Vers une Cour pénale internationale

Là, à Auschwitz, quelque chose s’est passé que personne jusqu’alors n’aurait pu imaginer. Là, on a touché à cette couche profonde de solidarité entre tous ceux qui ont visage d’homme, à ce qu’il y a de plus fondamental dans la relation de l’homme à l’homme (...) Auschwitz a transformé les conditions de permanence des relations entre êtres humains.

Jürgen Habermas,
sociologue allemand (1929-)

Les crimes de guerre supposent un affrontement entre nations. En revanche, les crimes contre l’humanité et de génocide peuvent concerner des conflits internes aux Etats. Pour les juger, une Cour pénale internationale est enfin en gestation.

Crime contre l’humanité
Chargé par les Alliés de juger les plus grands criminels nazis, le tribunal militaire international de Nuremberg en a donné la première définition, en 1945: «Atrocités et délits, y compris mais sans être limités à l’assassinat, à l’extermination, la mise en esclavage, la déportation, et tout autre acte inhumain commis contre toute population civile, avant ou pendant la guerre, ou bien les persécutions pour des motifs politiques, raciaux ou religieux lorsque ces actes ou persécutions, qu’ils aient constitué ou non une violation du droit interne des pays où ils ont été perpétrés, ont été commis à la suite de tout crime rentrant dans la compétence du tribunal».
La Convention des Nations unies de 1968 sur l’imprescriptibilité des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité y a ajouté «l’éviction par attaque armée ou l’occupation et les actes inhumains découlant de la politique d’apartheid, ainsi que le crime de génocide».

Génocide
Ce terme a été inventé en 1944 par le professeur américain d’origine polonaise Raphaël Lemkin, en combinant le terme grec genos (naissance, race) et le suffixe latin cide (venant de caedere, tuer).
Considéré comme le plus grave des crimes contre l’humanité, il a été défini juridiquement par la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, adoptée à l’unanimité par l’Assemblée générale des Nations unies le 9 décembre 1948, entrée en vigueur en 1951 et ratifiée à ce jour par 130 Etats. Trois grandes conditions sont nécessaires à son identification (art. 2):
1) Les victimes font partie d’un groupe national racial, ethnique ou religieux. Sont donc exclus les groupes politiques, économiques ou culturels (comme les victimes des Khmers rouges au Cambodge, par exemple).
2) Les membres de c e groupe sont tués ou persécutés pour leur appartenance à ce groupe, quels que soient les moyens mis en œuvre pour atteindre ce but.
3) Le génocide est un crime collectif planifié, commis par les détenteurs du pouvoir de l’Etat, en leur nom ou avec leur consentement exprès ou tacite.
L’article 3 définit comme crime aussi bien le génocide proprement dit que l’entente en vue de le commettre, l’incitation directe et publique, la tentative pour le mettre en œuvre ou la complicité dans sa réalisation. L’article 4 stipule que toutes les personnes ayant commis le génocide doivent être punies, quelles que soient leurs qualités.

La Cour pénale internationale
Dès 1948, la Convention sur le génocide avait retenu l’idée de la création d’une juridiction pénale internationale. Mais il a fallu attendre juillet 1998 pour que 120 pays (sur les 160 représentés) s’entendent, à Rome, sur les statuts d’une Cour pénale internationale (CPI), devant siéger à La Haye (Pays-Bas). Cette Cour sera créée lorsque 60 Etats auront ratifié le traité portant sur ses statuts, un processus qui devrait prendre deux à trois ans.
La CPI aura compétence (non rétroactive) sur les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide, à certaines conditions. Les signataires ont la possibilité de ne pas reconnaître sa compétence pour les crimes de guerre.

Les Tribunaux pénaux internationaux (TPI) ad hoc
Etabli par une résolution du Conseil de sécurité de l’Onu en mai 1993, le TPI pour l’ex-Yougoslavie, siégeant à La Haye, est compétent pour poursuivre et juger les présumés responsables de violations graves du droit international sur ce territoire, y compris les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité et le génocide.
A ce jour, 91 personnes ont été mises en accusation (parmi lesquelles le président yougoslave Slobodan Milosevic), dont 31 sont actuellement détenues. Des peines allant de sept jours à 20 ans de prison ont été prononcées contre huit accusés. Quatre procès sont en cours.
Le TPI pour le Rwanda, siégeant à Arusha (Tanzanie), a été créé par le Conseil de sécurité de l’Onu en novembre 1994. Il est compétent pour les mêmes crimes que ci-dessus, commis au Rwanda ou dans les Etats voisins entre janvier et décembre 1994.
Jusqu’à présent, 48 personnes ont été mises en accusation, dont 38 sont détenues. Cinq accusés ont été condamnés, dont trois à perpétuité pour génocide. Trois procès sont en cours.

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