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Egrener le maïs: telle est la tâche de cet enfant de la
vallée de l’urubamba dans le département de Cuzco.
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Les jeunes péruviens
ont été les premiers à créer un mouvement d’enfants et
d’adolescents travailleurs. Ils réclament au moins la sécurité
sociale.
On les a baptisé
les «Nats»: Ninos y Adolescentes Trabajadores, enfants et adolescents
travailleurs. Ce terme désigne surtout des gamins pauvres des villes, même
si les enfants sont très nombreux à travailler dans les campagnes.
La misère, le chômage, les violences familiales les ont poussés
dans la rue. Souvent, ils travaillent dans des conditions très dures, quand
ils ne sont pas exploités ou maltraités.
Le Bureau international du travail estime le nombre d’enfants travailleurs latino-américains
à 17,5 millions mais des ONG parlent de 25 à 30 millions, dont 1,5
à 2 millions au Pérou. Ce pays est le seul du sous-continent à
autoriser les enfants à travailler à partir de 12 ans, au lieu de 14
ailleurs, ce qui lui vaut les critiques des Nations unies.
Les Nats de Lima sont les premiers au monde à s’être organisés
en mouvement social. Au début des années 70, à l’initiative
de membres de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC), des «Maisons
pour enfants de la rue» ouvrent leurs portes, dans les communautés les
plus pauvres des environs de la capitale. Elles accueillent des enfants qui, pour
la plupart, gagnent leur vie en exerçant des petits métiers sur des
marchés en plein air.
Mobilisation
populaire
Mais en 1976, la municipalité de Lima menace de vendre les terrains où
les maisons d’enfants sont situées. Levée de boucliers. Dans les quartiers
sud de Lima, les enfants, leurs parents, leurs aînés et la population
se mobilisent. Mieux, ils exigent que ces maisons soient raccordées aux réseaux
d’adduction d’eau, d’électricité et d’évacuation des eaux usées.
Les enfants et adolescents demandent aussi l’accès à l’école
et aux soins de santé.
A l’occasion de ces manifestations, les maisons pour les enfants de la rue commencent
à se fédérer. Peu à peu, le mouvement se structure et
ses partisans développent le concept de «protagonisme». Ils considèrent
les enfants comme des personnes à part entière, défendent leur
droit au travail et croient en leur capacité d’agir, de s’organiser, voire
de transformer positivement leur entourage.
Le Mouvement des jeunes travailleurs, enfants d’ouvriers chrétiens (MANTHOC)
est formellement créé à Lima en 1978. «Notre objectif
était de consolider un courant constitué par et pour les enfants, en
fonction de leurs besoins spécifiques. Nous voulions qu’ils partagent leurs
expériences avec la grande masse des enfants de la rue, qui n’étaient
pas organisés», explique Nelly Torres, fondatrice du Manthoc. Petit
à petit, le mouvement s’étend — même s’il ne concerne encore
qu’une infime partie des Nats — et gagne d’autres villes.
Nelly Torres dirige aujourd’hui le Mouvement national des organisations de jeunes
travailleurs du Pérou (MNNATSOP), une fédération d’organisations
créée en 1996. Elle regroupe près de 10 000 enfants de
7 à 14 ans, vivant dans 18 villes du pays, et a élaboré une
charte nationale en faveur des droits des Nats. Ses membres soulignent que les taux
d’abandon scolaire étant très élevés, les enfants bénéficient
de meilleures conditions de vie en travaillant, plutôt qu’en passant leurs
journées à traîner dans les rues. Leur travail peut même
constituer un facteur d’unité familiale, en assurant aux ménages un
complément de revenu.
L’essentiel, pensent-ils, est que les Nats soient respectés. Ils les encouragent
donc à s’associer en ateliers de production pour revendiquer de meilleures
conditions de travail. Une caisse de crédit a aussi été créée
pour permettre aux Nats les plus vulnérables de réduire leurs horaires
de travail, afin d’étudier ou de s’amuser.
Le MNNATSOP accorde une grande importance aux liens tissés avec les autorités.
En 1998, il a marqué un point en signant un accord avec la mairie de Lima,
qui s’est engagée à créer en deux ans 600 emplois légaux
pour les Nats. Il négocie aussi pour qu’ils obtiennent le droit à la
sécurité sociale. Sans succès jusqu’à présent.
Il n’a signé que des accords ponctuels avec des hôpitaux et des centres
de santé, qui acceptent de dispenser des soins gratuits aux enfants travailleurs.
Les progrès semblent plus significatifs dans le domaine de l’éducation.
Dès 1986, par exemple, le Manthoc a ouvert, dans le sud de Lima, une première
école adaptée aux Nats, tant sur le plan des horaires que de la pédagogie.
De son côté, le ministère de l’Education a mis en place en 1996
des programmes spéciaux pour les Nats, dans neuf établissements primaires
de la capitale.
Le MNNATSOP comprend un programme de protection des jeunes travailleurs baptisé
Colibri et placé sous la tutelle de la Police nationale du Pérou. «Nous
nous efforçons de protéger les enfants de la rue des délinquants,
mais également des abus des autorités municipales qui peuvent par exemple
confisquer la marchandise des vendeurs à la sauvette», explique le colonel
Luis Hermosa Ortega.
«Je me suis enfui de chez moi parce que la nouvelle femme de mon père
me battait, explique Pablo Ortiz Vicuña, un enfant de 12 ans qui bénéficie
du programme Colibri. Maintenant, je vis chez un ami qui lave des voitures, comme
moi. Il m’arrive de mendier dans la rue, mais seulement quand je n’ai plus rien à
manger.»
Le Courrier de l'UNESCO
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