieurs comme Sialek n’en ont pas non plus: «Un favori? Sûrement pas. Il faut parier avec sa tête, pas avec son cœur.» |
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