
L’invention de Samuel F. B. Morse, peintre américain, se répandit
à la fin du XIXe siècle.

Cette belle machine est maintenant au musée. Ici, dans celui
des télécommunications de Pleumeur-Bodou (France).

L’un des premiers tableaux présentant le début de l’alphabet
morse et les chiffres. Cette planche scolaire est hongroise.

Déroulement d’un câble télégraphique sous-marin,
depuis l’île de Valencia, à l’ouest de l’Irlande. Cette gravure date
de 1867.
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Les secrets du morse
Sous sa forme la plus simple, chacune des deux stations télégraphiques
a une manette (en fait, un simple interrupteur électrique), une batterie et
un récepteur électromagnétique appelé «sonneur».
Les deux stations, qui peuvent être distantes de quelques kilomètres
ou beaucoup plus éloignées, sont reliées par un fil métallique
unique suspendu à des poteaux télégraphiques. Dans chaque station,
un second fil est relié à la terre: c’est elle qui complète
le circuit électrique.
Quand on baisse la manette d’une station, le courant passe sur la ligne et active
les aimants du sonneur dans l’autre station. A l’intérieur du sonneur, ces
aimants, situés en bas, attirent à eux une barre mobile à charnière,
qui fait un claquement sonore quand elle arrive au bout de son mouvement. En relâchant
la manette, on déconnecte les aimants: la barre du sonneur est alors tirée
vers le haut par un ressort et fait un nouveau claquement.
Baisser la manette un bref instant (point) produit deux claquements rapprochés.
Si on la maintient baissée plus longtemps (trait), les deux claquements sont
plus espacés. Le télégraphiste a appris à distinguer
les points et les traits émis de cette façon, donc à lire le
code morse.
Le message reçu était transcrit manuellement, avec encre et papier.
Par la suite, vitesse et capacité ont été améliorées:
l’invention du télex a énormément augmenté la capacité
de réception et celle de l’appareil à manette semi-automatique a considérablement
accru le rythme d’émission du morse manuel.
L’investissement le plus coûteux était l’installation des poteaux et
des fils sur des centaines de kilomètres. En 1876, l’Américain Thomas
Edison inventa le «quadruplex», système permettant à un
seul fil de transporter simultanément jusqu’à deux messages dans un
sens et deux dans l’autre. Il créait ainsi des «lignes» supplémentaires
qui n’avaient pas à être construites physiquement. Les émetteurs-récepteurs
automatiques rapides ont encore accru la capacité de transport des lignes
existantes.
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De nouvelles empreintes digitales
Quand le morse est émis manuellement, chaque télégraphiste
a ses caractéristiques personnelles: de légères variations dans
la longueur des points et des traits, ainsi que dans les espacements entre les lettres
et les mots. Quand un opérateur travaille régulièrement avec
un autre, il lui devient très facile de reconnaître son style, sa «main».
Pendant la Seconde Guerre mondiale, les différences de styles d’émission
des agents secrets étaient notées par leur base: s’ils étaient
capturés, les faux messages émanant de l’ennemi étaient ainsi
aisément détectés. On identifiait aussi les styles des télégraphistes
des sous-marins, navires ou unités militaires de l’ennemi, ce qui permettait
de suivre leurs mouvements au jour le jour.
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Fille de la révolution
des communications du XIXe siècle, une «autoroute
de l’information» planétaire a été fermée au début
de l’année. Définitivement?
Depuis le 31 janvier 1999
à minuit, les réglementations internationales n’imposent plus aux navires
en mer d’avoir l’équipement nécessaire pour appeler au secours, en
cas d’urgence, à l’aide de l’alphabet morse et du célèbre signal
SOS. Le 1er février, le Réseau maritime mondial de détresse
et de sécurité (Global Maritime Distress and Safety System, GMDSS),
fonctionnant via satellite et grâce à d’autres technologies avancées,
a remplacé un système qui, depuis le début du siècle,
a sauvé d’innombrables bâtiments et des milliers de vies.
Le GMDSS a été progressivement mis en service à partir de 1979.
Les navires étant de plus en plus nombreux à l’adopter, les postes
de radiotéléphonie côtiers du monde entier, confrontés
à la baisse de la demande, ont fermé leurs services de télégraphie
sans fil (TSF).
A l’approche de minuit, le 31 janvier, de nombreuses stations ont émis leurs
ultimes signaux en morse dans un bouquet final de messages émus. «Pour
clore l’ère de la TSF commencée en 1909, soit plus de 90 ans de service
des postes de la côte, voici notre dernière émission et nos adieux,
pour toujours», disait ainsi un message danois.
«Quelle
œuvre Dieu a faite!»
Avec force points et traits,
ce fut donc la fin de l’ère de la télégraphie en morse. Au XIXe
siècle, elle avait été à l’origine d’une révolution
des communications mondiales dans pratiquement tous les domaines: administration,
diplomatie, affaires, industrie, chemins de fer, journaux, armée, sans oublier
le télégramme du simple particulier.
L’invention en 1800, par le physicien italien Alessandro Volta, de la pile voltaïque,
premier moyen de stocker l’électricité, suscita une immense vague d’expérimentations
électriques, dont de nombreuses tentatives d’établir une communication
entre des points éloignés en utilisant l’électricité
et des fils métalliques. Le peintre américain Samuel F.B. Morse imagina
en 1832 un appareil électromagnétique utilisant des courants électriques
interrompus en fonction d’un code prédéfini (voir encadré).
En 1843, le Congrès alloua 30 000 dollars pour tester son invention sur une
ligne de 65 kilomètres, le long de la voie ferrée Washington-Baltimore.
Elle fut ouverte le 24 mai 1844 par ce message: «Quelle œuvre Dieu a faite!».
Au cours de cette même année, naquirent des sociétés privées
qui projetaient de gérer des lignes en morse vers toutes les régions
du pays. Après plusieurs tentatives, un câble sous-marin relia la Grande-Bretagne
et l’Amérique en 1866. Un autre atteignit l’Australie en 1871. Et, bien avant
le nouveau siècle, un vaste réseau de lignes couvrait la plus grande
partie de la planète.
Le télégraphe en morse créa une industrie entièrement
nouvelle, qui offrit entre autres aux femmes la possibilité d’exercer un métier
respectable – télégraphiste – hors du foyer. Pour les entreprises comme
pour les particuliers, le télégramme devint un mode de vie. Beaucoup
de grands organismes avaient leur bureau de télégraphie. Pour partager
la collecte des informations et les services télégraphiques, six journaux
de New York constituèrent l’agence Associated Press en 1848. Elle se dota
de ses propres lignes et engagea ses télégraphistes. En 1923, elle
mettait 148 000 kilomètres de lignes terrestres au service de 1 207 journaux
nord-américains.
Beaucoup de célébrités ont commencé leur carrière
dans le télégraphe. A 17 ans, l’inventeur Thomas Edison était
télégraphiste itinérant en morse: il parcourut des milliers
de kilomètres aux Etats-Unis et au Canada, passant d’un emploi à l’autre
au gré de sa fantaisie ou des circonstances.
L’industriel philanthrope Andrew Carnegie commença, lui, comme coursier, et
fut télégraphiste pendant 12 ans. Gene Autry, le «Cowboy chantant»,
mort en 1998 à l’âge de 91 ans, fut dans sa jeunesse télégraphiste
des chemins de fer avant de faire carrière à Hollywood.
Aux premiers temps de la radiodiffusion, les commentateurs sportifs américains
étaient accompagnés de télégraphistes: on installait
des lignes spéciales reliant le stade à la station de radio. Le télégraphiste
lui envoyait de brefs messages indiquant le déroulement du match, et un «reporter»
s’en servait pour le commenter «en direct», comme s’il y était.
L’un de ces «reporters», en poste dans les années 30, devint plus
tard président des Etats-Unis: Ronald Reagan.
Sur les lignes américaines, on émettait en «morse américain»,
qui n’est pas l’alphabet international que nous connaissons. La première ligne
européenne relia en 1847 deux villes allemandes, Hambourg et Cuxhaven, mais
le code américain ne convenait pas entièrement à l’allemand,
avec les signes particuliers à cette langue. Un nouvel alphabet augmenté
fut donc mis au point, avec des caractères nouveaux. Quand le télégraphe
gagna d’autres Etats allemands et l’Autriche, chacun d’eux élabora sa propre
variante de l’alphabet morse: si le message traversait une frontière, un opérateur
devait donc le traduire dans un autre code télégraphique.
En 1851, l’Union télégraphique austro-germanique adopta une version
légèrement modifiée de l’alphabet de 1847, à utiliser
par tous les Etats membres dans le cadre d’un système télégraphique
unifié qui entrerait en vigueur le 1er juillet 1852. Le nouveau code se répandit
dans d’autres pays européens et fut finalement étendu au monde entier
en 1865 par la nouvelle Union internationale du télégraphe. Plus tard,
quelques pays élaborèrent leur version personnelle du code pour leurs
communications intérieures. Outre le morse américain initial, resté
en usage aux Etats-Unis, sont nés des alphabets morses arabe, birman, chinois,
grec, hébreu, japonais, coréen, russe, turc, etc. Le code européen,
finalement devenu l’alphabet morse international, fut choisi comme mode de communication
par la télégraphie sans fil, qui venait d’être inventée
à la fin du xixe siècle.
Un bon système de signalisation existait déjà entre les stations
pour transporter les signaux par fils métalliques. L’objectif de la TSF à
ses débuts était simplement de reproduire et d’étendre le champ
du télégraphe morse, sans qu’il y ait besoin de fils. Quand on découvrit
que la TSF pouvait envoyer des messages sur de longues distances, elle fut adaptée
à l’usage des navires en mer, qui jusque-là n’avaient aucun moyen de
communiquer ni avec la terre ni entre eux, sauf par signaux visuels quand ils étaient
proches.
Le SOS du Titanic
Le plus célèbre
des premiers usages du morse en mer eut lieu dans la nuit du 14 avril 1912, lorsque
le Titanic heurta un iceberg et coula. Ses deux officiers radio, Jack Phillips et
Harold Bride, restèrent à leur poste jusqu’au dernier moment, envoyant
des messages CQD-SOS en morse pour appeler d’autres navires à leur secours.
«CQD» était un signal maritime de détresse et «SOS»
était le nouveau signal international qui devait vite le remplacer. Leurs
appels furent entendus à 93 kilomètres de là par le Carpathia,
qui arriva sur les lieux 80 minutes après le naufrage du Titanic et sauva
environ 700 personnes. Plus de 1 500 autres moururent dans la tragédie, dont
Jack Phillips. Harold Bride survécut, et, bien qu’il fût incapable de
marcher ou de se tenir debout, il passa les quatre jours suivants à aider
héroïquement l’officier radio du Carpathia à envoyer un flot continu
de messages des survivants à leurs familles.
La télégraphie en morse fut utilisée par les forces armées
pendant les guerres de Crimée et de Sécession. Elle fut très
présente aussi dans les tranchées de la Première Guerre mondiale,
avec des vibreurs à la place des sonneurs (voir
encadré). Au même
moment apparurent les premiers postes de TSF.
Pendant la Seconde Guerre mondiale, la télégraphie avec fil servait
encore, mais la radiotélégraphie était devenue l’outil préféré
des militaires. Elle joua aussi un rôle essentiel dans les opérations
clandestines et de renseignement, en particulier dans l’Europe occupée, où
les agents alliés risquaient la détection, donc leur vie, à
chacune de leurs émissions vers Londres. Les messages radio en morse étaient
tout aussi vitaux pour communiquer avec les avions, dont l’usage militaire s’était
considérablement accru.
Les radio-amateurs
à la rescousse
Aujourd’hui, dans la plupart
des forces armées, le morse n’est plus enseigné, mais certains opérateurs
l’apprennent encore à titre de compétence spéciale. Les rebelles
de l’Armée populaire de libération du Soudan, qui combattent le gouvernement
de ce pays, en ont fait récemment un usage tout à fait inhabituel:
on les a entendus sur ondes courtes, sans appareil émetteur, vocaliser l’alphabet
morse en prononçant des séries de «di» et «da»
au micro, en lieu et place des traits et des points.
L’invention de la radio marqua le début de la fin pour le morse par ligne
terrestre, mais la menace mit longtemps à se concrétiser. Les services
radio à longue distance concurrençaient les compagnies de câbles
et l’avènement du télex eut un effet immédiat. La Poste britannique
abandonna officiellement le morse en 1932, mais il resta en usage aux Etats-Unis
et en Australie jusqu’aux années 60. Il en alla de même ailleurs, même
si, de temps à autre, des informations non confirmées assurent que
le morse par ligne terrestre survit toujours au Mexique et en Inde.
L’usage du morse en mer a officiellement cessé mais il n’a pas encore disparu.
Certaines stations et navires continuent de le pratiquer activement, surtout dans
les pays en développement (on peut aussi entendre quelques postes côtiers
européens). Ceux qui tardent à passer au GMDSS sont essentiellement
retenus par le coût élevé de l’installation du nouvel équipement
à bord, et par l’engorgement des centres de formation, qui n’ont pas réussi
à faire face à la demande.
Restent de grands utilisateurs de l’alphabet morse: les radio-amateurs du monde entier.
Ils s’en servent pour communiquer entre eux car ils lui trouvent deux avantages:
son système d’abréviations est compris partout, ce qui facilite la
communication entre interlocuteurs de langue différente; et, comparé
à d’autres modes d’émission radio, le morse est un moyen particulièrement
efficace d’envoyer des signaux dans des lieux éloignés. Ce sont ces
mêmes atouts qui l’avaient rendu si précieux en mer.
Le morse par ligne terrestre est, lui aussi, maintenu en vie par des passionnés.
Aux Etats-Unis, au Canada, en Australie, ces enthousiastes organisent des expositions,
et ils communiquent entre eux avec manettes et sonneurs authentiques via le réseau
téléphonique public ou les modems.
• Sur Internet figurent quantité d’informations sur la télégraphie
en morse. On peut notamment commencer par le site: http://www.morsum.demon.co.uk/links.html
Le Courrier de l'UNESCO
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