L’épidémie en Ouganda

Ouganda: jihad contre le sida

Maggie Keenan Wheeler, journaliste indépendante.
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Devant une madrasa ougandaise, où les enfants apprennent à craindre Dieu… et le sida.







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L’épidémie en Ouganda

Sur une population de 20,7 millions d’habitants, 930 000 vivent avec le VIH/sida. Parmi les adultes de 15 à 49 ans, 9,51% sont infectés.
Nombre d’enfants de moins de 15 ans infectés: 67 000.
Nombre total de décès depuis le début de l’épidémie: 1,8 million.



Source: ONUSIDA, 1998.







«Elle doit savoir comment dire non et faire comprendre que c’est non»

Dans les écoles coraniques, les chefs religieux jouent un rôle essentiel pour enseigner la prévention aux jeunes, préservatifs compris.

Mohammed Mubiru reconnaît qu’il n’a jamais discuté du sida avec ses parents: «Ils penseraient que je leur manque de respect». Alors, d’où cet adolescent tient-il ce qu’il sait? D’un audacieux programme lancé par l’Association médicale islamique d’Ouganda (IMAU): les jeunes des districts de Mpigi, au sud-ouest de Kampala, et de Kamuli (au nord-est de la capitale) sont informés sur le sida dans les madrasa des mosquées de leur village, ces écoles qui fonctionnent le week-end en Ouganda, où l’on enseigne aux enfants musulmans la langue arabe et les principes islamiques.
Les musulmans représentent environ 16% des 20 millions d’habitants du pays. En 1989, la plus haute autorité islamique de l’Ouganda a déclaré un jihad (guerre sainte) contre le sida, ouvrant ainsi la voie à l’effort de prévention et d’éducation des madrasa.
En 36 leçons de 40 minutes chacune, conçues par le ministère ougandais de la Santé et l’U
NICEF, les jeunes des madrasa apprennent les modes de transmission du VIH et les mesures de prévention. Les enseignants recourent aux discussions mais aussi aux chansons, au théâtre et à la danse. Ils apprennent aussi aux élèves à s’occuper des malades du sida dans leur village.
Le programme a été récemment enrichi d’un volet visant à faire face aux défis du passage à l’âge adulte et à renforcer la dignité de chacun. Parmi les sujets abordés: comment communiquer, s’affirmer ou résister à la pression des copains. «Si un homme demande à une fille de faire l’amour avec lui, elle doit savoir comment dire non et faire comprendre que c’est non», souligne Neema Nakyanjo, l’animateur du programme de l’I
MAU. L’association initie aussi les imams et leurs assistants, afin qu’ils supervisent à leur tour la formation des enseignants bénévoles des madrasa de leur zone. Depuis son lancement en 1995, le programme a touché plus de 36 000 enfants dans 350 écoles.
«Traiter du sida est un vrai défi, mais les enfants doivent savoir», estime l’imam Hassan Magola, de la mosquée de Bukulube. Le cours souligne que le risque de contamination par le virus peut être accru par certaines pratiques musulmanes traditionnelles, comme la circoncision des garçons si elle est pratiquée avec des instruments non stérilisés, la toilette des morts sans gants protecteurs, et aussi la polygamie.
Le plus délicat a été d’introduire la question des préservatifs. La première année, elle a été exclue du cours: certains chefs religieux avaient fait valoir qu’en recommander l’usage revenait à favoriser les rapports sexuels hors mariage. L’I
MAU a dialogué un an avec eux, en affirmant que le préservatif ne serait présenté que comme troisième ligne de défense en cas d’échec des deux premières: l’abstinence et les relations sexuelles exclusivement au sein du mariage. Le fait est, a souligné l’association, que des jeunes filles sont enceintes avant le mariage et qu’il y a de nombreux cas de maladies transmises sexuellement chez les célibataires. Les dirigeants religieux ont fini par admettre qu’une éducation à l’usage responsable du préservatif était acceptable, et le sujet a été introduit la deuxième année.
Aujourd’hui, le programme doit surtout lutter pour son financement. Depuis son lancement, il a reçu 35 000 dollars de l’U
NICEF. Les parents sont incités à donner à l’enseignant de la madrasa 100 shillings ougandais par séance (moins de 0,10 dollar). Ils ont maintes fois exprimé leur soutien, rapporte le Dr Magid Kagimu, président de l’Imau. De plus en plus, des parents non musulmans cherchent à faire admettre leurs enfants aux cours de la madrasa sur le sida et ses élèves en parlent plus ouvertement. «Quand je vois quelqu’un qui a le sida, je sais ce qu’il est en train de vivre et je sympathise avec lui, confie l’un d’eux. J’ai appris que le sida est une réalité. Je vis en le redoutant.»

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