L’épidémie au Rwanda

Jeux de rôles au Rwanda

Dr Yvon Moren, membre du bureau «L’Enfant pour l’enfant» de l’Institut Santé et développement de l’Université Paris VI.
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Un des livres conçus par le Dr Yvon Moren et l’équipe de L’Enfant pour l’enfant, publié par Edicef (Paris), en 1996.







Dans mon pays, le Botswana, il y a un grave problème de communication entre les parents et leurs enfants. Ceci est un cri du cœur: parents, parlez-nous! Sans communication, orientation ou dialogue de votre part, nous sommes une génération perdue. Venez à notre aide!

Une participante de 14 ans à la conférence internationale sur les MST et le sida en Afrique, Kampala (Ouganda), 1995








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L’épidémie au Rwanda

Sur une population de 5,8 millions d’habitants, 370 000 vivent avec le VIH/sida. Parmi les adultes de 15 à 49 ans, 12,75% sont infectés.
Nombre d’enfants
de moins de 15 ans infectés: 22 000. Nombre total de décès depuis la début de l’épidémie: 170 000.


Source: ONUSIDA 1998.

En une journée, des maîtres apprennent à aborder le sida et les MST, à travers des jeux de rôles et des exposés.

Au centre scolaire de Mujina, à deux heures de route de Kigali (capitale du Rwanda), des instituteurs sont réunis pour une journée de formation sur le sida, organisée par l’ONG Enfants réfugiés du monde. Ils clament leur désarroi. Les élèves ont des rapports sexuels précoces, vers 16 ans chez les garçons; bien plus tôt, dès 12 ans en moyenne, chez les filles, souvent victimes de harcèlement de la part des adultes. Tous sont conscients que l’école a un rôle immense à jouer.
Les programmes prévoient des leçons sur le sida et sur les maladies sexuellement transmissibles (MST), mais les enseignants n’ont ni formation, ni livres, ni documents, et leurs propres connaissances sont limitées: elles viennent essentiellement de la radio. Dans leur langue maternelle, ils ne disposent pas d’un vocabulaire qui ne soit pas vulgaire pour évoquer les questions sexuelles. Et les plus déterminés reculent devant la crainte d’être accusés par les parents d’inciter à la débauche. «En conséquence, explique un inspecteur du primaire, la majorité des instituteurs fait l’impasse sur les leçons demandées par l’administration.» Une enseignante ajoute: «Il est impossible au Rwanda de parler de sexualité à des enfants de moins de 12 ans».

«Armée intérieure»
Cette journée de formation est animée par l’équipe du programme rwandais «L’Enfant pour l’enfant», une méthode pédagogique par laquelle il apprend à être acteur de sa propre santé ainsi que celle de son entourage. La formation vise à donner aux enseignants des informations sur le sida et des techniques pédagogiques pour l’aborder.
D’entrée de jeu, l’équipe rappelle que le sida n’est pas une maladie du sexe, mais une maladie du sang, ce qui permet de l’étudier avec plus de sérénité, comme n’importe quelle autre infection. Mais les notions des enseignants sur les fonctions du sang sont floues. A cause du paludisme, très présent dans la région, ils connaissent le transport de l’oxygène par les globules rouges. En revanche, les globules blancs leur sont moins familiers, de même que les problèmes d’immunologie.
Les informations élémentaires sont données à travers des jeux et des exposés très courts. Celui sur l’immunité, «armée intérieure» organisée comme une armée de métier, capte l’attention. Les enseignants surmontent leur réserve habituelle et participent à une théâtralisation d’un des thèmes: l’attaque de l’organisme par des virus et la défense organisée par les acteurs immunologiques. Un jeu de rôle, «Monsieur le VIH et Monsieur le paludisme», introduit une série d’exposés sur le virus et sa propagation.
Un test est proposé à chaque enseignant: dessiner en coupe les appareils génitaux de l’homme et de la femme. Très peu y parviennent. La fabrication d’une maquette grandeur nature de l’appareil génital de la femme avec les moyens du bord (le fruit d’un avocatier pour l’utérus, par exemple) suscite l’enthousiasme. L’exposé sur les étapes de l’évolution du sida permettra aux instituteurs de s’exprimer longuement sur cette étrange maladie, omniprésente et invisible.
Ce n’est qu’après de nouvelles mises au point scientifiques que sera abordée la prévention. La Flotille de l’espoir, écrit par le père blanc Bernard Joinet, professeur de psychologie à l’Université de Dar es-Salaam (Tanzanie) sert de support. Le sida y est comparé à une inondation. En suivant cette histoire d’inspiration biblique, on «embarquera» sur l’une des trois arches proposées – «abstinence», «fidélité» ou «préservatif» – pour échapper à la noyade.
Tous les enseignants estiment indispensable une mise à niveau de leurs connaissances scientifiques. Mais cela ne leur suffit pas. Leurs grands élèves leur posent des questions de tous ordres sur la vie sexuelle, devant lesquelles ils restent démunis...

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