
Des écrans ouverts sur
le monde offrent à tous des espoirs infinis. Le télécentre de
Tombouctou a enregistré plus de 2 000 visites depuis son ouverture en mai
1998.

Taper, couper, coller et imprimer
au télécentre de Tombouctou.
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Le site du mois
www.world
waterforum.org
Le manque d’eau douce est un des problèmes
les plus inquiétants de notre époque. Les chiffres sont alarmants:
pour nourrir les trois milliards d’humains supplémentaires que devrait compter
notre planète en 2025, il faudrait 20% d’eau en plus. Le Forum mondial sur
l’eau qui se tient à La Haye en mars 2000 est consacré à ce
problème. Des spécialistes, des hommes politiques et des citoyens finaliseront
une Vision mondiale de l’eau, axée sur des objectifs communs et des actions
précises, afin d’assurer à chacun un accès à une eau
non polluée. Ce Forum doit être l’occasion de lancer de nouvelles opérations
destinées à sensibiliser le public et de nouvelles stratégies
vers un engagement politique, afin que cette Vision prenne corps.
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La ville malienne de
Tombouctou compte sur le virtuel pour re-dynamiser son économie moribonde.
Et vendre du rêve au reste du monde, via Internet.
«Internet, Internet!» Un gamin
se précipite sur une journaliste fraîchement débarquée
à Tombouctou. «Regarde, c’est un reporter français qui me l’a
donnée, fanfaronne-t-il devant ses copains, en montrant une adresse électronique
griffonnée sur un petit calepin. Cet après-midi, je vais aller au TCP
pour lui écrire.»
Depuis l’inauguration du télécentre communautaire polyvalent (TCP)
en mai 1998, Tombouctou se sent moins prisonnière du désert. Avec les
incontournables «grains», ces lieux de rendez-vous où les hommes
se retrouvent le soir pour discuter le coup (et les bons coups…), le TCP est devenu
le principal endroit « branché» de la ville. Des pères
de famille en grands boubous, des femmes et des jeunes piqués par la curiosité
s’encadrent régulièrement dans la porte des locaux provisoires, situés
dans une annexe de la mairie. «Ils viennent voir», lâche en riant
Birama Diallo, le très dynamique coordonnateur du centre.
La ville des 333 saints
Comme la plupart de ses administrés, Ibrahim
Mohamed, le maire de Tombouctou (30 000 habitants), voit d’abord dans le TCP un formidable
réservoir de connaissances, nécessaires pour re-dynamiser le tissu
socio-économique moribond de la région. Les projets les plus prometteurs
se dessinent dans les domaines de la médecine, de l’enseignement, des médias,
de la culture, de l’agriculture et du tourisme. «Un groupe de médecins
est formé à la recherche d’information sur le Web, explique la Canadienne
France Henri, consultante pour l’UNESCO. Ils ont déjà trouvé des pages géniales
sur des problèmes gynécologiques. Ils les ont imprimées, photocopiées
et distribuées à l’hôpital. Ils voudraient aussi pouvoir recevoir
des “téléconseils” de leurs collègues de Bamako et d’ailleurs.»
« Pour nous, le plus urgent est de connaître l’expérience des
autres, renchérit un enseignant. Certains pays ont été confrontés
aux mêmes problèmes que nous, pour scolariser les petites filles par
exemple1.
On voudrait savoir quelles solutions ils ont trouvées.» Il suggère
aussi d’utiliser le Net pour fabriquer de bons manuels scolaires, une denrée
rare.
Le réseau peut aussi être utile aux quatre radios locales, ajoute Birama
Diallo. «Elles pourraient par exemple y chercher comment utiliser au mieux
les nouvelles variétés de riz flottant, récemment introduites
dans la région, et diffuser les informations dans les émissions consacrées
à l’agriculture.» Le directeur régional de la culture voudrait
quant à lui passer contrat avec le TCP pour créer des pages web sur
l’histoire et le patrimoine de Tombouctou. Les opérateurs du secteur touristique
— encore embryonnaire — souhaitent faire de même pour attirer des clients.
Grâce à son site Internet, actuellement en construction, le TCP représente
une alléchante vitrine de la «ville des 333 saints». Les Tombouctouciens
ne veulent pas être de simples consommateurs d’idées et d’images, explique
Birama Diallo. «Ils ont aussi soif de se faire connaître.» Il rappelle
qu’au Moyen Age, «Tombouctou la sainte» rayonnait dans toute l’Afrique
de l’Ouest et à travers le monde islamique. Elle abritait 180 médersas
(écoles coraniques) et la célèbre Université Sankoré,
qui accueillit jusqu’à 25 000 étudiants. Des mosquées et plusieurs
dizaines de milliers de manuscrits anciens, conservés par des familles ou
au centre culturel Ahmed Baba, témoignent encore de cette intense activité
intellectuelle.
Mais plus encore que sur son patrimoine réel, Tombouctou mise sur sa richesse
immatérielle: le désir d’évasion, d’inconnu, d’inaccessible,
qu’elle éveille dans l’imaginaire occidental. «Notre vrai capital, c’est
notre nom», résume Ibrahim Mohamed. «Tombouctou dit quelque chose
à tout le monde, même à ceux qui ne savent pas situer le Mali
sur une carte, renchérit la ministre de la Culture et du Tourisme, Aminata
Traore. Aujourd’hui, les Occidentaux ressentent un profond besoin de partir, et le
plus loin possible. Tombouctou n’a pas grand-chose à vendre, mais elle peut
vendre du rêve.»
Le principe de fonctionnement du TCP est simple. Pour dégager de quoi financer
des projets de développement communautaire, le centre commercialise des services
en tous genres: télécommunications (téléphone public,
fax, courrier électronique et accès à Internet), production
d’informations, de bases de données et de pages web, saisie et traitement
de texte, etc. Envoyer un courrier électronique coûte 500 F CFA (moins
d’un dollar) et naviguer une heure sur la Toile 1 500 F CFA (2,5 dollars).
Internet: «l’affaire des pauvres»
Le centre propose également des stages de formation
— initiation à l’informatique, aux nouvelles technologies et à la recherche
d’informations en ligne, bibliothéconomie, etc. «Des étudiants,
entre autres, viennent se faire former car les universités maliennes ne leur
fournissent pas les compétences nécessaires en informatique, explique
Birama Diallo. S’ils veulent trouver du travail à Bamako, il faut qu’ils s’y
connaissent un minimum.»
Dans un pays qui compte moins de 2 000 internautes pour plus de 10 millions d’habitants,
le TCP est le seul fournisseur d’accès « décentralisé»
et de service public. Les cinq autres sont privés et installés à
Bamako, la capitale. Pour l’heure, la capacité des liaisons à Internet
ne permet d’abonner que 20 personnes (17 ont à ce jour souscrit un abonnement,
pour un coût mensuel de 17 500 F CFA, soit 28 dollars). «De plus, la
connexion avec le nœud Internet à Bamako n’est pas bonne», explique
Birama Diallo. «Il suffit que 30 personnes téléphonent en même
temps à Bamako pour que les lignes soient saturées, reconnaît
Zourkoufili Maïga, le directeur régional de la Sotelma, la compagnie
nationale des télécommunications. Et depuis l’installation du téléphone
dans les zones rurales en 1999, cela arrive
souvent.» Birama Diallo attend avec impatience de voir la capacité des
liaisons augmenter et l’arrivée du VSAT, promis par l’Union internationale
des télécommunications (UIT). Cette petite antenne satellite permettra
bientôt au TCP de s’affranchir des liaisons téléphoniques terrestres.
L’installation et le lancement du centre sont évalués à 850
000 dollars, dont la moitié est fournie par les bailleurs de fonds internationaux2. Il emploie six personnes
et fonctionne avec 11 ordinateurs. Mais plusieurs dizaines d’autres seront installés
quand il migrera dans ses locaux définitifs. La construction du bâtiment,
en cours d’achèvement, est financée par les habitants de la ville.
Pour réunir les 50 000 dollars nécessaires, la mairie a organisé
diverses manifestations (gala de l’Association des ressortissants et sympathisants
de Tombouctou, semaine culturelle) et demandé à la population de mettre
la main à la poche. Dans le courant de l’année 1999, elle a aussi instauré
une redevance touristique prélevée à l’aéroport, dont
les revenus sont entièrement consacrés au financement du chantier.
Malgré les problèmes techniques, le TCP semble déjà avoir
un impact sur la communauté. «Depuis qu’il existe, les gens qui en ont
les moyens commencent à acheter des ordinateurs», affirme Birama Diallo.
Jusqu’ici, le centre a enregistré quelque 2 000 visites. Membres d’organisations
professionnelles et d’ONG, touristes, guides, bibliothécaires, secrétaires
et étudiants, entre autres, sont venus s’informer ou acheter un service.
Pourtant, la partie n’est pas gagnée. Si le centre veut perdurer, il doit
parvenir à s’autofinancer avant 2001, quand les subventions extérieures
seront taries. Cette autonomie est d’autant plus vitale que le maître d’œuvre
national du projet, la Sotelma, est en voie de privatisation. «Ce sera dans
la poche avec 200 abonnés à Internet», estime Birama Diallo.
Le chiffre est considérable dans la région du Nord, qui enregistre
seulement 570 abonnés au téléphone (400 à Tombouctou
et 170 dans les zones rurales) et un taux record d’analphabétisme (plus de
80%).
Mais B. Diallo compte sur la future qualité du service offert (notamment grâce
au VSAT) pour gagner des clients en dehors de la région. «Les fournisseurs
d’accès privés crient à la concurrence déloyale, reconnaît-il,
mais que font-ils pour développer leurs services et installer des cybercafés
en dehors de la capitale?». Il explique que seul un service public pouvait
donner le coup de pouce initial permettant aux «provinciaux» d’entrer
dans le cyberespace. Installer une ligne téléphonique en brousse revient
cinq à dix fois plus cher qu’en ville.
«Assurer la viabilité commerciale du TCP ne suffira pas, ajoute France
Henri. Il faudra que l’argent gagné continue à financer les projets
de développement des communautés.» Pour ces exclus du «village
planétaire», le centre n’est pas seulement une super-téléboutique.
Il fait naître l’espoir d’un nouveau départ. «Internet n’est pas
un luxe de riches, estime Ibrahim Mohamed. Au contraire, c’est plutôt l’affaire
des pauvres qui disposent de très peu d’information.»
Aux portes du Sahara, les livres sont rarissimes et coûteux, et la moitié
de la population n’a jamais regardé la télévision.
1. Au Mali, le taux de scolarisation des filles
est très bas (41%), et plus encore dans la région de Tombouctou (23,7%)
2. Dans l’ordre: le Centre de recherches pour le développement international,
l’Union internationale des télécommunications, l’UNESCO, l’Organisation
des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture ainsi que l’Organisation mondiale
de la santé.
Le Courrier de l'UNESCO
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