
Chaque dimanche, Aprendo,
le supplément du quotidien panaméen La Prensa, propose des informations
sportives (à gauche) et présente des points de vue d’enfants sur le
thème de la semaine (à droite).
«Ces dernières années, nous avons constaté que les
suppléments pour enfants sont faits de plus en plus intelligemment. Leurs
auteurs ne sont plus ces adultes qui condescendaient à s’adresser doctement
aux enfants. Ils sont devenus des amis, voire des mentors qui inspirent confiance;
ils ont quelque chose d’utile et de passionnant à leur apprendre»

A gauche: Zurquí
explique à ses jeunes lecteurs du Costa Rica la photosynthèse des plantes.
A droite: le supplément argentin El Diario de los Chicos aborde le
processus de paix en Ulster, avec ce commentaire: «Quand les personnes ou les
peuples sont capables d’accepter les points de vue des autres, la paix devient possible».
«Je suis convaincu que si nous nous rendions aujourd’hui dans une école
quelconque, l’atlas de la bibliothèque présenterait encore l’Union
soviétique comme un seul et même pays»
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Contes
sud-africains
Le premier livre de contes de nombreux jeunes
Sud-Africains a été le cahier éducatif ReadRight. Ce
supplément dominical du Sunday Times de Johannesburg a offert, au cours
des huit derniers mois, 12 histoires à découper. Lisa Blakeway, coordinatrice
de ce projet lancé en janvier 1999, assure que ces histoires illustrées
ont remporté un immense succès.
ReadRight, que l’on pourrait traduire par «Bien lire», tire à
485 000 exemplaires, inclus dans le Sunday Times. Environ 36 500 autres
sont tirés à part et distribués gratuitement, avec l’aide de
fondations, d’entreprises ou de particuliers, dans 900 écoles pauvres du pays.
Ces établissements, dans leur grande majorité, ne disposent pas de
bibliothèque.
Destiné non seulement aux élèves mais aussi à leurs parents
et professeurs, ReadRight propose aussi bien des informations sur un projet
de cours bilingue, des photos pour deviner «quel genre d’animal nous sommes»,
des questionnaires de personnalité, des commentaires sur des livres écrits
par des enfants, des contes à étudier en classe, jusqu’à un
cours sur «les structures du gouvernement».
Le Sunday Times s’est impliqué dans l’éducation bien avant la
parution de cet hebdomadaire. Dans un premier temps, après les premières
élections multiraciales du pays, le gouvernement sud-africain s’est révélé
incapable de fournir aux élèves les manuels dont ils avaient besoin
dans le nouveau système éducatif du pays. Du coup, le quotidien a publié
des textes scolaires pendant six semaines. Prolongation de cette initiative, ReadRight
a permis au journal d’augmenter ses ventes de 7%.
En 1999, cet ambitieux programme a obtenu le Prix mondial des jeunes lecteurs, décerné
par l’Association mondiale des journaux.

www.suntimes.co.za/edu/
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De nombreux
quotidiens latino-américains publient des suppléments éducatifs
pour enfants et s’en félicitent: leurs ventes augmentent sensiblement le jour
de leur sortie.
Des enfants
ont écrit récemment aux rédacteurs de Zurquí,
le supplément éducatif du quotidien costaricain La Nación...
pour se plaindre de leurs parents. Ils leur interdisaient de découper les
personnages du supplément pour les coller, comme il était prescrit.
Les parents ont tenté de se défendre en soutenant qu’ils ne voulaient
pas abîmer la précieuse collection familiale de Zurquí.
Dans le numéro suivant, les rédacteurs ont proposé une solution:
photocopier les petits personnages afin que les enfants ne soient pas privés
de découpage et que les parents puissent continuer de relier les originaux.
Cet exemple n’est pas unique. Il souligne l’intérêt croissant que suscitent
les suppléments éducatifs publiés par de nombreux journaux latino-américains.
A Bogota, capitale de la Colombie, une collégienne de 11 ans a appelé
le quotidien El Tiempo pour implorer de lui envoyer un ancien numéro:
elle avait égaré le sien. Elle voulait en fait Mi Tiempo, le
supplément éducatif que le quotidien le plus vendu de Colombie distribue
gratuitement aux élèves de 80 écoles publiques et privées
de la capitale. «L’enfant était très triste parce qu’elle n’avait
pu achever toutes les activités proposées», se souvient Ofelia
Corradine, coordonatrice de ce mensuel, dont le tirage atteint 31 000 exemplaires.
Une
relation intime
La majorité
des élèves des écoles les plus pauvres de Bogota (30% du total
des enfants concernés) n’ont pas et n’ont jamais eu de manuel scolaire. Mi
Tiempo est ce qui s’en rapproche le plus et ils peuvent de surcroît l’emporter
chez eux pour le colorier, le découper, le «maltraiter» en somme,
mais aussi s’y exprimer. Un des exemplaires du premier semestre 1999, qui proposait
des textes sur la tolérance et la convivialité, prévoyait ainsi
de larges espaces pour que les enfants puissent donner leurs opinions sur ces sujets.
«Comme chaque enfant de ces écoles reçoit son exemplaire, il
s’établit une relation intime entre lui et son supplément», constate
Ofelia Corradine. Pour des enfants qui n’ont jamais possédé de manuels
et qui, dans le meilleur des cas, ont appris sur des ouvrages empruntés, le
sentiment de propriété est important. Il est au centre des projets
de presse éducative actuellement menés.
L’Association mondiale des journaux (AMS), dont le siège est à Paris,
décerne chaque année le Prix mondial des jeunes lecteurs (voir encadré). «Ces dernières années,
nous avons constaté que les suppléments pour enfants sont faits de
plus en plus intelligemment, dit Aralynn McLane, directrice des programmes éducatifs
à l’AMS. Leurs auteurs ne sont plus ces adultes qui condescendaient à
s’adresser doctement aux enfants. Ils sont devenus des amis, voire des mentors qui
inspirent confiance; ils ont quelque chose d’utile et de passionnant à leur
apprendre.»
George Kelly, un des fondateurs de l’AMS et conseiller en projets éducatifs
pour plusieurs journaux sud-américains, considère que les suppléments
brésiliens et argentins sont les plus soignés. A São Paulo,
Folha et O Estado, deux des principaux quotidiens de la capitale économique
brésilienne, publient toutes les semaines Folhinha et Estadinho.
Pour le journaliste brésilien Marcelo Soares, ils se distinguent avantageusement
en proposant des reportages qui «ne traitent pas les enfants en esclaves de
Xuxa», célèbre ancienne mannequin brésilienne devenue
présentatrice vedette de programmes télévisés pour enfants.
Ces cahiers tentent aussi d’expliquer des sujets d’actualité comme la guerre
du Kosovo ou le tremblement de terre en Turquie dans une langue accessible aux enfants.
Estadinho propose, par ailleurs, des rubriques sur la grammaire et les sciences.
Critique
de cinéma à 12 ans
Quoique plus modestes,
les autres journaux ne sont pas en reste. En Argentine, à Bahia Blanca, La
Nueva Provincia adresse tous les 15 jours à ses 3 000 abonnés de
5 à 14 ans El Diario de los Chicos. Parmi ses collaborateurs figure
Santiago, 12 ans, critique de cinéma: il compte déjà à
son actif plus de 700 commentaires de films du monde entier. El Telégrafo
de Paysandu, le journal provincial le plus important d’Uruguay, publie Gurises
(mot d’origine guarani qui signifie «enfant»), un tabloïd de huit
pages dont le slogan est «Lire en s’amusant». Le jeudi, jour de
sa sortie en kiosque, est «un jour de fête dans les écoles de
Paysandu», affirme Enrique Sanchez, journaliste à El Telégrafo.
Gurises propose aussi des activités à réaliser en classe et
informe ses jeunes lecteurs sur les événements scolaires, les concours
et autres activités enfantines. Il laisse aussi une place à l’imagination
en publiant des contes inédits et, avec l’aide du Fond mondial pour la nature
(WWF), il promeut la défense de la nature en ouvrant ses colonnes à
des photos écologiques. En 1996, les autorités de ce département
du Nord-Ouest de l’Uruguay ont déclaré Gurises «d’intérêt
régional», parce qu’il constitue un véritable encouragement à
la lecture.
L’intérêt des journaux n’est pas uniquement d’inciter les enfants à
lire mais, à terme, de former des adultes à la lecture quotidienne
de la presse. L’avenir de nombreux quotidiens latino-américains dépend
de cette fidélisation. Pour les journaux latino-américains, les recettes
publicitaires sont moins importantes que les ventes à la criée ou en
kiosque. Dans la plupart de ces pays en effet, il n’existe pas d’instituts indépendants
pouvant mesurer leur diffusion réelle, et les annonceurs doivent souvent se
contenter des seuls chiffres fournis par les journaux, ce qui suscite leur méfiance
et limite l’investissement publicitaire. D’où la multiplication d’offres promotionnelles
pour élargir l’audience et «traquer» le moindre lecteur potentiel.
Les quotidiens encouragent ainsi la création de clubs d’abonnés — le
premier a été celui d’El Tiempo de Bogota —, multiplient les
concours dotés de prix attractifs, offrent des encyclopédies, des ouvrages
sur la santé, des affiches de footballeurs, des disques compacts ou des livres
de cuisine.
Dans cette foire d’empoigne pour conquérir de nouveaux lecteurs, l’éducation
est devenue une arme. Le jour où Zurquí paraît, les ventes
du quotidien costaricain La Nación augmentent de 25%. Au Paraguay,
ABC Escolar, le supplément éducatif d’ABC (un des quotidiens
les plus lus du pays), sort tous les mardis. Ce jour-là, selon Natalia Laporta,
responsable de ce supplément pour enfants, les ventes du quotidien font un
bond de 20 à 40%, sans qu’il soit nécessaire de faire de promotion
particulière. Aprendo, le supplément pour enfants du quotidien
panaméen La Prensa, a publié en juillet et août 1999 un
cahier détachable de photographies historiques du canal de Panama qui repassera
sous souveraineté nationale en décembre. «La publication, tous
les dimanches, de ces photos a fait grimper nos ventes de 17%, un record pour le
journal», dit Wendy Tribaldos, responsable du supplément.
Si les ventes d’un quotidien augmentent grâce à ces suppléments,
c’est en grande partie parce que l’éducation reste perçue comme un
important instrument de promotion sociale1 en Amérique latine. Ces cahiers
présentent d’ailleurs un grand intérêt éducatif par rapport
à d’autres moyens ou supports pédagogiques. Leur énorme capacité
d’actualisation des connaissances constitue l’un de leurs grands atouts. Pour produire
un manuel scolaire, il faut au minimum deux années, entre le moment où
sa rédaction commence et celui où il arrive sur le pupitre d’un écolier.
Ce délai peut s’allonger grandement dans des pays aux moyens limités,
qui ne peuvent se permettre de mettre à jour fréquemment leurs manuels.
Les quotidiens, en revanche, traitent d’événements qui ont à
peine quelques jours. George Kelly cite l’exemple d’un supplément pour enfants
qui a publié un tour d’horizon des tout derniers bouleversements politiques
dans le monde. «Je suis convaincu que si nous nous rendions aujourd’hui dans
une école quelconque, l’atlas de la bibliothèque présenterait
encore l’Union soviétique comme un seul et même pays», affirme-t-il.
Quelques-uns de ces suppléments s’efforcent en outre de suivre scrupuleusement
les programmes du ministère de l’Education nationale de leurs pays respectifs.
Au Panama, l’éditrice de Zurquí, Patricia Brenes, explique que ce facteur
est un élément d’accroche: «Le supplément n’est pas seulement
utilisé par les parents, mais aussi par les professeurs». Mais suivre
les programmes scolaires signifie traiter les mêmes thèmes d’une année
sur l’autre. Les équipes éditoriales tentent de le faire en prenant
à chaque fois des angles différents. Par exemple, pour expliquer la
lutte contre l’invasion des flibustiers en 1856, Zurquí a imaginé une
pièce de théâtre, a fourni les textes et même les instructions
pour confectionner des costumes de scène. L’année suivante, l’équipe
a proposé des figurines, en vue de réaliser une saynète dans
un coin de la classe. En 1998, Zurquí a suggéré aux élèves
de faire un journal racontant les faits historiques marquants et la vie quotidienne
de la société de cette époque.
L’atout
du prix modique
Le grand attrait de
ces suppléments reste leur prix, surtout si on le compare au coût des
livres en général et des manuels scolaires en particulier. L’édition
de La Nación dans laquelle paraît Zurquí revient à 39
cents (2,40 francs) alors que les manuels coûtent en moyenne cinq dollars.
Publié par le journal chilien La Tercera, le supplément Icarito revendique
100 000 lecteurs. Divisé en deux parties, une pour le primaire et l’autre
pour le collège, Icarito a ajouté l’anglais à son programme.
Il est présent sur Internet depuis 1997. «Icarito Digital reçoit
la visite quotidienne de 5 500 internautes, ce qui en fait l’un des sites les plus
courus d’Amérique latine», assure Nuria Cot, pédagogue et éditrice
d’Icarito. Même le ministre de l’Education chilien, José Pablo Arellano,
a remarqué qu’Icarito avait inclu dans ses pages, fin 1998, les changements
introduits par la réforme de l’éducation chilienne dans les programmes
scolaires. Il se félicite aussi «des initiatives pédagogiques
tout à fait novatrices» de la publication. Pour le ministre, l’ensemble
forme un supplément «de grande valeur, tant pour les élèves
que pour les professeurs».
Le journal
«scolarisé»
Ces derniers aussi
reconnaissent l’intérêt de ces suppléments. «Les suppléments
m’ont apporté un support constamment actualisé, ce qu’il est impossible
d’exiger des manuels scolaires, dit Maria Virginia Lopez Jordan, professeur de collège
à Jujuy en Argentine. J’ai travaillé en équipe avec des professeurs
d’histoire, de géographie ou en cours d’instruction civique. Les élèves
peuvent confronter des points de vue en croisant les sources, ce qui invite au débat
et à la formulation d’une opinion». A la liste des avantages de ces
suppléments, les professeurs ajoutent aussi le dynamisme qu’ils induisent
dans les classes, la valeur ajoutée de l’information qu’ils offrent et les
illustrations concrètes avec lesquelles ils éclaircissent des notions
abstraites.
Toutefois, il arrive que l’on reproche à ces suppléments leur académisme
excessif. Plutôt que de favoriser des activités extra-scolaires intéressantes
et divertissantes, ce qui devrait être le rôle de la presse au sein de
l’école, ils «scolarisent» le journal, dit-on. Pour George Kelly,
même si ces suppléments restent visuellement très attrayants
et ne lésinent pas sur la couleur, leur contenu est parfois trop sérieux,
surtout en Colombie et en Argentine. Ils traitent avec une emphase propre aux adultes
de politique et de sujets sociaux complexes. «Un jeune Britannique s’en désintéresserait
très vite», assure-t-il. Une des façons de juger de la qualité
de ces suppléments est de vérifier si les écoles les utilisent.
«Si c’est le cas, et cela arrive effectivement, c’est que ces journaux accomplissent
une mission dont le pays avait besoin», ajoute-t-il. De son point de vue, ces
suppléments de presse utilisés à l’école doivent avant
tout divertir, enthousiasmer les jeunes: «On peut apprendre, tout en passant
un bon moment. Rien ne nous garantit qu’il faille être sérieux pour
mieux assimiler. Il faudrait penser un peu plus aux élèves et un peu
moins aux professeurs».
Se référant à Aprendo, Wendy Tribaldos assure «écrire
pour l’enfant d’aujourd’hui». «Ce supplément, insiste-t-elle,
est certes divertissant mais aussi éducatif». Avec le temps, ce «mais
aussi» disparaîtra. C’est en tout cas l’espoir de tous ceux qui pensent
qu’éduquer est aussi synonyme de plaisir.
1. Selon les chiffres du Programme des Nations
unies pour le développement (PNUD), 23% des enfants scolarisés d’Amérique
latine et des Caraïbes ne vont pas au-delà du primaire.

• http://www.wan-press.org
• http://www.icarito.cl
Le Courrier de l'UNESCO
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