
Dessin © Pancho, Le Monde,
Paris

Dessin © Watt

Dessin © Hours, Perols
|
L’exemple sud-africain
Les mécanismes de régulation
et d’autorégulation des médias en Afrique du Sud sont les suivants:
Un ombudsman de presse et une Commission d’appel créés
en 1997 par les organisations de journalistes et d’éditeurs. C’est un dispositif
tripartite (éditeurs, journalistes et public) où le public est majoritaire.
Il est financé par l’association des éditeurs de journaux. (www.inc.co.za/
online/ombudsman).
Son pouvoir de sanction est limité à la publication des réprimandes,
corrections ou rectifications jugées utiles par l’ombudsman ou la Commission
d’appel.
Les plaintes contre la presse peuvent être formulées par les particuliers
ou les institutions en première instance devant l’ombudsman qui tente une
médiation. Il formalise la plainte en cas d’échec. Le plaignant peut
appeler des décisions de l’ombudsman devant la Commission d’appel. A chaque
étape, des réunions contradictoires sont tenues.
Le Comité de surveillance et des plaintes, composé de quatre
membres (du monde juridique et des médias) dépend de l’Autorité
permanente de la radio-télédiffusion (IBA), l’instance de régulation
audiovisuelle créée par une loi de 1993. Il est présidé
par un magistrat, en activité ou retraité.
Les sanctions prévues par la loi sont: la rectification (radio et télévision),
une publication aux frais du coupable, l’injonction, les amendes, la suspension temporaire
ou définitive des licences d’émettre. Le Comité juge les infractions
aux codes de l’information et de la publicité annexés à la loi,
ou aux cahiers des charges des bénéficiaires de licences.
L’Autorité des règles de la publicité est chargée
de la surveillance de la publicité et des plaintes la concernant.
La Commission des plaintes de la radiodiffusion créée en 1993
par l’Association nationale des radiodiffuseurs est une association d’autorégulation
indépendante groupant les radiodiffuseurs privés et communautaires
ainsi que la SABC, l’entreprise audiovisuelle du service public. Son pouvoir de sanction
se limite à la publication de ses décisions. Elle reçoit les
plaintes du public concernant les infractions au code de conduite de la radiodiffusion
qu’elle a établi. Elle doit tenter une médiation avant de se prononcer.
|
|
Le site du mois
www.unesco.org/
webworld/webprize/
Culture cybernétique, art et littérature
se marient avantageusement sur deux nouveaux sites. Nirvanet, créé
par une équipe internationale basée à Bruxelles, est un site
en quatre langues présentant des cultures et des lieux du monde entier à
travers les arts, la musique et la vidéo. A l’Université du Chili,
une équipe d’étudiants et de professeurs a ouvert un site visuellement
original (en espagnol et en français) consacré au poète Vicente
Huidobro. Ces deux sites ont reçu le Prix Web 1999 de l’UNESCO. Trois
autres sites (sur les musiques du monde, la littérature féminine et
Mozart) ont aussi été distingués. Tous sont accessibles à
l’adresse ci-dessus.
|
|
Dans les pays en développement,
les conseils de presse contribuent à la promotion de la liberté de
la presse et responsabilisent les journalistes. Mais le paysage est très contrasté.
Depuis le début des années 90, pluralisme et indépendance
se sont imposés comme la nouvelle donne pour les médias des pays en
développement. On y a souvent souffert le pire. On a aussi assisté
à un engagement réel de régimes auparavant autoritaires (parfois
depuis l’indépendance) en faveur de la liberté d’expression. Constitutions
et législations ont été révisées, des codes déontologiques
adoptés et des conseils de presse mis en place. Ces expériences n’ont
pas été générales ni toujours concluantes. Cependant,
en quelques années, dans des conditions exceptionnellement périlleuses,
un pays comme l’Afrique du Sud a su se doter de médias libres et créer
des mécanismes d’autorégulation exemplaires.
Le 9 novembre 1989, jour où le mur de Berlin est tombé, peut être
retenu comme la date symbolique du changement. En Europe centrale et orientale, on
assiste à une telle explosion de la presse libre que dans certains pays, faute
de professionnels, il faudra former les journalistes sur le tas. Mais l’onde de choc
dépasse les frontières de l’ancien pacte de Varsovie. Dans les pays
en développement d’Afrique et d’Asie qui avaient adopté un régime
de parti unique, la même évolution va se produire et provoquer, compte
tenu d’une multitude de conditions particulières, le même phénomène
d’explosion de la presse.
La mort ou la prison pour trop de journalistes
En Afrique, le contexte est celui d’un lourd passif
de conflits civils et de guerres, allant jusqu’au génocide. La responsabilité
de certains médias, comme les tristement célèbres «radios
de la haine», a été aussi directe qu’écrasante. Au Rwanda
et au Burundi, la quasi totalité des médias reste soumise au pouvoir.
Dans la République démocratique du Congo, les affrontements se poursuivent.
Ces dernières années, plus de 80 journalistes ont séjourné
en prison, des médias ont été saisis ou suspendus, des journaux
brûlés et leurs locaux mis à sac.
Au passif aussi, en Afrique, en Asie et en Amérique latine, l’enchaînement
des procès en diffamation abusifs, des censures, des harcèlements,
des arrestations et des meurtres de journalistes. Au cours de la dernière
décennie, 58 d’entre eux ont été assassinés en Algérie
et 44 en Colombie. L’Ethiopie est l’un des pays au monde qui a emprisonné
le plus grand nombre de journalistes.
Pourtant, cette même décennie tragique est aussi celle de changements
prometteurs. Dès 1988, l’UNESCO les a anticipés avec la mise au point de sa nouvelle stratégie
de la communication basée sur l’indépendance et le pluralisme. L’effondrement
du bloc soviétique prive les pays en développement d’une référence
et d’un soutien. Ils s’étaient souvent ralliés depuis l’indépendance
au régime du parti unique, vu comme seul capable de réaliser la mobilisation
exigée par le retard économique.
La conférence de La Baule, en 1990, invite les pays francophones africains
à libéraliser leurs régimes. En 1991, les pays anglophones réunis
pour la conférence du Commonwealth à Harare (Zimbabwe), font de même
et décident l’exclusion de toute nation qui ne s’ajusterait pas à la
nouvelle donne. Ce qui est le cas du Nigeria, le plus grand pays africain, alors
sous un régime militaire. En mai, la Déclaration de Windhoek, rédigée
à l’issue d’un séminaire de l’UNESCO puis endossée par le conseil exécutif de l’organisation,
affirme qu’une «presse indépendante, pluraliste et libre» est
indispensable à «la démocratie ainsi qu’au développement
économique». La théorie des médias dirigés par
le parti unique en vue du développement a vécu. Des déclarations
similaires seront adoptées pour tous les continents à Alma Ata (Kazakhstan),
Santiago du Chili, Sanaa (Yémen) et Sofia (Bulgarie).
Lois et Constitutions sont révisées au Bénin et au Mozambique
(1990), au Burkina Faso (1991), à Madagascar, au Ghana et au Kenya (1992),
au Nigeria (1993), au Cameroun (1996), en Afrique du Sud libérée de
l’apartheid (1996), en Thaïlande (1997). Au Cameroun, la pression de la rue
contraint le gouvernement à prendre dès 1991 des dispositions favorables
à la liberté d’expression comme prélude aux élections
libres et à l’abolition de la censure en 1992.
Le cas typique de la Côte-d’Ivoire
Dans les pays qui en réalité vivent parfois
leur première expérience de liberté, débordements et
dérapages semblent presque inévitables. Le revers de la médaille,
ce sont les atteintes à la vie privée, la diffamation et la calomnie,
les outrances et les intrusions abusives. Expérience et formation font défaut
chez certains nouveaux journalistes. Très vite se pose la question à
laquelle aucun média libre n’échappe, celle de la responsabilité.
La Côte-d’Ivoire, pays caractérisé depuis l’indépendance
par la censure et l’autocensure, est un cas typique. L’explosion de la liberté
donne naissance à 80 partis et à une centaine de journaux et autres
publications. Deux ans plus tard, des 40 titres quotidiens, seule une dizaine survit
et la presse appartenant au gouvernement garde une place prépondérante.
Mais les médias sont devenus un espace de débats. Après l’explosion
de la presse, on y a dénoncé «absence de formation des journalistes,
manque de conscience professionnelle, dilettantisme, mauvaise foi, excès de
zèle, ignorance, pressions politiques et religieuses»1. La presse confond politique
et atteintes à la vie privée, parfois sur un ton ordurier. On entre
dans un cercle infernal: le pouvoir prend prétexte des dérives pour
se heurter à la nouvelle presse en arrêtant et en emprisonnant des journalistes.
De nombreux particuliers ont recours à la justice.
En septembre 1995, gouvernement et syndicats de journalistes de Côte-d’Ivoire
décident de réagir et d’adopter des mesures telles que la rédaction
d’un code de déontologie et la création d’ un conseil de presse sur
le modèle de ceux de l’Allemagne ou du Québec, composés à
parité d’éditeurs et de journalistes. Ainsi naît l’Observatoire
de la liberté de la presse, de l’éthique et de la déontologie
(OLPED). Lors de la
journée de la presse mondiale en 1999, l’Association mondiale des journaux
et l’ONG Reporters sans Frontières ont souligné que la Côte-d’Ivoire
compte des organes de presse «réellement indépendants»
et que les journalistes peuvent y travailler en sécurité.
L’adoption d’un code de déontologie et la création d’un conseil de
presse indépendant, chargé d’en surveiller l’application et de recueillir
les plaintes du public sont les deux premiers moyens d’autorégulation adoptés
dans les pays développés, pour éviter l’intervention des gouvernements
et une réglementation dont on ne sait jamais à quel point elle sera
contraignante. Dans le monde en développement, de tels mécanismes ont
aussi l’avantage de jouer aussi un rôle d’éducation et de promotion
de la liberté de la presse. Un mouvement est amorcé. Des conseils de
presse ont été créés en Corée du Sud, en Inde,
au Népal, au Bangladesh, au Sri Lanka ou en Indonésie après
1960. Dans les années 90, une dizaine d’autres voient le jour: Philippines,
Mozambique (1991), Ghana (1992), Nigeria (1992, en sommeil puis réactivé
en 1999), Fidji (1993), Côte-d’Ivoire (1994), Sénégal (1996),
Pérou, Thaïlande, Afrique du Sud, Tanzanie (1997).
Spécialiste indien des communication, K.S. Venkateswaran estime qu’un conseil
de presse indépendant «évite que le lecteur soit abusé
par des pratiques journalistiques fautives ou peu scrupuleuses et lui offre une plate-forme
pour exprimer ses plaintes face aux informations tendancieuses, inexactes ou insuffisantes
sur des sujets d’intérêt public». Il souligne qu’un conseil peut
agir plus vite et à moindre coût que les tribunaux dans des cas où
l’on verrait «le gouvernement ou un secteur public intervenir de manière
arbitraire contre certains journaux, par exemple pour l’attribution de publicité
ou de papier, comme c’est souvent le cas dans de nombreux pays en développement»2.
Quand l’Algérie crée un conseil de l’information en 1990, contestable
car encore composé pour moitié de représentants du gouvernement
et pour moitié de journalistes, il s’agit cependant d’une avancée de
la liberté de l’information comme nulle part ailleurs dans les pays arabes.
Aussi, quand le pays entre dans la spirale de la répression, le conseil est
supprimé en 1994. Le conseil de presse du Nigeria, victime du régime
autoritaire, a été rétabli en principe en 1999 après
des élections libres. Quand le Maroc libéralise son système
politique, un code de déontologie du journalisme est adopté et certains
réclament la création d’un conseil de presse. Mais le système
d’autorégulation le plus libre est incontestablement celui de l’Afrique du
Sud créé en 1997 (voir encadré). Il s’apparente directement au mécanisme suédois, le
plus ancien et un des plus respectés d’Europe.
En Asie, un séminaire organisé par le Centre des médias, de
l’information et des communication (AMIC) de Singapour et l’Université Chulalongkorn de Bangkok en 1996
a montré que, dans la plupart des pays de ce continent, les mécanismes
actuels étaient loin de protéger les médias contre les atteintes
à leur liberté et d’offrir aux citoyens les moyens de corriger les
abus de ces mêmes médias. Mais l’AMIC a depuis entrepris nombre de programmes et de publications sur les
législations et les moyens d’autorégulation. Un conseil de presse a
vu le jour en Thaïlande. La loi de la presse vient d’être réformée
en Indonésie. Un important effort dans le même sens est aussi réalisé
par la Fondation de la presse d’Asie qui regroupe une quinzaine d’instituts de presse
de la région.
L’exigence de déontologie ne peut que croître et accompagner le boom
mondial des médias. Quel que soit le fossé entre le Nord et le Sud,
rien n’indique que les médias des pays en développement verront leur
croissance — trop lente et insuffisante — s’arrêter. En dépit des obstacles
souvent tragiques, des guerres et des inégalités économiques,
même au sein du monde en développement, elle se poursuivra. Dans les
deux grandes démocraties que sont le Brésil et l’Inde, les tirages
de la presse quotidienne ont respectivement augmenté de 24 et de 47,2 % entre
1993 et 1997. De telles progressions impliquent la création ou le renforcement
des mécanismes de régulation et d’autorégulation.
Définition d’un cadre d’indépendance
Dès qu’une presse atteint un niveau significatif
d’organisation et d’influence, la question de sa responsabilité et des moyens
de l’assurer se pose inévitablement. L’expérience a montré qu’une
presse comme celle de l’Afrique du Sud, quel qu’ait été son passé
colonial et discriminatoire, héritait de structures et se trouvait ainsi favorisée
pour imaginer son propre dispositif d’autorégulation. Il en avait été
de même en Inde où, en s’inspirant de journaux britanniques, une presse
influente avait largement contribué à l’indépendance. Le Pakistan,
qui lors de son indépendance s’est détourné des mêmes
structures, a eu beaucoup plus de mal à constituer une presse indépendante.
Dans les pays en développement, un journalisme qui n’est pas sans traditions
est promis à un avenir de croissance. Un cadre d’indépendance et de
pluralisme est maintenant défini. Sans se dissimuler les montagnes à
soulever, on ne peut ignorer les avancées qu’il a permis et les efforts qu’il
encourage.
1. Institut Panos, Médias et déontologie
en Afrique de l’Ouest, L’Harmattan, Paris, 1996, p.45.
2. Venkateswaran, K.S. (dir). Media Monitors in Asia, Asia Media and Communication
Center (AMIC).
Singapour. 1996.
|