 
Dans les fameuses serres tropicales du plus grand jardin botanique du monde.
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La conservation
dans le monde
Pour les mammifères, les oiseaux, les
reptiles et les amphibiens, la conservation ex situ s’opère en général
dans les parcs zoologiques. Quelque 500 000 animaux vivent dans des zoos à
travers le monde. Certaines espèces, comme le condor de Californie, n’existent
plus que là. D’autres espèces, comme le cheval de Przewalski et le
cerf du père David, doivent uniquement leur survie aux zoos. Ils y ont été
maintenus quand ils avaient disparu de la nature, où l’on tente aujourd’hui
de les réintroduire.
La conservation ex situ de la flore a lieu dans les jardins botaniques (pour les
spécimens entiers) et dans les banques de gènes et de semences. L’ONG
Jardins botaniques International évalue à 1 500 le nombre de jardins
botaniques à travers le monde, abritant au total 35 000 espèces, soit
plus de 15% de la flore mondiale. Selon d’autres sources, ce chiffre atteindrait
même les 70 000 à 80 000 espèces.
La plupart des jardins botaniques se trouvent dans les pays industrialisés
(les pays tropicaux n’en comptent que 230 malgré leur plus grande diversité
végétale). De nombreuses banques de gènes et de semences sont
souvent liées aux collections botaniques. D’autres appartiennent à
des multinationales, qui les utilisent comme réserves de matière première
pour l’élaboration de nouveaux produits: 80 % des firmes créatrices
de nouvelles variétés végétales possèdent leur
propre banque de gènes.
Les départements universitaires et les instituts de recherche sont le troisième
grand réservoir de spécimens végétaux et de matériel
génétique. Ils forment le Groupe consultatif pour la recherche agricole
internationale, fondée à l’initiative de la Banque mondiale.
Guide des zoos
du monde:
www.mindspring.com/
~zoonet/www_virtual_lib/
zoos.html
Liste complète
des arboretums et jardins botaniques: www.helsinki.fi/botgard.html
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A l’époque de
l’Empire britannique, le jardin botanique de Kew allait jusqu’à «piller»
la biodiversité. Aujourd’hui, il veille à se protéger contre
les accusations de biopiraterie.
Pour des milliers de Londoniens,
le jardin botanique royal de Kew, tout près de Londres, est très apprécié
comme lieu de pique-nique. Il est réputé pour sa palmeraie et sa pagode
chinoise, sa collection de plantes inégalée et ses pelouses soigneusement
manucurées.
L’originalité du jardin, lors de sa création au XVIIIe siècle, fut de combiner la culture
d’une grande variété d’espèces avec une esthétique du
décor paysager, ce qui contrastait résolument avec la rigueur formelle
des autres collections botaniques.
Kew n’a rien perdu de son charme. Les visiteurs peuvent se promener au milieu d’une
multitude d’arbres, d’arbustes et de fleurs du monde entier, dûment sélectionnés
et étiquetés. Cela va du rhododendron de Chine aux palmiers tropicaux
de la spectaculaire verrière victorienne, en passant par les minuscules fleurs
alpines plantées dans une rocaille.
Le jardin a joué un rôle prestigieux au temps de l’Empire britannique.
Au xixe siècle, il faisait office de comptoir général pour les
arbres et autres végétaux découverts dans une partie de l’Empire
et qui pouvaient être mis en culture, souvent avec profit, dans d’autres régions.
Vers la fin du xixe siècle, Kew recevait du monde entier plus de 2 500 sachets
de graines par an, et en exportait 3 500. Au point que l’un de ses conservateurs
nota que le jardin royal avait «joliment pillé» la planète.
Rhododendrons
chinois et fleurs alpines
Ainsi, c’est
à l’initiative de Kew que l’hévéa d’Amérique du Sud a
été transplanté dans un environnement à fort rendement
en Asie du Sud-Est. Moins discutable sans doute fut le transfert du quinquina, dont
on extrait la quinine, de ses Andes natales vers les régions d’Asie ravagées
par la malaria. «Au milieu du XIXe siècle, de telles activités
témoignaient de l’encouragement apporté par la super-puissance de l’époque
à l’utilisation des ressources végétales, explique Peter Crane,
le directeur de Kew. Aujourd’hui elles seraient considérées comme de
la biopiraterie pure et simple.»
Bien que la grandeur impériale de Kew ait pris fin avec l’effondrement de
l’Empire au début du xxe siècle, le jardin a continué de jouer
un rôle majeur en tant qu’institut de recherche, conservant et classant les
plantes du monde entier. Mais ce n’est qu’au cours des dernières décennies
que l’intérêt redoublé pour la biodiversité l’a de nouveau
placé sous les feux de la rampe, comme fer de lance de la conservation ex
situ des végétaux.
Dans l’idéal, tous les organismes vivants devraient être conservés
dans leur habitat naturel, soit in situ. Mais divers facteurs, notamment le besoin
des scientifiques d’accéder aisément au matériel de recherche
et le fait que de nombreuses espèces, végétales ou animales,
sont menacées d’extinction, ont conduit au développement des programmes
ex situ.
La preuve la plus évidente du nouveau rôle joué par Kew est sans
doute la Millenium Seed Bank, en cours de construction à Wakehurst Place,
un domaine de 200 hectares situé dans l’ouest du Sussex. Une fois achevée,
fin 2000, ce sera la plus grande banque du monde consacrée à la conservation
des semences. Son objectif à long terme est de collecter et de conserver d’ici
2010 environ 10% de la flore mondiale (24 000 espèces), provenant surtout
des zones arides.
La banque mettra les graines à la disposition des chercheurs et favorisera
leur réintroduction dans leur espace naturel. Ainsi, des graines de carambole,
une petite fleur blanche qui a presque disparu de Grande-Bretagne, ont été
collectées et stockées à Wakehurst, et des échantillons
envoyés à Kew, qui a pris leurs empreintes génétiques.
De nouveaux plants ont été obtenus à partir des graines et réintroduits
dans la nature.
Mauvaise
réputation
Selon Roger
Smith, directeur du département de la conservation des semences de Kew, l’une
des missions de la banque est de concrétiser les engagements qu’a pris le
Royaume-Uni en signant la Convention sur la diversité biologique. Son objectif
est d’aider les pays désireux de mettre rapidement en place leurs propres
collections.
La convention exige de quiconque prélève des spécimens végétaux
dans un pays, qu’il signe un contrat stipulant les conditions de l’opération.
Ce document doit en particulier préciser quelle compensation le pays d’origine
de la plante peut espérer recevoir au cas où une application commerciale
en serait tirée. Si l’application en question est brevetée, il peut
par exemple obtenir un partage des royalties.
Conscients de leur ancienne réputation de pilleurs de biodiversité,
les chercheurs de Kew ont à cœur de se plier aux exigences de la convention.
Des accords sur la collecte et la conservation de spécimens par la banque
de Wakehurst ont déjà été conclus avec plusieurs pays:
Mexique, Afrique du Sud, Namibie, Mozambique, Venezuela, Maroc, Egypte, Syrie et
Liban. Ils stipulent en général la création de deux collections
parallèles: la première dans le pays d’origine et la seconde (la collection
de secours) à Wakehurst Park, où elle reste accessible au pays d’origine.
Mais Roger Smith souligne que l’obligation de conclure des accords peut freiner son
travail. C’est le cas quand un pays ne dispose par d’un organisme officiellement
habilité à fournir «un consentement préalable» à
la collecte d’informations sur ses plantes, comme l’exige la convention.
Par ailleurs, Kew met à profit ses connaissances et son expérience
pour contribuer à harmoniser les procédures d’accès aux collections
de graines et de gènes dans le monde entier. Suite à cette initiative,
les représentants de 14 jardins botaniques de 11 pays, réunis à
Beijing en 1999, ont adopté une série de règles fixant les modalités
d’acquisition et de conservation des ressources génétiques, l’utilisation
et la mise en circulation de ces ressources, et la répartition des bénéfices
découlant de leur exploitation.
Les nouvelles priorités du Kew sont bien différentes de celles qui
fondaient son prestige il y a plus d’un siècle. «Nous redoutons par-dessus
tout qu’on nous accuse d’être des biopirates, explique Roger Smith. Nous ne
pouvons pas nié l’avoir été, mais ce temps est bel et bien révolu.»

Jardin botanique
royal et Millenium Seed Bank: www.rbgkew.org.uk
Directives communes concernant la gestion des jardins botaniques: www.rbg.ca/cbcn/cpg.index.html

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La reconnaissance du fait
que, dans le monde, les espèces sauvages sont irremplaçables, mais
en voie de destruction rapide, peut seule nous amener à nous rendre compte
à temps qu’il faut, dans l’intérêt de l’humanité tout
entière, réserver sur la Terre des zones où l’expansion de l’homme
cède le pas à la conservation des autres espèces.
Julian
Huxley, biologiste britannique, premier directeur général de l’UNESCO
(1887-1975)
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