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© Jesse Victolepo/IRRI/Manila

L’urbanisation et l’industrialisation grignotent toujours plus de
terres cultivables. La Chine a promulgé une loi pour empêcher la reconversion
de ces terres. Ci-dessous, dans la province de Yunnan, on laboure aux limites de
la ville.
Si tous les exploitants passaient à l’agriculture biologique, la production
agricole actuelle serait réduite de moitié et il y aurait une crise
alimentaire. A mon avis, l’agriculture biologique n’est pas une alternative viable:
sa généralisation mènerait à un désastre
Les
pays producteurs de riz


Les
10 premiers pays producteurs de riz (milliers de tonnes, 1998)

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Toute une vie
pour le riz
Son nom ne dit peut-être rien mais les variétés
de riz qu’il a inventées sont, elles, très connues. Depuis 32 ans,
avec son équipe de l’IRRI, l’Institut international de recherche sur le riz de Manille (Philippines),
Gurdev Singh Khush en a introduit plus de 300, dont l’IR 8, l’IR 36, l’IR 64 et l’IR
72, qui, dans les années 60, ont déclenché la révolution
verte en Asie. Aujourd’hui, les variétés de l’IRRI et leurs descendantes sont plantées
dans plus de 70% des rizières du monde.
«Au départ, les agriculteurs étaient sceptiques devant nos nouvelles
variétés, qui mettaient moins de temps à mûrir que les
traditionnelles. Mais notre persévérance a payé», rappelle
le chercheur. Pendant les 25 premières années de son programme, la
production mondiale de riz a doublé, passant de 256 millions de tonnes en
1966 à 518 en 1990. Ce qui a permis de nourrir convenablement 700 millions
de personnes supplémentaires.
En 1976, Gurdev Singh Khush a mis au point l’IR 36. Baptisé «riz miracle»,
il est devenu l’une des variétés les plus cultivées dans le
monde. D’après les estimations de l’IRRI, l’IR 36 ajoute chaque année cinq millions de tonnes de riz
aux ressources alimentaires de l’Asie et un milliard de dollars au revenu de ses
agriculteurs.
Qu’est-ce qui a poussé Gurdev Khush à faire carrière dans la
recherche agronomique? «Je suis originaire du Pendjab, dans l’Inde du Nord.
La pauvreté règnait, la nourriture manquait. Mon père était
paysan, il m’a vivement encouragé à faire quelque chose pour les agriculteurs»,
confie le savant, aujourd’hui âgé de 64 ans. Ses travaux lui ont valu
de nombreuses récompenses. La plus prestigieuse est le Prix mondial de l’alimentation,
l’équivalent du prix Nobel pour l’agriculture. Il lui a été
décerné en 1996 par la World Food Prize Foundation basée à
Des Moines (Etats-Unis), pour sa contribution au «progrès du développement
humain par l’amélioration de la qualité, de la quantité et de
la disponibilité des réserves alimentaires mondiales».
Gurdev Singh Khush conçoit actuellement de nouvelles variétés,
afin d’augmenter encore les rendements de 25%. «C’est la mission de ma vie:
continuer à œuvrer pour améliorer le riz et nourrir de plus en plus
de gens», dit-il. Il vit actuellement à Los Banos, près de Manille
(Philippines), avec sa famille.
E.A.
• www.cgiar.org/irri
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Il a été
l’un des architectes de la «révolution verte», qui a fait doubler
la production asiatique de riz en 25 ans. Aujourd’hui, ce chercheur émérite* œuvre pour une «révolution encore plus verte»
qui puisse conjurer la faim dans le monde au cours du prochain siècle.
Plusieurs experts redoutent une crise alimentaire
en Asie à moyen terme: la population augmente et les taux de croissance de
la production agricole fléchissent. La famine risque-t-elle vraiment d’y réapparaître?
Si les tendances actuelles persistent, la région sera confrontée
tôt ou tard à des pénuries. Dans la plupart des pays d’Asie où
l’aliment de base est le riz, la croissance démographique ne s’est pas encore
stabilisée et la demande en produits alimentaires s’accroît. D’après
les projections de l’ONU, il y aura en 2020 huit milliards d’individus sur
terre, dont cinq milliards seront des consommateurs de riz. Pour satisfaire cette
demande, la récolte mondiale de riz, actuellement de 560 millions de tonnes
par an, devra passer à 840 millions. Tout ce riz devra venir des terres cultivées
existantes car, dans beaucoup de pays, il n’y a plus de nouvelles terres cultivables
disponibles. Donc, les pays asiatiques devront à la fois augmenter leur production
alimentaire en général et promouvoir activement le contrôle des
naissances.
La production alimentaire augmente-t-elle assez vite pour répondre à
la demande?
Malheureusement non. Elle ne parvient pas à suivre la démographie.
De 1960 à 1990, le taux de croissance de la production alimentaire mondiale
était de 2,8% par an et celui de la population de 2,1 ou 2,2%. Il n’y avait
donc pas de problème. Mais la situation a changé dans les années
90. La population augmente désormais de 1,8% par an, la production alimentaire
de 1,5% seulement. L’investissement dans l’irrigation a pratiquement cessé.
De bonnes terres sont sacrifiées à l’industrialisation. Si le mouvement
se poursuit, il ne sera pas possible de satisfaire la demande.
Jusqu’où les rendements peuvent-ils augmenter grâce aux technologies
nouvelles? Quels sont les objectifs de la recherche sur le riz?
Nous disposons actuellement de variétés de riz dont le rendement
potentiel est d’environ 100 quintaux1 à l’hectare. Mais, sur le terrain, le rendement
moyen du riz irrigué en Asie se situe autour de 50 quintaux. Pour relever
cette moyenne jusqu’à 80, il faut revoir le système de production,
investir davantage dans l’irrigation et former les agriculteurs aux technologies
nouvelles. Nous avons bon espoir de mettre en circulation, dans les premières
années du xxie siècle, de nouvelles variétés
de semences dont le rendement potentiel sera de 120 à 125 quintaux à
l’hectare.
La recherche sur le riz va s’orienter davantage vers une agriculture écologique.
Les sélectionneurs du monde entier mettent actuellement au point des riz nouveaux
qui résistent à la sécheresse et aux insectes et sont intrinsèquement
capables de vaincre les mauvaises herbes. Dans les 30 à 50 prochaines années,
il faudra aussi des riz susceptibles de supporter des températures plus élevées,
en raison du réchauffement de la planète.
A quoi s’attèle l’Institut international de recherche sur le riz?
Le prochain objectif de l’IRRI, c’est une «révolution encore plus
verte»: produire davantage de riz avec moins de terre, moins d’eau, sans insecticides
ni désherbants chimiques. Nous avons conçu pour cela un «super-riz»,
actuellement en phase d’expérimentation, obtenu par les méthodes de
sélection traditionnelles. Il aura une architecture totalement différente
des variétés précédentes.
Dans la première variété de riz à haut rendement, l’IR
8, le poids de la plante est réparti à égalité entre
le grain et la paille. Avec le super-riz, le grain pèse 60% et la paille 40%
du poids total. Cette nouvelle variété aura une capacité de
photosynthèse accrue, qui dirigera plus d’énergie vers la production
des grains et moins vers les feuilles. Un premier prototype a été mis
au point il y a quelques années. Nous tentons d’améliorer la qualité
du grain et d’intégrer des gènes qui permettront à la plante
de résister aux maladies et aux insectes, afin que les agriculteurs n’aient
pas besoin d’utiliser des pesticides. Pour la première fois, nous avons «emprunté»
au maïs le gène qui donne tant de force à sa tige et nous l’avons
introduit dans le nouveau riz. Il portera plus de grains et augmentera le rendement
d’au moins 60% par rapport aux variétés existantes. Nous espérons
que les agriculteurs pourront l’utiliser au début du siècle prochain.
Quand vous êtes entré à l’IRRI il y a 32 ans, l’objectif premier était
d’élaborer des variétés de riz à haut rendement pour
prévenir une crise alimentaire. Puis est apparue l’agriculture écologique.
Aujourd’hui, on s’efforce de mettre au point des semences génétiquement
modifiées. Que pensez-vous de cette évolution?
L’Asie a connu de très graves pénuries alimentaires dans les années
60. Il était urgent d’accroître la production agricole. On l’a fait
en mettant au point à l’IRRI des variétés de riz à haut
rendement, qui parviennent à maturité en 110 jours, au lieu de 180
pour les variétés traditionnelles. Cette mutation, qu’on a appelée
la révolution verte, a contribué à doubler la production de
riz en Asie de 1967 à 1992 et à prévenir la famine. Dans certains
pays comme l’Indonésie, la récolte de riz a triplé. Mais on
a constaté que l’utilisation des pesticides et des engrais nuisait à
l’environnement. Alors, on s’est mis à privilégier une agriculture
durable. Les agriculteurs ont été incités à utiliser
la fumure organique, le compost, les biofertilisants2. Après quoi, on a créé
de nouvelles variétés de semences résistant génétiquement
à certains insectes, afin de limiter au strict minimum le recours aux insecticides
dangereux.
Nous nous sommes aperçus par ailleurs que les nouvelles semences donnaient
plus dans les zones bien irriguées, et beaucoup moins en montagne ou dans
les régions arrosées uniquement par les pluies – celles où vivent
la plupart des paysans pauvres. Notre prochain défi est de créer des
variétés de riz résistant à la sécheresse, pour
aider ces agriculteurs pauvres.
On a accusé la révolution verte, dont vous avez été l’un
des grands acteurs, d’avoir provoqué une dégradation des sols en abusant
des engrais et des pesticides. Comment réagissez-vous à cette critique?
Je l’estime pour l’essentiel injustifiée. L’Asie des années 60
vivait sous la menace d’une famine imminente: augmenter la production alimentaire
était la grande priorité. Engrais minéraux et produits phytosanitaires
ont donc servi à stimuler la productivité. Aucune preuve, aucun chiffre
ne démontre que la dégradation des sols a été due à
la révolution verte. Le mode d’exploitation des terres a pu être en
cause. La surutilisation d’engrais et de pesticides, l’absence de système
de drainage convenable dans les champs pendant les fortes pluies ainsi que les inondations
ont aussi contribué à l’épuisement des sols.
Beaucoup d’idées fausses circulent à propos des engrais minéraux.
Nos recherches ont prouvé que le riz exige des nutriments équilibrés
pour produire beaucoup de grains. Peu importe qu’ils proviennent des engrais minéraux
ou de la fumure organique. Les agriculteurs américains et d’autres pays développés
continuent à utiliser des engrais et ont des rendements supérieurs.
Si l’usage des engrais minéraux posait problème, ils seraient les premiers
à sonner l’alarme.
Si les engrais ne sont pas dangereux, pourquoi certains cultivateurs optent-ils pour
l’agriculture biologique?
Parfois pour le profit: les produits «bio», cultivés sans
engrais minéraux ni pesticides, sont très demandés dans les
pays occidentaux. Mais ces agriculteurs «bio» produisent moitié
moins qu’ils ne le faisaient avant, avec les engrais. Si tous les exploitants passaient
à l’agriculture biologique, la production agricole actuelle serait réduite
de moitié et il y aurait une crise alimentaire. A mon avis, l’agriculture
biologique n’est pas une alternative viable: sa généralisation mènerait
à un désastre.
Certains disent qu’en raison des innovations de l’ IRRI, de nombreuses variétés traditionnelles
de riz ont disparu et qu’une riche diversité génétique a été
perdue...
Il est naturel que les agriculteurs adoptent les variétés aux rendements
plus élevés. Donc, le nombre des variétés cultivées
diminue. Aux Etats-Unis, 500 variétés de soja étaient utilisées
dans les années 60; on n’en trouve plus aujourd’hui que cinq ou six. Comment
empêcher les exploitants d’opter pour ce qui rapporte davantage? Mais les semences
des variétés traditionnelles n’ont pas disparu. Environ 85 000 variétés
traditionnelles de riz cultivées avant la révolution verte ont été
recueillies à ce jour dans notre banque à l’IRRI.
Des pays comme l’Indonésie, l’Inde et la Chine ont aussi leurs propres centres
de conservation des semences. Elles seront utilisées par les générations
futures pour mettre au point des variétés nouvelles.
Je ne suis pas d’accord lorsqu’on dit que le potentiel génétique de
ces variétés traditionnelles a été totalement perdu.
Elaborer une nouvelle variété, c’est intégrer dans la nouvelle
semence des gènes issus de 30 à 40 variétés traditionnelles
différentes. Prenez l’IR 64, très populaire chez les agriculteurs d’Asie:
ses gènes viennent de 44 parents différents au moins. Impossible de
mettre au point les variétés modernes sans les traditionnelles.
Selon un rapport de l’ONU, les réserves mondiales d’eau douce se
sont réduites de moitié en 20 ans et la pénurie va probablement
s’aggraver dans les années qui viennent. Comment les agriculteurs peuvent-ils
faire face?
Ce sera un autre problème majeur. Le riz est une culture qui consomme
beaucoup d’eau. Et nous constatons que les agriculteurs en utilisent trop: 5 000
litres d’eau en moyenne pour produire un kilo de riz. Il existe aujourd’hui des technologies
qui permettent de produire un kilo de riz avec 1 500 à 2 000 litres d’eau
seulement. Malheureusement, de nombreux exploitants n’en sont pas informés
et n’ont pas accès à ces technologies. Beaucoup s’imaginent à
tort qu’ils ont besoin de maintenir dans les rizières quelques centimètres
d’eau au-dessus du niveau du sol pendant toute la période de croissance. Nous
avons démontré qu’il suffit de garder le sol saturé d’eau. Les
pays producteurs de riz doivent agir pour former leurs riziculteurs à une
meilleure gestion de l’eau.
La pression pour produire davantage de riz est forte. Mais certaines organisations
écologistes soulignent que le méthane qui émane des rizières
contribue à l’effet de serre. Que peut-on y faire?
Il est exact que les rizières dégagent du méthane, mais
le problème a été exagéré. Les statistiques sont
claires: 15% seulement des émissions mondiales de méthane viennent
des rizières, les 85% restants sont dus aux activités industrielles
dans le monde. Commençons par réduire ces dernières, avec des
technologies qui respectent l’environnement. Mais on ne peut pas cesser de produire
du riz. On va continuer, parce que c’est l’aliment numéro un de l’humanité.
Cela dit, à l’IRRI, nous cherchons aussi des moyens de réduire
au minimum, voire d’éliminer totalement, ces émissions dans les rizières.
En Asie, on parle souvent de répartir à égalité, par
une réforme agraire, les terres cultivables entre les agriculteurs et les
travailleurs agricoles. Malheureusement, dans de nombreux pays, ce projet ne se concrétise
pas, pour des raisons socio-politiques. L’actuelle répartition inégale
de la terre a-t-elle à votre avis un impact sur la production alimentaire?
Cette répartition à égalité est de la plus haute
importance: elle influe non seulement sur la production alimentaire mais aussi sur
le contexte socio-économique. Voyez l’Inde. Des Etats comme le Bengale-Occidental
et le Pendjab ont procédé à des réformes agraires dans
les années 60 et 70, après quoi la production agricole a augmenté.
En revanche, dans l’Etat du Bihar, à l’est, une poignée de propriétaires
possèdent la quasi-totalité des terres. Cette répartition inégale
est la raison principale des affrontements qui opposent là-bas propriétaires
fonciers et journaliers depuis 50 ans. Comparé à d’autres Etats, le
Bihar a une production agricole moyenne très faible. Aux Philippines, depuis
la réfome agraire du début des années 70, les rizières
appartiennent aux producteurs de riz, non à des grands propriétaires.
Au Japon, la production alimentaire augmente régulièrement depuis la
réforme agraire d’après-guerre.
D’après certaines études, les progrès rapides de l’urbanisation
et de l’industrialisation réduisent peu à peu les surfaces cultivables
en Asie. Quelles en seront les conséquences ces 25 prochaines années?
Dans de nombreux pays asiatiques, les champs cultivés se situent à
proximité immédiate des villes, petites ou grandes. Ils sont donc les
premières victimes de l’expansion urbaine. En Chine, les terres agricoles
disparaissent à un rythme élevé pour les besoins de l’industrie
et de l’immobilier. Dans les années 1970, la riziculture chinoise occupait
plus de 35 millions d’hectares; en 1990,
31 millions seulement. Et la Chine n’a pas de terres inexploitées qu’elle
pourrait mettre en culture. Son gouvernement en est conscient: il a promulgué
une loi rigoureuse pour empêcher la reconversion industrielle ou immobilière
des terres arables.
En Indonésie, en particulier à Java,
60 000 hectares plantés en riz sont perdus chaque année pour construire
des usines ou des logements. Aux Philippines, environ 10 000 hectares de rizières
s’évanouissent pour les mêmes raisons tous les ans. Or, on ne peut pas
remplacer ces rizières perdues en défrichant davantage. Dans des pays
comme les Philippines, il ne reste pas beaucoup de forêt. Pour compenser partiellement
les pertes de terres, les pays d’Asie doivent s’efforcer d’étendre leurs surfaces
irriguées. Mais cela exige, là encore, quantité d’investissements.
Les populations rurales, dans de nombreux pays d’Asie, ont été durement
éprouvées par le décalage de la mousson – en retard ou en avance
–, que les scientifiques lient aux changements climatiques mondiaux. S’il se révélait
durable, quels en seraient les effets?
Il serait désastreux pour l’agriculture que ce phénomène
provoqué par la Niña frappe à nouveau. En 1998, dans le Sud-Est
asiatique, la mousson a eu quatre mois de retard: les pluies diluviennes sont tombées
au moment de la récolte et le riz a été détruit. Les
riziculteurs ont donc subi de lourdes pertes ces deux dernières années.
J’espère que la Niña ne frappera qu’exceptionnellement, tous les 10
ans au plus.
La crise financière asiatique a-t-elle eu un impact sur la production de riz?
Cette crise a surtout frappé la Corée du Sud, la Thaïlande,
l’Indonésie et la Malaisie. En Corée du Sud et en Malaisie, le secteur
agricole n’a pas été touché et la production de riz est restée
normale ces deux dernières années. La Thaïlande a réussi
à absorber le choc essentiellement grâce au dynamisme de sa riziculture:
beaucoup de Thaïlandais qui travaillaient en usine sont retournés dans
les rizières. Les surfaces cultivées ont donc augmenté et elle
a pu produire davantage de riz que les années précédentes. Son
gouvernement a compris que la riziculture est la colonne vertébrale du pays:
il se soucie désormais davantage du développement agricole.
En Indonésie, la crise économique a eu un impact négatif. A
court d’argent, le gouvernement indonésien a cessé de subventionner
les engrais. Leurs prix sont montés en flèche. Beaucoup d’exploitants
ont dû abandonner leurs cultures parce qu’ils ne pouvaient s’offrir des engrais
à un tel prix. En 1998, la riziculture indonésienne a donc subi à
la fois la crise économique et la Niña: les réserves de riz
sont tombées à leur plus bas niveau de la décennie. Il y a quelques
années encore, l’Indonésie exportait du riz. Aujourd’hui, elle en importe
trois millions de tonnes par an.
Et la Chine?
Selon de nombreux experts, elle connaîtra probablement une très
grave pénurie alimentaire au cours du prochain siècle. Sa population
augmente au rythme de 1,1% par an. On estime que son taux de croissance ne se stabilisera
qu’autour de 1,6 milliard d’habitants, contre 1,2 milliard aujourd’hui. Ce qui fait
400 à 500 millions de personnes supplémentaires à nourrir. Or,
11% seulement de la superficie de la Chine sont cultivables. Le reste est montagneux
ou désertique. La Chine va donc devenir le plus gros importateur de céréales
d’ici 30 ans.
* Directeur de la section «Sélection créatrice,
génétique et biochimie» à l’Institut international de
recherche sur le riz, à Manille aux Philippines (International Rice Research
Institute, IRRI).
1. Un quintal = 100 kilogrammes.
2. Il s’agit, à la différence des engrais chimiques, d’engrais tirés
d’organismes vivants.
Le Courrier de l'UNESCO
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