
Educating Children at Home, par Alan Thomas, Cassell, Londres, 1999.
www.worldzone.net/
lifestyles/homeducation:
site créé par Amanda Petrie, donnant des informations sur les aspects
juridiques de l’éducation à domicile en Europe
www.multimania.com/possible et www.rama.1901.org/vens: ces sites donnent des informations
sur l’école à la maison en France. |
L’école à
la maison est peu tolérée dans les pays européens, sauf au Royaume-Uni.
Mais ses partisans gagnent du terrain, quitte à obtenir gain de cause devant
les tribunaux.
Le
continent de la monnaie unique est bien loin d’avoir une politique commune sur l’éducation
des enfants par leurs parents, à la maison. Les données sont rares,
mais des associations de plusieurs pays affirment recevoir de plus en plus de demandes
de parents cherchant une alternative au système éducatif officiel,
un mouvement auquel les législateurs tentent de couper court.
Selon la Britannique Amanda Petrie, l’une des rares chercheuses sur ce sujet en Europe,
les récentes modifications législatives sont toutes sous-tendues par
l’idée qu’«à partir du moment où un enfant n’est pas à
l’école, il n’apprend pas». En Irlande, un projet de loi débattu
en 1999 présente l’école à la maison comme une réponse
à un problème de fréquentation scolaire plutôt que comme
un droit constitutionnel reconnaissant que le premier éducateur de l’enfant
est sa famille.
En France, une nouvelle loi votée en décembre 1998 dans le but avoué
de contrer les sectes impose aux parents enseignant à la maison de respecter
fidèlement le programme national, et aux inspecteurs d’académie de
contrôler le travail des enfants une fois par an. «L’Etat a tout un attirail
pour lutter contre les sectes. Ce texte sert surtout à renforcer sa mainmise
sur l’éducation», estime Elyane Delmarès de l’association Les
Enfants d’abord.
Les militants estiment que les contrôles imposés tendent à conforter
des idées fausses sur la façon dont s’effectue l’enseignement à
domicile. Aux yeux d’Amanda Petrie, l’obligation de suivre le programme national
sous-entend que «l’Etat est le spécialiste de l’éducation et
qu’il suffit d’appliquer la formule qu’il a choisie pour que tout aille bien pour
l’enfant». La visite d’inspecteurs à domicile paraît, selon elle,
discriminatoire vis-à-vis de personnes «n’appartenant pas aux classes
supérieures et ne disposant pas de quantités de livres à la
maison».
Dans les pays où l’éducation est très encadrée par l’Etat,
des exceptions sont tolérées. Ainsi, en Espagne, où l’école
est obligatoire jusqu’à 16 ans sauf circonstances spéciales, un tribunal
a statué en 1999 en faveur de parents qui éduquent eux-mêmes
leur enfant de sept ans, à Almeria (Andalousie). En Allemagne, où l’école
à la maison est illégale, plusieurs familles ont été
assignées en justice et condamnées à des amendes, mais elles
ont été autorisées à continuer. Dans ce pays, Dorothee
Becker et son mari, à leur retour de Micronésie, se sont aperçus
que leurs deux enfants n’arrivaient pas à s’adapter au système scolaire
public. «Il n’offrait pas les possibilités que nous avions espérées,
notamment en langues et en sciences», explique Dorothee Becker, qui a comparu
devant un tribunal. Aux Pays-Bas, les autorités rejettent 90% des demandes
d’éducation à domicile, selon Syne Fonk, responsable de l’association
Syntax. En réaction, de plus en plus de parents ouvrent leur propre école
privée.
Un
dialogue trop souvent absent de l’école
Certaines idées
fausses sur l’école à la maison pourraient cesser de circuler si des
recherches étaient entreprises sur ce sujet, peu prisé dans les universités.
Des études ont cependant été réalisées au Royaume-Uni,
pays d’Europe où l’éducation à domicile a le plus de succès,
avec environ 10 000 enfants concernés. Mille et une raisons peuvent justifier
ce choix des parents: leurs convictions philosophiques ou religieuses, leurs craintes
de la violence à l’école publique, leurs inquiétudes sur l’influence
négative de camarades de classe, etc.
Alan Thomas, chercheur invité à l’Institut d’éducation de l’Université
de Londres, a mené une enquête approfondie auprès d’une centaine
de familles britanniques et australiennes, afin de dresser un premier bilan sur la
façon dont les parents assurent l’école à la maison. Il a noté
que les cours duraient moins longtemps qu’en classe et que l’attention accordée
à chaque enfant était plus soutenue. Il a aussi relevé l’impact
positif d’un apprentissage informel et l’importance du dialogue, trop souvent absent
à l’école. Les enfants, observe-t-il, ont «une grande confiance
dans leur capacité à apprendre, une haute estime d’eux-mêmes
et une maturité sociale qui font souvent défaut aux enfants scolarisés.
Ils n’ont pas fait l’expérience de l’échec. Lorsqu’ils ne comprennent
pas quelque chose, le problème est réglé sur-le-champ».
Autoriser l’éducation à domicile devrait être un principe démocratique,
estime Amanda Petrie. «Il faut se demander, ajoute-t-elle, quel est le degré
de confiance que l’Etat accorde aux parents lorsqu’il s’agit de déterminer
ce qui convient à leurs enfants. C’est le fond du problème.»
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