
La technologie numérique
permet de faire diffuser la même vidéo indifféremment via Internet
ou via la télévision.

Internet est une technologie
dite «pull»: elle suppose une attitude active de l’usager, qui va chercher
les documents qu’il désire. En revanche…

… la télévision
est une technologie dite «push»: on la regarde passivement, en puisant
dans la gamme limitée des programmes disponibles.
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Le site du mois
www.unesco.org/netaid
Un nouveau site de l’UNESCO a été lancé début septembre en coopération
avec Netaid, un programme qui utilise Internet pour lutter contre la pauvreté.
Créé par le Programme des Nations unies pour le développement
(PNUD), avec l’aide
de l’entreprise privée Cisco Systems, Netaid a une capacité de 60 millions
de connexions par heure. Il utilise le pouvoir des réseaux pour rassembler
des gens du monde entier, qui souhaitent échanger des idées et partager
des idéaux, faire don de biens et de services, ou tout simplement en savoir
plus sur les causes de la pauvreté et les moyens de la combattre.
Sur son site, l’UNESCO
met en avant des projets communautaires et informels, qui misent sur les compétences
des pauvres eux-mêmes et les encouragent à s’organiser.
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Les frontières
sont de plus en plus floues entre Internet et le petit écran. Comment la télévision
survivra-t-elle dans le grand tourbillon de cette «convergence»?
Internet est-il l’avenir de la télévision, comme le
proclament de nombreux acteurs du paysage audiovisuel mondial? Après avoir
été le roi des médias dans la deuxième moitié
du XXe
siècle, le petit écran, que l’on regarde passivement, de loin, affalé
sur son canapé, s’effacera-t-il devant l’ordinateur, interactif, proche de
soi, que l’on utilise en général penché en avant? Ou alors,
grâce à la généralisation des dernières innovations
technologiques, vont-ils converger pour produire une nouvelle génération
de produits hybrides (qui ne ressembleront ni la télé ni à l’ordinateur
que l’on connaît) et de services audiovisuels, plus ou moins coûteux
et interactifs? Imaginez par exemple un écran qui présenterait des
images où l’on pourrait activer tous les points, à tout instant. En
regardant Titanic, on pointerait grâce à une télécommande
à infrarouge, comme avec une souris d’ordinateur, sur la figure de Leonard
DiCaprio pour obtenir sa biographie sur le web ou lui envoyer un courrier électronique;
on cliquerait sur ses chaussures pour téléacheter les mêmes ou
sur l’épave du Titanic pour télécharger, moyennant finances,
d’autres vidéos concernant le célèbre paquebot.
Bataille entre
deux pôles
On n’en est pas là. Et
bien malin, aujourd’hui, qui vous dira exactement de quoi accoucheront, à
terme, les liaisons tumultueuses entre Internet et la télévision. Il
est en revanche indéniable que les frontières se brouillent entre les
deux médias. Après s’être jaugés comme des frères
ennemis, les deux mondes de l’informatique et de l’audiovisuel ont compris qu’ils
avaient besoin l’un de l’autre et pouvaient tirer profit de leur «convergence»
technologique: grâce à la révolution numérique, n’importe
quels textes, graphiques, sons et images peuvent être traduits dans un même
langage informatique, et utilisés indifféremment sur le Net ou par
la télévision (devenue numérique).
D’où les grandes manœuvres que l’on observe actuellement dans l’industrie
qui se développe au carrefour de l’audiovisuel, de l’informatique et des télécommunications.
Une véritable bataille oppose notamment deux énormes pôles. D’un
côté, le leader mondial des services en ligne, AOL, s’est allié
avec Phillips et DirecTV (premier opérateur américain de télévision
numérique par satellite) pour tenter de gagner la course à l’audience
du xxie siècle. En face, AT&T, premier groupe de télécommunications
du monde et premier opérateur américain du câble (qui donne aussi
l’accès à l’Internet à haut débit) fait équipe
avec Microsoft, qui cherche à imposer ses logiciels sur les réseaux
et dans les nouveaux décodeurs qui équipent les téléviseurs
numériques.
Les raisons qui poussent les deux mondes de l’Internet et du petit écran à
se rapprocher ne manquent pas. Internet accapare une part croissante de l’audience
de la télévision, menaçant ses recettes publicitaires. Plusieurs
études récentes menées aux Etats-Unis montrent que la consommation
de télé (en moyenne, quatre heures par jour, contre trois en Europe)
a baissé depuis la généralisation du web chez les moins de 30
ans. Le mouvement devrait s’amplifier quand les jeunes Américains auront accès
à l’Internet à haut débit (dont seuls 700 000 foyers sont encore
équipés).
Quant aux industriels du Net (fournisseurs de services, éditeurs de logiciels,
etc.), ils veulent transformer les téléspectateurs en internautes pour
élargir leur marché: les taux de pénétration de l’ordinateur
ne sont en effet nulle part comparables à ceux du petit écran. Dans
les pays développés, ces derniers se situent autour de 95% des foyers,
contre seulement de 20% à 35% pour les ordinateurs, qui effraient toujours
de nombreuses personnes: ils sont plus difficiles à manier et restent assimilés
au monde du travail.
Télévision
numérique: le Net chez tout le monde
Ainsi, à l’aube de l’an
2000, le web s’enrichit toujours plus de sons, d’images vidéo et de programmes
de télévision. Dans un mouvement symétrique, les télévisions,
en devenant numériques, se mettent à offrir des services interactifs
et l’accès à Internet.
Depuis le lancement de WebTV aux Etats-Unis en 1996, et son rachat par Microsoft
en 1997, les initiatives se multiplient pour que les téléspectateurs
puissent accéder au Net depuis leur petit écran. Cette possibilité
a d’abord été offerte grâce à la mise au point de boitiers
reliant le téléviseur à la prise téléphonique.
Avec la généralisation de la télévision numérique,
des superdécodeurs permettront à l’avenir aux téléspectateurs
d’accéder — par le câble, le satellite ou les ondes hertziennes — non
seulement à une multitudes de chaînes (souvent payantes), mais aussi
à la Toile et à d’autres services interactifs offerts dans les bouquets
numériques: météo personnalisée, journal local, banques
de données permettant d’enrichir un programme, galerie marchande, banque à
domicile, etc. Selon de récentes études, le parc mondial de décodeurs
interactifs atteindra 61 millions d’unités dès 2003.
Un consensus semble se dessiner pour estimer que le réseau des réseaux
ne deviendra un média vraiment populaire que s’il arrive dans les foyers par
la petite lucarne. Selon une récente étude publiée en Angleterre,
70% des nouveaux internautes y accéderont ainsi. Il y a de fortes chances
pour que la même logique prévale dans les pays en développement.
En Inde, le fournisseur de service Satyam Infoway vient d’ailleurs de lancer un boîtier
permettant aux téléspectateurs de passer sur le Net. Au Royaume-Uni,
la quasi-totalité de la population devrait avoir accès à la
télévision numérique d’ici à quelques années.
Chris Smith, le secrétaire à la Culture, a déclaré en
septembre 1999 que son gouvernement voulait faire entrer Internet chez Monsieur tout
le monde.
Du coup, et c’est d’ailleurs l’objectif, le commerce électronique devrait
décoller: le téléspectateur lambda recevra par exemple, en haut
de son écran, un bandeau publicitaire annonçant une superpromotion
pour une marque de jeans. Il n’aura qu’à cliquer dessus avec sa télécommande
pour accéder au site web de la marque en question et téléacheter
le produit.
En dehors de cette fonction proprement commerciale et par le même procédé,
Internet offrira aux téléspectateurs sa gamme infinie de services en
ligne d’information, de formation et de divertissement. Loin de tuer le petit écran
dans les années qui viennent, il lui donnera au contraire un second souffle,
en le faisant entrer, bien plus encore que le câble ou le satellite, dans l’ère
de la diversité et de l’abondance.
Le boom des «webchannels»
Tandis qu’Internet passe à
la télé, un double mouvement s’accélère également
dans l’autre sens. D’une part, le Net s’ouvre aux chaînes de télévision
existantes et d’autre part, à des «webchannels» — des chaînes
exclusivement créées pour lui. Ce boom de la télévision
sur Internet peut surprendre étant donnée la qualité exécrable
des images. Dans l’état actuel des choses, y faire circuler de la vidéo
revient un peu à vouloir faire passer un éléphant par le chas
d’une aiguille. Le débit sur le réseau téléphonique est
beaucoup trop faible et très irrégulier: la qualité de la réception
varie selon l’encombrement des «tuyaux» et le nombre de personnes connectées.
Les images se succèdent à un rythme de quatre ou cinq par seconde (soit
cinq fois moins vite que sur une télévision classique), la taille de
l’image ne dépasse pas 25 cm2, la saturation du trafic provoque des interruptions
fréquentes et soudaines de la diffusion. Mais les chaînes de télévision,
des plus petites aux grands «networks», savent que dans les 10 prochaines
années, d’importantes innovations vont changer la donne: accélération
du débit, images 3D, plein écran, etc.
Selon les responsables de Comfm — un portail (site d’entrée sur le web) français
qui présente les produits audiovisuels en ligne —, plus de 100 chaînes
de télévision diffusaient, à la mi-1999, des programmes en direct
et en continu via Internet. De plus, des centaines de chaînes généralistes
et thématiques proposent des archives audiovisuelles en accès gratuit
ou payant.
Diffuser de la télé sur le Net, c’est bien sûr atteindre un public
mondial, à bien moindre frais que via le câble ou le satellite. De surcroît,
dans l’environnement de plus en plus concurrentiel créé par l’explosion
de l’offre audiovisuelle, les télévisions comptent se servir de la
Toile pour devenir plus attractives. Pendant un match de foot, le «webspectateur»
peut, par exemple, consulter la biographie des joueurs ou l’histoire des équipes
en lice, en cliquant dans une barre de menu qui court le long de l’écran.
Ou il peut approfondir un sujet pendant le journal télévisé,
en allant chercher sur le Net de l’information complémentaire et des vidéos
disponibles à la demande. Reste à savoir si cette offre pléthorique
ne dépasse pas le seuil de saturation du spectateur moyen.
Les chaînes télévisées en ligne, en dépit des tâtonnements
actuels, rêvent aussi de devenir des portails à succès. Leurs
programmes serviraient à attirer les consommateurs, qui seraient orientés
vers des galeries marchandes virtuelles. Elles y distribueraient non seulement des
cassettes vidéos, jeux, CD, etc., mais également tous types de produits,
du vêtement au fromage. Certains gros networks espèrent enfin regagner
sur le réseau une partie de l’audience qu’ils sont condamnés à
perdre — au profit de l’offre télévisuelle concurrente et d’Internet.
Ils se lancent dans la création de sites qui complètent leurs programmes
télévisés, sans les menacer. Pour la première fois, fin
septembre 1999, un grand network américain, ABC, a ainsi lancé, en
direct, un journal télévisé interactif «web-only».
Diffusé exclusivement sur le Net à 12h30, il vise à capter une
nouvelle audience, celle des employés de bureaux prenant leur pause-déjeuner.
Un pari sur le
fractionnement de l’audience
Une télévision
d’un genre totalement nouveau — les webchannels — est par ailleurs en train de voir
le jour: une myriade de petites chaînes d’entreprise, militantes, ou très
spécialisées (dans la médecine, la cuisine, etc.). Avantage
non négligeable: leurs coûts de production et de diffusion sont dérisoires.
Pour de nombreux créateurs de ces chaînes du web, la télévision
de masse n’a qu’un avenir limité. Eux parient sur le fractionnement de plus
en plus grand de l’audience: initié par le câble et le satellite, ce
phénomène ne fera que se renforcer à l’ère du numérique,
favorisant l’émergence de télévisions communautaires. En regardant
ces chaînes hyperthématiques, les webspectateurs peuvent consulter d’autres
documents sur le thème traité ou «bavarder» (chat) avec
des personnes connectées au même site.
Plus de 40 millions de personnes (soit environ un quart des internautes) sont déjà
équipées de logiciels de réception de fichiers audio et/ou vidéo,
pour accéder à tous ces sites; et le leader mondial des portails audiovisuels,
Broadcast.com (récemment racheté par Yahoo!), enregistre un demi-million
de visiteurs par jour.
Et demain? La convergence TV/web ira-t-elle jusqu’à provoquer la disparition
progressive de notre chère télévision? Cette hypothèse
semble peu probable, tant les deux modes de communications sont distincts (le Net
répond aux besoins de l’individu quand la télé obéit
à une logique de masse) et les publics différents (l’internaute est
actif et le téléspectateur passif).
Il y a donc fort à parier que la télévision restera la télévision,
qu’on la regarde sur un type d’écran ou un autre: il y aura toujours un public
pour aimer ingurgiter la succession des programmes proposée par sa chaîne
préférée. Et la télévision de masse aura toujours
sa place pour retransmettre de grands événements médiatiques
fédérateurs, comme l’enterrement de Lady D ou la finale de la Coupe
du monde de football.
Le Courrier de l'UNESCO
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