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A une occasion au moins, le docteur
Sanduk Ruit a pu savourer le fruit de son travail. C’était il y a quatre ans.
En route pour le célèbre monastère tibétain de Ganden,
il séjournait dans un petit hôtel de Metagonga, à quatre heures
de Lhassa vers l’est. Il vit venir à sa rencontre une femme d’une quarantaine
d’années, bien habillée, qui lui apportait les présents traditionnels:
la kadha (une écharpe blanche) et du chhurpi (fromage sec).
Deux ans plus tôt, le Dr Ruit, un ophtalmologue népalais de grande réputation
au Tibet, avait opéré cette femme. A l’époque, elle souffrait
d’une cécité totale due à une cataracte, affection qui se traduit
par une opacification du cristallin, qui peut être d’origine sénile
ou congénitale. Son mari l’avait abandonnée quand elle avait complètement
perdu la vue. Elle en avait été réduite à vivre comme
un animal.
Son opération avait tout changé: elle avait recouvré la vue
mais aussi sa dignité et un certain confort matériel. Elle expliqua
au docteur qu’elle vivait à nouveau avec sa famille.
Sanduk Ruit, qui a aujourd’hui 45 ans, a réalisé plus de 20 000
opérations de la cataracte au cours des 15 dernières années.
L’intervention consiste à extraire le cristallin opacifié pour implanter
à la place une lentille de plastique.
Cette technique s’est répandue dans les années 80 grâce au Dr
Fred Hollows, un ophtalmologue australien auprès duquel le Dr Ruit a été
formé. Dans la clinique de l’œil Tilganga de Katmandou où il officie,
Fred Hollows a mis au point des lentilles de haute qualité à un prix
modique (sept dollars), qui les rend accessibles dans les pays en voie de développement.
Le Dr Ruit travaille actuellement dans cette même clinique.
La technique des implants est un véritable don du ciel pour le Tibet. Cette
région autonome de la République populaire de Chine, située
à la frontière du Népal, connaît une des plus fortes prévalences
de cataractes au monde. Le taux de cécité due à cette affection
y est six fois supérieur à celui du reste de la Chine. L’explication
tient en partie au relief du Tibet, le plus haut plateau du pays. L’exposition aux
rayons ultraviolets du soleil, dangereuse pour les yeux, augmente en effet avec l’altitude.
Fouler «le toit
du monde»
et... opérer
Le Dr Ruit a toujours été fasciné par le Tibet, que ses ancêtres
avaient quitté voici trois siècles pour s’installer à l’est
du Népal. Il a pu fouler pour la première fois de sa vie «le
toit du monde» en 1994, à l’invitation d’une organisation non gouvernementale,
le Fonds de développement du Tibet, et grâce à l’aide financière
du Rotary Club de Nouvelle-Zélande.
Lors de ce séjour, des membres du Fonds lui demandèrent combien d’opérations
il pensait pouvoir réaliser en quatre jours à Chusu, un village situé
entre la ville de Lhassa et son aéroport. Ils restèrent bouche bée
lorsque le docteur répondit qu’à la lumière de son expérience
au Népal, il pensait pouvoir avancer le chiffre de 200. L’année précédente,
150 opérations de la cataracte avaient été pratiquées
dans tout le Tibet.
Acte chirurgical très simple, l’opération peut être effectuée
en une demi-heure par un médecin néophyte mais cinq minutes suffisent
à un spécialiste comme le Dr Ruit. Après avoir nettoyé
l’œil et appliqué un anesthésiant local sous la paupière inférieure,
l’ophtalmologue fait une petite incision dans la cornée, par laquelle il extrait
le cristallin puis insère l’implant. Les Tibétains, pense-t-on, auraient
pratiqué pendant des siècles, jusque dans les années 50, l’extraction
du cristallin cataracté mais ils ne disposaient pas d’une technique pour le
remplacer.
L’intervention du Dr Ruit est quasiment indolore. Le bandage de l’œil opéré
peut être enlevé dès le lendemain. Les patients ne distinguent
d’abord que de vagues contours. Quelques semaines plus tard, ils retrouvent une vision
quasiment complète. |
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Le Courrier de l'UNESCO
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