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Le Nicaragua
«A l’étranger,
des gens agissent de bon cœur mais certains en profitent pour faire prévaloir
l’intérêt national»
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Au Nicaragua,
les travailleuses du textile ont imposé à leurs employeurs étrangers
un code d’éthique, pour le respect de leurs droits fondamentaux et de meilleures
conditions de travail.
Après
plus de 10 ans de guerre et de conflits, le Nicaragua vit officiellement en paix
depuis mai 1990. Des milliers de soldats de «l’armée des Contras»
ont déposé les armes; des milliers de réservistes et de militaires
ont été mis à la retraite. Tous sont venus grossir les rangs
d’une autre armée: celle des chômeurs.
«A la fin de la guerre, on ne savait plus quoi faire, on était désœuvré,
raconte Eugenia. Je suis allée travailler sur la zone franche de Las Mercedes
et j’ai commencé à ramasser des ordures, puis à nettoyer les
machines». Son histoire est celle de beaucoup de femmes qui travaillent dans
les maquilas1. Eugenia n’a jamais songé à démissionner de son
emploi: «Au Nicaragua, il n’y a pas de travail et j’ai 40 ans. J’ai dû
rester dans cette entreprise et subir sans jamais protester».
Violence
dans les maquilas
Aujourd’hui, Las Mercedes
compte plus de 20 usines textiles, en majorité financées par des capitaux
asiatiques. Elles ont créé plus de 18 000 emplois directs, dont 80%
occupés par des femmes. En 1997, elles ont exporté pour plus de 135
millions de dollars (contre 200 millions de dollars pour le café, principal
produit d’exportation du pays). Pendant des années, les journaux locaux ont
dénoncé les conditions de travail dans les maquilas: mauvais traitements
physiques, psychologiques et verbaux répétés; renvois injustifiés
de travailleuses enceintes.
«Le climat de la zone franche était extrêmement violent, rappelle
Sandra Ramos, responsable du Mouvement des femmes Maria Elena Cuadra. Pour que cessent
ces abus, nous avons lancé l’idée d’un code d’éthique».
C’est le premier à avoir été adopté en Amérique
centrale, où quelque 1 100 maquilas emploient plus de 300 000 personnes. Ses
10 articles évoquent aussi bien le respect des congés de maternité,
les horaires de travail, le paiement des heures supplémentaires que le contrôle
médical ou la sécurité du travail.. Avec le slogan «Un
emploi oui, mais dans la dignité», repris par d’autres travailleuses
d’Amérique centrale, la campagne nicaraguayenne a produit des résultats
tangibles grâce à la ténacité de ces femmes et au soutien
de l’opinion publique: 30 000 signatures ont été recueillies.
Le 23 janvier 1998, le ministère du Travail a fait du code une directive ministérielle.
Le 2 février, tous les employeurs étrangers de Las Mercedes ont accepté,
dans une lettre ouverte au ministre, d’appliquer ce code. «Nous avons décidé
volontairement, ont-ils écrit, de nous conformer à la décision
ministérielle, convaincus qu’elle servira à améliorer et harmoniser
les relations entre travailleurs et employeurs.»
Les conditions de travail commencent effectivement à s’améliorer. Selon
un sondage réalisé en janvier 1999 par le Mouvement María Elena
Cuadra, depuis l’adoption du code, la majorité des ouvrières (95% des
2 562 interrogées) n’a ni subi ni eu connaissance de mauvais traitements,
auparavant monnaie courante. Les femmes disposent maintenant de salles pour manger
et de garderies. Il reste cependant beaucoup de chemin à parcourir en matière
de salaires, de sécurité sociale et d’hygiène au travail. Le
salaire moyen, qui atteint à peine 100 dollars par mois, est inférieur
au minimum vital, évalué à 150 dollars par mois et par foyer.
«Il y a des vides dans la réglementation sur les investissements étrangers
au Nicaragua», déplore Sandra Ramos. Pour les combler, le Mouvement
tente de faire adopter par le Parlement une réforme de la loi sur les zones
franches. «Le code n’est qu’un premier pas. C’est un moyen, pas une fin en
soi», ajoute-t-elle.
Le terrain est glissant. Sandra Ramos estime ainsi que les campagnes internationales
de consommateurs sont une arme à double tranchant, qui pourraient à
terme signifier la fermeture des usines et la perte de milliers d’emplois: «A
l’étranger, des gens agissent de bon cœur mais certains en profitent pour
faire prévaloir l’intérêt national». Le Mouvement nicaraguayen
s’oppose donc aux campagnes de boycott des zones franches d’Amérique centrale.
Il refuse de cautionner l’idée chauvine, en vogue aux Etats-Unis, d’un retour
vers une consommation strictement nationale. «La campagne européenne
“Vêtement propre” nous semble plus efficace, dit Sandra Ramos. Elle écarte
l’idée de boycott mais insiste sur une amélioration des conditions
de travail» (voir article précédent).
«Nous demandons aux organisations des pays riches qu’elles négocient
directement avec les entreprises textiles de leurs pays et obtiennent qu’elles respectent
mieux les droits des travailleurs du Sud, quitte à vérifier de manière
indépendante la parole donnée. Notre code, ajoute Sandra Ramos, ne
vient pas du Nord. Il a été élaboré par les femmes du
Sud. Nous ne nous sommes inspirés d’aucune recette étrangère».
1. Industrie textile au capital étranger
installée en zone franche où elle est exonérée d’impôts
et dont la production est destinée à l’exportation. La plupart des
femmes y travaillent comme ouvrières spécialisées dans l’assemblage
de pièces de vêtements.
Le Courrier de l'UNESCO
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