L’UNESCO et l’éducation préventive

Prévention à l’école: un très long chemin

Monique Fouilloux, coordinatrice au sein de l’ONG Internationale de l’éducation, basée à Bruxelles (Belgique). Cet article a été écrit avec le concours de Nathalie Barboza, bureau de l’UNESCO de Dakar (Sénégal); de Babakar Fall, coordinateur du Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population de Dakar; et de Asa Andersson, ancienne collaboratrice du bureau de l’UNESCO de New Delhi (Inde).
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Au Sénégal, les enfants apprennent à se garder du sida grâce à leurs manuels de classe, dès l’école primaire.












Chaque fois qu’un enfant meurt du sida, les droits humains sont violés.

UNICEF, Les Enfants et le Sida: un désastre imminent







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L’UNESCO et l’éducation préventive

Depuis 1987, la section de l’éducation préventive de l’UNESCO vise à promouvoir, au niveau individuel et collectif, des attitudes et comportements responsables par des stratégies éducatives. Son objectif principal est d’aider à la mise en œuvre de programmes nationaux d’éducation efficaces par diverses initiatives: envoi de spécialistes; réalisation de projets pilotes; organisation de conférences et de stages de formation des maîtres; lancement de campagnes internationales pour les jeunes avec des associations; encouragement à l’éducation par les pairs et à l’innovation pédagogique; publication de guides de l’enseignant et de matériels éducatifs. Les jeunes sont ainsi intégrés dans une éducation préventive qui met l’accent sur la responsabilité et la communication.
L’Unité de recherche et de gestion culturelles est née de l’appel de la coordination O
NUSIDA en 1998. Son idée-force: le besoin de comprendre les cultures (au sens le plus large du terme) et d’en tenir pleinement compte lorsqu’on conçoit des actions thérapeutiques ou des campagnes de prévention contre le VIH/sida.
La Fondation mondiale Recherche et prévention sida a été créée en janvier 1993 par le directeur général de l’U
NESCO, Federico Mayor, et le professeur Luc Montagnier, pionnier de la recherche sur le VIH/sida. Son objectif: mobiliser les initiatives privées de tout ordre, établir de nouveaux partenariats et trouver de nouvelles formes de coopération – en matière de recherche et de prévention notamment –, pour soutenir et prolonger l’action anti-sida des pouvoirs publics.

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La salle de classe est l’endroit idéal pour sensibiliser les jeunes au sida. Mais le sujet reste souvent délicat et les moyens manquent.

Lorsqu’elle existe, l’éducation préventive sur le sida en milieu scolaire est un phénomène très récent dans les pays en développement. Obnubilés par les tabous sexuels, nombre de dirigeants politiques, de directeurs d’écoles et de professeurs ont longtemps estimé qu’elle inciterait les jeunes à passer à l’acte sexuel. Il a fallu attendre la publication en 1997 d’un rapport de l’Onusida (intitulé Influence de l’éducation en matière de VIH et de santé sexuelle sur le comportement sexuel des jeunes) pour prouver qu’il n’en était rien.
Les choses commencent enfin à évoluer. Bon nombre de pays du Sud ont enfin franchi le cap: l’éducation sur le sida est inscrite dans leurs programmes scolaires. Parfois, il a fallu trouver des subterfuges. L’Indonésie, pays musulman, a décidé de parler d’«éducation à la santé reproductive», au lieu d’éducation sexuelle. L’exemple a été suivi dans beaucoup d’autres pays.

Le Sénégal, figure de proue
En Afrique occidentale et centrale, le sujet est pris en compte dans les programmes d’«Education à la vie familiale et en matière de population» (EVF/EMP), un enseignement pluridisciplinaire, lié à la fois à la biologie, à l’économie familiale, à l’éducation sanitaire ainsi qu’à l’éducation civique et morale. Mais, entre concevoir des programmes et les enseigner effectivement, il y a souvent une marge. Dans la plupart des pays, ces programmes n’ont pas encore été validés par les ministères. Le Sénégal fait figure de proue, où l’EVF est entrée même dans le primaire. Dès 1994, le Groupe pour l’étude et l’enseignement de la population (GEEP, une ONG sénégalaise), a mis en place 140 clubs EVF, qui concernent actuellement 52% des collèges et lycées sénégalais. En 1997, trois de ces clubs ont été créés à l’Université de Dakar. A ce jour, plus de 2 000 élèves, dont un tiers de filles, ont terminé leur formation d’animateurs. Appelés à sensibiliser leurs pairs en milieux scolaire et extra-scolaire (journées culturelles, kermesses, séances d’animation dans les camps de vacances...), ils sont aidés par des professeurs qui se chargent des démarches administratives. Au cours de l’année scolaire 1997/98, leurs activités ont touché près de 45 000 jeunes, soit 32% des élèves des collèges et des lycées.
En Asie, la situation est très différente d’un pays à l’autre. La Thaïlande, le Cambodge, le Laos, le Vietnam, le Sri Lanka ont de solides programmes dans le cadre de l’éducation formelle, alors que le Népal, le Pakistan, le Bangladesh et les Maldives n’en sont qu’à leurs premiers pas. En Inde, une sensibilisation au sida est prévue dans le cadre des cours d’éducation physique et de «travail productif d’utilité sociale». Mais souvent, l’enseignant ignore jusqu’à l’existence de ces programmes. Il doit donc se débrouiller seul. Au fin fond de l’Inde ou ailleurs, dans une classe de 50, voire 80 élèves, ne disposant pas de livres, ne connaissant pas lui-même grand-chose du sida, il est censé établir avec ses élèves un dialogue ouvert sur des questions ayant trait à la sexualité. C’est trop lui demander.

Personne n’est vraiment prêt
«Un de mes élèves m’a posé une question sur le sida. Je n’ai pas su lui répondre. Je lui ai dit que ce n’était pas notre sujet, a confié un professeur d’histoire africain, lors d’un séminaire qui s’est tenu à Lomé (Togo), en avril 1999. J’ai pourtant eu le sentiment que c’était la première fois que cet enfant osait la poser et je crains qu’il ne le fasse pas une autre fois.»
Les enseignants, eux-mêmes inhibés, ne savent pas comment s’y prendre. En Afrique de l’Ouest, seule la Guinée a prévu une formation au VIH/sida à l’Ecole nationale d’instituteurs, alors que le Burkina Faso et le Togo ont ciblé les professeurs du secondaire. Les autres pays piétinent.
Les enseignants ont aussi besoin d’avoir accès à des méthodes d’enseignement interactives, leur permettant de créer un climat de confiance qui encourage les jeunes à exprimer leurs préoccupations et à apprendre à se protéger. Mais le matériel pédagogique fait cruellement défaut. Au début des années 90, l’U
NESCO et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) ont publié une série de documents de référence à l’intention des planificateurs des programmes scolaires, proposant des activités pour les élèves et des guides pour les enseignants (voir encadré). Bien conçus, ces documents ont été édités à quelques milliers d’exemplaires. Or, il y a 55 millions d’enseignants dans le monde. Plus récemment, le Togo a produit une brochure à l’intention des collégiens. Mais sa diffusion reste confidentielle.
Même lorsqu’ils disposent de méthodes appropriées, les enseignants ne s’en servent pas toujours. L’expérience montre qu’il faut compter surtout sur les jeunes enseignants qui s’adaptent beaucoup plus facilement aux nouvelles approches. En règle générale, personne n’est vraiment prêt à parler de sexualité avec les jeunes. Les parents, ne se sentant pas à la hauteur de la tâche, ont tendance à la déléguer aux professeurs qui, à leur tour, renvoient la balle à la famille ou à l’Eglise. C’est particulièrement vrai dans les pays à majorité catholique, notamment en Amérique latine, où le préservatif passe encore parfois pour un «outil du diable». Or, des études menées par l’O
NUSIDA montrent que, lorsqu’ils sont bien informés, les jeunes se protègent mieux que les adultes. Au Chili, au Brésil et au Mexique, c’est parmi les 15-18 ans que l’on trouve le plus grand nombre d’utilisateurs de préservatifs.
Les autorités scolaires restent cependant réfractaires. Elles admettent difficilement l’activité sexuelle des jeunes. Bien qu’elle soit bannie avant le mariage, elle est en réalité courante chez les adolescents, qui changent de partenaires plus fréquemment que les adultes. Voilà pourquoi environ la moitié des nouveaux cas d’infections sont observés chez les 15-24 ans. Ils doivent impérativement être mis en garde dès leur plus jeune âge.
L’âge idéal pour commencer une éducation préventive est vers sept ans, estiment les experts. Les enfants n’ont alors pas de blocages psychologiques, s’expriment librement à l’école et transmettent volontiers leurs connaissances à leur entourage familial. Ce qui fait d’eux d’excellents agents de communication. Si l’on s’y prend au secondaire, il est déjà trop tard.
Un quart, voire la moitié des élèves des pays en développement abandonnent l’école après la cinquième année du primaire. Des projets extra-scolaires sont donc indispensables à la prévention du sida. Il en existe mais en nombre insuffisant et ils touchent surtout les enfants des grandes villes.
Enormément reste à faire. Mais la prise de conscience est réelle. Au terme de deux décennies de silence, la question du sida pointe enfin à l’horizon scolaire.

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