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Il y a 10 ans, la communauté
internationale s’engageait à diminuer de moitié le taux d’analphabètes
dans le monde d’ici à l’an 2000. Objectif non atteint. Comment repartir sur
la bonne voie?
Une regrettable
nouvelle vient assombrir cette fin de millénaire: dans de nombreux pays en
développement, plus de la moitié des enfants et des adultes sont encore
analphabètes et, parmi eux, les deux tiers sont des filles ou des femmes.
Le taux d’analphabétisme a certes baissé dans certaines régions
au cours des dernières décennies, mais 872 millions de personnes du
Tiers-Monde ne savent toujours ni lire ni écrire, soit près de 25 %
des jeunes et des adultes de la planète. Pourquoi n’avons-nous pas éradiqué
l’analphabétisme ou au moins tenu les promesses de la conférence de
Jomtien (Thaïlande) sur l’Education pour tous, en 1990 (voir encadré
p. 18)?
Trop souvent, l’éducation de base a été assimilée à
un enseignement primaire formel par les gouvernements des pays en développement
ou les bailleurs de fonds internationaux, qui ont consacré le gros de leur
budget en éducation à améliorer l’accès à l’école
primaire. Les résultats sont loin d’être satisfaisants, en dépit
d’investissements substantiels.
Parent
pauvre des budgets
Dans de nombreux pays
d’Afrique subsaharienne et d’Asie du Sud, les restrictions budgétaires consécutives
à des restructurations économiques, la diminution des dépenses
par habitant pour l’éducation de base, la forte croissance démographique,
les guerres et conflits intérieurs ont eu de lourdes conséquences,
notamment une baisse notoire de la qualité de l’éducation des enfants.
Résultat: les taux d’illettrisme des jeunes adultes non scolarisés
sont en augmentation. Dans les pays pauvres, notamment ceux où la croissance
démographique est forte, l’analphabétisme s’est aggravé au cours
des 10 dernières années.
En dépit des discours politiques, l’alphabétisation est restée
presque partout le parent pauvre des budgets d’éducation des gouvernements
ou de ceux des donateurs multilatéraux. Cependant, les réductions budgétaires
n’expliquent pas tout dans les pays en voie de développement. En examinant
les politiques et pratiques passées, on s’aperçoit que certains problèmes
sont endémiques.
D’abord, les campagnes massives qui ont été lancées ont présenté
l’alphabétisation comme une panacée pour quantités de maux sociaux
ou comme un passeport pour le développement social et économique. Souvent
plus politiques que pédagogiques, elles ont multiplié les belles promesses
jamais tenues, provoquant en fin de compte une dévalorisation systématique
des programmes d’alphabétisation.
Ceux-ci ont par ailleurs souffert d’une absence générale de motivation
de la part des enseignants et des élèves, parce que la notion d’alphabétisation,
présentée de bien des manières, a été mal comprise,
parce que le matériel pédagogique a manqué et parce que les
enseignants n’ont pas eu de possibilités d’évolution de carrière
dans ce cadre. Aux yeux des élèves potentiels, les cours d’alphabétisation
ne sont pas apparus comme pouvant avoir des effets immédiats, pertinents et
directs, susceptibles de compenser les frais d’inscription.
Enfin, dans de nombreux pays en développement, les cours d’alphabétisation
sont souvent donnés en langue vernaculaire, quand l’enseignement dans le système
scolaire formel se fait dans la ou les langues officielles. Sources de confusion,
ces politiques linguistiques divergentes ont cloisonné éducations formelle
et non formelle.
Par ailleurs, les statistiques disponibles sur l’impact des programmes d’alphabétisation
sont contestables. Souvent, seul le nombre de participants aux programmes est pris
en compte. La conférence de Jomtien avait mis l’accent sur l’évaluation
des acquis dans l’apprentissage mais les campagnes d’alphabétisation organisées
durant ces 10 dernières années n’en ont guère tenu compte, même
si des expériences encourageantes ont été menées.
L’éducation non formelle, par sa souplesse, la diversité de ses formes
et le coût peu élevé de ses infrastructures, ouvre de nombreuses
perspectives aux pays en développement confrontés à de graves
crises budgétaires. D’autant que savoir lire, écrire et compter permet
aux pauvres de s’intégrer à un contexte économique en rapide
évolution. Parce que l’économie de marché requiert une décentralisation
en matière d’éducation ainsi qu’un partage des coûts, les gouvernements
des pays en développement se tournent vers des nouvelles formes de partenariats
ou de collaboration avec les ONG. Leur but est de lancer des programmes permettant
d’acquérir plus de compétences de base en moins de temps et à
un moindre coût que dans les écoles.
Une plus grande attention doit être accordée à la formation des
enseignants, d’une part, et à l’évaluation des résultats d’autre
part, au-delà de la seule question: « Savez-vous lire?». L’Institut
international pour l’alphabétisation et l’UNESCO élaborent actuellement de nouvelles
méthodes d’évaluation, ainsi que des outils multimédias peu
coûteux destinés à la formation des enseignants.
La «féminisation» croissante de la pauvreté et le poids
qu’elle fait en permanence peser sur le statut des femmes dans le Tiers-Monde sont
désormais reconnus comme des préoccupations majeures dans les programmes
d’alphabétisation. Plusieurs d’entre eux sont centrés d’ailleurs sur
des stratégies ou sur l’apprentissage de compétences visant à
diminuer l’inégalité entre les sexes. Ils proposent des solutions pratiques
pour permettre aux femmes pauvres d’acquérir plus de responsabilités;
ils sont centrés autour d’activités génératrices de revenus
et d’emplois productifs et portent sur la gestion du crédit, sur l’éducation
des enfants et sur le rôle des parents.
De nombreuses innovations impliquent le recours à un matériel pédagogique
différent selon les sexes, sur des thèmes comme la nutrition, les règles
sanitaires de base, l’économie domestique ou le sida. Autre approche prometteuse:
l’introduction des problèmes concernant l’éducation des enfants et
des adolescents dans les cours d’alphabétisation pour adultes. Les succès
remportés par des programmes associant plusieurs générations
(au Ghana et en Egypte) ou par le projet Tostan au Sénégal1 sont
la preuve que de nouvelles avancées sont en cours et que de réels progrès
peuvent être accomplis au cours des 10 prochaines années.
Si l’alphabétisation est désormais considérée comme une
priorité par de nombreux pays en voie de développement, elle n’occupe
cependant toujours pas la place qui devrait lui revenir dans les projets de développement
des gouvernements, des partenaires nationaux, des ONG, du secteur privé et
des agences internationales. Elle devrait bénéficier d’investissements
plus conséquents ainsi que d’une meilleure coopération internationale.
1. Tostan («éclosion» en wolof),
le programme d’éducation de base non formelle du Sénégal, est
par ailleurs décrit dans la revue Education pour tous, série
Innovations n° 6, publiée par l’UNESCO en 1995.
Ce projet, et d’autres, sont décrits sur le site de l’Institut international
pour l’alphabétisation: www.literacyonline.org.
Le Courrier de l'UNESCO
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