Chine: Tian et les autistes
Katherine Arms, écrivain, Beijing (Chine).
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© Upinarms, Chine

Il n’y avait aucune institution pour autistes en Chine. Parce que son fils souffrait de cette maladie, Tian Huiping a monté une école à Beijing: un parcours de combattante.

Le monde bascula pour Tian Huiping, lorsqu’elle découvrit que son fils Taotao était autiste. Son médecin de Chongqing, très grande agglomération de l’intérieur du pays, n’avait jamais vu de tels cas et ne pouvait lui donner aucun conseil. Inutile pour elle de s’adresser à un quelconque service public: la Chine est un pays où les handicaps restent tabous. Ils font rarement l’objet de recherches et, dans la pratique, ils ne sont guère soignés.
Huit ans après sa douloureuse découverte, Tian a non seulement trouvé comment aider son fils mais elle a aussi offert un peu d’espoir à tous ceux qui souffrent de la même maladie, en créant la première – et à ce jour l’unique – école pour enfants autistes du pays. Il lui a fallu un travail acharné et des idées neuves (pour réunir des fonds), avant de faire de cette école, baptisée «Les Etoiles et la Pluie», ce qu’elle est aujourd’hui. Il lui a surtout fallu persévérer quand tout le monde lui répétait que son combat était perdu d’avance, ou quand l’entreprise semblait effectivement condamnée. «Aujourd’hui encore, les gens me disent: “Pourquoi dépenser tant d’argent et de temps, si cette maladie est incurable ?”. J’essaie de leur expliquer qu’amener un enfant autiste à se débrouiller est important pour lui», explique-t-elle.
Avec son fils et sa valise, Tian est arrivée à Beijing en 1992 pour y chercher de l’aide. Dans le bureau d’un médecin, elle a trouvé une brochure sur les enfants autistes. Leur état, y disait-on, se caractérise par un détachement vis-à-vis de la réalité extérieure et des autres, ainsi que par des structures de langage anormales. A la lumière de ces maigres informations, Tian jugea qu’elle était la mieux placée pour tenter d’aider Taotao, aujourd’hui âgé de 14 ans, et en faire même une mission: «Ce que je sais, je l’ai appris toute seule, et je veux le partager avec les autres parents».
Son idée d’école séduisit un homme d’affaires, qui crut tenir là un bon moyen de gagner de l’argent. Tian réunit six enfants autistes et embaucha deux enseignants. Mais l’homme d’affaires se retira. Encouragée par les progrès des enfants, elle décida de continuer avec l’un des enseignants. Ils mirent tout ce qu’ils possédaient dans un seul carton et s’installèrent dans une petite pièce à Beijing. Les cours qu’ils proposaient montraient aux parents, pendant trois mois, comment aider leurs enfants et coûtaient environ 120 dollars – une somme considérable dans ce pays où elle équivaut en gros à un salaire mensuel. Mais les fonds réunis étaient insuffisants.

L’école «Les Etoiles et la Pluie»
Heureusement, le travail de Tian a retenu l’attention de la communauté étrangère à Beijing car quelques enfants de diplomates en avaient bénéficié. Pour couvrir ses coût annuels, Tian doit réunir quelque 12 000 dollars. Pour se développer, il lui en faudrait 24 000 de plus. Elle a reçu des aides d’une fondation canadienne, du gouvernement autrichien et d’une association humanitaire de Hong Kong. Depuis quelques années, un marché de Noël est organisé à l’ambassade d’Allemagne à Beijing et une partie des recettes lui est versée.
Auparavant, les enfants autistes étaient au mieux dirigés vers des établissements pour débiles mentaux, ce qui ne leur convient guère, car ils sont souvent très intelligents. Par ses cours, l’école vise pour eux une intégration dans le système scolaire normal.
Quand Tian a ouvert son école, des parents de tous les coins du pays l’ont contactée pour lui demander des informations sur l’autisme. Elle ne pouvait alors que les diriger vers trois médecins capables de diagnostiquer cette maladie. Aujourd’hui, ils sont plus de 20. L’école organise quatre cours par an, où l’on inscrit les enfants au moins six mois à l’avance, à raison de 27 élèves au maximum par cours.
Avec «Les Etoiles et la Pluie», Tian n’a pas dit son dernier mot: elle souhaite collecter des fonds pour acheter une maison destinée aux autistes adultes.

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