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En octobre 1998, la compagnie
Energy Resources of Australia avait déjà bien avancé les travaux
d’aménagement de la mine souterraine de Jabiluka. On aperçoit ici,
au premier plan, la descente de la mine qui, selon les Aborigènes mirrars,
perturbe gravement leurs sites les plus sacrés.

De même que celles de Ranger
et de Koongarra, l’enclave de Jabiluka (73 km2) n’est pas classée «patrimoine
mondial», bien qu’elle soit située dans les limites du parc de Kakadu
(19 804 km2).
«Nous
disons la vérité. Très souvent, des populations non aborigènes
mettent en doute l’authenticité de nos cultures. Mais c’est aux Mirrars qu’appartient
le site sacré en question»

Le parc de Kakadu contient de nombreux sites d’art rupestre, qui montrent des héros
mythologiques,
des animaux ou des objets familiers aux Aborigènes.
«On
respecte La Mecque ou Jérusalem, alors il faut respecter les lieux saints
aborigènes. Le problème, c’est que personne n’a jamais déterminé
leur étendue exacte. Ils ne sont connus que par quelques initiés. En
principe, ils gardent cette information pour eux mais aujourd’hui, ils sont prêts
à la livrer pour se protéger»

En avril 1999, Hillary Clinton reçoit Yvonne Margarula: la chef des 27 «propriétaires
traditionnels» mirrars de l’enclave de Jabiluka venait de recevoir le prestigieux
prix Goldman pour l’environnement – qu’elle partageait avec sa compagne de lutte
Jacqui Katona (à l’arrière-plan)
«On
considère aujourd’hui qu’il existe des cultures non monumentales où
le paysage a une valeur culturelle très élevée, surtout en Afrique
et en Océanie. Il faut les protéger au nom de l’humanité»
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L’ouverture
d’une mine d’uranium dans le parc de Kakadu, en Australie, ravive le débat
sur la protection du patrimoine mondial. A l’échelle planétaire.
Jusqu’où
protéger le patrimoine mondial et qui doit en juger? Près de 30 ans
après l’adoption par l’UNESCO de la Convention de 1972 visant
à protéger les sites naturels et culturels «d’une valeur universelle
et exceptionnelle», la question déchaîne toujours les passions.
La retentissante affaire du parc national de Kakadu, inscrit sur la Liste du patrimoine
mondial en 1981, a récemment été l’occasion de le vérifier.
Au cours des dernières années, partisans et adversaires de l’exploitation
du gisement d’uranium de la mine de Jabiluka, située dans une enclave non
classée du parc, se sont livrés une guerre sans merci. Batailles d’experts,
pugilats rhétoriques, heurts entre militants et forces de l’ordre australiennes,
campagnes de presse, sessions «extraordinaires» des organes compétents
de l’UNESCO et marchandages diplomatiques
ont marqué ce tumultueux épisode de l’histoire du patrimoine mondial.
Kakadu, situé dans le Territoire du Nord de l’Australie, renferme un large
éventail d’écosystèmes des zones humides et boisées,
riches en espèces rares, et de nombreux sites d’art rupestre. Les traditions
culturelles y remontent à plus de 50 000 ans, c’est-à-dire à
l’occupation humaine la plus anciennement connue du continent. De par sa longue histoire,
ce «paysage culturel» représente un exemple unique d’interaction
entre l’homme et son environnement.
Le «Temps
du rêve»
Le relief, les
plantes et les animaux sont très présents dans les traditions des quelque
550 Aborigènes qui vivent à Kakadu. Ils entretiennent un lien spirituel
étroit avec leurs terres, dont ils sont les «propriétaires traditionnels»,
en vertu du droit australien. Ils croient y avoir été placés
par des «personnages spirituels» comme le serpent arc-en-ciel, surgis
à l’époque de la création pour donner forme et vie au monde.
Leur travail accompli, ces créatures surnaturelles — qui conservent, dit-on,
un pouvoir sur les êtres humains et la productivité des terres — ont
sillonné le paysage, s’arrêtant tantôt pour se battre, tantôt
pour se reposer. Elles ont créé des lieux sacrés: les sites
et les pistes du «Temps du rêve» (Dreaming).
Mais le songe des origines s’arrête là. Aujourd’hui, la région
de Kakadu est aussi considérée comme l’une des réserves d’uranium
les plus riches du monde. Grand comme la Belgique, le plus vaste parc national d’Australie
concentre tous les ingrédients d’un cocktail explosif: la traditionnelle rivalité
entre la conservation d’un site et son exploitation économique, l’épineux
problème des résidus radioactifs, l’affirmation des droits des peuples
autochtones.
Trois enclaves minières (Ranger, Jabiluka et Koongarra) y ont été
délimitées au début des années 70, avant la création
du parc national (1979), précisent les autorités australiennes. Exploitée
depuis 1981, la mine de Ranger est toujours en activité. Par ailleurs, le
Conseil foncier du Nord (CFN), représentant officiel des 16 clans aborigènes
dans les instances de gestion du parc, avait donné son accord en 1982 pour
l’exploitation du gisement de Jabiluka.
Changement de décor l’année suivante: le nouveau gouvernement élu
en 1983 limite l’exploitation d’uranium. Le projet de Jabiluka est gelé. Cependant,
«avec l’accord du CFN et le consentement donné par les propriétaires
coutumiers aborigènes, affirme le gouvernement dans un rapport daté
d’avril 1999, la concession de Jabiluka est transférée à la
compagnie Energy Resources of Australia (ERA) en août 1991», bien qu’elle
reste inexploitée.
Nouveau virage en mars 1996: le Parti libéral remporte les élections
fédérales et se déclare pour la construction de nouvelles mines
d’uranium, y compris à Jabiluka. Après une série d’études
d’impact sur l’environnement, le gouvernement donne son feu vert à ERA, qui
commence à creuser la descente de la mine début 1998. Il estime que
le projet, créateur d’emplois, pourrait rapporter jusqu’à 2,5 milliards
de dollars de recettes d’exportation et 140 millions de royalties aux Aborigènes.
Mais les 27 membres du clan mirrar s’y opposent.
Un site «dangereux»?
Les Mirrars
sont les propriétaires traditionnels de l’enclave de Jabiluka. Ils estiment
que la mine les menace et ne se sentent plus liés par l’accord signé
par le CFN en 1982. Leur nouveau leader, Yvonne Margarula, fait preuve d’une détermination
sans faille: son père, aujourd’hui décédé, et les anciens
représentants aborigènes ont, selon les Mirrars, accepté de
signer sous la pression des intérêts miniers, à une époque
où les droits des Aborigènes étaient encore mal assurés
et leurs dirigeants peu accoutumés aux négociations «modernes».
D’autre part, les Mirrars jugent l’expérience de Ranger non concluante: bien
que les Aborigènes aient perçu des royalties, «la situation sociale
de la région ne s’est pas améliorée depuis les années
80», note une étude commandée par plusieurs acteurs de la gestion
de Kakadu, dont ERA, et publiée en 1997.
Contrairement à d’autres clans aborigènes qui y sont favorables, les
Mirrars déplorent que l’exploitation minière bouleverse leur vie et
mette en péril leur mode de subsistance traditionnel, fondé sur la
chasse et la cueillette. Enfin, ils clament que le territoire de la mine est hautement
sacré — de la catégorie des sites du dreaming dits «dangereux»
(les perturber aurait des conséquences terribles). «Nous disons la vérité,
affirme Yvonne Margarula. Très souvent, des populations non aborigènes
mettent en doute l’authenticité de nos cultures. Mais c’est aux Mirrars qu’appartient
le site sacré en question.»
Ce groupe d’Aborigènes bénéficie du soutien des écologistes,
avec qui ils forment le Jabiluka Blockade (le blocus de Jabiluka) dès 1996,
pour stopper le projet. Sur place, des heurts sont enregistrés à plusieurs
reprises entre les militants et la police. Près des deux tiers des Australiens
se déclarent opposés à l’ouverture de la mine. Une virulente
campagne internationale est lancée et trouve des échos dans le monde
entier.
Le dossier ne tarde pas à arriver sur le bureau du Comité du patrimoine
mondial de l’UNESCO, composé de délégués
de 21 Etats, élus pour six ans. Il croule sous des centaines de lettres de
protestation, qui dénoncent les risques que la mine fait courir à l’environnement
et aux droits culturels des Mirrars. L’ONG Union mondiale pour la nature (UICN),
l’un des trois organes consultatifs du comité, confirme ces menaces.
En juin 1998, le comité décide d’envoyer une mission d’experts à
Kakadu. Elle conclut «qu’il existe des menaces réelles et potentielles
sur les valeurs culturelles et naturelles du parc». Elle mentionne notamment
les incertitudes scientifiques concernant l’impact de l’exploitation minière
sur l’eau et la faune aquatique ainsi que les effets à long terme du stockage
des résidus miniers radioactifs. Elle s’inquiète de «l’impact
visuel» de la mine sur le site et des dangers menaçant la culture et
la religion des Mirrars.
L’ICOMOS (Conseil international des monuments
et des sites) et l’ICCROM (Centre international d’études
pour la conservation et la restauration des biens culturels) — deux organes consultatifs
du comité de l’UNESCO — insistent sur la fragilité
du patrimoine intangible des Aborigènes. «On respecte La Mecque ou Jérusalem,
alors il faut respecter leurs lieux saints, estime Henry Cleere, de l’ICOMOS. Le problème, c’est que personne n’a
jamais déterminé leur étendue exacte. Ils ne sont connus que
par quelques initiés. En principe, ils gardent cette information pour eux
mais aujourd’hui, ils sont prêts à la livrer pour se protéger.»
Il affirme aussi, avec les Mirrars et de nombreux experts, que l’enclave de Jabiluka
est indissociable du vaste ensemble de sites et de pistes du Dreaming qui couvre
le parc, même si elle n’appartient pas légalement au site classé:
lui porter atteinte menace le réseau sacré tout entier.
Droits culturels
La mission déplore
que la construction de la mine ait été présentée au comité
comme un «fait accompli», alors qu’il aurait dû en être informé
avant le début des travaux, d’après les textes de la convention. Elle
invite le gouvernement australien à revoir les accords de 1982 et de 1991,
afin de protéger les droits culturels des Mirrars.
En décembre 1998, le Comité du patrimoine mondial, réuni à
Kyoto (Japon), demande la suspension des travaux et programme une session extraordinaire
en juillet 1999 pour décider d’inscrire ou non Kakadu sur la Liste du patrimoine
en péril. Les ONG se réjouissent; le gouvernement australien lance
la contre-offensive. Pour lui, l’affaire est un enjeu lourd de politique intérieure.
Elle donne lieu à de féroces débats avec l’opposition travailliste
et les Verts, qui contestent les choix environnementaux du gouvernement et l’accusent
de compromettre le processus de réconciliation avec les Aborigènes,
accéléré au début des années 90.
Au cours des discussions, le ministre de l’Environnement australien, le sénateur
Robert Hill, et les autres membres de sa délégation, venue en force
à Paris, posent d’emblée que l’Australie n’a de leçons à
recevoir de personne: elle a été l’un des premiers pays à signer
la convention, en 1974, et a adapté sa propre législation à
ce traité international. Elle revendique «la plus grande superficie
de tous les Etats parties» bénéficiant du label «patrimoine
mondial», et consacre 30 millions de dollars par an aux biens inscrits.
Alcool et nourriture
occidentale
Le sénateur
Hill martèle que les enclaves minières existaient au moment du classement
du site et que l’Australie s’était réservée le droit d’exploiter
Jabiluka dans le futur. La mine de Ranger n’a pas occasionné de dégâts,
soutiennent les délégués australiens, qui se targuent d’une
longue expertise minière et d’une réglementation très stricte,
établie sur la base de critères écologiques et de santé
publique. A coup de contre-expertises scientifiques, ils affirment que les risques
pour l’environnement sont minimes et que le mode de stockage des résidus radioactifs
est des plus sûrs. Ils ajoutent que la mine, cachée par des collines,
est très peu visible depuis le parc. Elle ne peut être vue que du ciel.
Or, 10% seulement des touristes survolent Kakadu au cours de leur visite du site.
Ils répètent que les Aborigènes avaient consenti à l’exploitation
de Jabiluka par le passé et que la mine ne menace pas directement les sites
sacrés, «protégés en vertu de la loi australienne».
Ils accusent en réalité les Mirrars d’instrumentaliser leur religion
pour arrêter le projet: «Ce n’est qu’en 1997 que des revendications ont
été formulées au sujet d’une zone élargie de Boyweg (le
nom du site sacré), qui couvrirait éventuellement toute la vallée
de la mine, note le rapport d’avril 1999. Dans le même temps, le site a changé
de catégorie, passant de site «sacré«à site «sacré
dangereux«(...). Ces récentes revendications ne concordent pas avec
les dossiers anthropologiques ou les déclarations antérieures...».
Les délégués australiens exonèrent aussi leur gouvernement
en ce qui concerne le faible développement socioéconomique de la communauté
aborigène et la perte de ses valeurs culturelles. «Nous ne pouvons pas
éviter que l’argent serve à acheter de l’alcool et des produits alimentaires
occidentaux», lance l’un d’eux devant le comité.
Ils s’engagent cependant à modifier les plans d’exploitation de l’ERA et à
renouer le dialogue avec les Mirrars, pour mieux définir leurs droits culturels.
Le 12 juillet 1999, le sénateur Hill abat son joker: la mine de Jabiluka n’entrera
en activité qu’en 2001 et sa montée en puissance sera retardée,
annonce-t-il. Elle ne sera exploitée pleinement que lorsque la mine de Ranger
sera pratiquement fermée, à la fin de la prochaine décennie.
Il promet de dégager 1,8 million de dollars pour renforcer les infrastructures
du parc et d’intensifier les efforts de l’Etat pour améliorer la situation
des Aborigènes sur le plan du logement, de l’eau, de l’éducation, de
la santé, de l’emploi, etc.
«Il y aura une enquête dans les mois à venir pour évaluer
la menace qui pèse sur les biens culturels des Aborigènes, ajoute-t-il.
Nous avons l’intention de nommer un médiateur entre les propriétaires
traditionnels et l’ERA. Nous allons faire une pause... Nous reconnaissons la complexité
de l’extraction d’une mine dans cet environnement, même si elle ne fait pas
à proprement parler partie du parc.»
Le comité du patrimoine mondial décide de ne pas inscrire Kakadu sur
la Liste du patrimoine en péril. Mais il continue à se dire «gravement
préoccupé» par l’impact de la mine sur les cultures vivantes
de Kakadu et par le manque de dialogue et de progrès en matière de
gestion du patrimoine culturel avec le peuple mirrar. Il maintient de sérieuses
réserves sur les «incertitudes scientifiques» du projet et demande
au gouvernement australien de fournir de nouveaux rapports avant le 15 avril 2000.
Venues en force elles aussi au siège de l’UNESCO,
les ONG protestent avec fracas. La Wilderness Society, qualifie la décision
du comité de «tragique capitulation face à la pression intense
du gouvernement australien». Avec elle, plusieurs ONG estiment qu’elle entame
la crédibilité de la convention, qu’elle est le fruit de la «sale
campagne» menée par l’Australie auprès des Etats représentés
au sein du comité. Le gouvernement avait fait savoir au début de l’année
qu’il dépenserait plus de 600 000 dollars pour financer une campagne de lobbying
destinée à empêcher Kakadu d’être inscrit sur la Liste
du patrimoine en péril. De plus, l’Australie avait annoncé en juin
1999 qu’elle soutiendrait la candidature de l’ancien ministre des Affaires étrangères
Gareth Evans à la succession de Federico Mayor, au poste de directeur général
de l’UNESCO. La Wilderness Society avait
dit espérer que ce soutien «n’était pas uniquement un moyen de
pression sur le président du comité du patrimoine mondial, l’ambassadeur
japonais Koichiro Matsuura», lui-même candidat à la direction
de l’UNESCO.
Au-delà de ses multiples dimensions politiques, l’affaire de Kakadu a démontré
la vulnérabilité du patrimoine mondial. Jusqu’où le préserver,
quand certains paysages ou monuments extraordinaires sont de plus en plus menacés,
comme le montre l’allongement de la Liste du patrimoine en péril, qui compte
aujourd’hui 23 sites? Pourra-t-on, à l’avenir, faire barrage aux projets économiques,
miniers ou autres, qui les mettent en danger, quand les besoins d’emplois et de croissance
sont de plus en plus pressants? Qui doit décider de la valeur des sites et
des moyens de les sauvegarder? «A l’origine, le patrimoine mondial était
défini selon la tradition culturelle artistique occidentale, explique Henry
Cleere. Mais le concept a évolué: on considère aujourd’hui qu’il
existe des cultures non monumentales où le paysage a une valeur culturelle
très élevée, surtout en Afrique et en Océanie. Il faut
les protéger au nom de l’humanité.» Mais que faire quand leur
valeur n’est pas pleinement reconnue, y compris dans leur propre pays? Jusqu’où
la communauté internationale peut-elle aller pour les protéger? Le
débat se poursuit. Selon la convention de 1972, les Etats qui demandent que
certains de leurs sites soient inscrits sur la Liste reconnaissent qu’ils constituent
«un patrimoine universel pour la protection duquel la communauté internationale
tout entière a le devoir de coopérer». Mais ils peuvent en même
temps prétendre à voir leur souveraineté «pleinement respectée».
Dans le cas de Kakadu, le gouvernement australien a défendu une interprétation
très restrictive de la convention sur le rôle de la coopération
internationale, incarnée par le comité: il lui a notamment dénié
le droit d’inscrire un bien sur la liste «en péril» sans son accord.
Le sénateur Hill a d’autre part critiqué le fonctionnement du comité
en remettant en question la légitimité de ses organes consultatifs.
«Il faudra réexaminer le rôle des soi-disant experts indépendants
et des conseillers», a-t-il déclaré.
Ecoimpérialisme
Il a ainsi apporté de l’eau au moulin des contempteurs d’une gestion collective
du patrimoine de l’humanité. Dans l’affaire Kakadu, l’Australie a bénéficié
du soutien d’une quarantaine de congressistes américains, qui dénoncent
«l’écoimpérialisme» de l’UNESCO.
«Tout conflit au sujet d’une mine australienne devrait être résolu
par les citoyens australiens travaillant avec leurs représentants élus
— pas dans un obscur comité du patrimoine mondial... Nous vous demandons d’inciter
la délégation américaine auprès du comité du patrimoine
mondial à ne pas se mêler de l’affaire Jabiluka», ont-ils écrit
dans une pétition adressée au président Clinton le 1er juillet.
Ce groupe de pression tente d’imposer que la gestion des sites américains
du patrimoine mondial soit contrôlée par le Congrès. Il présente
son action comme «une réponse à l’immixtion du comité
dans une controverse à propos d’une mine d’or située sur une propriété
privée en-dehors des frontières du parc national de Yellowstone...».
Washington avait obtenu l’abandon du projet minier en 1996, après l’inscription
de Yellowstone sur la liste «en péril».
Ce cas et bien d’autres montrent que la gestion collective du patrimoine universel
entre malgré tout dans les mœurs. Si l’affaire de Jabiluka n’a pas confirmé
cette tendance, elle a cependant mis en lumière l’extraordinaire pouvoir de
mobilisation des partisans d’une gouvernance mondiale. Aux quatre coins de la planète,
des ONG, des hommes politiques — le parlement européen avait adopté
une résolution contre la mine en janvier 1999 — et de simples individus se
sont passionnés pour «sauver Kakadu». «On n’avait jamais
vu ça, résume Sarah Titchen, qui a suivi le dossier au Centre du patrimoine
mondial de l’UNESCO. Kakadu est désormais
connu dans le monde entier par tous ceux qui s’intéressent au patrimoine».
Et le feuilleton continue. Les Mirrars s’opposent maintenant, en toute légalité,
à la construction sur leur territoire d’une route d’une quinzaine de kilomètres;
elle permettrait à la société ERA de transporter sur le complexe
minier de Ranger l’uranium extrait à Jabiluka. Le traitement du minerai dans
les infrastructures de Ranger serait moins périlleux pour l’environnement
et, surtout, beaucoup moins coûteux. Au point qu’ERA n’exclut pas de quitter
la région de Kakadu avant 2006, si les Mirrars ne cèdent pas à
propos de la route. Et il ne faut pas compter sur le serpent arc-en-ciel pour leur
conseiller de le faire.
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