
Un investissement social est requis pour que le monde en développement se
dote de télécentres et en tire pleinement parti |
Parce qu’ils contribuent
largement à désenclaver les communautés rurales, les télécentres
sont à considérer comme des investissements sociaux en faveur des pays
en développement.
Durant des années, Christopher Senono
a parcouru 16 km à bicyclette pour aller téléphoner, et autant
pour revenir. A 30 ans, cet homme d’affaires de Nakaseke (Ouganda) gérait
sa petite entreprise de vente de bois et de briques au détail en négociant
au téléphone avec ses fournisseurs de Kampala. Ses trajets à
vélo semblaient tout naturel dans un pays qui n’a qu’environ trois lignes
téléphoniques pour mille habitants. Plus maintenant! La vie de ce village
situé à 60 km de Kampala a bien changé depuis la création,
en 1999, d’un télécentre communautaire.
Inaugurés en 1985 dans la communauté agricole de Velmdalen (Suède),
les télécentres visent à introduire les nouvelles technologies
de la communication dans des régions isolées, et à apprendre
aux habitants à s’en servir. Implantés d’abord dans les zones rurales
du Nord, ils font désormais leur apparition en Afrique, en Amérique
latine et en Asie, souvent avec le soutien d’agences internationales pour le développement.
Plusieurs centaines de ces centres devraient bientôt ouvrir leurs portes.
Quelques exigences
Dans les pays où peu de particuliers peuvent
accéder aux nouvelles technologies de l’information, ces télécentres
pourraient être le meilleur moyen de les démocratiser, à condition
de respecter certaines exigences.
Souvent, il faut d’abord montrer concrètement en quoi un télécentre
peut être utile à la collectivité. Ensuite, il est indispensable
d’expliquer aux agriculteurs, aux enseignants ou aux chefs d’entreprise locaux la
valeur de l’information et de leur présenter les outils utilisés pour
y accéder. En troisième lieu, le personnel de ces centres doit être
qualifié pour suivre l’évolution technologique des logiciels et des
réseaux informatiques. Pour ce faire, le plus efficace est de créer
un forum de rencontres, virtuelles et physiques, où les intervenants peuvent
nouer des contacts entre eux. Enfin, une fois que le télécentre est
opérationnel, son personnel doit sensibiliser de nouveaux cercles d’adeptes
afin d’attirer l’ensemble de la communauté, l’initier à l’informatique
et identifier les avantages que présentent pour elle les installations et
les services du télécentre.
La réussite d’un tel projet repose sur la capacité de ses promoteurs
à repérer et à former des talents locaux. Il est essentiel que
l’opération soit supervisée par des partenaires locaux, issus des cliniques,
des municipalités, des écoles primaires et des centres de formation
des enseignants. Ce sont eux qui ont le plus de chances d’en devenir les premiers
utilisateurs, et qui en seront des agents de diffusion.
En Ouganda, un candidat qui briguait un mandat dans le district de Nakaseke a fait
du télécentre l’un des thèmes de sa campagne électorale,
allant jusqu’à promettre à ses partisans un voyage d’étude gratuit
dans un télécentre européen ou nord-américain. Sans aller
forcément aussi loin, susciter l’intérêt de la communauté
dès les premières phases du projet est un atout à long terme.
Dans les pays en développement, les collectivités s’impliquent souvent
dans le projet en participant à la construction des locaux qui accueilleront
le télécentre.
Réaction en chaîne
Pour lancer un télécentre, il faut investir
entre 50 000 et 75 000 dollars, mais les phases préliminaires de planification,
d’organisation et de mobilisation peuvent augmenter ces coûts (le budget de
plusieurs projets en cours varie entre 450 000 et 850 000 dollars.) Les frais annuels
d’exploitation sont bien plus modestes et incluent généralement les
salaires de deux ou trois employés.
Pour assurer leur viabilité à long terme, les télécentres
s’intègrent parfois, au bout de trois à cinq ans, à un service
hospitalier, à une école ou à une municipalité. Ils peuvent
aussi s’autofinancer en proposant des services payants, tels que le téléphone,
la télécopie, la reprographie, la rédaction de CV, la formation
au traitement de texte et à la mise en page assistée par ordinateur.
Et même s’ils n’y parviennent pas, ils laissent dans leur sillage du personnel
qualifié, formé sur place.
A l’heure où les agences internationales reconnaissent de plus en plus volontiers
le lien entre les nouvelles technologies de la communication et le développement
économique, un investissement social est requis pour que le monde en développement
se dote de télécentres et en tire pleinement parti. On devrait en effet
considérer les télécentres comme un investissement social, susceptible
de paver la voie d’une information qui soit interactive et non pas exclusive. A Nakaseke
comme dans bien d’autres télécentres communautaires des pays en développement,
de plus en plus de gens mettent tout en œuvre pour y parvenir.
Le Courrier de l'UNESCO
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