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Quelques dates-clés
1991: éclatement de la Yougoslavie,
fédération de six républiques: la Slovénie puis la Croatie
déclarent leur indépendance.
1992: en Bosnie-Herzégovine, les communautés croates et musulmanes
appuient l’indépendance de leur république mais les Serbes s’y opposent.
Ces derniers assiègent Sarajevo et se rendent maîtres de 70% du territoire.
Massacres et expulsions massives des non-Serbes inaugurent une politique de «purification
ethnique».
1993-1994: après le rejet par les Serbes de Bosnie d’un plan de paix,
les Nations unies s’engagent à protèger six «zones de sécurité»
mais les exactions se poursuivent. Anciens alliés, Croates et musulmans s’affrontent,
avant de signer un accord de paix en mars 1994. Le Conseil de sécurité
de l’ONU
crée un tribunal pénal international (TPI) pour l’ex-Yougoslavie, qui
siège à La Haye (Pays-Bas).
1995: en août, l’OTAN bombarde les positions serbes autour de Sarajevo.
Les accords de Dayton (Etats-Unis) en novembre mettent fin aux hostilités:
la république est divisée en deux entités associées,
la fédération de Bosnie-Herzégovine (51% du territoire, dont
Sarajevo) et la République serbe. Une force de l’OTAN en surveille l’application.
Ce conflit a fait quelque 200 000 morts et près de 2 millions de personnes
réfugiées ou déplacées, dont environ 600 000 sont
rentrées.
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Depuis la
paix, Serbes, Croates et musulmans vivent séparés en Bosnie-Herzégovine,
dans une peur attisée par les nationalistes. Aucun travail de mémoire
n’est possible...
Novembre
1995: la Bosnie-Herzégovine signe les accords de paix de Dayton. Ils prévoient
la création d’un nouvel Etat composé de deux entités (voir encadré),
avec un gouvernement central qui organisera les élections et garantira les
droits de l’homme. Les réfugiés pourront regagner leurs foyers. Les
criminels de guerre inculpés seront arrêtés et livrés
au Tribunal pénal international de La Haye.
Fin 1999, la réalité est radicalement différente. Le pays est
en fait constitué de trois entités ethniquement homogènes, qui
ont chacune leur armée et leur police. Le gouvernement central n’existe guère
que sur le papier. La plupart des inculpés pour crimes de guerre courent toujours.
Les partis nationalistes, qui comptent dans leurs rangs beaucoup de «purificateurs
ethniques» responsables du déclenchement de la guerre, tiennent solidement
le pouvoir. Souvent avec leur appui, des extrémistes continuent, dans certaines
zones, à incendier ou dynamiter les maisons des réfugiés revenant
chez eux.
Contrairement à ce que prétendent les dirigeants nationalistes soucieux
d’esquiver leurs responsabilités, Serbes, Croates et musulmans ont vécu
ensemble assez paisiblement en Bosnie-Herzégovine pendant des siècles.
Chacune des trois communautés respectait les coutumes et les fêtes religieuses
fériées des autres; les mariages mixtes étaient courants. Pendant
la guerre, chaque camp a commis d’innommables atrocités. Ces crimes n’étaient
pas un sous-produit accidentel du conflit, mais bien le moyen d’atteindre son objectif
principal: la séparation ethnique ou la domination d’une communauté
sur une autre.
Quand les armes se sont tues début 1996, les trois communautés se sont
retranchées dans des zones ethniquement «pures», tenues par leur
armée respective. Les hommes politiques serbes et croates tiennent à
cette séparation. Son maintien est en fait réclamé avec le plus
d’acharnement par les groupes responsables des pires crimes. L’absence de consensus
pour une société multiethnique fait le jeu des extrémistes musulmans
qui, sous une forme plus subtile, mènent aussi une politique d’exclusion.
Chacune des trois communautés a ses propres programmes scolaires: ils nourrissent
la haine, blâment les autres et glorifient la mythologie de son camp. Chacune
a introduit l’instruction religieuse à l’école, qui prend souvent la
forme d’un endoctrinement ethnique des plus primaires. Le tout contribue à
cimenter la «purification ethnique» de la guerre.
Priorité
aux intérêts de «sa» communauté
La triste vérité
est que, depuis fin 1995, aucun camp n’a fait le moindre pas vers une réconciliation.
De nombreux Bosniaques de tout bord disent ouvertement qu’ils peuvent cesser de haïr,
mais qu’ils n’oublieront ni ne pardonneront jamais ce qui s’est passé pendant
la guerre. Beaucoup ajoutent qu’ils souhaitent rester dans leur communauté
ethnique séparée: après ce que les autres leur ont fait, ils
ne veulent plus vivre avec eux. Dans un climat politique qui ne favorise en rien
l’émergence de tout pôle non nationaliste, chacun continue de craindre
d’abord et avant tout pour la survie de son identité ethnique et fait passer
les intérêts de sa communauté en priorité.
Plutôt que d’œuvrer à calmer les passions et la colère, les politiciens
locaux utilisent la peur à leurs propres fins. C’est particulièrement
le cas des populations serbe et croate, qui regardent l’une et l’autre vers une «mère-patrie»
extérieure à la Bosnie-Herzégovine (la Serbie et la Croatie)
et rêvent de faire sécession pour y rattacher leur région. Les
politiciens de Belgrade et de Zagreb ne cessent d’attiser ces aspirations irrédentistes.
Le plus grand obstacle à la réconciliation est l’obstination des partis
nationalistes de Bosnie-Herzégovine à exiger la création de
territoires ethniquement «purs». Ils y sont encouragés par des
forces extérieures. Tant que celles-ci ne respecteront pas leurs obligations
de Dayton, tant qu’elles pousseront à la «grande» Serbie et à
la «grande» Croatie, la réconciliation n’avancera guère
en Bosnie-Herzégovine. Et ses citoyens continueront à vivre dans la
peur des autres communautés ethniques.
Le Courrier de l'UNESCO
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